ÉPILOGUE
divines ne seraient qu'un vain mot. Aucune page émouvante, aucune protestation catégorique de Lamennais ne sauraient ébranler la fermeté de cette conclusion. L'intime de tout homme, et à plus forte raison celui d'un homme aussi complexe et subtil, se dérobe en des arcanes où seule Tintelligence infiniment pénétrante de Dieu peut discerner le vrai. Il est interdit à n'importe qui de discuter un par un les nombreux problèmes de sincérité, que soulèvent cent pages tracées par ce malheureux écrivain durant la longue crise qui finit par engloutir sa foi. Toujours manqueront les données suffisantes pour conclure à bon droit. Mais cette impuissance où nous sommes de marquer l'heure précise où Lamennais nous trompe en se mentant à lui-même; ne nous empêche pas de savoir qu'il y eut dans sa vie un tel moment ; après quoi, Dieu l'abandonna, parce que lui l'avait délaissé le premier et qu'il persévéra dans cette suprême méconnaissance.
11 pourra sembler à quelques-uns que c'est là peut-être beaucoup insister sur une théologie élémentaire de l'économie de la grâce.
Les temps où nous sommes ont paru nécessiter ce rappel. Un trop grand nombre de catholiques ignore l'alphabet de la religion. Beaucoup d'indifférents passent à côté du problème des responsabilités sans vouloir s'y
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arrêter. Les historiens contemporains aiment à expliquer, par la poussée des conjonctures, la destinée des hommes les plus personnels.
Et enfin, parmi ceux qui ont écrit sur Lamennais des livres importants, il en est peut-être qui ont cherché pour lui, avec trop de préoccupation, le bénéfice des circonstances atténuantes. Nous croyons avoir de la liberté humaine une idée plus haute et plus vraie, en laissant à chacun la responsabilité de ses fautes. N'est-ce pas aussi le meilleur moyen d'assurer à l'histoire la fonction morale que Cicéron lui assignait en propre quand il l'appelait la maîtresse de la vie humaine ?
Lamennais est le premier qui ait refusé de voir dans l'orgueil la cause secrète de son incroyance finale. « La maxime que l'on ne résiste jamais à la hiérarchie que par orgueil, va à confondre l'orgueil avec la raison*. » Tel est son plaidoyer. Il équivaut à une simple affirmation. Car le raisonnement par lequel il est appuyé — dans le passage visé ici — consiste tout simplement à dénier à l'Église l'autorité d'imposer sa parole. Or, tout le monde en conviendra, il est beaucoup moins hasardeux d'expliquer l'insubordination de Lamennais par sa superbe, que d'expliquer l'ascendant de l'Eglise sur les esprits, à tra-
^ Discussions critiques, p. i3o.