‹ Lamennais et le Saint - SiegeChapitre 24 sur 59 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

doutes sur plusieurs points du catholicisme ne s eleverent dans son ame que vers les pre miers mois de i833. Jusque la sa conscience etait dans Tangoisse, mais sa croyance lui demeurait chere et il entendait s y tenir fermement. En examinant la portee de Feneyclique, il crut voir qu une adhesion pure et simple etait incompatible avec des points cer tains de la doctrine catholique, et il perdit Tequilibre. Dans son esprit chavire le doute entra, et, les jours s ecoulant, finit par submerger la foi toute entiere. C est dans ces huit mois qui separent le 3o aout 1882 du 8 mai i833 7 que les historiens et les moralistes catholiques doivent placer les graves manquements a la grace de Dieu par ou Lamennais glissa dans Tapostasie.

Certainement celle-ci fut le chatiment de la superbe de 1 esprit. II aurait fallu qu un homme illustre confessat, devant toute FEurope dont les yeux etaient fixes sur lui, qu il s etait trompe sur le point meme ou il avait mis ensemble et la substance de sa vie et les esperances pour TEglise du plus magnifique avenir. Le bruit mene autour de son entreprise, 1 eclat de sa renommee, la grandeur de la cause qu il pretendait servir, s ajoutaient 1 une a Tautre pour augmenter les difficultes du sacrifice a faire. Son amour-propre se raidit, en face de cet austere horizon. Seule

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la lumiere du ciel pouvait en changer 1 aspect aux yeux de cette ame troublee, et lui faire voir, dans I obeissance sans reserve a laquelle le conviait Gregoire XVI, non pas un gouffre, ou son honneur d apologiste et son influence d apotre de la religion allaient sombrer, mais le roc immobile et insubmersible sur lequel, malgre les eaux diluviennes et les vents dechaines, sa vie serait desormais assise inebranlablement. Dieu invoque avec ferveur et perseverance lui aurait revele ces perspec tives rassurantes. Mais au lieu de prolonger sa priere, comme le soir du 28 aout, il aima mieux s abandonner aux pensees du dedans et du dehors qui, en denaturant 1 acte ponti fical, lui epargnaient Faveu des erreurs commises. La discipline catholique la plus elementaire commandait er id eminent de s incliner sous la main du pape. Mais le pape etait-il Dieu? Etait-il infaillible en matiere politiquePLa distinction des deux puissances n etait-elle pas dans FEglise un point traditionnel de 1 enseignement ? Endepitdes apparences, Fencyclique Mirari vos n etait-elle pas une piece ou les choses de ce monde tenaient la plus grande place ? A qui raisonnait de la sorte, pour eviter Fhumiliation d une soumission couteuse a 1 orgueil, tot ou tard Facceptation totale et absoluedu document pontifical devait apparaitre comme une abdication de

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