‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834; d'après des documents inédits et les archives du VaticanChapitre 20 sur 65 · L EXAMEN DES DOCTRINES DE L « AVENIIÎ · texte numérisé non relu

L EXAMEN DES DOCTRINES DE L « AVENIIÎ

regard sur la ville éternelle. Les feux du soleil couchant enflammaient la coupole de Saint-Pierre image et reflet de Tantique éclat de la Papauté elle-même. Bientôt les objets décolorés disparurent peu à peu dans Tobscurité croissante. A la lueur douteuse du crépuscule, on entrevoyait encore çà et là, le long de la route, des restes de tombeaux. »

Pour ce voyageur mélancolique et irrité, ces sépulcres et cette nuit tombante étaient un douloureux symbole. Son œil s'y arrêtait, parce qu'il portait en son âme la vision de la lin prochaine d'un monde auquel le pape aveuglé se flattait de conserver l'existence. Et combien ce spectacle l'eût obsédé et angoissé d'une façon plus poignante encore, s'il avait connu les secrets de sa destinée! Tandis qu'il quittait Rome, M^'' d'Astros prenait ses dernières dispositions pour faire tenir au cardinal di Gregorio la censure de Toulouse. Quand le paquet parvint à destination, Lamennais venait de traverser Florence et Bologne, dévisageant au passage les toscans endormis dans leur antique gloire, tels que les « fellahs couchés sur le seuil des temples de Tlièbes », et les romagnols inquiets comme s'ils avaient vu sur une mer stagnante « flotter quelques plantes inconnues annonçant un monde nouveau ». En offrant à M*"' d'Astros les remerciements de Grégoire XVI et les siens, pour le

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travail envoyé, le cardinal di Gregorio ajoutait : c( A ce que je pense, vous aurez la réponse avec la lettre encyclique que le Saint- Père veut publier le i5 août, et dans laquelle vous trouverez publiées les maximes qui sont à propos de l'affaire en question. Dès son élection, le pape s'est trouvé en des troubles bien extraordinaires, qui ne lui ont pas permis de faire entendre sa voix aux évèques suivant Tusage de ses prédécesseurs. J'espère que le moment sera le jour sus-indiqué, dans lequel il pourra accomplir son désir. Cependant ce n'est que mon avis particulier que je vous mande. »

Ces lignes sont du 28 juillet. A cette date, la congrégation des cardinaux qui devait donner au pape son avis sur les quatre questions examinées par les consulteurs, ne s'était pas encore réunie. Mais elle allait le faire. En voyageant à petites journées sur le chemin de Venise à Munich, Lamennais s'était arrêté à Inspruck. Une visite au tombeau colossal de Maximilien entouré de vingt-huit statues de bronze, l'avait impressionné vivement. « Il semble que ces morts, dit-il, quittant la fosse où ils dormaient, se soient traînés là, sous le poids de leurs vieilles armes, pour se dire après de longs siècles, au pied d'un sépulcre, les misères et le néant de la puissance, la vanité de l'ambition qui tourmente le monde.

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pour ne laisser d'elle d'autres traces que des ruines et une poignée de cendres. » Gomme le grand écrivain philosophait ainsi sur le rien des grandeurs d'ici-bas, quelques cardinaux décidaient de son sort. Dans leur assemblée, ils ratifièrent les conclusions présentées par M""" Frezza, et un projet de lettre apostolique conforme à ses conclusions. Sans que Lamennais fût nommé, le document pontifical flétrirait certaines doctrines sur le droit de révolte et les libertés modernes et rappellerait sur ce point la vérité catholique. C'est le 9 août que ces décisions furent prises. Le 13 parut l'encyclique Mirari vos.

Les historiens répètent à Tenvi que si dans cette pièce quelques endroits visent VAi^enir, ce fut une rédaction improvisée à la dernière heure. A son passage à Florence, Lamennais aurait eu Timprudence de confier au nonce son dessein de continuer son œuvre ; le nonce épouvanté aurait averti le pape ; celui-ci aurait donné l'ordre à M^' Polidori de glisser au plus vite, dans la lettre pontificale déjà prête, quelques alinéas discrets contre le nouveau Savonarole. Cette manière dramatique d'accommoder une encyclique manque totalement de vraisemblance. Au surplus, voici la dépêche adressée à Rome par l'auditeur de la nonciature de Florence Feliciangeli.

« L'abbé de la Mennais et ses deux compa-

gnons m'ont fait une longue visite. Ils ne paraissent pas trop satisfaits de Taccueil qu'on leur a fait ; le premier d'entre eux surtout m'a parlé en termes exprès d'un certain bref aux évêques de Pologne, dont il croit que l'Eminentissime Lambruschini est l'auteur, et qui aurait selon lui d'incalculables conséquences. J'aurais fait volontiers bien des objections sur nombre d'articles — bien entendu, avec la réserve et la modestie qui conviennent — et particulièrement sur la liberté de la presse, sur leurs opinions au sujet des Polonais et des Belges, sur l'indépendance du clergé à l'égard de la puissance laïque à la manière dont ils l'entendent. Mais je n'ai pas voulu mettre le feu à la mèche; et d'autre part l'éloquence d'un métaphysicien aussi raffiné me conseillait plutôt de me taire. Je me bornai donc à lui demander si l'entreprise de \''Ai>eni/' aurait une suite. Et lui de m'assurer que de retour en France il mettrait de nouveau la main à l'œuvre, et rédigerait un journal sur les mêmes bases que VAvenir\ »

Cette réponse, que l'auditeur de la nonciature transmet à la fm de sa dépêche, et sans la souligner autrement, n'apprenait à la secrétairerie d'Etat rien de nouveau. La confidence faite à Florence était un bruit public

1 Arch. Vat. Corr. Nonc. Lettre du 21 juillet i832.

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à Rome depuis longtemps. Pendant des mois, le propos avait jailli, à toute occasion, de la bouche de Lamennais. L'encycWqiie Mirarii^os ne dérive pas et ne saurait dériver d'un mot échappé dans une conversation avec un diplomate. Elle est la conclusion du laborieux travail d'examen entrepris par les consulteurs romains; elle est la conséquence de l'obstination mise par Lamennais à ne pas comprendre la leçon discrète donnée par la lettre de Pacca le 25 février.

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