‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834; d'après des documents inédits et les archives du VaticanChapitre 22 sur 65 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LA DLGLARATION SOUSCRITE PAR LES RÉDACTEURS DE UAVEMR LE lo SEPTEMBRE i832 : SES LIMITES EXACTES, COMMENT GRÉGOIRE XVI S'EN DIT SATISFAIT, CONTRE- COUP DES FÉLICITATIONS PONTIFICALES.

Les protestations de soumission filiale avaient été multipliées par les rédacteurs de V Avenir. Leur déclaration du 27 février i83i, leur profession de foi quand ils annoncèrent leur pèlerinage à Rome, leur mémoire du 2 février i832, exprimaient les sentiments de la docilité la plus parfaite : « Toute parole de révolte dans notre bouche serait le suicide de toutes nos paroles... O Père, si une pensée de vos enfants, une seule, s'éloigne des vôtres, ils la désavouent, ils Tabjurent. Vous êtes la règle de leurs doctrines; jamais, non jamais, ils n'en connurent d'autres. »

Dans sa correspondance, Lamennais n'avait pas une autre attitude. Pendant l'été de i83i, lorsque M^"" de Pins, administrateur apostolique du diocèse de Lyon, lui fit part de ses inquiétudes au sujet des hardiesses deV Avenir, le fougueux journaliste lui répondit : « j'ai

écrit au cardinal Weld pour le prier de mettre aux pieds du pape mon obéissance entière » ; j'ai « supplié le souverain Pontife de me redresser, si j'étais involontairement tombé dans quelque erreur », protestant de toute mon àme que « sur le premier avertissement de sa part, je m empresserais de donner à ma rétractation toute la publicité possible, n'ayant rien tant à cœur que de me montrer renfant le plus docile, comme le plus dévoué, du Père commun ». En passant à Lyon, pour aller à Rome, Lamennais fit au prélat les mêmes protestations. Celui-ci pouvait écrire au cardinal di Gregorio : « Je Fai vu à son passage le 26 novembre. 11 me parla de nouveau de sa profonde soumission pour le souverain Pontife et docilité à sa décision, quelle qu'elle fût'. »

Au premier avertissement secret mais officiel de Grégoire X\'I, l'homme se trouva au-dessous de Fépreuve. Non seulement il ne confessa point qu'il s'était trompé; mais il se tut sur le blâme exprimé au nom du pape, estimant faire assez en protestant de sa déférence future aux jugements que le Saint-Siège

1 Forgues, II, p. 21 5. Lettre du i5 août i83i. Même protestation dans une autre lettre du 18 octobre i83i (Inédile).

2 Lettre du 9 décembre i83i. — Ms"" de Pins avait déjà communiqué au même cardinal la correspondance échangée avec Lamennais, le 8 et le ii août.

LA DECL.VR.VTION DU lO SEPTEMBRE '21.0

pourrait porter sur sa cause. Ce fut une déception pour Rome. Malgré tout, on espéra que Lamennais obéirait. En lui notifiant confidentiellement quelles idées de V Avenir se trouvaient visées par l'encyclique Mirarivos^ Pacca ajoutait : « Sa Sainteté se rappelle avec une vive satisfaction la belle et solennelle promesse faite par vous, à la tête de vos collaborateurs, et publiée par la presse, de vouloir imiter selon le précepte du Sauveur Fhumble docilité des petits enfants, par une soumission sans réserve au Vicaire de Jésus- Christ. Ce souvenir soulage son cœur. Je suis sûr que votre promesse ne manquera pas. De cette manière vous consolerez Tâme affligée de notre Très Saint-Père, vous rendrez la tranquillité et la paix au clergé de France... et vous ne ferez que travailler à votre solide célébrité selon Dieu... »

Lamennais attendit d'être retourné à Paris, pour écrire au cardinal. Le ii septembre, il lui mandait :

« En réponse à la lettre que Votre Éminence m'a fait l'honneur de m'écrire le i6 août dernier, je m'empresse de lui envoyer copie de la déclaration que moi et mes amis nous venons de rendre publique.

« Je remercie Votre h]minence des choses obligeantes qu'ellea personnellement la bonté de me dire et la prie d'agréer les sentiments

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respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être etc. ^ ».

Cette brièveté marque un peu de contrainte. Les effusions éloquentes, par lesquelles les rédacteurs de V Avenir protestaient par avance de leur soumission, avaient une autre spontanéité et une autre allure. La déclaration publique dont Lamennais envoyait le texte à Pacca était ainsi conçue :

ce Les soussignés... convaincus, d'après la lettre encyclique du souverain Pontife Grégoire XVI, en date du i5 aoîit i832, qu'ils ne pourraient continuer leurs travaux sans se mettre en opposition avec la volonté formelle de celui que Dieu a chargé de gouverner son Église, croient de leur devoir, comme catholiques, de déclarer que, respectueusement soumis à la suprême autorité du Vicaire de Jésus-Christ, ils sortent de la lice où ils ont loyalement combattu depuis deux années. Ils engagent instamment tous leurs amis à donner le même exemple de soumission chrétienne. »

En conséquence V Avenir était supprimé, VAgence générale dissoute.

Cette résolution dut coûter beaucoup aux hommes qui la prirent : une vie publique où le courage fut grand et que la gloire couronnait, s'effrondrait tout à coup. Nul sacrifice

1 Arch. Vat. Dossier Lamennais. Les Affaires de Rome ne donnent pas cette lettre.

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