ÉPILOGUE
« Des détails plus particuliers n'ajouteraient rien d'important à ces remarques principales. Mon impression et évidence continuelle fut qu'il avait perdu la foi catholique, la confiance dans TEglise, le sentiment de son sacerdoce. Il ne se faisait que des idées arbitraires, et à lui, de la religion... l'opinion dans tout le diocèse est qu'il a perdu la foi. Je voudrais encore en douter... continuer d'espérer que, si pieux lui-même que nous l'avons connu, particulièrement à N.-S., sa croix, sa divine Eucharistie, et à la Sainte-Vierge, le traducteur de la Guide de Blois et de \ Imitation reviendra à l'Eglise et se convertira' ».
Ce vœu apostolique d'un ami et d'un missionnaire devait être déçu.
M™^ Cottu avait été convertie par V Essai sur i indifférence. Pendant des années elle avait reçu de Lamennais des lettres de direction. Un jour d'août i84o, dans une conversation qui dura plus de deux heures, ils en vinrent à parler du sacerdoce et Lamennais exprima une sorte d'horreur pour l'état ecclésiastique. (( Je n'ai jamais été si heureux, ditil, que depuis que je suis sorti de tout cela. » La femme chrétienne eut le courage de lui répliquer : « C'est pourtant dans la plénitude
i Arch. Vat. Dossier Lamennais .
de votre volonté et de votre raison que vous êtes entré dans tout cela. » Il fit répéter deux fois Tobjection, comme s'il ne la saisissait pas bien ; puis, avec embarras et en balbutiant : « J'avais eu de grands chagrins auxquels je cherchais une consolation. » Humiliée d'avoir contraint l'ancien père de son âme à baisser la tête, M"^® Gottu rompit le ton direct qu'avait pris l'entretien et l'on parla de questions plus générales.
« Alors, dit-elle, sa voix s'est affermie, il est redevenu éloquent, mais à la manière du génie tombé en démence ; il y avait des instants où il s'enfonçait dans une métaphysique si obscure, si embrouillée, qu'il ne s'entendait pas sûrement lui-même ; par-ci par-là, quelques rayons de soleil ; puis revenaient les nuages, les aberrations d'un cerveau malade. Je l'écoutais le cœur palpitant, comme on suit au chevet d'un ami les incohérentes pensées qu'il exprime dans le délire. Enfin, épouvantée de ce qu'il m'étalait d'incrédulité par rapport au christianisme, je me suis écriée : (( Vous n'êtes donc plus que déiste ! Vous offrez donc vous-même un déplorable exemple de ce que vous avez si victorieusement prouvé autrefois que la négation d'une seule vérité du christianisme conduit invinciblement à ce terme. » Il s'est troublé de nouveau, et moi, de nouveau, j'ai brisé le glaive de cette parole,