‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834: D'après des documents inédits et lesChapitre 8 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PENDANT LA NONCIATURE DE Mi' HAGGHI : VESSAI SUR VINDIFFÉRBNCE, LE PREMIER VOYAGE A ROME, LA RELIGION CONSIDÉRÉE DANS SES RAPPORTS AVEC LE POUVOIR CIVIL.

ce II y avait soixante-seize ans qu'aucun prêtre catholique n'avait obtenu, en France, le renom d'écrivain et d'homme supérieur, lorsqu'apparut M. de la Mennais, avec d'autant plus d'à-propos que le xviii* siècle avait tout récemment repris les armes. Son livre, destiné à le combattre, était une résurrection admirable des raisonnements antiques et éternels qui prouvent aux hommes la nécessité de la foi, raisonnements rendus nouveaux par leur application à des erreurs plus vastes qu'elles n'avaient été dans les siècles antérieurs. Sauf quelques phrases où le luxe de l'imagination annonçait une sorte de jeunesse

qui rehaussait encore la profondeur de l'ouvrage, tout était simple, vrai, énergique, entraînant ; c'était de la vieille éloquence chrétienne, un peu dure quelquefois. Mais l'erreur avait fait tant de mal, elle se produisait de nouveau avec tant d'insolence, malgré ses crimes et sa nullité, qu'on prenait plaisir à la voir châtiée par une logique de fer. L'enthousiasme et la reconnaissance n'eurent pas de bornes; il y avait si longtemps que la vérité attendait un vengeur ! En un seul jour, M. de la Mennais se trouva investi de la puissance de Bossuet ^ » Ces lignes d'un contemporain nous donnent une idée de la secousse que Lamennais imprima à son temps et surtout au clergé de notre pays. Vivant au milieu d'une société issue du jacobinisme et du philosophisme, et que les leçons de l'orgie révolutionnaire et de l'épopée impériale n'avaient point amenée à comprendre l'importance du facteur religieux, les prêtres de 1817 applaudirent avec transport l'auteur de V Essai sur V indifférence. Outre qu'il était de leur ordre, il illustrait leur foi : il secouait la torpeur des indifférents, mettait à néant le protestantisme, confondait les athées, démonétisait les partisans politiques d'une religion pour le peuple, et offrait aux

^ Lacordaire. Considérations sur le système philosophique de M, de la Mennais y p. 57.

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regards de tous, en des peintures incomparables, le christianisme, aussi ancien que le monde, le plus beau des cultes connus, honoré des hommages des puissants génies, attaqué par des hommes dont la sincérité est un problème, seul capable de garantir le bonheur des consciences et la paix des sociétés. Le livre était emporté, amer, hautain, mais animé d'une ardeur sincère, écrit avec éclat. Après quelques mois, il réussit à saisir Topinion, et dès lors s'imposa.

Les éditions, les traductions se succédèrent, les conversions suivirent. Fouetté par le succès, conscient de sa force, attiré par les hautes spéculations, désireux de servir l'Église, Lamennais chercha, et crut trouver le moyen d'en finir avec l'incrédulité contemporaine. Le second volume de VEssai livra son secret : la foi était la base même de toute connaissance; Tintelligence n^avait à choisir qu'entre l'autorité ou le scepticisme universel.

Le monde de la libre pensée ne se crut pas emprisonné dans ce dilemme et dédaigna de s'en occuper. Beaucoup, parmi Tépiscopat et le vieux clergé, estimèrent fragile et peu orthodoxe, la logique par laquelle Lamennais croyait tout ensemble écraser le rationalisme, chasser le cartésianisme des écoles catholiques, restaurer la philosophie des Pères de l'Église. Les objections se produisirent de

tous côtés, par les conversations et par les correspondances. Suivant la force d'esprit de qui argumentait contre lui, Tauteur répondait par une explosion de mépris, un élégant persiflage, un essai de discussion. S'il se rendait parfois à ses contradicteurs — par exemple au chanoine Buzzetti, de Plaisance — ce n'était jamais sur le point de la raison générale*. Là-dessus, il était irréductible. Pour juger de son véritable état d'âme, il n'y a qu'à lire ce qu'il écrivait, le 28 juillet 1820, à l'abbé Glausel de Montais, le futur évèque de Chartres :

oc Je me suis attendu, Monsieur et cher ami, à l'opposition que rencontrent les principes exposés dans mon deuxième volume; il était presque impossible que la plupart des lecteurs l'entendissent d'abord; et, en effet, je vois que beaucoup de gens ne m'entendent point ou m'entendent fort peu. Cela ne me déconcerte nullement. Parmi les objections qu'on m'a déjà faites, il n'y en a pas une à laquelle il ne soit facile de répondre, en remettant ce que j'ai dit à la place de ce qu'on m'a fait dire. Mais je ne me presserai point ; j'attendrai qu'on m'attaque publiquement pour me défendre de même, et contre tous mes adversaires à la fois. J'espère réussir

^ y oir Études, ao janvier 1910.

à donner quelque intérêt à cette discussion, car je vous avoue que plusieurs personnes m'ont déjà écrit d'étranges choses.

a Vous me reprochez de ne m'être pas aidé de conseils; des conseils de qui? J'ai consulté des hommes fort habiles, très accoutumés à ce genre de considérations. Nous avons été pleinement d'accord. Vous conviendrez que je ne pouvais pas m'en aller de maison en maison, en quête d'un contradicteur.

« Je sais bien que je dérange les idées d'un grand nombre de gens; mais quel mal à cela, si elles étaient effectivement mal arrangées ? C'est ce que je soutiens. Quand nous aurons dit nos raisons de part et d'autre, le temps jugera et tout sera fini.

« J'ai vu, dans ces dernières années, beaucoup d'incrédules et plusieurs Tétaient devenus en lisant les apologies ordinaires de la religion. Ceux-ci surtout m'ont forcé de recourir aux principes que vous jugez insoutenables; et tous se sont rendus aux preuves qui s'en déduisent.

a Au reste, encore une fois, le temps montrera où est la vérité. J'ai pour moi, jusqu'à présent, M. de Bonald et plusieurs autres personnes auxquelles on ne peut refuser au moins le droit d'avoir un avis sur ces questions. On doit supposer qu'en écrivant j'ai

cru savoir ce que je disais, et je crois encore que je le savais en effet.

ce Excusez ma franchise bretonne. Loin de craindre la discussion, je la désire infiniment; ce sera pour moi un délassement et j'en ai besoin. Le sérieux continu fatigue. Ne doutez pas, au surplus, que je n'apprécie les motifs qui vous portent à me communiquer vos observations. J'en suis très reconnaissant et j'en remercie votre amitié, en vous priant d'agréer de nouveau l'assurance de la mienne * » .

De prime abord, tant de résolution déconcerte. Car les lettres où Lamennais parle de VEssai^ au moment où il le compose, sont comme un gémissement profond et qui ne finit pas. Ecrire lui est un tourment; sans Tesseyre il abandonnerait tout ; il ne sait que penser du travail fait et il envisage avec angoisse celui qui demeure ; la publicité lui fait peur parce qu'elle lui arrachera les derniers lambeaux de la tranquillité dont il puisse jouir en ce monde*. Difficilement on imaginerait un état d'âme plus pénible. Mais au milieu de ce désarroi, éclatent par intermit-

^ Cette lettre a été pnbliée dans la Revue internationale (1899) ; je la transcris ici d'après Foriginal conserré aux Ârch. da Sém. S. Sulp.

' Blaize, t. I, p. 273, 278, a8!i, 197, 300, 3o2, 3i3, 3i8, 32i, 325, 335, 340, 359. Lettres à Jean, 4> ^3 avril, i3 mai, 9, !i3, 3o novembre, 27 décembre 181 7, 9, a6, a8 janvier, i3 février, 3 mars, 19 mai 1819.

tences, chez cet homme si déprimé, une conscience très vive de sa force, l'instinct d'une sorte de mission, la conviction que l'Église se meurt d'être mal défendue et l'assurance qu'il a le secret de lui rendre une vie splendide. Puis V Essai publié, — c'est-à-dire les deux premiers volumes, — toute hésitation semble disparaître, un élan irrésistible emporte l'auteur vers sa destinée; il voit, au delà des obstacles accumulés par le malheur des temps et la méchanceté des hommes, le triomphe du système (sinon celui de la religion) aussi prochain qu'inévitable ^ Comment en douterait-il, quand des amis nombreux, tous gens de bien et de sens, lui crient qu'il a raison contre tout le monde, et quand le ciel lui-même, en permettant que VEssai opère des conversions éclatantes, paraît prendre en main sa cause*?

La persistance de l'opposition finit par mettre dans son âme, une très vive irritation de n'être pas compris, la suspicion que certains ne se méprissent à plaisir sur son compte, l'amertume de voir méconnu l'incomparable service que ses travaux lui parais-

^ Blaize, t. I, p. 3x8, 3a8, 356, 39$, 407, 4i6. Lettres à Jean, 9, a5, 3o janvier, 8 mai 1818, a août^ 4 septembre, 8 novembre i8ao.

' Blaize, t. I, p. 346, 35a, 386, 389, 4o5, 43o. Lettres des i5 mars, 7 avril 1818, a, 17 mai 1819, août i8ai, 5 novembre i8a3.

saient rendre à l'apologétique chrétienne. Dès que les difficultés devinrent publiques, ce fut bien pire; les impressions pénibles prirent décidément le dessus. Ses adversaires étaient des inconnus ; ils n'avaient point de style et leur manière de discuter était vieillote. Dédaignant un corps à corps avec ces lutteurs vulgaires, Lamennais les repousse tous à la fois. Son plan de Défense est bien simple.

L'histoire démontre que la confiance dans la raison individuelle a conduit les esprits au doute et à Terreur. C'est le vœu de la nature de tenir pour vrai ce que les hommes croient invariablement. Aucune objection, ni philosophique, ni théologique, n'est plausible contre la règle du sens commun. Après avoir développé ces trois points en deux cents pages, le maître conclut que sa doctrine a n'est pas moins inébranlable que la vérité catholique elle-même ».

Au surplus, les circonstances la justifient, et l'avenir lui appartiendra. « Nous sommes arrivés, écrit-il, à des temps où, contraint de ramener de loin, et comme des extrémités de la terre, un grand nombre d'esprits à cette vérité sainte [de la religion], on a dû mieux reconnaître la voie qui y conduit et s'assurer qu'il n'en existe qu'une. On le verra plus clairement de jour en jour, il suffit d'attendre, et nous aurions pu laisser l'avenir, et un

avenir très prochain, répondre pour nous.

Ce mouvement prodigieux qui agite le monde, ces ténèbres qui s'épaississent et se répandent sur la raison humaine, ce terrible ascendant de Terreur, Dieu le permet-il sans dessein et n'en doit-il résulter aucune instruction nouvelle? Non, non, ne le pensez pas. Quelque chose de grand se prépare; du sein de cette nuit jaillira une lumière plus éclatante; les enfants de lumière la salueront comme l'aurore de leur délivrance; les enfants de ténèbres la maudiront comme Tannonce de leur ruine; et à mesure que s'approchera le moment de la dernière séparation, le ciel, s'ouvrant pour recevoir ses élus, montrera plus à découvert l'immuable vérité qu'ils contempleront éternellement*. »

La discussion était impossible avec un homme qui, le doigt tendu comme un prophète, montrait dans la lumière de gloire l'épanouissement suprême de sa doctrine.

Sûr de ses leçons comme de sa foi et du ciel même, que pouvait penser Lamennais logiquement des contradicteurs de V Essai? N'étaitil pas manifeste pour lui que Ton attaquait le système du sens commun uniquement par routine d'esprit, impuissance de comprendre, et égarement de passion ? Fallait-il, en parti-

^ Défense de VEssai^ cb. xtii et dernier.

lO LAMENNAIS BT LB SAINT-SIEGE

culier, chercher une autre explication à l'attitude des deux corporations des sulpiciens et des jésuites ?

Dès les premiers jours de la nouvelle église gallicane, Emery avait rendu à Saint-Sulpice son vieux renom d'école par excellence du clergé. Ses disciples conservaient, à Paris et dans quelques diocèses privilégiés, ses traditions de piété, d'étude et de vertu sacerdotale. Avoir contre soi Saint-Sulpice c'était donc perdre les meilleures chances de gagner aux idées nouvelles peut-être la portion la plus notable des prêtres.

Du côté des jésuites, il semblait qu'il y eût moins à craindre. Peu nombreux, sans autres écoles que quelques petits séminaires, installés en France depuis la seconde restauration, tolérés à la condition de ne point faire parler d'eux, leur action ne pouvait guère avoir d'étendue. Mais la légende de leur antique puissance et de je ne sais quel besoin de domination s'attachait à leur nom même.

Surtout quand il eut appris qu'une ordonnance secrète du général de la Compagnie avait interdit dans Tordre l'enseignement de sept propositions plus ou moins extraites de VEssai^ Lamennais estima qu'il avait tout à redouter. Et il attribua l'opposition des jésuites à des mobiles d'autant moins avouables, qu'il se vantait d'avoir pour

ses doctrines Tapprobation du Saint-Siège.

Loin de compter dans la Compagnie en France des jaloux et des rivaux, Lamennais y eut de bonne heure nombre d'amis et de disciples. Si dès 1821 Rozaven se préoccupa d empêcher, dans les maisons d'étude de son ordre, des infiltrations menaisiennes, il défendit toujours d'attaquer publiquement ï Essai, Le décret porté en 1828, par le P.

Fortis, ordonne la même attitude ; celle-ci fut dictée par les égards dus à un défenseur illustre de l'Eglise, la crainte d'amuser les impies par les querelles entre catholiques, le souci de ne pas devancer les jugements de Rome*.

Lamennais et les siens n'hésitèrent pas à dire, à partir de 1822, que Rome s'était prononcée en leur faveur.

Ceci était sensiblement exagéré. Une seule chose était certaine : la traduction italienne de la Défense de P Essai — œuvre du P. Orioli, mineur conventuel — avait paru à Rome, avec le visa du P. Anfossi, maître du sacré Palais, sur le rapport favorable de trois examinateurs. Parmi ceux qui essayèrent d'entraver cette publication, il put y en avoir qui grossirent — aussi bien que Lamennais — l'importance de l'événement. En droit comme

^ Voir Études, 5 juin 1908, ao octobre 1909.

en fait, le visa d'Anfossi n'engageait aucunement l'autorité pontificale. Et rien ne le montrera mieux que la condamnation prononcée dix ans plus tard, dans Tencyclique Singulari nos, contre le système du sens commun.

Rozaven marquait exactement la limite dès 1821, quand il disait aux jésuites de France troublés par le grand bruit mené autour de la signature du maître du sacré Palais : les thèses de philosophie du collège romain, contraires aux idées menaisiennes, sont aussi publiées sous la même signature.

Avec une certaine impatience, le philosophe de la Chênaie avait demandé un jugement formel sur sa doctrine. Pour garantir à Rome ses sentiments catholiques, il n'avait pas hésité à employer le crédit de l'auteur du Pape\ Pie VII se refusa à dirimer la question qui lui était soumise et laissa, de part et d'autre, les opinions se produire librement. « Il ne m'appartient pas déjuger, observe alors Lamennais, ce que la religion gagnera à ce silence de l'autorité ^. » Et il poursuit la démonstration de son système, en écrivant le troisième et le quatrième volume de Y Essai, Là il a recours aux prophéties et aux miracles pour établir la divinité

^ Œuvres complètes de J, de Maistre. T. XIY, p. a36. * Lettre dn 8 nOTembre 1821.

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du Christianisme, mais c'est par oubli ou par précaution. La preuve à ses yeux décisive, le critérium par lequel on distingue la vérité de notre religion, aussi facilement que son existence, c'est qu'elle est attestée par l'universalité du genre humain. Malgré la vaste érudition dont ils témoignent, les derniers tomes de V Essai laissent confuse la notion de la foi, fragile le raisonnement sur lequel se trouve fondée la croyance. Lamennais n'y gagna que de voir contester tout ensemble sa théologie et sa philosophie.

Au début, les choses se présentèrent sous un jour plus favorable. Les lettres de ses amis, les articles qu'ils consacrèrent à son œuvre lui permirent de croire que ses efforts n'avaient pas été inutiles et d'en augurer quelque bien, même dans le monde de ses contradicteurs : ce Les deux derniers volumes écrivait-il au P. Anfossi, ont été reçues avec une approbation presque universelle. Ils ont même ramené un assez grand nombre d'adversaires du second volume; mais il y en a d'autres qui ne reviendront pas. Pour moi, je poursuis mon travail dans un esprit de soumission parfaite au Saint-Siège, et la divine Providence semble le bénir par une quantité de conversions que la lecture de VEssai opère journellement, parmi les protestants et parmi les incrédules. A Domino

factum est istud^ et est mirabile in oculis nostris\ »

Nous ignorons malheureusement ce que le Maître du sacré Palais répondit à cette lettre et quelles corrections il put suggérer à Lamennais qui le priait en grâce de lui indiquer sincèrement ce qu'il estimerait à modifier dans cet ouvrage. Mais à défaut des critiques du P. Anfossi, d'autres se firent jour. Par un simple coup d'œil jeté sur la bibliographie de ï Essai Ton peut s'en convaincre, c'est surtout à partir de ce moment, que les brochures et les livres se multiplient contre la philosophie de la Chênaie. Et cette polémique se poursuivra, au milieu des combats contre le gallicanisme, des luttes de YAi^enir des égarements suprêmes de i834.

Non seulement cette foule d'assaillants ne troublera pas la confiance absolue du maître dans sa doctrine, mais elle suscitera autour de lui des écrivains qui mettront leur plume au service de ses idées. Et à leur tour, le Catéchisme du sens contmun de Rohrbacher, les Doctrines philosophiques sur la certitude de Gerbet donneront aux convictions de Lamennais une fermeté nouvelle.

Dès 1820, Joseph de Maistre lui avait écrit : a Vous savez sans doute que le traité du

' Blaize, I, p. 439* Lettre du 3 novembre i8s3.

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docte Huet sur la Faiblesse de F esprit humain alarma plusieurs docteurs ; et Voltaire ne manqua pas de dire qu'il réfutait la Démonstration évangélique. » C'était là un souvenir topique; le bon sens de Térudit en doublait encore la portée, quand il ajoutait qu'à vouloir sortir du scepticisme par Tissue de la « raison universelle » il y avait a quelques véritables difficultés^ d. Mais à de pareilles observations^ Lamennais a sa réponse toujours prête : raisonnement de cartésien ; raisonnement reçu dans l'École. Et à celui-ci, tout en le jugeant meilleur que celui-là, il n'accordait aucune valeur contre les incrédules du xix^ siècle, a 11 ne faut pas quW s'y trompe à Rome, mandait-il à Joseph de Maistre : leur méthode traditionnelle où tout se prouve par des faits et des autorités est sans doute parfaite aussi, et l'on ne peut ni ne doit l'abandonner; mais elle ne suffit pas; parce qu'on ne la comprend plus. Depuis que la raison est souveraine, il faut aller droit à elle, la saisir sur son trône et la forcer, sous peine de mort, de se prosterner devant la raison de Dieu ^ »

La métaphore n'était pas pour effrayer Rome.

Dès les premiers siècles, la dialectique des

^ Œuvres complètes, T. XIV, p. u36. Lettre du 6 sept. i8ao. ^ Ibid.j p. 371. Lettre dn % janvier 1831.

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docteurs de TÉglise s'était employée à montrer aux païens les raisons de croire à TEvangilc, sous peine de déraison. Jamais pourtant la tradition catholique n'avait confondu la foi avec la pensée. Quand le prince des théologiens, saint Thomas, sépare si soigneusement — et par leur nature psychologique, et par les caractères de leur certitude, sans parler de leur mérite — la connaissance de foi et la connaissance de raison, il ne fait que commenter le mot célèbre de saint Augustin :

Quod intelligimus debemus rationi^ quod credimus auctoritatL Quelle espérance donc pouvait-il y avoir de faire applaudir par TEglise des formules comme celle-ci : « toute certitude repose sur la connaissance de Dieu » ; « la certitude n'est qu'une foi pleine dans une autorité infaillible » ; a il n'y a de certain que ce qui est de foi » ; « toute certitude repose sur la foi* ».

A défaut d'une approbation formelle, l'inventeur d'une théorie nouvelle de la certitude considérait le silence du pape comme un laissez passer. Mais cet argument était bien infirme, puisque ses ^versaires le pouvaient retourner contre lui. De là un malaise dans son esprit et une situation fausse devant l'opinion. Et, comme par ailleurs, les luttes poli-

^ Essai, II, p. 41 ) 1^3» 1^4} ^^5*

tiques auxquelles il se mêlait dans les journaux, n'aboutissaient qu'à laisser les abus en vigueur, sans lui valoir d'autre récompense que le mécontentement du pouvoir et la suspicion des gens de bien, la mélancolie envahissait l'âme du philosophe et du royaliste méconnus.

Durant une brève période de paix relative, il se mit à traduire V Imitation de Jésus- Christy sans trouver le secret du bonheur, ni même la force d'entreprendre le cinquième volume qu'il aurait fallu ajouter à V Essai pour l'achever, a J'ai vu, depuis un an, et je vois tous les jours, confîe-t-il à M™* Gottu, tant de trahisons^ tant de bassesses, tant d'indignités de tout genre que mon âme en est comme flétrie. Un dégoût profond et invincible de ce misérable monde s'est emparé d'elle, ce n'est pas là une bonne disposition pour écrire. Je trouve la vie longue, et je rassemble mes forces pour la supporter. Ce travail est le plus grand qui nous soit imposé dans cette çallée de larmes^ comme l'Eglise la nomme si bien. J'ai faim et soif de quelque chose qui n'est pas de la terre ^ n

C'est dans cet état d'âme que Lamennais,

^ Lettres inédites à la baronne CottUy p. i54, ^6 février 1824.

l8 LAMENNAIS ET LE SAINT-SIÈGE

sans savoir comment, se décida à un long voyage avec Vuarin a pour voir et pour se distraire ». Il rejoignit son ami à Genève aux premiers jours d'avril*.

Depuis 1819, les deux prêtres étaient en relation d'amitié. La question du rapprochement des Églises les avait attirés Tun vers l'autre ; des convertis comme Senflft et Haller leur servaient de trait-d'union; ils s'aidaient mutuellement dans la controverse protestante. Ce fut dans un voyage de Vuarin à Paris, vers la fin de mars 1824, que fut réglé le pèlerinage des deux amis à la Ville éternelle.

Ils partirent de Genève le 2 juin. Trois jours après, ils étaient ensemble à Turin* chez les de Maistre, puis à Gènes chez l'archevêque Lambruschini, et enfin ils atteignaient Rome, Tavant-veille de la fête de saint Pierre. Dès son arrivée, Féli écrivait à Jean : « Quant à mon voyage en général, c'est bien la plus rude pénitence que la Providence pût m'envoyer. Je n'y ai pas eu deux heures d'amusement et je me suis plus ennuyé que dans tout le reste de ma vie ensemble. S'il ne tenait qu'à moi, je partirais ce soir pour Gività-Vecchia, afin d'y

^ Ibid., p. i56; Revue des deux mondes, i5 oct. 1905, p. 785. M. Victor Giraud a publié là quarante-sept lettres inédites de la Mennais à l'abbé Vuarin.

' Blaize, II, p. 9. Lettre du 5 juin 1824.

chercher un navire qui pût me ramener en France sur-le-champ. Après tout, ce que j'ai appris me servira*. »

Qu'avait donc appris ce voyageur ennuyé?

A travers la Suisse, la Savoie et la Haute- Italie, il avait découvert quelques prêtres avides de lire VEssaij des peuples attachés encore à la religion, mais dénués de secours, l'Eglise laissée partout sans défense, les hommes en tous lieux semblables à eux-mêmes à quelques nuances près, c'est-à-dire ce occupés de leurs affaires, de leurs ambitions, de leur petit amour-propre et ne concevant pas que le bien puisse être aimé pour le bien ». Et il pensait que le même spectacle s'offrirait à Rome à ses regards attristés \

Après quelques semaines passées dans la ville éternelle, malgré l'aimable accueil qu'il rencontre partout, un ennui inexorable le domine. Il rêve, non pas d'entreprendre avec Léon XII la réforme de l'Eglise, ni de conquérir à ses idées la capitale du catholicisme, mais uniquement de repos. Laisser tourner le monde à son gré, abandonner à Dieu cette boue infecte et chaotique de l'Europe, pour qu*il y jette, à son heure, des éléments purificateurs : telle est la philosophie de ce tou-

^ Tbid,^ II, p. i5. Lettre du 18 juin 1824.

* Ibid., Il, p. 3. Lettre du 19 mai 1824.

riste fatigué. Quant à lui, son parti est de c vivre à l'écart, avec quelques livres et quelques amis r> soit à Paris^ soit à la Chênaie. L'unique effort de prosélytisme dont il est capable, c'estde lancer dans Rome quelques volumes de VEssai et quelques numéros du Mémorial catholique^ Se peut-il rien de plus pacifique et po;irrait-on dire de plus bourgeois ?

C'est sous cet aspect d'un lutteur épuisé et assagi, que Lamennais apparaissait à la diplomatie française. A la date du i3 juillet, on mandait de Rome au ministère des Affaires étrangères, à Paris.

à J'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence que M. de la Mennais était arrivé à Rome avant la saint Pierre. Il est venu me voir dans les premiers jours de juillet, il m'a demandé sur-le-champ s'il n'y avait pas, dans les ports de l'État pontifical, quelque bâtiment du Roi qui pût le reconduire en France.

Sa santé parait très altérée et il n'aspire qu'à retourner dans sa patrie...

...[11] s'exprime en termes très circonspects sur les affaires de France. Il dit qu'il ne veut plus que retourner dans sa province, pour y travailler à de nouveaux ouvrages qu'il médite depuis longtemps... Des déplacements, les

^ Tbid., II, p. 3, 5, 7, la, 17, 19. Lettres des 19, aa, 3o mai, la, 18 juin, 9, 16 juillet 1824.

PENDANT LA NONCIATURE DE U^ MAGCHI ai

distractions d'un voyage, les illusions détruites Font éclairé sur sa fausse route, en le ramenant — n'en déplaise à ce qu'il pourrait s'imaginer lui-même — à des sentiments d'union, de déférence et de respect pour le gouvernement du Roi.

a Ces sortes d'esprits, ouverts et absolus, sortent de l'erreur tout entiers, comme ils y sont entrés*. »

En dépit de cette belle assurance, Artaud ne tarde pas à devenir inquiet sur la conversion politique de Lamennais. Celui-ci, reçu deux fois en audience par le souverain Pontife, n'en aurait-il pas profité pour faire au Vatican le procès du gouvernement royal ?

Comme s'il voulait s'affermir lui-même contre les doutes qu'il éprouve, le diplomate recueille avec soin les nouvelles et les bruits qui courent : la philosophie de VEssai est suspecte au collège romain, le livre déféré au Saint-Office, le voyage du pèlerin aurait été machiné par Severoli et Mazio, deux zelanti^ le pape aurait fait comprendre à deux cardinaux qu'il ne se méprend pas sur l'esprit chimérique du grand écrivain *. Malgré

*■ Arch. Aff. ëtr., lïome, gSS, f» 84. Dépêche du i3 juillet 1824. — Artaud lui-même a publié cette dépêche inexUnso dans son Histoire du pape Léon XII, I, p. 264.

' Ihid,y f> 9a, i38, aoi. Dépêches du 17 juillet, 9 août, 10 septembre i8a4.

'11 LAMENrïAIS ET LE SAINT-SIEGE

tout, Artaud n'est tout à fait à Taise, que le jour où Lamennais quitte Rome. Le lendemain du départ, il écrivit à Paris : « Un danger importun n'existe plus ; M. de la Mennais est parti... Je m'applaudis de n'avoir plus à redouter son intervention si gênante*. » Ces expressions un peu fortes sont en contraste avec le langage des premiers jours.

Après s'être mollement abandonnés à l'idée que le breton mélancolique et souffreteux passait ses journées à dévorer ses ennuis, nos diplomates en étaient venus à redouter ses menées auprès du Saint-Siège. N'était-ce pas se tromper deux fois? En fait, quelle trace Lamennais avait-il laissé, au Vatican, de son passage ?

Léon XII et son entourage n'étaient pas sans avoir quelque idée du personnage, avant qu'il n'arrivât, en pèlerin, au tombeau des Apôtres.

Pendant le conclave qui avait suivi la mort de Pie Vil, le nonce de Paris avait expédié à Rome une longue dépêche sur un article retentissant de Lamennais paru dans le Drapeau blanc (22 août 1823). L'article était un acte d'accusation en règle contre l'Université, sous forme de lettre au grand-maître, M" de

^ Ibid., f^ 203. Dépêche du lo septembre 1824-

Frayssinous. L'archevêque de Paris ayant fait au journaliste de secrètes remontrances, celui-ci répliqua par une lettre secrète aussi, mais hautaine, implacable, vibrante d^indignation ^ Poursuivi par les tribunaux, il aggrava volontairement son cas, en reprenant la question devant le public. Son réquisitoire se terminait par cette apostrophe à Tévêque d'Hermopolis :

dc Monseigneur, je lis dans TEvangile que les disciples de Jésus-Christ éloignant de lui les enfants qu'on lui présentait, il fut ému d'indignation, et leur dit : a Laissez les petits enfants venir à moi, et ne les empêchez pas d'approcher; car c'est à ceux-là qu'est le royaume des cieux.

a Ne pouvons-nous pas adresser à l'Université les mêmes paroles ? Ne pouvons-nous pas lui dire : Laissez les petits enfants qui vous sont confiés venir à Dieu, à Jésus- Christ et ne les empêchez pas d'approcher; ne leur fermez point la voie du salut; ne souffrez pas que l'on corrompe, par des leçons d'impiété et des leçons de libertinage, la pureté de leur foi et l'innocence de leurs mœurs. Un compte terrible vous sera demandé de ces jeunes âmes que Dieu appelle à son royaume ; malheur à qui les

* Voir Henrion. Vie de M. Frayssinous, 11, p. 4ao-43S«

24 LAMETfNÀIS ET LE SAINT-SIÈGE

dépouille de ce céleste héritage ou qui permet qu'on le leur ravisse ! Trop longtemps on les a séparés de leur père; laissez-les revenir à lui; que vos écoles cessent enfin d'être les séminaires de l'athéisme et le vestibule de l'enfer. »

Frayssinous fit insérer dans le Moniteur la note suivante :

oc Un espèce de manifeste a été lancé dans le public contre l'Université, dont j'ai l'honneur d'être le chef. Des raisons de convenance m'empêchent de m'expliquer; je le ferai quand le moment sera venu. Je déclare, en attendant, que je ne changerai rien au système d'administration que j'ai adopté et que je tâcherai toujours de marcher avec force et mesure, entre les cris de ceux qui trouvent que je fais trop et de ceux qui trouvent que je ne fais pas assez.

Le Grand-Maître. »

Le jour même où parurent ces lignes, le nonce mandait à sa Cour :

« Tous les jours se font sentir davantage les inconvénients de la liberté de la presse ; et très souvent les bons en sont réduits à le déplorer.

ce L'abbé de la Mennais, bien connu par ses lumineux écrits, ses talents, son zèle et son savoir sacré, profitant de la liberté de la

presse a dénoncé au public, dans un article du Drapeau blanc, des faits très graves qui se seraient passés dans quelques collèges appartenant à l'Université... L'archevêque de Paris, surpris et affligé, a blâmé l'abbé dans une lettre particulière à laquelle celuici a répondu, à ce que j'ai appris, en s'échauffant un peu... Le ministère public a cru devoir citer devant les tribunaux l'éditeur responsable du journal... A l'encontre de cette citation, l'abbé a écrit dans la même feuille un article où il confirme les faits dénoncés par lui...

« Tout le monde rend justice au mérite de l'abbé de la Mennais et convient de sa bonne foi, de ses bonnes intentions. Mais il n'est personne qui ne juge imprudente et du plus mauvais effet la divulgation de faits très peu croyables, peut-être inexistants, fort difficiles à établir. Même s'ils étaient vrais et prouvés, il aurait convenu de les dissimuler, ou il aurait suffi d'un donner une connaissance confidentielle à M^' le grand-maftre, prélat plein de zèle, de prudence, de sagesse, et toujours prompt à réparer les désordres dès qu'il les voit*. »

Le nonce aurait donc voulu, en cette affaire, plus de réserve. Mais ses sentiments

^ Arch. Vat. Corr» Nonc, Dépêche du 4 septembre i8a3.

'i6 LAMENrïAIS ET LE SAINT-SIÈGE

n'en demeurèrent pas moins favorables à Lamennais. Deux mois plus tard, en envoyant au cardinal délia Somaglia, secrétaire d'État du nouveau pape, un article sur les deuoirs du temps présent^ il était heureux de faire remarquer que cette récente escarmouche n'avait pas été inutile à la réforme de l'enseignement public. Et lorsque commencèrent à paraître les premières livraisons du Mémorial catholique — œuvre de Gerbet et Salinis patronnée par Lamennais — le prélat n'hésita pas à en faire l'éloge à Rome, à en vanter l'utilité pour la religion ^ On ne sera donc point surpris que pour annoncer la venue de Lamennais dans la ville éternelle, il ait usé de termes de bienveillance :

« Votre Eminence n'ignore pas les écrits célèbres de ce seigneur abbé, et ses sentiments de dévoûment au Saint-Siège, dont il défend vigoureusement l'autorité, avec un talent qui le classe parmi les écrivains les plus puissants. Pour tous ces titres, et parce qu'il est un excellent ecclésiastique en mesure de rendre à la religion catholique des services chaque jour plus grands, il mérite considération, estime et égards. Je le sais bien, un article très fort, écrit par lui dans le Drapeau blanc et où il dénonçait les

^ Ibid, Dépêche du ao janvier i8a4-

graves désordres de quelques collèges, lui a valu le mécontentement du grand-maître de l'Université et celui de l'archevêque de Paris, auxquels il ne plaît guère. Il faut ajouter que le ministère du roi lui est contraire et plus que les autres ministres celui des Affaires étrangères. Ceci provient de ce que M. de la Mennais a imprimé certaines choses où il semble lui reprocher d'avoir maintenant une manière de penser assez différente de celle d'autrefois*. En outre, il compte beaucoup d'adversaires à cause des principes défendus par lui dans le deuxième volume de son ouvrage sur l'indifférence en matière de religion. Et enfin, la liberté avec laquelle il a attaqué les actes du gouvernement lui a attiré de nombreux ennemis, qui l'appellent une tète chaude et un homme dangereux. Pendant le séjour que le seigneur abbé fera à Rome, ces informations pourront servir de lumière à Votre Eminence^ »

Dans sa brièveté, la dépêche du nonce était instructive. Elle faisait équitablement la part de l'éloge et de la critique. S'il l'avait ignoré, le secrétaire d'Etat aurait su, par ce rapport sommaire de M*"^ , Macchi, que le visiteur annoncé était un prêtre célèbre,

^ Lamennais, en effet, avait reproché à Chateaubriand sa versatilité*

* Ibid, Dépêche du x^^ juin 1834*

'i8 LAMENNAIS ET LE SAINT-SIÈGE

méritant et contesté. C'était assez pour fixer la contenance à garder. On mit au Vatican de l'empressement à honorer Lamennais. Dès l'arrivée à la porte du peuple, il fut invité à descendre chez M*' Mazio, et le pape lui fit assigner un logement au collège romain.

Assez promptement et à deux reprises , il fut reçu par Léon XII, sans être présenté par l'ambassadeur de France. La première audience fut courte, la seconde plus longue*. Toutefois ces entrevues n'offrirent sans doute rien d'important ; car Féli en rendait compte à Jean par ces simples mots : a Le Saint- Père, que j'ai vu deux fois et qui m'a comblé de bontés, veut me revoir encore pour causer, m'a-t-il dit, plus à loisir. Ainsi, il faut que j'attende. ses ordres* ». Cette causerie n'eut jamais lieu. Le 25 juillet, Lamennais partit pour Naples. De retour à Rome, il ne vit le pape que le 6 septembre, très peu de temps, pour prendre congé*. Cependant, l'impression ressentie fut douce et profonde : au lendemain de ces visites au Vatican, Lamennais écrivait : a C'est un bon et digne pape et un

^ Arch. Aff. étr.y Borne, 958, f* 104. Dépêche du a3 juillet 1824.

' Blaize, II, p. i8. Lettre du i6 juiUet 1824. — Même note dans une lettre du i3 juillet à M'^^ de Lucinière (Forgues, II, p. i83).

' Arch. AflT. ëtr., Home, $58, f^ ao3. Dépêche du 10 septembre.

homme d'un grand mérite * ; et dix ans plus tard, dans le pamphlet des Affaires de Rome^ il assurait que « la mémoire i^ du pontife ne cesserait jamais de lui être « vénérable et chère. »

Léon XII, de son côté, garda le souvenir de Tillustre écrivain. Il demandait de ses nouvelles avec affection à ses amis^ il accepta avec plaisir son portrait' ; il semble même avoir eu, dès le premier moment, quelque idée de fixer Lamennais à Rome. <k S'il veut un canonicat., nous le lui donnerons, disait le cardinal délia Somaglia à Artaud. On pourrait l'attacher à quelque bibliothèque, comme M'°**' Mai. »

Artaud laissa tomber ce propos : il ne savait pas comment le projet serait pris à Paris et il le jugait d'ailleurs inexécutable, parce que « le fier breton ]» s'y prêterait mal, parce que sa ^ franchise lui nuirait pendant un long séjour à Rome 1», parce qu'enfin « les ecclésiastiques en possession de diriger les décisions du Saint- Siège verraient cet établissement avec peine et le combattraient avec succès* ». L'affaire

^ Forgue*, II, p. i85. Lettre du i3 juillet i8a4.

* Ihid,^ I, p. 3o. Lettres de Ventura (8 juin iSa;), d'Orioli (9 août 1827). — Ceci prouve que le portrait fut offert et accepté ; mais les preuves manquent pour établir que ce portrait était le seul ornement du cabinet du pape ; et Lambruschini met le fait en doute.

' Arch. Aff. éiv.Rome^ $58. Dépèche du x3 juillet i8a4.

3o LAMENNAIS ET LE SAINT-SIÈGE

n'alla jamais plus loin, le cardinal ayant sans doute interprété le silence d'Artaud comme un signe des dispositions fâcheuses du gouvernement français. Un peu plus tard, l'idée revint sous une autre forme ; non que Léon XII ait jamais voulu faire de Lamennais un cardinal (le fait est dénué de preuves et même invraisemblable ^) ; mais il est à croire, comme Artaud le dit expressément, qu'il fut question

^ Ce sont les Senfft qui, à trois reprises, ont insinué, puis affirmé à Lamennais que Léon XII le voulait cardinal et l'avait réservé in petto (Voir Forgues, I. p. 53; II, p. i8, i8o. Lettres du i5 novembre i8a6, février 1829, janvier i83o). Lamennais relève vaguement le fait, dans une réponse du a8 février 1829, et d'une façon précise le aa janvier i83o.

Les SenfTt disaient ce qu'ils pensaient; mais leurs dires ne sont pas des preuves. Léon XII savait, à n'en pas douter, que le cabinet des Tuileries n'accepterait pas l'élévation de Lamennais au cardinalat ; comment imaginer que ce pape, dont la conduite fut toujours très circonspecte à l'égard du gouvernement français, se serait arrêté à une décision en travers de laquelle il aurait rencontré ce même gouvernement? Invraisemblable en i8a4, ce dessein Test plus encore les années suivantes, parce que Lamennais est en opposition plus ouverte avec les ministres de Charles X.

Keste le témoignage de Wiseman dans ses Souvenirs des quatre derniers papes. Il est assez caractéristique ; mais il ne démontre rien : i^ parce que l'auteur cite de mémoire une allocution consistoriale dont il ne donne pas la date précise ; a<> parce que ce texte ne s'applique pas nécessairement h Lamennais ; 3^ parce qu'enfin nous savons, par une conversation du cardinal délia Somaglia avec Artaud (dépêche du a8 novembre i8a6) que le personnage réservé dans l'allocution du 30 octobre était, non pas Lamennais, mais le prélat Marchetti. — Au surplus, nulle trace du projet attribué à Léon XII ne se rencontre ni dans la correspondance de l'ambassadeur de France à Rome, ni dans celle du nonce de Paris.

PENDANT LA NONCIATURE DE M*^^ MAGGHI 3l

d'un titre d'évêque in partibus et que le projet échoua par Topposi tien qu'y mit le ministère ^ Quoi qu'il en soit, il est indéniable que le souverain pontife témoigna au pèlerin de 1824 une grande bienveillance, et que, dès cette date, il l'eût volontiers retenu dans la ville éternelle, à un titre quelconque. Si l'événement se fût réalisé, les menaisiens y auraient applaudi et ils y auraient vu pour les idées du maître mille chances de prévaloir dans les conseils du Saint-Siège . Cinq ans plus tard, Lamennais observait avec beaucoup de clairvoyance que son influence eut été petite *. Et rien n'est plus sûr. Son caractère impérieux, son impatience d'agir, ses plans de réforme universelle étaient trop peu accommodés aux habitudes du sacré collège et au tempérament personnel de Léon XII ; inquiétant dès le début, bientôt isolé des grandes affaires, <c le fier breton » — comme l'appelait Artaud — serait devenu, pour le plus grand tourment de sa vie, le témoin forcé et impuissant d'un gouvernement ecclésiastique jugé par lui déplorable. Le pape montraitqu'il avait pénétré l'homme, quand il disait au cardinal délia Somaglia : « c'est un exalté » ; et au cardinal Turiozzi : a Ce français est un homme distingué, il a du talent, de l'instruction, je lui crois de la bonne foi; mais

* Artaud. Histoire du pape Léon X//, I, p. 270. ' Forgues, II, p. 18. Lettre du a8 février 18:19.

)l LAMIKHAIS KT LB SAIHT-SIIGI

c'estURdece8a[Dantsdelaperfection,qui,sioD les laissait faire, bouleverseraient le monde* ». Le projet de retenir à Rome un personnage de cette trempe, tiendrait donc plus de la prudence que de la faveur ; c'était, pourrait-on dire, un traitement médicinal que le pape avait en vue. En arrachant à l'excitation du milieu parisien, aux tracasseries d'un pouvoir maladroit, un publiciste exposé à manquer de mesure, on comptait l'assagir ; la vertu apaisante de l'atmosphère romaine, la satisfaction du mérite reconnu, les conseils directs du Vatican auraient aidé à la cure ; et ainsi le grand écrivain aurait été gardé de tous les hasards, sans rien perdre de sa puissance. Voilà, semble-t-il, en quelles bornes il convient de renfermer la bienveillance témoignée par Léon XII à Lamennais 1824. La porter au delà est une imagination re, en désaccord avec les faits certains, ec la psychologie du pape, avec la conduite lueparRome, dans les affaires publiquesauxelles mêla son nom le futur fondateur de [venir ,

Avant 1825, Lamennais s'était occupé de la ligion dans ses rapports avec la politique.

Arch. Aff. étr., Roma, 9S8, f> i38, itp. du 9 août; t^ ao5, ■ud au baron de Damai, i3 leptembre i8ij.

On n'a qu'à relever, dans ses premiers et deuxièmes Mélanges j ses articles du Conservateur et du Drapeau blanc ^ pour s'en rendre compte. Mais c'étaient là des vues de détail, des exposés partiels de la situation de l'Église en France. A son retour de Rome, le journaliste décida de dire sa pensée plus au long, dans une brochure qui révélât aux catholiques de notre pays où ils en étaient.

Ceux-ci apprirent donc que la société politique et civile régie pour la Charte de i8i4 était athée; que cet athéisme dominait la famille aussi bien que la cité ; et que la loi regardait la religion catholique comme une chose d'administration, à l'égal des théâtres et des haras. Pour beaucoup de fidèles qui avaient assisté avec émotion au Te Deum chanté à Notre-Dame devant Charles X, le 25 septembre 1824, pour célébrer son joyeux et chrétien avènement, les révélations de Lamennais durent paraître quelque peu paradoxales. D'autant que Montlosier venait de reprocher à Louis XVllI de chercher dans la religion l'appui de son trône, et qu'il s'apprêtait à dénoncer à l'opinion « le système 1^ organisé par n la congrégation et les prêtres » — avec la complicité du pouvoir — pour s'emparer du gouvernement ^ Qui avait raison du gentilhomme auver-

^ La monarchie françedse au i*' janvier 1824, p. 343 ; Mémoire à consulter sur un système religieux et politique,

gnat OU du prêtre breton ? Les journaux se partagèrent là-dessus, au gré des préférences du parti qu'ils servaient. Et ces contradictions ne firent qu'animer à la lutte le solitaire de la Chênaie. Une brochure nouvelle mit en cause, avec plus de vivacité encore, le gouvernement royal. Il était ni plus ni moins accusé de coopérer à une tentative de schisme et d'église nationale.

Le sacre de Charles X à Reims, le discours prononcé à cette occasion par le cardinal de la Fare, le réquisitoire du procureur Bellart contre le Courrier et le Constitutionnel poursuivis d'office pour avoir outragé la religion, rentrée de trois prélats au Conseil d'Etat, la nomination de quelques évêques à la pairie, la restauration de la faculté de théologie à la Sorbonne, semblaient témoigner que le roi de France entendait honorer et aider TÉglise en fils de Saint-Louis. Mais, aux yeux de Lamennais, ces actes s'expliquaient autrement ; ils amèneraient plus de servitude que de protection ; et en tout cas ils n'apportaient aucune atténuation à la prétention avouée par le gouvernement de restaurer, dans la nouvelle Église gallicane, tous le gallicanisme de l'ancienne. Le ministre des affaires ecclésiastiques venait

p. 17, 76. — Ce dernier ourrage est de i8a6 ; mais les idées en avaient été développées dès i8a5, par Montlosier, dans une série de lettres publiées dans le Drapeau blanc.

de reprendre, comme au nom du pouvoir, la théologie de 1682, et une circulaire ministérielle avait enjoint aux professeurs de séminaire d'enseigner la doctrine des quatre articles. Logiquement, c'était dresser une chaire, contre la chaire de saint Pierre. Aucune protestation ne pouvait empêcher les faits d'avoir cette signification et cette portée. Or, sans le pape infaillible et souverain, point d'Église; sans Église point de christianisme ; sans christianisme, point de religion. La rigueur des raisonnements, comme l'étude de l'histoire, démontrait la liaison inévitable de ces trois propositions. Dès lors — et quelles que fussent les intentions de ceux qui, en remettant sur pied le gallicanisme, dressaient un bélier contre les murs de la cité temporelle comme de la cité spirituelle — la conséquence était certaine : a ce système athée, si rien n'en arrête le développement, anéantira la société humaine et le genre humain même i> ; seule l'Église survivra à cette ruine universelle a et s'élèvera au séjour qui lui est promis, en chantant l'hymne de l'éternité. »

Ces mots sont les derniers par lesquels s'achève le livre De la religion considérée dans ses rapports avec V ordre civil et politique. La perspective qu'ils ouvrent au lecteur surpris, est toute semblable à celle qu'entrevoyait Platon, quand il écrivait dans son traité des

Lois ces paroles prises par Lamennais pour épigraphe : Omnis humanas socUtatis fundamentunt coni^ellit^ qui religionem convellit. Mais un apologiste du christianisme comme Frayssinous avait peine à reconnaître qu'il travaillât à bouleverser la société, en se proclamant le disciple de Bossuet ; et Picot, dont la plume s'occupait à écrire l'histoire ecclésiastique de notre xviii* siècle, ne pouvait saisir comment le gallicanisme l'empêchait d'être l'ami de la religion et du roi. La cour et la ville le comprenaient moins encore. De même le vieux clergé. Seuls, ou à peu près, les jeunes prêtres battaient des mains au langage de Lamennais. Cette profession de foi ultramontaine, cette logique absolue, ces dures leçons données au pouvoir les ravissaient d'aise : elles satisfaisaient à la fois leur sens catholique, leur inexpérience de la vie et la générosité de leur âge. Sur l'autorité d'un écrivain de génie, dont ils révéraient le magistère comme celui d'un Père de l'Église, ils étaient persuadés que le malheur capital des temps modernes était de dénier aux pontifes romains la puissance et le rôle incarnés dans le nom de Grégoire VII; ils voyaient, dans les gallicans du parlement et de l'épiscopat, les pires ennemis de la foi et de la grandeur nationale.

Cet état d'esprit était pour Lamennais un sujet de consolation et d'espoir ; son âme,

froissée de mille contradictions, s'épanouissait au rayonnement d'une sympathie grandissante ; l'avenir lui paraissait moins sombre, quand il regardait le clergé destiné à former la conscience des générations nouvelles*.

Le gouvernement, au contraire, s'inquiétait d'un ultramontanisme aussi décidé, en voie de se répandre par tout le pays. Tout en jugeant excessives les préoccupations deMontlosier, il avait les siennes. S'il eût pu y réussir, il aurait aimé à solidariser Tépiscopat tout entier, dans une déclaration de principes respectueuse de Rome et favorable à l'indépendance des princes. L'entreprise ne put aboutir comme on l'eût rêvée. Frayssinous, ainsi qu'il convenait à l'auteur des Vrais principes de P Eglise gallicane^ rédigea bien le manifeste ; mais il manqua au bas nombre de signatures ; celles qui y furent apposées à Paris même avaient le malheur d'être données par des prélats que leurs relations particulières avec le pouvoir semblaient condamner d'avance à servir docilement ses vues ; les adhésions qui suivirent, outre qu'elles furent sollicitées par une circulaire ministérielle de Frayssinous, ne dépassèrent pas la trentaine et elles étaient si peu concordantes que le Moniteur n'en publia pas le texte*.

^ Forgues, I, p. a34- Lettre du a6 février i8a6.

2 Les quatorze signataires de Paris furent les arcbeTéques

On devine si de pareils combattants pouvaient faire reculer celui qui avait juré dans son cœur d'exterminer le gallicanisme. La magistrature — que le gouvernement commit la maladresse de lancer avec Tépiscopat à Tassant des doctrines ultramontaines — ne fit qu'exaspérer le théologien qu'elle condamna par un arrêt aussi ridicule que solennel * . Les brochures desamis deFrayssinous,enétendant la polémique, Tenvenimèrent ^ Lamen-

de Sens, Reims, Aix, Besançon, Bourges, l'ancien archevêque de Toulouse, les évêques d'Amiens, Autun, Évreux, Montpellier, Nantes, Quimper, Strasbourg, Tulle. — Les archevêques de Sens et de Besançon, Fancien archevêque de Toulouse, les évêques de Montpellier, d'Amiens et de Quimper étaient membres de la commission épiscopale, alors réunie au Louvre pour l'exécution de l'ordonnance royale, du ao juillet i8a5, portant institution à Paris d'une « école de hautes études ecclésiastiques » ; l'archevêque de Sens était membre du conseil privé ; les archevêques de Besançon et de Reims, l'évêque d'Autun étaient membres du conseil d'État ; l'évêquede Strasbourg était précepteur du dauphin.

^ Ce jugement (aa avril 1826) prononçait la saisie de l'ouvrage de Lamennais, plus une amende de 3o francs.

^ L'abbé Clausel de Coussergues se distingua par son ardeur dans cette polémique : Lettre d*un grand vicaire à un homme du monde; Quelques observations sur le dernier écrit de l'abbé de Lamennais; Nouvelles observations; Dernières observations. M^^ Clausel de Montais y alla d'un mandement et M. Clausel de Coussergues, conseiller à la cour de Cassation, d'un article dans la Quotidienne. Avec Boyer, les trois Clausel étaient parents et compatriotes de Frayssinous. Ce qui faisait dire à Lamennais, dans une cruelle réplique insérée dans le Mémorial catholique : a Par le seul dévouement des siens, Mb^ d'Hermopolis a pu s'entourer d'une sorte de concile domestique. »

PENDANT L\ NONCIATURE DE M*' MAGGHI îg

nais, aidé de ses disciples du Mémorial catholique^ profita de toutes les occasions qui s^offraient d'affirmer ses idées. Dans tous les séminaires^ dans tous les presbytères de France, il n'y eut plus qu'une question : Valait* il mieux suivre les Aphorismes de Lamennais ou V Antidote du sulpicien Boyer * ? Exalté par la lutte, Tintrépide champion ne voyait autour de lui que des pervers faisant la guerre à la vérité ou des lâches qui tournaient le dos à Tennemi.

Le silence du pape lui était une énigme. En regardant du côté de Rome^ il disait tristement : a On est bien faible là où Ton devrait être si fort '. » Persuadé que ses brochures virulentes étaient un acte nécessaire, commandé par le service de la religion, il n'arrivait pas à comprendre comment les chefs de la hiérarchie demeuraient dans une réserve expectante. Seule la mort à brève échéance du gallicanisme^ sous les foudres du Vatican, pouvait sauver l'Eglise et l'Etat. « On s'étonne du silence de Rome, écrivait-il, et personne ne peut savoir ce que deviendrait cet étonnement, s'il se prolongeait. Il y a des moments qu'il faut saisir et qui ne se représentent pas.

^ Les Aphorismaia étaient un simple feuillet de Lamennais contre la déclaration de i68a. Boyer y répondit par V Antidote contre les Aphorismes.

' Forgnes, I, p. a34. Lettre d^ a6 février i8a6|.

4o LAMENNAIS ET LE SAINT-SIÈGE

Une autre chose qu'il n'est pas moins important de concevoir, et qui tient à Tétat des esprits et de la société, c'est que, si Ton parle, on doit parler très franchement et très fortement. La moindre hésitation, le moindre ambage réduirait presque à rien l'effet du jugement prononcé ; le courage de la vérité et de l'autorité, la confiance dans leur force, est aujourd'hui la politique la plus sûre et la vraie prudence. Paraître craindre c'est être vaincu. Voilà ce qu'on ne se persuadera jamais assez. De plus, si Ton ne va pas droit au fait, on continuera de disputer éternellelement. Les distinctions, les subtilités perpétueront la querelle, et finiront par jeter du ridicule sur le fond même de la doctrine...

Dieu veuille qu'on ne se laisse pas gagner parle temps*. »

Telles étaient les idées arrêtées de l'ardent polémiste sur les devoirs de Rome. On doit juger [de sa stupeur quand ses adversaires se mirent à répandre le bruit que Léon XII, loin de soutenir les ultramontains de France, les désavouait ^ Lamennais para d'abord le coup, comme il put, répondant qu'il ne ré-

* Ibid., p. a3g. Lettre du i8 mars i8a6. — Dans le même sens, lettres du i®' avril (p. ^43], du 8 juillet (p. a57), du 9 août (p. a6i).

' Clausel de Coussergues, le député, affirma le fait, dans une brochure d'abord, puis dans la Quotidienne du aa août i8a6 la Gazette de France y fit éoho.

PENDANT LA NONCIATURE DE M^ MAGCHI /fl

pondrait rien, et que le temps dissiperait vite les illusions des gens assez crédules pour se fier à des allégations audacieuses. {Quotidienne^ 23 août.) En réalité, il était embarrassé et inquiet. Pour sortir d'embarras et d'inquiétude, il écrivit à son ami Ventura et au nonce de Paris*. Délivré à peine d'une crise cardiaque qui avait mis sa vie en danger, à la veille de partir pour les Pyrénées, il demandait à M^ Macchi lumière et force.

« Je crois de mon devoir de vous soumettre quelques observations fort importantes sur l'état actuel de la controverse avec les gallicans. Ils ont cessé de répondre aux preuves qu'on leur oppose ; écrasés par ces preuves, ils redoutent la discussion et la fuiront désormais de plus en plus. Sous ce rapport, le triomphe des doctrines catholiques est complet. Mais, à défaut de raisons, les adversaires de Rome ont recours en ce moment à un autre moyen pour ruiner la vérité dans les esprits. Ils font parler le souverain Pontife et, par une imposture très dangereuse, ils mettent dans sa bouche les louanges lès plus expresses de la déclaration du 3 avril et un désaveu formel de ceux qui soutiennent ses propres sentiments. Je sais bien que tout cela n'est qu'un grossier mensonge; mais si ce mensonge n'est

^ Voir la lettre à Ventura dans Études, 5 mars 1910.

pas relevé, il passera sans aucun doute pour une vérité constante, et rattachement même des catholiques français pour le pape les précipitera dans le gallicanisme. Cette conséquence est inévitable. D*un autre côté, les défenseurs du Saint-Siège et de ses doctrines se trouveront dans la position la plus difficile et la plus fausse, puisqu'ils paraîtront en hostilité contre Rome, en continuant de combattre pour elle.

« Le sort de la religion dans ce pays peut dépendre du parti qu'on prendra. Les conjonctures, n'en doutez pas, sont graves et pressantes. On met audacieusement en scène le Saint-Père lui-même ; on s'autorise de lui pour propager des maximes de schisme ; et les imposteurs seront crus, si l'on garde le silence ; se taire, lorsqu'on affirme de semblables faits, c'est les avouer. Pour moi, je mets toute ma confiance en Dieu ; c'est devant lui que je vous écris ; j'ai voulu acquitter ma conscience, voilà tout. »

Ces lignes sont du 26 août 1826. Elles furent immédiatement transmises à la secrétairerie d'État par M*^' Macchi. Le cardinal délia Somaglia répondit que le fait dont on s'enquérait avec tant de sollicitude était controuvé*. Avant même de recevoir cette dépêche con-

^ Arch. Vat, Carr, None. Lettre da 9 septembre i8%6«

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solante, le nonce avait fait savoir, dans une visite, ce qu'il pensait de l'incident; il ne voyait là que des caprices de chien aboyant après la lune\ Mais il était bien impossible à Tâme mélancolique et violente de Lamennais de prendre les choses avec cette philosophie enjouée. Calmées pour un temps, ses appréhensions ne devaient pas tarder à reparaître plus vives.

Quelle était donc précisément, sur la situation politico-religieuse, la pensée de Home?

Le nonce apostolique à Paris, M**" Macchi, n'était pas arrivé dans notre pays sans instructions. Quand il était venu, en 1819, reprendre la place dont un geste violent de Napoléon avait chassé Gaprara, dix années auparavant, on n'avait pas manqué de lui dire comment il devait se conduire à l'égard du gallicanisme. A tout prix, il devait éviter que le clergé de France souscrivît de nouveau les articles de 1682. Cependant, on lui recommandait la prudence, la circonspection, les ménagements; on lui rappelait que si la déclaration avait été cassée et annulée par les souverains Pontifes — notamment par Innocent XII et Pie VI — la doctrine même des quatre articles n'avait fait l'objet d'aucun

^ C. de Ladoue. Monseigneur Gerbet, I, p. 334- Lettre d'Ange Blaize k Lamennais, racontant la risite du nonce.

/t/| LAMENNAIS ET LR SAINT-SIEGE

jugement direct et formel de Rome*. G est dans ces avis de sa Cour^ et non dans les diatribes de Lamennais, que le nonce cherchait la règle de sa conduite.

Les attaques très nettes contre la déclaration de 1682 étaient loin de lui déplaire. Il s'était empressé d'envoyer au cardinal délia Somaglia un exemplaire de La religion considérée dans ses rapports avec V ordre civil et politique. Au premier bruit que Lamennais pourrait avoir à répondre de son livre devant les tribunaux, il avait multiplié les démarches auprès des ministres et du président de la cour, pour empêcher ce scandale et cette faute*. Quand le procès eut lieu, il en fut navré '^. A Tégard de l'ouvrage et de l'auteur, son sentiment vrai était fait d'admiration et de reconnaissance. Dans un pays où les libertés gallicanes étaient dans la bouche de tous, et l'ignorance de la matière extrême, Lamennais venait d'écrire un livre fort et lumineux qui manquait^ et il n'y avait qu'à louer le courage avec lequel il s'était exposé à mille ennuis pour la défense du Saint-Siège •. Puis le nonce ajoutait :

^ Arch. de la Noue, de Paris.

^ Arch. Yat. Corr. Nonc.^ Dépèches des 4 et i5 mars i8a6.

3 Ibid,, Dépêche du a4 aynl i8a6.

* Ibid,f Dépèche du 4 mars i8a6.

^ Ibid.j Dépèche du i5 mars.

« Quelques personnes bien pensantes taxent d'imprudence M. de la Mennais, comme s'il avait voulu par son livre jeter une bombe et faire de Téclat. Il serait certainement plus sage et meilleur de ne point agiter de pareilles questions, spécialement dans un royaume comme celui de France à Theure actuelle. Mais si la prudence doit plaire, si elle me platt à moi aussi et si j'en use quand elle est nécessaire, cependant je ne suis pas d'accord avec ceux qui blâment Tauteur de cet écrit; j'en loue au contraire le courage et le mérite. Tandis que nous avons la douleur, depuis un an, de voir imprimés tant de livres dénigrant odieusement la religion, le Saint- Siège, le clergé; tandis qu'on n'en finit pas de déclamer, sous le couvert des libertés gallicanes, contre le catholicisme...; tandis que M** Frayssinous a jeté de nouveau dans le public la question des quatre articles, en rééditant un livre en leur faveur...*, c'est un vrai mérite de la part d'un ecclésiastique français d'avoir élevé la voix avec zèle pour venger la vérité, défendre le Saint-Siège, la religion, le clergé et le trône lui-même.

a J'en conviens, il y a dans le livre des expres-

* La troisième édition des Vrais principes avait para en janvier 1826» avant Técritde Lamennais. Le nonce l'avait renvoyée k Rome sans réflexion d'aucune sorte ; de même VAndettio de Boyer.

sions très fortes, et des<personnalités capables d'irriter. Si l'abbé de la M ennais m'avait consulté avant d'écrire, je n'aurais certainement pas omis de lui faire à ce sujet mes justes observations. Mais il ne m'a parlé de son dessein, qu'au moment où l'ouvrage était sous presse, et le fait est que des personnes d'une intelligence et d'un savoir reconnus, après avoir lu le livre, l'ont déclaré admirable. Il produit très grand effet '. »

A Rome, l'impression était moins favorable.

Eloignés du théâtre de la polémique, le pape et le secrétaire d'Etat apercevaient et sentaient, moins vivement que le nonce, le détail des circonstances qui justifiaient le livre de Lamennais; très attentifs à ménager l'épiscopat et le gouvernement, ils étaient choqués qu'un prêtre eût osé maltraiter l'un et l'autre ; entourés de docteurs habitués à éplucher les textes, ils étaient frappés de certaines entorses données à la doctrine et qu'une lecture rapide n'avait peut-être pas permis à M^ Macchi d'apercevoir.

Léon XII, comme son ministre à Paris, avait eu grand déplaisir des écrits de Montlosier, de l'arrêt prononcé par la cour royale dans le procès du Constitutionnel et du Courrier ^ de la déclaration signée par les évêques

^ Ibid,, Dépêche du i5 mars i8a6.

français le 3 avril, de la condamnation de Lamennais pour sa brochure. L'ambassadeur de France à Rome avait reçu des doléances, que le nonce avait répétées à Paris ^ Mais, tout en regrettant ces incidents fâcheux de la vie politique, le souverain Pontife et ses conseils se refusaient à y voir le prélude d'un schisme prochain. La piété personnelle de Charles X, et surtout les dispositions de Tépiscopat, leur défendaient de croire qu'on fût à la veille de recommencer l'œuvre de la Constituante, et de séparer la France du centre de Tunité catholique.

Et tel est aussi le sentiment de M^*^ Macchi.

Bien qu'il sache gré à Lamennais de défendre l'ultramontanisme, il désapprouve ses violences ; à l'égard du prince et des évèques, il n'a rien, dans son âme, des amertumes et des soupçons qui remplissent le cœur et les livres de l'illustre écrivain.

Jamais il ne rend compte des audiences du Château, sans marquer les bons soins du roi à l'égard de la religion. Ses conversations avec les prélats ne lui laissent aucun doute sur leur dévotion au Saint-Siège. Dans la déclaration du 3 avril, il était dit : « Nous condamnons avec tous les catholiques ceux qui, sous prétexte de libertés, ne craignent pas de

^ Ibid,, Dépèches des a4 a?ril, 3x juillet, ai août.

i^H LAMENNAIS ET LE SAINT-SI^GE

porter atteinte à la primauté de saint Pien-e et des pontifes romains ses successeurs, ins* tituée par Jésus-Christ, à Tobéissance qui leur est due par tous les chrétiens, et à la majesté si vénérable aux yeux de toutes les nations du siège apostolique, où s'enseigne la foi et où se conserve l'unité de TÉglise. Nous nous faisons gloire, en particulier, de donner aux fidèles l'exemple de la plus parfaite vénération et d'une piété toute filiale envers le Pon* tife que le ciel, dans sa miséricorde, a élevé de nos jours sur la chaire du Prince des Apôtres ^ y> C'est sans doute en pensante cet alinéa que Quélen apercevait dans la déclaration du 3 avril un triomphe pour Rome, auquel il applaudissait ^. Sans se laisser aller à un pareil enthousiasme, le nonce garantissait que les sentiments exprimés dans ces lignes étaient réellement ceux de l'épiscopat. D'autre part, la déclaration du 3 avril, sans oser rappeler par son nom la déclaration de 1682, en renouvelait timidement la doctrine, en qualifiant d' a étranges i> les «c censures prononcées sans mission et sans autorité i> par Lamennais, contre a les maximes reçues dans rÉglise de France ». Plus hardis concernant l'autorité des papes sur le temporel des rois, les prélats affirmaient que l'opinion

^ Moniteur du la ayril i8a6.

'^ Arch. Vat. Corr, Nonc. Dépêche du a4 a^nl i8a6.

soutenue dans la Religion considérée dans ses rapports avec Tordre civil était « née du sein de l'anarchie » au moyen âge; qu'elle avait toujours été « repoussée par le clergé de France » ; qu'elle était aujourd'hui « tombée dans un oubli universel i» ; qu'elle n'avait «aucun fondement dans l'Évangile, ni dans les traditions apostoliques, ni dans les écrits des docteurs et les exemples des saints personnages qui ont illustré les plus beaux siècles de l'antiquité chrétienne ».

De telles opinions ne pouvaient avoir l'approbation du nonce ; de son mieux, il s'efforçait de les combattre. A ce sujet, voici ce qu'il écrivait au cardinal secrétaire d'Etat :

« C'est spécialement avec les deux archevêques de Bourges et de Besançon *, que j'ai eu l'occasion de m'expliquer amplement au sujet du premier article de la fameuse déclaration du clergé de France, et sur les maximes de Rome, touchant l'autorité des papes sur le temporel des rois. Persuadé qu'on n'a ici, en général, que des idées confuses sur ce que nous tenons pour vérité irréfragable dans la matière — comme si nous prétendions que le pape est maître absolu de donner à son gré ou d'enlever les couronnes — j'ai voulu nettement poser les principes et préciser les cas dans

« Wf de YiUèle et Ms' de Yillefrancon.

5o LAMENNMS ET LE SA.INT-SIÈGE

lesquels rautorité pontificale a eu autrefois, et a encore le droit de s'exercer à l'égard du temporel des souverains catholiques.

« Je leur déclarai donc ceci. Nous admettons Tindépendance réciproque des deux puissances ; et la séculière ne dépend point de la spirituelle, dans les choses purement civiles et les politiques qui seraient sans rapport aucun avec la religion. Que si le souverain, agissant en matière civile, porte atteinte aux lois et à la discipline de TÉglise, le souverain Pontife, à qui il incombe de les conserver intactes, a le droit de réclamer, d'avertir et de remontrer ; car en ce cas, le souverain est sujet du chef suprême de TÉglise dont il est le membre. Ainsi ont agi les papes en tout temps.

a Si par malheur il arrivait, comme il est en effet arrivé au témoignage de l'histoire, qu'un souverain catholique devint ouvertement schismatique, persécuteur de l'Eglise, qu'il abusât de son pouvoir, pour séparer les sujets de l'Eglise et ruiner dans le peuple la religion divine, par des actes de véritable tyrannie ; le souverain Pontife peut intervenir, (et il est intervenu quelquefois en semblable occurrence) pour sauver les âmes des fidèles, dont il est le père et pasteur suprême; non point en soulevant les peuples en armes contre le prince, mais en usant des moyens que Jésus-Christ, fondateur et défenseur

PENDANT LA NONCIATURE DE M^ MAGGHI 5l

éternel de T Eglise, a mis aux mains de son vicaire sur la terre, et sans lesquels la religion n'aurait plus les garanties nécessaires à son maintien. Telles sont les admonitions, les prières publiques, les censures ecclésiastiques en cas d'obstinée résistance, et même encore, si Textrême nécessité et le comble des maux l'exigent, le recours à des mesures plus énergiques, comme de délier les sujets du serment de fidélité, de déclarer les souverains déchus de ce pouvoir dont ils se servaient pour détruire la religion et ruiner les peuples.

a Telles sont les explications que j'ai données de nos doctrines : et les prélats que j'ai nommés plus haut n'hésitèrent pas à s'y ranger *. »

Mêlés à cette conversation du nonce, d'autres évoques auraient conclu sans doute comme les archevêques de Besançon et de Bourges. Et Lamennais l'aurait constaté peutêtre sans trop de surprise ^ Quant au cardinal délia Somaglia, il s'empressa d'assurer M>' Macchi que son exposé des idées romaines touchant le premier article de la déclaration de 1682 avait son approbation entière comme celle de Léon XII ^

i Areh. Yat. Corr, Nonc, Dépêche du 93 juillet i8a6.

* Forgues, I, p. i5a. Lettre du ai mai i8a6. Voir aussi dans Études (S mars 1910) une lettre à Ventura dans le même sens.

s Ibid,, Dépêche d« 9 août i8a4.

Au moment même où se tenaient dans les salons de la nonciature de Paris ces conférences théologiques, une des académies ecclésiastiques de Rome faisait publier et soutenir cent thèses de droit public*. Il parut au cardinal secrétaire d'Etat que ce feuillet de quatre pages pourrait avoir à Paris quelque utilité ; il en envoya au nonce des exemplaires en grand nombre ; le nonce fit voir à Lamennais ces thèses romaines ; Lamennais lui conseilla de les laisser dûment ensevelies dans le papier d'emballage qui les renfermait, car la publication d'un pareil écrit « n'offrirait aucun avantage et elle ne manquerait pas de coaliser les partis contre Rome, et d'exposer la religion à des conséquences désastreuses en France et en d'autres pays* ». Instruit du fait par le nonce, le secrétaire d'Etat répondit finement que celui qui donnait ces conseils était oc quelque peu suspect », bien que son avis fût bon à prendre ^ Les cent thèses de l'Union de saint Paul furent mises par M*"" Macchi aux vieux papiers.

Cet incident minuscule ne laisse pas que â'avoir sa signification. Rien n'est plus inof-

*■ Thèses ex jure publico ecclesiasiico quas in suis experimentis proponunt censores Academi» Cœtus S. Pauli Apostoli.

• Arch. Vat. Corr. Nonc, Dépêche du ai août i8a6.

3 Ibid.f Réponse du 5 septembre i8a6j

fensif que le manifeste de l'Académie romaine ; comme le disait avec raison M^ Macchi, c'est un énoncé de la doctrine courante à Rome, en matière de droit public ecclésiastique. Pourquoi donc Lamennais le redoutait-il comme une bombe? Ses propres écrits auraient-ils reçu de l'explosion quelque éclaboussure ?

C'est la seule hypothèse à laquelle on puisse s'arrêter, s'il est vrai, comme l'affirmera plus tard Lambruschini, que le but des Cent thèses était précisément de faire comprendre que les idées menaisiennes n'étaient pas tout à fait les idées romaines.

Et en effet, dans le livre de la Religion considérée dans ses rapports avec V ordre civil et politique^ il n'y a pas seulement une réfutation du gallicanisme; pour combattre les doctrines d'autrui, Lamennais est obligé d'indiquer au moins les siennes. Il le fait d'autant plus volontiers, qu'à cette date il avait déjà l'idée d'un grand travail, quelque chose comme une théorie générale de la société ^ Voici donc comme il conçoit les relations réciproques des souverains, des sujets et de l'Église. La loi divine est la condition essentielle du pouvoir; s'il la méconnaît, le pouvoir perd nécessairement ce qu'il avait par son origine d'invio-

^ Allusion directe à ce travail dans des lettres da 117 juin et 9 août i8a6 (Forgues, I, p. a55, a6i); mais lidée est antérieure.

54 LAMB1VNAI8 BT LB SAINT-SIÈGE

lable et de sacré. Le droit de révolte résulte du sentiment du juste et de Tinjuste, comme celui d'en appeler à TEglise dérive de la constitution même de la société chrétienne. Ni rhistoire des papes, ni celle du genre humain ne permettent de condamner les peuples à une éternelle obéissance sous une éternelle oppression. Précisément parce que Tautorité n'est point la force, elle ne se conçoit que liée au bien^

Ce ne sont là que des linéaments légers d'une théorie qui plus tard sera plus nette et plus continue. Mais déjà Lamennais est ferme dans ces idées. Et il sait très bien, sinon par ses conversations avec le nonce, du moins par sa correspondance avec Ventura ^ que les doctrines qui ont cours à Rome sont autres que les siennes sur les limites de lautorité politique. Il veut se tenir dans la tradition. Le soin qu'il prend de rassembler les textes des Pères, des conciles, des papes et des théologiens, le montre. Mais l'outrance naturelle de son esprit, ses théories philosophiques sur la société, sa passion native de l'indépendance l'emportent, dès 1826, au delà des bornes.

*■ De la religion, etc.. Il*' partie, p. io5, 106, 107, 109, i3i.

^ Voir dans Études (5 mars 19 10) la lettre écrite le 14 mai i8a6 À Ventura, au sujet du volume de droit public publié par celui-ci.

PENDANT LA NONCIATURE DE M'' MAGGHI 5â

Les erreurs de VAuenir sont déjà dans son esprit. Sous l'influence des événements, des méditations solitaires, de Texaltation qui en résultera, elles ne tarderont guère à prendre leur complet développement.

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