‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834: D'après des documents inédits et lesChapitre 43 sur 62 · DEUXIÈME LETTRE DU CARDINAL PAGCA · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE DU CARDINAL PAGCA

(i6août i83a).

Monsieur Tabbé,

Ainsi que je vous l'avais fait espérer par la lettre que vous reçûtes de moi lors de votre séjour à Rome, Notre S. Père a décidé de faire examiner mûrement et d'examiner loipmèmeles doctrines de I' ^t^entr, comme vous et vos collaborateurs l'aviez instamment demandé.

Cette démarche, suivie de tous les temps des savants vraiment religieux et solides, vous fait honneur, et elle est conforme aux maximes et à la pratique constante de TEglise. Bximmm illud (écrivait jadis le pape Alexandre VII an recteur et à Tirniversité de Louvain) Salvaioris nostri foce tûties inculctUum prsBceptum de servandis MccUêisf mandatis, deqae

i Ex S. Bemardo, Serm, de Nativ. B. M, K., g 6. ' D'après Toriginal qui est en ma possession.

PIECES JUSTIFICATIVES ^|Ol

audiendà voce posions^ que m vicarium suum in terris universi gregis cura demandata consiituit, cum ad saluiêm et vitam, tum profecto est ad omne ver» scientiM doctrinseque lumen suscipiendum absolute necessarium ; nisi enim in omnibus omnino determinationihus apostolicis^ et firmitati petrMy supra quant EcclesiM sum fundamenta statuit Dominus, omnes hominum, et prmcipuè litteris addictorum eogitationes et consilia immobiliter adkmreant, incredibile prorsùs est in quot et quantas vanitaies et insanias faisae humani curiositiu ingenii, quo magis etiam ejus vis et perspicacitas excellit^ per invia tandem et obruta feratur.

Sa Sainteté pouvait d'autant moins se refuser à Tinstanee qne vous lui avez soumise par ii^on organe, que de toute part Tépiscopat 8*est adressé, lui aussi, à cette chaire apostolique pour réclamer de la bouche infaillible du successeur de S. Pierre une décision solennelle sur certaines doctrines de V Avenir, qui font depuis leur naissance tant de bruit, et qui malheureusement ont semé et sèment la plus désolante division dans le clergé.

Dans la lettre encyclique que le Saint Père vient d'adresser aux patriarches, archevêques et évèques du monde catholique, pour leur annoncer son élévation au trône pontifical, et dont vous trouverez ci-joint un exemplaire que je vous transmets par son ordre exprès, vous verrez, Monsieur l'abbé, les doctrines que S. S. réprouve comme contraires à l'enseignement de l'Eglise, et celles qu'il faut suivre, selon la sainte et divine tradition et les maximes constantes du Siège apostolique. Parmi les premières, il y en a quelques-unes, qui ont été traitées et développées dans 1'^ venir, sur lesquelles le successeur de Pierre ne pouvait se taire.

Le S. Père, en remplissant un devoir sacré de son ministère apostolique, n'a cependant pas voulu oublier les égards qu'il aime à avoir pour votre personne, tant à cause de vos grands talents que de vos anciens mérites envers la religion. L'Encyclique vous apprendra, Monsieur l'abbé, que votre nom, et les titres mêmes de vos écrits où l'on a tiré les principes réprouvés, ont été tout à fait supprimés.

Mais comme vous aimez la vérité et désirez la connaître pour la suivre, je vais vous exposer franchement et en peu de mots les points principaux qui, après Texamen de VAveniry ont déplu davantage à Sa Sainteté. Les voici.

D'abord EUe a été beaucoup afiSigée de voir que les rédacteurs aient pris sur eux de discuter en présence du public et

4oti LAMENNAIS KT LK SAINT-SIEGE

de décider les queetione lee plus dëlioates, qui appartiennent aa gouvemement de l'Eglise et à son chef suprôme, d'où a résulté néoessairement la perturbation dans les esprits, et surtout la division parmi le clergé, laquelle est toujours nuisible aux fidèles.

Le Saint Père désapprouve aussi et réprouve même les doctrines relatives à la liberté civile et politique, lesquelles, contre vos intentions sans doute, tendent do leur nature à exciter et propager partout l'esprit de «édition et de révolte de la part des sujets contre leurs souverains. Or, cet esprit est en ouverte opposition avec les principes de TEvangile et da notre S. Eglise, laquelle, comme vous savez bien, prêche également aux peuples robéi|sance et aux souverains la justice.

Les doctrines de VAvenir sur la liberté des cultes et la liberté de la presse, qui ont été traitées avec tant d'exagération et poussées si loin par MM. les rédacteurs, sont également très réprébensibles, et en opposition avec l'enseignement, les maximes et la pratique de l'Eglise. Elles <mt beaucoup étonné et affligé le S. Père ; car si, dans certaines circonstances, la prudence exige de les tolérer comme un moindre mal, de telles doctrines ne peuvent jamais être présentées par un catholique comme un bien ou une chose désirable.

Enfin, ce qui a mis le comble à l'amertume du S. Père, est Vacte d'union proposé à tous ceux qui^ malgré le meurtre de la Pologne, le démembrement de la Belgique, et la conduite des gouvernements qui se disent libéraux, espèrent encore en la liberté du monde et veulent y travailler. Cet acte, annoncé par un tel titre, fut publié par V Avenir, quand vous aviex déjà manifesté solennellement daus le même journal la délibération de venir à Rome avec quelques-uns de vos collaborateurs pour connaître le jugement du S. Siège sur vos doctrines, c'est-à-dire dans une circonstance où bien des raisons auraient dû conseiller de l'arrêter. Cette observation n'a pas pu échapper à la profonde pénétration de Sa Sainteté ; elle réprouve un tel acte pour le fond et pour la forme; et vous, réfléchissant un peu, avec la profondeur ordijiaire de votre esprit, à son but naturel, verrez facilement que les résultats qu'il est destiné à produire peuvent le confondre avec d*autres unions plusieurs fois condamnées par le S. Siège.

Voilà, Monsieur l'abbé, la communication que S. Sainteté me charge de vous faire parvenir dans une forme oonfiden-

PIÈGES JUSTIFICATIVES 4o^

tielle. £lle ee rappelle arec une bien vive satisfaction la belle et solennelle promesse faite par voas à la tète de vos collaborateurs, et publiée par la presse, de vouloir imiter^ selon le précepte du Sauveur, V humble docilité des petits enfants^ par une soumission sans réserve au Vicaire de Jésus-Christ, Ce souvenir soulage son cœur. Je suis sûr que votre promesse ne manquera pas. De cette manière vous consolerez l'âme affligée de Notre Tressa int Père, rendrez la tranquillité et la paix au clergé de France, qui, vous ne l'ignorez pas, est en proie à des divisions, lesquelles ne peuvent que réussir dangereuses aux fidèles et k TEglise ; et vous ne ferez que travailler à votre solide célébrité selon Dieu, en imitant l'exemple du grand homme et du prélat, modèle de votre nation, dont le nom sera à jamais cher et précieux à l'Eglise, et qui fut bien plus illustre après son acte glorieux qu'il ne l'était auparavant. Vous Timiterez, sans doute, ce noble exemple ; vous en êtes digne.

Je vous en félicite d'avance. Monsieur, et saisis avec plaisir cette occasion pour vous témoigner ma considération, et combien je suis

Votre très- affectionné serviteur,

Barthblbmi cardinal Pacca.

Roms, Is i6 août iS3a.

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