‹ Lamennais et le Saint - SiegeChapitre 22 sur 59 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

peu. Lamennais rfen fut pas exempt, ni non plus ses contradicteurs. A qui attribuer la plusgrosse part ?Le partage est difficile. Mais on accordera deux choses. II est douteux que jamais aucun de ceux qui combattirent YEssai ou YAvenir ait suppose, chez Tauteur de ce livre et de ce journal celebres, autant de bassesse da me qu il en denoncait volontiers en eux.

Tout le long de sa vie, c est dans les mobiles les plus miserables que Lamennais a cherche Texplication vraie de la guerre menee contre ses theories. En outre, Ton ne voit pas bien ce qu ont gagne sur lui, dans leurs discussions, ses amis les plus qualifies, des qu ils ont voulu toucher a ce qu il regardait comme sa substance intellectuelle. Ventura, Baraldi, Lacordaire, Montalembert n ont pas ete plus heureuxque Rozaven ou Boyer. Le secret des correspondances ou des entretiens, comme la bataille au grand jour des brochures ou des journaux, n a amene qu un resultat : laisser 1 errant entiche de son erreur. Geux dont Famitie lui a ete la plus douce et auxquels il a reconnu Tame la plus noble les Senfft et la baronne Gottu n ont pu garder leurs relations avec lui qu a la condition de res pecter silencieusement sa revoke. Le saint abbe Jean, du jour ou il s est soumis publiquement au pape, est devenu pour Feli un etranger. Comment croire des lors que, pour

amener le condamne des encycliques pontificales a reconnaitre la justice de la sentence portee contre lui, il eut suffi d eviter dans les journaux toute parole excessive?

Assurement Lamennais a souffert de ces vivacites regrettables. Ses lettres le disent, et meme si elles s en taisaient, nous pourrions a coup sur parler des amertumes versees dans son ame par ces discussions passionnees.

Mais, avec la meme sincerite, ces correspondances expriment aussi le mepris parfait dont Lamennais faisait profession a regard des jugements des homines qui lui etaient contraires. Et ce dedain nous force a reduire Tinfluence que les polemiques ont pu avoir dans Finflexibilite de ses opinions. En verite, Ton peut tenir que ses disciples en sont plus responsables que ses contradicteurs. Le paradoxe n est qu apparent.

Par leurs jugements sur lefond des quest ions discutees, leurs criailleries sur le compte des adversaires, leurs informations romaines colportees avec autant d assurance que de zele, les amis ont maintenu le malheureux grand homme dans [ illusion dangereuse ou Fentrainaient deja, cle tout leur poids, et son exces sive sensibilite et son obstination naturelle, la conscience de son role et son orgueil natif. La bonne foi de ces hommes, aveugles par le prestige du genie et par leur tendresse admi-

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