‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834; d'après des documents inédits et les archives du VaticanChapitre 31 sur 65 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

rative, n'est pas à discuter ici. Elèves ou confidents d'un prêtre extraordinaire, dont la renommée remplissait l'Europe, et à qui la religion devait un éclat et une force depuis longtemps inconnus, leur attitude s'explique. Leur culte pour lui devait les incliner à croire et à dire que Rome ne les condamnerait jamais. Puis les hésitations de Lamennais, en face d'une parole pontificale qui le blâmait, risquaient d'entraîner leurs propres hésitations. C'est ce qui eut lieu. Et alors, par une réaction très humaine, il advint que, dans son désarroi, le maître déconcerté fut heureux de s'appuyer sur l'opinion d'un cénacle créé par son influence même.

Si tous ceux dont Lamennais croyait avoir l'amitié s'étaient immédiatement soumis au pape, qui peut dire où en seraient venues les choses, au lendemain de l'encyclique Mirait vos? Mais on lui écrivait : Micara, Olivieri, tout ce qui compte à Rome, ne voit dans les papiers pontificaux que la pensée personnelle de Mauro Capellari. Comment résister à des informations qui dispensaient de respect et d'obéissance ? Sur les hommes les plus personnels, la poussée qu'ils reçoivent de leurs entours — dans le sens de leurs idées — a une portée difficilement calculable. Et cette observation générale s'applique à Lamennais avec plus de vérité encore, parce que

son cœur était aussi tendre que sa tête était superbe.

Il faut s'arrêter finalement à ce dernier mot. Malheureusement il explique presque tout. Même entouré d'une couronne de fils en larmes et à genoux qui lui auraient protesté de leur fidèle tendresse, en même temps qu'ils auraient docilement incliné leurs esprits devant les enseignements de Grégoire XVI, le fondateur de VAi'enir aurait éprouvé la tentation terrible de préférer son jugement à celui du pape. Dieu seul sait ce qui se passa dans sa conscience à Munich, le soir du 28 août i832. Ce que virent et entendirent alors Rio, Montalembert ou Lacordaire nous aide à deviner, sans nous le révéler clairement, le conflit soulevé dans cette âme d'homme et de prêtre. Le premier moment fut décisif, en ce sens que dès lôrs fut conçue la distinction subtile et fatale, par laquelle Lamennais crut pouvoir concilier son indépendance de citoyen et son obéissance de catholique.

Cette distinction fut-elle provoquée par une crise de foi déjà commencée? II semble que non. A nous en tenir au témoignage que Lamennais a rendu de lui-même, les premiers

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