‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834: D'après des documents inédits et lesChapitre 33 sur 62 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

de l'astronomie. Ainsi les sciences avancent, elles changent quant à leurs résultats, et il s'ensuit que les dogmes doivent changer à leur tour. Au moyen âge, au temps de Saint- Thomas, la science était encore incorporée à la tliéologie. A toutes les époques, la science de Dieu s'est revêtue d'infaillibilité. Ainsi, au temps de la domination du pouvoir spirituel, toute science était considérée comme infaillible, et par là les dogmes de TÉglise ont eu la même valeur. Aujourd'hui que la théologie est incorporée dans les sciences, on ne saurait plus croire à l'infaillibité de la puissance spirituelle.

a Or, je vous demande, qu'est-ce qu'un corps religieux, une puissance ecclésiastique, si elle n'est pas revêtue de l'infaillibilité ? Rien, absolument rien. Pour nous, la papauté n'existe plus. C'est une de ces vastes ruines qu'on rencontre à Rome. Le Colisée et la coupole de Saint-Pierre, aux deux extrémités du christianisme (dans l'ancienne acception du mot) : voilà tout ce qui reste d'une grande époque qui approche de son terme.

« Croyez-moi, tout est passager en ce monde.

Il y a pourtant un organisme dans l'humanité comme dans la natyre. L'arbre se dépouille de ses feuilles et il s'en revêt ; ce ne sont pas les mêmes feuilles, mais c'est la même sève qui les fait éclore. Le principe de la sociabilité et

de la croyance religieuse sont les deux éléments inhérents à la nature de Thomme. Dans toutes les phases que le genre humain doit parcourir, les hommes se constitueront en société et cette société se réglera d'après ses croyances religieuses. Quant au culte, il doit changer. Ce qu'il y a d'éternel, de vrai, d'immuable dans le Christianisme, c'est la charité. Mais ce qui a été charité dans l'ancienne société deviendra fraternité dans la nouvelle. Ne riez pas des utopies des jeunes générations qui, en méconnaissant les progrès du temps présent, prêchent prématurément la fraternité du genre humain. C'est qu'eux ont devancé les temps où nous sommes, tandis que vous, vous êtes portés en arrière*. »

Avec Ventura, la situation du prêtre déchu était bien plus tragique. Le général des Théatins, pendant douze années, avait été son frère d'armes : animés de la même passion pour l'Eglise, croisant leurs plumes dans les mêmes combats, endoloris des mêmes souffrances, soulevés par les mêmes espoirs, ils avaient vécu ensemble, courageusement, une vie difficile, soutenus par leurs nobles pensées et leur mutuelle affection \ Et maintenant

^ Aicb. Vat. Dossier Lamennais, Lettre du i3 janTier i838. * Voir ÉtudeSf 5 mars, 30 avril, 5 juin 1910.

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