‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834: D'après des documents inédits et lesChapitre 39 sur 62 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

vers vingt siècles d'histoire, par la déraison universelle. La psychologie la plus rudimentaire, et la plus indéniable, découvre dans toute impatience du joug un mouvement de Torgueil. Et une fois encore, la leçon la plus certaine de Tascétisme chrétien nous autorise à ajouter que la grâce de croire, comme toutes les autres, est sous la garde de Thumilité. Aucune protestation ne saurait prévaloir contre cette double vérité de foi et de sens commun. Et d'ailleurs Fauteur des Discussions critiques s'était réfuté lui-même par avance, quand il avait écrit dans VJEssai : ce Semblables à un nageur qui suit le courant, nous ne sentons les lois de notre être que lorsque nous leur résistons : et comme la résistance suppose la force, l'homme qui se complaît en tout ce qui lui donne la conscience des siennes met souvent son orgueil à se raidir contre l'autorité. Telle est la source la plus commune et la plus dangereuse de Terreur* ».

Comment, au milieu des ruines de sa croyance, Lamennais put-il trouver cette paix profonde de Tesprit et du cœur, dont il parle avec tant de complaisance aux amis qui le poursuivent pour le ramener à l'Église ? C'est un problème que Ventura résolvait, en contestant la plénitude et la continuité de cette

& Eêsai, II, ch. XIV.

38a LAMENNAIS ET LE SAINT-SIÈGE

tranquillité d'âme. Si cette solution déplaît, parce qu'elle accuse d'inconscience ou d'insincérité le malheureux apostat, qu'on laisse à la sagesse et à la justice infinies le soin de pénétrer le mystère de cette conscience. La réserve que nous garderons, par ignorance des secrets de Dieu et par compassion pour la misère d'un grand homme, ne saurait nous empêcher de conclure avec fermeté, de lui comme de tous les pécheurs : il s'est perdu parce qu'il l'a voulu.

Des historiens catholiques ou étrangers au catholicisme ont trouvé piquant de transformer la papauté repentante en héritière, malgré elle, de Lamennais. LéonXIlI particulièrement aurait été une sorte d'exécuteur testamentaire des plus grandes initiatives du fondateur de VAi^enir^ dont le grand malheur fut, dit-on, de devancer son époque. L'irrévérence de ces propos n'a d'égale que leur mal fondé. Assurément, s'il eût vécu au temps de l'encyclique Rerum nouarunt^ Lamennais y eût applaudi comme à un écho sincère du Misereor super turbam qui jaillit un jour du cœur infiniment bon de Jésus-Christ. Maisqu'est-ceque la démocratie chrétienne, dontLéon XIII a tracé le programme, a de commun avec celle que rêvait

Page 1