‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834; d'après des documents inédits et les archives du VaticanChapitre 30 sur 65 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

peu. Lamennais n'en fut pas exempt, ni non plus ses contradicteurs. A qui attribuer la plus grosse part ?Le partage est difficile. Mais on accordera deux choses. Il est douteux que jamais aucun de ceux (jui combattirent V Essai ou V Avenir ait supposé, chez Tauteur de ce livre et de ce journal célèbres, autant de bassesse dame qu'il en dénonçait volontiers en eux. Tout le lono" de sa vie, c'est dans les mobiles les plus misérables que Lamennais a cherché l'explication vraie de la guerre menée contre ses théories. En outre, l'on ne voit pas bien ce qu'ont gagné sur lui, dans leurs discussions, ses amis les plus qualifiés, dès qu'ils ont voulu toucher à ce qu'il regardait comme sa substance intellectuelle. Ventura, Baraldi, Lacordaire, Montalembert n'ont pas été plus heureux que Rozaven ou Boyer. Le secret des correspondances ou des entretiens, comme la bataille au grand jour des brochures ou des journaux, n'a amené qu'un résultat : laisser l'errant entiché de son erreur. Ceux dont l'amitié lui a été la plus douce et auxquels il a reconnu l'âme la plus noble — les Senfft et la baronne Gottu — n'ont pu garder leurs relations avec lui qu'à la condition de respecter silencieusement sa révolte. Le saint abbé Jean, du jour où il s'est soumis publiquement au pape, est devenu pour Feli un étranger. Comment croire dès lors que, pour

amener le condamné des encycliques pontificales à reconnaître la justice de la sentence portée contre lui, il eût suffi d'éviter dans les journaux toute parole excessive?

Assurément Lamennais a souffert de ces vivacités regrettables. Ses lettres le disent, et même si elles s'en taisaient, nous pourrions à coup sur parler des amertumes versées dans son âme par ces discussions passionnées. Mais, avec la même sincérité, ces correspondances expriment aussi le mépris parfait dont Lamennais faisait profession à Tégard des jugements des hommes qui lui étaient contraires. Et ce dédain nous force à réduire l'influence que les polémiques ont pu avoir dans l'inflexibilité de ses opinions. En vérité, l'on peut tenir que ses disciples en sont plus responsables que ses contradicteurs. Le paradoxe n'est qu'apparent.

Parleurs jugements sur le fond des questions discutées, leurs criailleries sur le compte des adversaires, leurs informations romaines colportées avec autant d'assurance que de zèle, les amis ont maintenu le malheureux grand homme dans l'illusion dangereuse où l'entraînaient déjà, de tout leur poids, et son excessive sensibilité et son obstination naturelle, la conscience de son rôle et son orgueil natif. La bonne foi de ces hommes, aveuglés par le prestige du génie et par leur tendresse admi-

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