‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834; d'après des documents inédits et les archives du VaticanChapitre 29 sur 65 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

cru bien faire, mais vous vous êtes trompés. Placé à la tète de l'Eglise, j'en connais mieux que vous les besoins, les intérêts, et seul j'en suis juge. En désapprouvant la direction que vous avez donnée à vos efforts, je rends justice à vos intentions. Allez, et désormais, avant d'intervenir dans des affaires aussi délicates, prenez conseil de ceux dont l'autorité doit être votre guide ». Ce peu de paroles aurait tout fini. Jamais aucun de nous n'aurait songé à continuer l'action déjà suspendue. » Le discours que Grégoire XVI ne tint pas de vive voix, il le tint par la plume de Pacca, dès le milieu de février 1882. Et Lamennais continua de croire que ses idées triompheraient à Rome; comme il crut, après l'encyclique Mirari uos, qu'elles devaient prévaloir malgré la condamnation qu'en faisait le souverain Pontife. Il faut abandonner l'idée d'une scène évangélique se déroulant dans un salon du Vatican, à la première rencontre de Grégoire XVI et de Lamennais. A aucun moment de sa vie, Lamennais n'a sacrifié une de ses idées essentielles, pour agréer à ceux qu'il aimait le plus. Toujours, sur les points fondamentaux, la contradiction, loin de le déconcerter, l'a enfoncé dans l'opinion qu'il avait publiquement soutenue. S'il a changé d'avis, ça été de lui-même, et en se vantant de s'accommoder au cours des choses •

mais, jusque dans ses variations, il a été invariable, en ce sens qu'aux heures décisives de sa vie il a revendiqué comme un droit dont l'indépendance ne se courbait devant personne, la faculté de suivre son sentiment, et comme il disait, sa conscience. Pour revenir au pèlerinage des rédacteurs de VÂvenir^ la réserve silencieuse dont usa au début Grégoire XVI était « l'avertissement le plus paternel, le plus doux, celui qui laissait le moins de traces et ne compromettait personne »'. Ainsi en jugèrent plus tard Lacordaire et Montalembert ; ce sera le jugement même de l'histoire. Et tous les chapitres du présent livre ont montré avec quelle persévérance méritoire le pape s'appliqua à ménager, jusqu'au bout, Tamour-propre de celui dont il était contraint de condamner les erreurs.

On a dit qu'en face de la révolte de Lamennais, ses adversaires avaient dû être effrayés de leur œuvre et éprouver quelque remords. Il faudrait connaître bien mal l'histoire des discussions théologiques, et du journalisme au xix^ siècle, pour être surpris des excès qui se mêlèrent aux controverses menaisiennes. Les passions humaines ont vite fait d'empoisonner toute polémique qui se prolonge un

i Lecanuet. Montalembert, I, p. 288.

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