EPILOGUE
tout était rompu, entre eux. En 1847^ ^ Toccasion de l'oraison funèbre yd'O'Connell qu'il venait de prononcer, Ventura eut l'idée d'offrir, à son ami d'autrefois, cet éloge d'un soldat heureux de la liberté, le portrait de Pie IX, et une lettre, toute vibrante de tendresse, qui expliquait le sens de ces souvenirs. Lamennais remercia de ces attentions et en accepta l'offre aimable; mais il eut soin de maintenir très hautes les barrières qui le séparaient de la foi catholique : jamais il n'avait été si heureux que depuis son apostasie.
Quand les événements fixèrent Ventura en France et à Paris, le désir de le revoir s'éveilla dans le vi ux cœur de Lamennais.
L'entrevue eut lieu chez l'abbé Deguerry:
l'abbé Martin de Noirlieu était présent, avec quelques autres ecclésiastiques, à cette singulière rencontre. Ce ne fut qu'après le repas qu'éclata la controverse. Une fois au salon, Lamennais se mit à entasser objections sur objections contre la création, le péché originel, l'éternité des peines et autres vérités importantes de notre foi. Pendant trois quarts d'heure, il disserta, finissant par exalter cette religion de l'humanité qui était maintenant la sienne.
Si Lamennais parlait comme un livre, Ventura ne lui cédait en rien pour l'abondance
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et la sûreté de la parole. Point par point, il se mit à réfuter le renégat, le ramenant avec vigueur aux démonstrations éloquentes de VEssai sur ï indifférence , La réplique aurait duré deux heures. Et Lamennais, écrasé par ce discours d'une logique implacable, aurait pris en hâte la porte, en priant le discoureur d'être à son égard moins sévère*. Les deux amis ne devaient plus se revoir ; la tentative que fit Ventura pour arriver jusqu'au lit d agonie de Lamennais demeura vaine.
Ces quatre témoignages, d'un religieux, d'un diplomate, d'une femme du monde et d'un évèque, ont leur garantie de vérité dans les écrits où Lamennais lui-même à tenu à consigner les étapes des chemins par lesquels il est sorti de l'Eglise catholique. Pendant les heures douloureuses qui précédèrent cet exode lamentable, il avait l'habitude de jeter sur le papier, comme elles se présentaient, ses difficultés de croire. En i84i, il réunit ces feuilles éparses et les publia sous le titre de Discus^ sions critiques. D'après ces confessions d'un incroyant, plus rien, à la (in, ne demeurait en
1 Cultrera. Vella vita e délie opère del /?. P. D. Gioachino Ventura. Palermo 1877, in-8, p. 63, 167-170. — Le P. Cultrera a reçu de Ventura, son oncle, le récit de cette rencontre.