‹ Lamennais et le Saint - SiegeChapitre 25 sur 59 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Thonneur et de la raison. A un fond irri table d orgueil naturel selon le mot de Rohrbacher, Lamennais joignait une science sacree insuffisante, une fougue de logique et une impatience d esprit extraordinaires. Luimeme 1 avouait a Sainte-Beuve, il y avail dans son caractere une certaine impetuosite opiniatre qui apres Tavoir enferme dans ses idees propres, Tentrainait a les defendre avec une ardeur excessive et une invisible tenacite *. Rien ne le disposait mieux a etre trompe par des sophismes. Dans le conflit intime de ses reflexions, il se debattit de longs mois, sans jamais tourner sa pensee vers Tantique formule : Roma locuta est, causa finita est.

Plus son silence s etait prolonge, moins il desirait en sortir. Amicalement presse de dire le fonds de son ame, il essaya de reserver sa liberte sans tomber dans la revoke. Existante pour lui, cette ligne de partage n etait pour autrui qu une illusion ou une equivoque. Elle finit par s evanouir a ses propres yeux dans les tenebres ou sa foi disparut. Et il sortit du sacerdoce catholique pour entrer dans une sorte de sacerdoce de rhumanite.

Voir dans Roussel (Lamennais d apres des docu ments inedits, II, p. 266) 1 admirable lettre de Rohrba cher du 10 avril i835 ; et dans Marechal (La Clef de Volupte, p. 91) la lettre de Lamennais a Sainte-Beuve, 3o juillet 1834.

A quoi des lors se reduisit son symbole? II est assez malaise de le dire avec clarte. Dans sa correspondance avec Montalembert, en 1 835, il en vient souvent a declarer que seuls de longs entretiens pourraient suffirea caracteriser Fensemble des idees religieuses auxquelles son esprit s etait arrete * . Ces entretiens n eurent jamais lieu sans doute. Mais Lamennais causa a loisir avec Feveque de Vincennes, avec labaronne Cottu, avec le baron de Hubner, avec Ventura. Tous quatre nous ont laisse comme un proces-verbal sommaire de ces entrevues.

Brute etait un vieil ami deLamennais, avant de s en aller evangeliser les Etats-Unis. Les distances, les labeurs de Tapostolat, la vie passee dans un continent nouveau ne changerent jamais son coeur. De loin, aux epoques critiques, il s etait permis, a 1 egard de son Feli, des remontrances aussi nettes que cordiales. Dans un voyage fait en France en i836, le missionnaire americain, demeure toujours breton, resolut d aller precher, a la Ghesnaie meme, Tegare dont Fame lui etait si cherc.

Lamennais le recut ; il assista a la messe du

1 Lam. a Montalembert, p. 36i. Lettres du 8 avril i835.

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