PREMIÈRE DÉCLARATION DE LAMENNAIS
(4 août i833)
Trèa-Saint Père,
Quelque répugnance que j'éprouve à distraire un moment Votre Sainteté des graves affaires qui sont l'objet de aa sollicitude, il est de mon devoir de m'adresser directement à elle dans les circonstances personnelles où je suis placé.
Lorsque le jugement de Votre Sainteté, sur la manière dont moi et mes amis nous avions entrepris de défendre les droits des catholiques en France, nous fut connu, à l'instant même nous protestâmes publiquement, et dans toute la sincérité de notre ftme, de notre soumission pleine et entière à la volonté du Vicaire de Jésus-Christ; et Votre Sainteté
^ Diaprés l'original. Arch. Vat. Dossier Lamennais,
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daigna me faire dire que ce témoignage solennel de notre obéissance filiale lavait également satisfaite et consolée.
Cependant je Tois, Très-Saint Père» avec une profonde douleur, par un Bref que Votre Sainteté a adressé à M. l'archeTèque de Toulouse, et que les journaux ont rendu public, qu'on avait réussi à inspirer à Votre Sainteté des sentiments de défiance à notre égard. Par quels moyens et sur quels fondements, je Tignore. Quels sont ces bruits répandus dans U publie, et qui ont de nouveau contristé votre cœur? Plus, sur ce point, j'interroge ma conscience, moins je découvre ce qui a pu fournir contre nous le sujet d*un reproche. Ce que je sais avec toute la France, c'es que VAvenir a cessé de paraître, que VAgenee Catholique a été dissoute, et les comptes rendus aux souscripteurs; que nul d*entre nous n'a seulement songé à entreprendre depuis rien de semblable, et qu'ainsi nous avons prouvé notre obéissance à Votre Sainteté, non pas seulement par de simples paroles, mais par des actes effectifs aussi éclatants que le soleil .
Toutefois, puisqu'on a rendu de nouvelles explications nécessaires, je me sens obligé de déposer derechef humblement aux pieds de Votre Sainteté l'expression de mes sentiments qu'on a calomniés près d'elle, et en conséquence je déclare :
Premièrement, que par toute sorte de motifs, mais spécialement parce qu'il n'appartient qu'au* chef de l'Eglise de juger de ce qui peut lui être bon et utile, j'ai pris la résolution de rester à Tavcnir, dans mes écrits et dans mes actes, totalement étranger aux affaires qui la touchent;
Secondement, que personne, grâce à Dieu, n'est plus soumis que moi, dans le fond du cœur et sans aucune réserve, à tontes les décisions émanées ou à émaner du Saint-Siège apostolique sur la doctrine de la foi et des mœurs, ainsi qu'aux lois de discipline portées par son autorité souveraine.
Tels sont, Très-Saint Père, mes sentiments réels, établis d'aillenrs par ma vie entière. Que si l'expression n'en paroissoit pas assez nette à Votre Sainteté, qu'elle daigne ellemême me faire savoir de quels termes je dois me servir pour la satisfaire pleinement : ceux-là seront toujours les plus conformes à ma pensée qui la convaincront le mieux de mon obéissance filiale.
Je suis, etc.
La Chênaie, le 4 août iS33.
BREF A Me DE LESQUBN '
(5 octobre i833)
VllinABIUS PKATta, BALOTSa IT ArOtTOUCAM BBHBMCnOMM
Litterae acoepimus, tue in Nos singolaris obaerrantie testes» quibus epistolam misisti datam ad Nos a dilecto filio F. Lamenneio. Hanc legimus animo sane percupido, jucanda spe illecti, illa ibidem nacturos nos esse luculentiora monuments quœ ab ipso de sincera fide opperiabamor, qna nostro judicio plene absoluteque paruerit. Id quidem ipsc satis jam se probasse autumabat primo illo actu quo illico, post acceptas Ëncyclicas nostras litteras, ab sua Ephemeride edenda, atque a catholicat quam nuncupant, proeuratione cessatum prorsus fuisse, publiée deountisTit. Hinc gravate admodum se ex nostra ad Tenerabilem Fratrem Archiepiscopum Tolosanum epistola accepisse scribit, metu adhuc Nos affici ob ea quae perferuntup in vulgus, quasi pristinis molitionibus instet ipse cum suis animoque adversus nostra judicia obfirmato, amaritudinem Nobis amarissimam inferre coniiitatur.
Miramnr profecto hœc ipsum protulisse. Recte quippe ac merito commovebamur, deceptam conspicientes expectationem, quam primus ille actus concitarat, quem prœnuntium ducebamus declarationum, quibus catholico orbi manifestum fieret, ipsum firme et graviter tenere, ac profiteri sanam illam doctrinam, quam nostris ad uni versos Ecdesise AntistitesLitteris proposuimus. Dum enim bec properabamus votis, evulgatœ per Ëphemeridas advenerunt {Journal de la Haye, 22 février i833, num. 16) ejusdem Lamenneii littere, que, cum ipsum eadem plane ac antea princîpia (que improbaturum illum esse confidebamus) fovere adhuc ac tueri commonstrent, susceptum mœrorem nostrum necessario cumularunt.
^ D'après la publication faite chez Adrien Le Clerc, en i833, sous ce titre : Lettre encyclique et bref de N. S. P, le P, Grégoire XVI. Circulaire de M. Vévêque de Rennes et lettres de M. de la Mennais, J'ai vu aussi la minute. Arch. Va t. Dossier Lamennais,
Id porro lamentantibus Nobis, altéra eubito accessit ratio dolorisy commentariolum de Polonieo Peregrinatore [le Pèlerin polonais) plénum temeritatis ac maliciœ, in quo haud ipsam latet, quidnam longo ac vehementi sermone prœfatus fîierit alter ex prcecipuis ejus alumnis^ quem anno superiore una cum eodem ipso bénigne fueramus adlocuti. Tœdet yero alia îd genus plura percensere» qaae ubique circumferuntar, nosque admonent oollaborari etiam nunc ad priora concilia, institutaque confirmanda, quin aliquid a Lamenneio ipso scriptum editumque typis sit, quo certe eWncatur, falso prorsus ac per calomnia m tôt tantaqne de eodem propalam obtrudi.
Cœteram id iusuper grave admodum exstitit Nobis, quod cum idem Lamenneius agnoverlt, nostrum esse de iis pronuntiare, quae cathoiicœ rei expédiant, se deinceps extraneum fore, iisdem ad Nos litteris aaseruerit, ubi de Ecclesia, deque religionis causa quœstio sit. Quo enim hsec tendunt, Tenerabilis Frater, nisi ut se quidem supremam nostram aoctoritatem revereri, judicio autem, bac in re, nostro, doctrinisque per nos traditis nondum obsecutum fuisse patefaciat ?
Quœ quidem omnia, ut alia multa prœtereamus, molestas Nobis universam, ad hsec usque tempera, tristissimi hujus negotii ratîonem perpendentibus suspiciones injecere, causasque ingeminarunt quibus illa nos cura vehementer sollicitât.
Verum fatemur cum gaudio : aninios nunc addunt Nobis, nutantesque in bonam nos spem erigunt, quœ Lamenneius iisdem litteris promittit et spondet, se scilicet paratum esse omnia illa libenter sancteque profiteri, quibus de filiali sua obedicntia certissime convincamur. Flagitat idcirco, ut de verbis edoceatur quibus propositum hoc 8uum possit apprime declarare. Cui quidem postulationi id unum rescribimus, ut scilicet doctrinam nostris cncyclicis Litteris traditam, quibus certe non nova prxcepta imperantur (dioimus cum IiiNOCBNTio I, sanctissimo prœdecessore nostro) sed ea qute Apoatolica et Patrum iradiiione sunt eongtiiuta, se unice et absolute sequi conGrmet, nihilque ab illa alienum se aut scripturnm esse aut probaturum.
Hec si testetur ipse, prœstetque faclis, plénum certe erit gaudium nostrum. Ita enim fore confidimus. ut ademptum
4iO LAMKNlfAIS IT LE SMIfT-*SlÊGE
tandem videamus e domo Israël lapldem oflTentloiiis, omncsque sa père unanimes secandum seientiam, que ex Deo est, aliquando Ictemnr. Tuam igitur religionem, pietatem, fldem, compellamus, venerabilis Frater, ut qua Taies prudentia, dootrina» gratta, auetoritate, in tantum finem contendas, quo studia, votaque hœc nostra exitus naneiscantur secnndissimos. Nostne erga dilectum illnm filium roluntatis interpretem te adsciseimus : affecta illum patemo complexuri banc ab ipso oonsolationem omnium gratiasimara prsestolamur, ut, Patris amantissimi Yoeem alacriter sequutns, sit ipse ceteris etiam auetor ad ea duntazat magno animo et forti credenda, quibus catholiea fidea, sanctitas morum, et public! ordinis incolumitas seryentur, augeanturque in dies felicîua.
Summe gloriosum sibi futurum meminerit viros imitari tum sanctitate, tum doctrîna, tum dignitate prœstantes, qui, si quidpiam a vero rectoque absonum se protulisse agnoverunt, Pétri Damiani monilum sequuti, ad Pétri magisterium lihenter corrigendi accesserunt, probe gnari, teste S. Leone Mag^o, Romanos Pontifices, gratiam sibi paterne cbaritatis impensuros, dilectionemque non negare, ut manifestationem catholicœ veritatis expectent.
Humili intérim assiduaque prece a Pâtre luminum postulamus, patrocinio Yirginis sanctissimae implorato, quœ omnium mater est, domina, dux et magistra, ut voce tua virtutem assequuta ex alto, tantum, et Nobis, et Ecclesiae illatum fuisse gaudium gratulemur. Que ut e sententia prospère ac féliciter eveniant, cœlestis prœsidii auspicem Apostolicam benedictionem tibi, venerabilis Frater, peramanter impertimur.
Datum Romae, apud Sanctam Mariam Majorem, die V octobris MDCCCXXXIII, pontificatus nostri anno III.
DBUXliM B DÉCLARATION DE LAMENNAIS <
(5 novembre i833).
Très-Saint Père, Il me suffira toujours d'une seule parole de Votre Sainteté,
^D'après l'original. Arcb. Yat. Dossier Lamennais,
PIKGB6 JUSTIFICATIVES ^i l
non feulement pour lai obéir en toat ce qu'ordonne la religion, mais encore pour lui complaire en tout ce que la eon» science permet.
En conséquence, la lettre Encyclique de Votre Sainteté, en date du i5 août i83a, contenant des choses de nature diverse, les unes de doctrine, les autres de gouvernement, je déclare :
I. Qu'en tant qu'elle proclame, suivant Texpression d'Innocent I^') la tradition apostolique, qui, n'éta^ que la révélation divine elle-même perpétuellement et intflliblement promulguée par l'Eglise, exige de ses enfants une foi parfaite et absolue, j'y adhère uniquement et absolument, me reoonnoissant obligé, comme tout catholique, à ne rien écrire ou approuver qui y soit contraire,
9. Qu'en tant qu'elle décide et règle différents points d'administration et de discipline ecclésiastique, j'y suis également soumis sans réserve.
Mais afin que, dans l'état actuel des esprits, particulièrement en France, des personnes passionnées et malveillantes ne puissent donner à la déclaration que je dépose aux pieds de Votre Sainteté de fausses interprétations, qui, entre autres conséquences que je veux et dois prévenir, tiendroient à rendre peut-être ma sincérité suspecte, ma conscience me fait un devoir de déclarer en même temps que, selon ma ferme persuation, si, dans Tordre religieux, le chrétien ne sait qu'écouter et obéir, il demeure, à l'égard de la puissance spirituelle, entièrement libre de ses opinions, de ses paroles et de ses actes, dans l'ordre purement temporel.
En implorant à genoux sa paternelle bénédiction, j'ose supplier très-humblement le Vicaire de Jésus-Christ auteur et consommateur de notre foi, de daigner accueillir avec bonté rhommage du profond respect avec lequel je suis, etc.
Paris, 5 novembre i833.