EPILOGUE
cru bien faire, mais vous vous etes trompes.
Place a la tete de FEglise, j en connais mieux que vous les besoins, les interets, et seul j en suis juge. En desapprouvant la direction que vous avez donnee a vos efforts, je rends jus tice a vos intentions. Allez, et desormais, avant d intervenir dans des affaires aussi delicates, prenez conseil de ceux dont Fautorite doit etre votre guide . Ge peu de paroles aurait tout fmi. Jamais aucun de nous n aurait songe a continue! Faction deja suspendue.
Le discours que Gregoire XVI ne tint pas de vive voix, il le tint par la plume de Pacca, des le milieu de fevrier 1882. Et Lamennais continua de croire que ses idees triompheraient a Rome ; comme il crut, apres Fencyclique Mirari ws, qu elles devaient prevaloir malgre la condamnation qu en faisait le souverain Pontife. II faut abandonner Tidee d une scene evangelique se deroulant dans un salon du Vatican, a la premiere rencontre de Gre goire XVI et de Lamennais. A aucun moment de sa vie, Lamennais n a sacrifie une de ses idees essentielles, pour agreer a ceux qu il aimait le plus. Toujours, sur les points fondamentaux, la contradiction, loin de le deconcerter, Fa enfonce dans Fopinion qu il avait publiquement soutenue. S il a change d avis, c a ete de lui-meme, et en se vantant de s accommoder au cours des choses
mais, jusque dans ses variations, il a ete inva riable, en ce sens qu aux heures decisives de sa vie il a revendique comme un droit dont Findependance ne se courbait devant personne, la faculte de suivre son sentiment, et comme il disait, sa conscience. Pour revenir au pelerinage des redacteurs de VAvenir, la reserve silencieuse dont usa au debut Gregoire XVI etait Favertissement le plus paternel, le plus doux, celui qui laissait le moins de traces et ne compromettait personne l . Ainsi en jugerent plus tard Lacordaire et Montalembert ; ce sera le jugement meme de 1 histoire. Et tous les chapitres du present livre ont montre avec quelle perseve rance meritoire le pape s appliqua a menager, jusqu au bout, ramour-propre de celui dont il
etait contraint de condamner les erreurs.
On a dit qu en face de la revoke de Lamennais, ses adversaires avaient du etre effrayes de leur ceuvre et eprouver quelque remords.
II faudrait connaitre bien mal Thistoire des discussions theologiques, et du journalisme au xix e siecle, pour etre surpris des exces qui se melerent aux controverses menaisiennes.
Les passions humaines ont vite fait d empoisonner toute polemique qui se prolonge un
1 Lecanuet. Montalembert, I, p. 288.