L EXAMEN DBS DOCTRINES DE L <C AVENIR » 1S
seigneur, de vouloir bien obtenir pour nous cette faveur, que le souvenir de nos efforts, faibles mais sincères, pour la cause de TEglise, nous fait réclamer avec quelque confiance.
Nous nous sommes présentés plusieurs fois chez Votre Eminence, sans réussir à la voir.
C'est pourquoi nous sommes obligés de Timportuiier aujourd'hui par écrit* ».
Bemetti répondit le 7 mars : « Les occupations de Sa Sainteté, en ces premiers jours de carême, ne permettent pas que la réception de leurs Seigneuries puisse avoir lieu cette semaine. Mais Sa Béatitude a daigné la fixer à mercredi prochain, i3 mars, une demiheure avant midi ; et elle a réglé aussi que leurs Seigneuries lui seraient présentées par le cardinal de Rohan ». En même temps qu'il écrivait ainsi aux pèlerins, le secrétaire d'Etat, par un court billet, avertit Rohan de sa mission d'introducteur.
Au jour marqué, Taudience eut lieu. Le journal de Montalembert nous en a conservé le récit écrit à l'instant mème^ Tout se passa comme Sainte-Aulaire mandait à Paris, « en compliments fort gracieux » *. Suivant l'expres-
^ Arch. Yat. Corr, part, La lettre originale est de récriture de Montalembert ; elle est signée par les trois pèlerins. Les Affaires de Borne ne parlent pas de cette pièce.
' Lecanuet. Montalembert, 1, p. aa8.
s Arch. Aff. étr. Rome, 970, (^ 'j58. Dép. du 3o mars i83a.
lin) LAMENNAIS ET LE SAINT-SIEGE
sion de Lamennais, disant à Gerbet ses impressions, <K il ne fut en aucune façon question d'affaires :ù. Bénis par le pape, les trois visiteurs se séparèrent : Lacordaire reprit le chemin de la France, Montalembert se mit à parcourir ritalie, Lamennais se réfugia chez les théatins, à Saint-André délia Valle d'abord, puis à Frascati.
11 regardait Tentrevue obtenue de Grégoire XVI comme une victoire significative.
La bonté simple du pontife Pavait touché ; sa réserve au sujet de V Avenir s'expliquait par les circonstances politiques du moment ; sans doute une pareille circonspection était déplorable; mais la marche inévitable des événements allait y remédier; et les menées des ennemis n'y pourraient rien, oc Le jour de la vérité est plus près qu'on ne croit, écrivait-il à Gerbet. Dites donc à nos amis de ne pas se laisser abattre ni tromper par les mensonges partis d'ici... Notre séjour ici n'aura pas été stérile : la Providence a tout conduit et continuera de tout conduire pour le plus grand bien... N'en doutez pas, plus le pauvre arbre que nous avons planté est battu de la tempête, plus ses racines s'enfoncent profondément ^ »
Mais jusqu'à ce que vienne le triomphe que
^ Blaize XI, p. io8. Lettre du 29 avrîl i83a. Voir aussi une lettre à Vuarin, 19 avril i83a. (Revue des Deux Mondes, t^ novembre 1905, p. 191).
l'examen DBS DOCTRINES DE h*<l AVENIR » l6i
la Providence prépare en brisant tout ce qui doit être brisé, les hommes de VAt^enir ne doivent pas rester inactifs. Il faut développer Y Agence^ recueillir cinquante mille écus pour recommencer le journal à Paris, fonder une maison d'éducation en Belgique, travailler à l'organisation définitive de la congrégation de Saint-Pierre. A entendre Lacordaire, le seul parti sage serait <( de s'enfermer dans sa chambre ou de s'en aller rêver aux champs ».
Mais ce sont là des idées de juste milieu, dit Lamennais. Quant à lui, et ce quoi qu'il en soit des autres 9, il est «c bien résolu à continuer l'œuvre commencée il y a vingt ans )> et à ne l'abandonner « qu'à la fin de sa vie » \
Ce n'est point là un sentiment passager, exprimé une fois en passant. La résolution de continuer « l'œuvre commencée » est arrêtée, irrévocable. Elle s'affirme vingt fois avec force dans les lettres écrites aux intimes. Quelquesunes de ces lettres, celles à de Coux, par exemple, sont des programmes détaillés d'action Ml est vrai, le pape est contraire ; mais c'est par ignorance du véritable état social des nations européennes, par égard pour les monarchies
^ Revue des Deux Mondes^ p. m. Lettre à Gerbet, 10 mai i832.
* Voir Blaize, II, p. 99, io3, 104, 108, m, iia, ii5, laa. Lettres du 2S février, 14 mars, 29 avril, 10 mai, iS mai, a jain, 3i jaillet i83a. — Les lettres & de Cous sont du 5 et du 27 avril; je les ai publiées dans les Etudes du 20 avril 191 1.
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absolues dont il a besoin pour soutenir son pouvoir temporel, par docilité aux influences des intrigants qui Tentourent; et puis le temps et Dieu y pourvoiront. Une pareille opposition ne vaut donc pas qu'on la considère. Une seule chose peut compter à Rome, la pensée des rares hommes éminents qui s'y rencontrent :
le capucin Micara, lethéatin Ventura, le dominicain Olivieri, le carme Mazzetti, M*^ Castracane, M*' Foscolo; et tous ceux-là, à ce que dit Lamennais, jugent qu'il faut aller en avant.
Le blâme discret de Grégoire XVI n'a donc produit aucunement TelFet voulu. Non seulement Lamennais n'est pas dépris de son rôle de réformateur et de prophète des temps nouveaux, mais il s'y attache, avec une ardeur accrue encore par l'amertume et le mépris dont son cœur est plein à l'égard de Rome. £t il se met à écrire un volume de 3oo pages sur les Maux de F Église.
La diplomatie française était loin de soupçonner un pareil état d'âme. Elle ne savait qu'une chose : le peu de chances d'action qui restait à Lamennais. Quelques jours après l'audience du i3 mars, Saint- Aulaire écrivait à Sébastian i :
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^ Ainsi que je Tai mandé dès Torigine à Votre Excellence, la doctrine de Tabbé de la Mennais est parfaitement impopulaire à Rome.
Elle choque également les dispositions bonnes et mauvaises qui prévalent dans cette Cour.
On y désire sincèrement que la religion n'y devienne point une arme entre les mains des partis. On a de plus une aversion bien prononcée contre toute espèce d'innovation et rien n'est plus étranger aux hommes influents que l'esprit d'audace et d'entreprise*. »
Appuyé sur ces considérations qu'il regarde comme décisives; sachant d'ailleurs que le pape a fait savoir aux a pèlerins de Dieu et de la liberté x> son mécontentement, l'ambassadeur ne s'occupe plus des rédacteurs de ÏAi^enir.
Jusqu'au moment où éclatera l'encyclique Mirari vos (i5 août i832), Lamennais est comme inexistant pour le gouvernement français ; on ne demande même pas de ses nouvelles. Plus que jamais, on est préoccupé de Rome ; mais c'est de la souveraineté temporelle du pape que les diplomates parlent entre eux. Toute la politique de l'Autriche, de la Prusse, de la Russie, de l'Angleterre et de la France est concentrée sur la question de savoir comment s'apaisera la révolte qui a éclaté dans
^ Arch. Aff. étr. Rome^ 970, ^ 357. Lettre do ao mars i83a.
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les Légations, et dans quelle mesure le gouvernement ecclésiastique des Etats pontificaux deviendra laïque et libéral. Le problème qui mettra en mou vendent toutes les chancelleries, après 4^ et sous le second empire, se pose déjà et à peu près dans les mêmes termes. Pendant deux ans, Rome sera comme le point fixe de l'attention des puissances ; chacune d^entre elles ayant le désir d'y limiter l'influence de ses voisines et d'y étendre la sienne. Pour le gouvernement de Louis-Philippe tout particulièrement, la chose importe, et parce que la monarchie de juillet vient de nattre et parce qu'elle prétend servir au dehors les idées dont elle est plus ou moins l'incarnation dans notre pays.
On le pense bien, la gravité de ces événements n'échappait pas à Lamennais. Dans son pamphlet des affaires de Rome^ il y a consacré quelques pages où l'assurance des affirmations et la véhémence du ton cachent une connaissance incomplète et inexacte des faits \ Ce récit sommaire, outre qu'il est sujet à correction, ne donne aucune idée des circonstances au milieu desquelles se produisirent Tintervention de TAutriche, l'occupation d'Ancône, l'action de la Russie. Les longues négociations auxquelles fut mêlé Bernetti et les întermi-
^ Cjp. eit,, pp. 105-109.
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nables conversations des cabinets européens au sujet des Etats du pape, ne sont pas même soupçonnées du lecteur qui s^en tient à la narration de Lamennais. Les intentions de Vienne, comme celles de Paris, y sont également calomniées. Toute cette histoire est racontée de telle façon qu'une seule impression demeure : pour sauver quelques lambeaux de son pouvoir temporel, le pape est réduit à chercher un appui sur le bras du tzar: et dans le trouble où le jettent ces préoccupations misérables, il sacrifie les Polonais et il oublie la justice qu41 a promise aux rédacteurs de VAuenir.
Ce n'est point le lieu ici d'expliquer toute la politique du Saint-Siège dans la question polonaise. Il suffira de dire que Grégoire XVI lui-même a pourvu à sa propre défense dans un livre blanc qu'il fit publier en 1842. Et quant à Texamen des doctrines menaisiennes, on le préparait dans le secret et à loisir. Tandis que le fondateur de VAçenir écrivait son livre Des maux de f Église et de la société et des moyens d^y remédier^ des théologiens choisis par le pape rédigeaient les consultations d'où sortiront les jugements prononcés dans V^Ticyc\\(\\xe Mirarivos.
Seuls les dirigeants de la politique européenne ont perdu de vue le journaliste puissant, dont les articles les avait émus au lende-
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main des journées de juillet. Lui s'occupe d'eux, et fait leur examen de conscience. De sa cellule de Frascati, il regarde la vie des nations, pour chercher dans leurs entrailles profondes le secret de leur avenir. Dans cette inspection qu'il voulait universelle, Tltalie, TEspagne, le Portugal et la France ont passé sous les yeux sévères du voyant. Le temps lui a manqué pour achever le tour de l'Europe. Mais il n'en sait pas moins ce qui est à faire pour tout restaurer dans le Christ — c'est l'épigraphe qu'il donne à son livre — dans cette vieille société dont la révolution s'acharne à ébranler les fondements. <r Tous les maux qui désolent le monde, tous les désordres qui signalent certaines ères de transition ont pour cause principale les opiniâtres résistances opposées à la loi de progrès qui régit le genre humain. »
On retrouve dans ce langage celui même de V Avenir. Mais ces mots, jadis emportés par une feuille volante dans toutes les capitales de l'Europe, tombent maintenant sur un papier que seuls liront les yeux d'un ami. Absorbé dans l'effort nécessaire pour régler le cours des événements qui se pressent, le monde des chancelleries ignore les méditations solitaires du penseur perdu dans le silence d'un couvent de théatins. Il faudra l'encyclique Mirari ifos pour rappeler Lamennais à leur souvenir. Et cela même indique combien celui-ci était
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loin de la vérité, quand il voyait dans Facte pontifical une pure complaisance arrachée au chef de TEglise par les instances pressantes des cabinets européens.
Avant que Texamen des doctrines menaisiennes eût commencé à Rome, on s'était préoccupé de l'entreprendre en France. Quand l'archevêque de Toulouse s'ouvrit de son dessein à l'évèque de Chartres, celui-ci lui envoya une censure en 6i propositions (avec dissertation préliminaire, notes explicatives et justificatives) œuvre de M. Carrière, professeur à Saint-Sulpice. Ce travail, repris par M»' d'Astros, communiqué à des théologiens, particulièrement à MM. Vieusse, Boyer et Carrière, sulpiciens, finit par devenir la pièce connue sous le nom de Censure de Toulouse*. Dès que celle-ci eut pris forme, et avant qu'elle fût achevée, M»' d'Astros écrivit au cardinal di Gregorio, grand pénitencier* :
« Votre Eminence sait que cet écrivain
^ C'est d'après les correspondances conservées à Saint-Sulpice, que je résume ces faits. La Vie du cardinal d'Astros, parle P. Gaussette, ne fournit presque aucun détail pour l'historique de la Censure.
* Arcb. Yat. Dossier Lamennais, Lettre du 29 février i83a.
l6S LAMENNAIS ET LE SAINT-SIÈGE
[L. M.], après avoir donné l'espérance qu'il deviendrait le glorieux défenseur de la reli* gion, a publié des systèmes étranges qui nous ont singulièrement affligés.
a On a eu pour lui, depuis douze ans, tous les égards que son caractère, ses talents, ses vertus pouvaient exiger. Toutes les représentations qu'on a pu lui faire ont été inutiles, et l'on a conçu enfin de graves inquiétudes, quand on a vu qu'il travaillait à se faire de nombreux partisans, et que ses disciples formaient une vraie secte, étant pleins de l'esprit qui anime tous les novateurs. En effet, M. de la Mennais et ceux qui le suivent prétendent réformer toutes choses. Ils ont inspiré au jeune clergé le mépris pour les anciens du sacerdoce, lui ont insinué qu'il fallait savoir s'élever contre la direction des évêques. Ils ont parlé de ces derniers d'une manière tout à fait indigne. »
Et après avoir dit qu'un projet de censure est sur le point d'être envoyé bientôt aux évêques voisins de Toulouse, le prélat ajoutait :
a Nous ne voulons pas, dans le moment, demander au Saint-Père qu'il prononce aucune censure contre les erreurs de M. de la Mennais et de ses partisans, mais seulement prier Sa Sainteté de donner quelque désapprobation formelle et publique de leur doctrine en général, de manière qu^ils ne puissent pas se
l'examen des doctrines de L^a AVENIR 2> 169
servir du silence du Saint-Père pour séduire les hommes de bonne foi y>.
Le cardinal di Gregorio ne manqua point de soumettre à qui de droit la lettre venue de Toulouse. Le pape donna ses ordres et TÉminence répondit en racontant tout ce qui s'était passé à Rome depuis l'arrivée de Lamennais :
le mémoire remis, la lettre de blâme de Pacca, la présentation des pèlerins par Rohan.
a Je suis chargé, poursuivait le cardinal, de vous assurer de la reconnaissance du Saint- Père au zèle que vous avez pour le bien de rÉglise, et de son agrément à ce que vous, avec les autres évoques, vous vous occupiez
de Texamen des doctrines en question
votre ouvrage aidera l'examen qu'on va entreprendre à Rome* ».
Encouragé de si haut, Tarchevèque de Toulouse se remit à son travail. Le 28 avril, tout était prêt. Un catalogue de 5g propositions condamnées, avec une lettre au pape, furent envoyée à douze prélats du midi. M*' d'Astros leur disait :
a Veuillez bien examiner les propositions censurées et le jugement qui en est porté, et me faire connaître ensuite, par une lettre particulière, ou votre adhésion, ou les observations qui vous auraient empêché d'adhérer ;
^ Arch. Vat. Dossier Lamennais^ Lettre du 16 mars i832.
de courtes explications pourront lever les difficultés.
a Je n'ai pas besoin de dire à V. G. que je n'enverrai cette censure à Rome, avec votre adhésion, qu'après avoir corrigé ou retranché ce que vous n'auriez pas approuvé. *»
Le prélat terminait sa lettre en communiquant à ses collègues la réponse qu'il avait reçue du cardinal di Gregorio.
Deux mois s^écoulèrent en correspondances.
Les sulpiciens Boyer et Carrière furent priés de donner leur avis. On attendit celui des évoques. L'un d'eux, celui de Montpellier, Nicolas Fournier, avait déjà préparé une énorme réfutation de Lamennais, au triple point de vue philosophique, théologique et politique.
Il voulait publier son œuvre ; au reçu de la censure toulousaine, il renonça à son projet et donna à M*' d'Astros son adhésion pure et simple^. Parmi les autres prélats consultés, plusieurs demandèrent des explications, des retranchements, des additions. Dans sa rédac* tion définitive le catalogue de propositions erronées fut réduit de Sg à 56 ; il y fut joint une lettre latine par laquelle les évêques jus-
^ Arch. Vat. Dossier Lamennais, Lettre du a8 avril i832.
* Saurel. Marie-Nicolas Fournier, Montpellier, 189a, p. ^i^. — Ce pays fut d'ailleurs fécond pour la polémique antimenaisienne : l'abbé Flottes et l'abbé Bellugou publièrent, entre i8ao et 18261 plusieurs brochures pour combattre les doctrines de V Essai,
l'examen des doctrines de l'« avenir d 171
tifiaient leur démarche ^ ; le paquet partit pour RomeleiSjuillet, parles voies les plus sûres'. Le 28, le cardinal di Gregorio accusait réception de l'envoi.
« A la hâte, disait-il, j'ai parcouru et ce qui est manuscrit et ce qui est imprimé; et tout de suite je me suis procuré l'honneur de le remettre entre les mains du Saint-Père qui l'a agréé infiniment ]>.
En soumettant à l'autorité pontificale la censure portée par eux, les prélats se défendaient habilement et sincèrement de poursuivre une revanche dugallicanisme. Suivant les exemples donnés par l'épiscopat, notamment en 1791 et en i65o, ils sollicitaient l'intervention du pape, en le priant de confirmer leur jugement, « autant et de la manière qu'il le trouverait convenable ».
Nous reviendrons un peu plus tard sur le syllabus dressé à Toulouse. 11 suffira d'observer ici qu'il portait moins sur VAi^enir que sur Y Essaie moins sur la politique que sur la philosophie et la théologie menaisiennes. Cepen-
^ Cette lettre était signée par Brault(Alby), d'Astros (Toulousc], Foamier (Montpellier), Dubourg (Montauban), de ChaCToy (Nime8),de Lo8tange8(Périgueux),Darbou (Bayonne), de Saunhac (Perpignan), de Gualy (Carcassonne), deTonmefort (Limoges), Savy (Aire), d'Hautpoul (Cahors), Giraud (Rodez) .
' Dès le 17 juin, d'Astros avait demandé au cardinal de Gregorio comment lui faire tenir la censure.
17a LAMENNAIS ET LE SAINT-SIEGE
dant quelques articles du journal étaient cités et réprouvés ; de même, quelques assertions de la déclaration du 6 février i83i.
Cette attitude de Tépiscopat était un fait important qui devait nécessairement modifier à Rome la position des m pèlerins de Dieu et de la liberté ». Le pape leur avait fait dire (le 25 février) par Pacca qu'il était disposé à faire examiner leurs doctrines. La censure de Toulouse ne rendait-elle pas cet examen urgent et indispensable ? Et en toute hypothèse, ne fallait-il pas sortir du silence que Ton avait gardé jusque-là ?
Lambruschini fut chargé d'étudier la question. Il le fit dans un bref rapport, destiné à définir l'objet des délibérations que le souverain Pontife demandait à la congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires.
a Les doctrines politiques et religieuses soutenues depuis deux ans par M. l'abbé de la Mennais provoquent depuis longtemps les réclamations de l'épiscopat français, qui les regarde au moins comme extrêmement dangereuses et de nature à produire des effets graves et funestes à l'Eglise de Dieu. Il est démontré par les faits que ces doctrines ont répandu et maintiennent une division fatale, non seule-
l'examen des doctrines de l'c avenir » 173
ment dans le clergé de France, mais encore parmi celui de Belgique, de Pologne et de TAllemagne rhénane. Avec grande douleur, les bons et vrais catholiques voient ces idées gâter la tète des jeunes prêtres ; à mesure qu'ils en sont imbus, ils s'écartent de la dépendance due aux évêques, en méprisent l'autorité, deviennent orgueilleux, et au lieu de s'adonner à leur ministère sacré, s'occupent de discussions politiques, fréquentent les réunions des libéraux, deviennent suspects à la puissance civile ; en sorte que, de ministres de l'Evangile qu'ils devraient être, destinés à prêcher la soumission, l'obéissance et la paix, ils se font les instruments des discordes civiles, et sont transformés en démagogues et en factieux. »
Après cet exposé, le rapporteur rappelait que les évêques de France avaient plusieurs fois soit directement soit par l'intermédiaire du nonce, prié le Saint-Siège d'intervenir ; et que les évêques belges ne sentaient pas moins la nécessité de cette intervention. Les cabinets des puissances catholiques étaient d'ailleurs alarmés de la propagande faite par VAi^enir. Et enfin les rédacteurs de ce journal réclamaient eux-mêmes un jugement de leurs doctrines.
Dans ces conjonctures, conclut Lambruschini, un examen s'impose et le Saint-Père soumet à la sagesse de la congrégation les quatre questions suivantes :
1. Est-il expédient que le Saint-Siège continue à garder le silence, ou doit-on lui conseiller de parler ?
2. Si le pape doit parler, sous quelle forme doit-il le faire : par une simple désapprobation manifestée en quelque acte solennel, ou par un jugement doctrinal qui qualifierait certaines propositions, ou par la mise à Tindex de VAuenir?
3. Si ces trois partis ne conviennent pas, vu retendue du mal, le pape devrait-il lancer une encyclique dans laquelle, sans parler de Lamennais, serait exposée la vraie doctrine de l'Église sur l'autorité des souverains et des sujets ?
4. Si ce dernier projet était adopté, quelles seraient les maximes erronnées et périlleuses à condamner, et quels enseignements devraient faire le fond de Tencyclique * ?
^ Arch. Vat. Dossier Lamenniùs, — A cette posizione de la question étaient joints quatre fascicules de pièces annexes. Le premier contenait le Mémoire des rédacteurs de l'Avenir et leur déclaration de i83i. Dans le second, on avait réuni un extrait des pages consacrées à V Avenir par Rozaven dans sa préface à V Examen du livre de Gerbet sur la certitude, des observations du même auteur sur le dernier numéro de V Avenir et la profession de foi présentée au Saint-Siège par les rédacteurs. Au troisième fascicule, on trouve un article de VAmi de la religion (27 octobre 183 1] et un travail anonyme imprimé à Toulouse sous ce titre : Idée sommaire du système politique et religieux de V « Avenir ». Le quatrième contient des réflexions du P. Orioli sur VActe d'Union; trois écrits de Lambruschini : jugement sur Tabbé de la Mennaîs, observations sur le mémoire des rédacteurs de l'Avenir, dissertation sur Torigine, de la nature et des droits de la puis-