‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834; d'après des documents inédits et les archives du VaticanChapitre 4 sur 65 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PENDANT LA NONCIATURE DE M?^ MAGCHI : L'ESSAI SUR L'INDIFFÉRENCE, LE PREMIER VOYAGE A ROME, LA RELIGION CONSIDÉRÉE DANS SES RAPPORTS AVEC LE POUVOIR CIVIL.

« Il y avait soixante-seize ans qu'aucun prêtre catholique n'avait obtenu, en France, le renom d'écrivain et criionime supérieur, lorsqu'apparut M. de la Mennais, avec d'autant plus d'à-propos que le xviii® siècle avait tout récemment repris les armes. Son livre, destiné à le combattre, était une résurrection admirable des raisonnements antiques et éternels qui prouvent aux hommes la nécessité de la foi, raisonnements rendus nouveaux par leur application à des erreurs plus vastes qu'elles n'avaient été dans les siècles antérieurs. Sauf quelques phrases où le luxe de l'imagination annonçait une sorte de jeunesse

qui rehaussait encore la profondeur de l'ouvrage, tout était simple, vrai, énergique, entraînant ; c'était de la vieille éloquence chrétienne, un peu dure quelquefois. Mais l'erreur aAait fait tant de mal, elle se produisait de nouveau avec tant d'insolence, malgré ses crimes et sa nullité, qu'on prenait plaisir à la voir châtiée par une logique de fer. L'enthousiasme et la reconnaissance n'eurent pas de bornes ; il y avait si longtemps que la vérité attendait un vengeur! En un seul jour, M. de la Mennais se trouva investi de la puissance de Bossuet \ » Ces lignes d'un contemporain nous donnent une idée de la secousse que Lamennais imprima à son temps et surtout au clergé de notre pays. Vivant au milieu d'une société issue du jacobinisme et du philosophisme, et que les leçons de l'orgie révolutionnaire et de l'épopée impériale n'avaient point amenée à comprendre l'importance du facteur religieux, les prêtres de 1817 applaudirent avec transport l'auteur de VEssai sur V indifférence. Outre qu'il était de leur ordre, il illustrait leur foi : il secouait la torpeur des indifférents, mettait à néant le protestantisme, confondait les athées, démonétisait les partisans politiques d'une religion pour le peuple, et offrait aux

1 Lacordaire. Considérations sur le système philosophique de M. de la Mennais, p. 57.

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