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DEUXIEME DECLARATION DE LAMENNA1S

(5 novembre i833).

Tres-Saint Pere, II me suffira toujours d une seule parole de Votre Saintete,

1 D apres Foriginal. Arch. Vat. Dossier Lamennais.

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non seulement pour lui obeir en tout ce qu ordonne la reli gion, mais encore pour lui complaire en tout ce que la con science permet.

En consequence, la lettre Encyclique de Votre Saintete , en date du i5 aout 1882, contenant des choses de nature diverse, les unes de doctrine, les autres de gouvernement, je declare :

1. Qu en tant qu elle proclame, suivant 1 expression d lnuocent I er , la tradition apostolique, qui, n etant que la revela tion divine elle-meme perpetuellement et infailliblement promulgue e par 1 Eglise, exige de ses enfants une foi parfaite et absolue, j y adhere unique ment et absolurnent, me reconnoissant oblige, comme tout catholique, a ne rien ecrire oil approuver qui y soit contraire.

2. Qu en tant qu elle decide et regie differents points d ad ministration et de discipline ecclesiastique, j y suis egalement sourais sans reserve.

Mais afin que, dans 1 etat actuel des esprits, particulierement en France, des personnes passionnees et malveillantesne puissent donner a la declaration que je depose aux pieds de Votre Saintete de fausses interpretations, qui, entre autres consequences que je veux et dois prevenir, tiendroient a rendre peut-etre ma sincerite suspecte, ma conscience me fait un devoir de declarer en meme temps que, scion ma ferine persuation, si, dans 1 ordre religieux, le chretien ue sait qu ecouter et obeir, il demeure, a 1 egard de la puissance spirituelle, entierenient libre de ses opinions, de ses paroles et de ses actes. dans 1 ordre purement temporel.

En implorant a genoux sa paternelle benediction, j ose sup plier tres-humblement le Vicaire de Jesus-Christ auteur et consornmateur de notre foi, de daigner accueillir avec bonte Ihommage du profond respect avec lequel je suis, etc.

Paris, 5 novembre i833.

QUATRIEME LETTRE DU CARDINAL PACCA (a8 novembre i883).

Monsieur 1 abbe, D apres les ordres que j en avais recus je me suis em-

1 D apres 1 original qui est en ma possession.

presse, des le mois d aout do Fannee derniere, de vousenvoyer la lettre encyclique que Sa Saintete adressa a tous les eveques de FEglise catholique. Maintcnant le Saint-Pere me charge egalement, monsieur 1 abbe, de vous accuser reception de votre lettre du 5 de ce mois, contenant la declaration que vous lui adressez sur FEncy.clique susdite.

Dans la lettre precedente du mois de seplembre, que, par le moyen de monseigneur FEveque de Pennes, vous adressates au Saint-Pere, vous lui demandiez d etre instruit des termes qu il vous fallait employer pour le convaincre de plus en plus, et d une maniere tout a fait evidente, du desir sincere qui vous anime de ne pas laisser douteuse votre obeissance cntiere et bien filiale au chef supreme de notre sainte Eglise.

Cette demande chretienne, et vraiment catholique de votre part, remplit de la plus tendre satisfaction le coeur paternel de Sa Saintete, et fit naitre en elle les meilleures esperances a votre egard, persuadee comme elle etait que vous auriez suivi 1 exemple de tant d hommes illustres et savants dont 1 histoire nous a conserve le glorieux souvenir, lesquels, lorsqu ils venaient accuses d avoir avance quelque chose de faux ou d inexact, recouraient de suite a ce Siege apostolique et s en rapportaient aux reponses de la bouche infaillible de Pierre, qui, dans la personne sacree de ses successeurs, fait et fera toujours connaitre la verite a ceux qui en 1 esprit d humilite et avec sincerite la recherchent.

Votre demande fut satisfaite par un Bref, adresse le 5 ocLobre a votre pieux et respectable Eveque, qui vous a ete communique, et qui faisait connaitre quelle declaration le pere commuu des fideles attendait de vous pour lui satisfaire pleinement, le convaincre le mieux de votre adhesion illimitee et non equi voque a la doctrine de FEncyclique, et faire ainsicesser, avec la division des esprits, le scandale, et renaitre dans le clerge de France 1 unanimite des sentiments selou la science qui vient de Dieu. Or, votre bonne foi, a laquelle j en appelle, vous dira, monsieur 1 abbe, si la nouvelle declaration par vous emise est conforme a ce qu on vous demandait et qu on etait en droit d attendre de vous, memed apres vos promesses.

Je ne parlerai pas ici de certaines expressions qu on lit dans votre derniere lettre au Saint-Pere, et auxqnelles vous n avez pas donne, je veux Fesperer, le vrai sens qu elles renferment; mais je ne pourrais pas me dispenser de vous declarer nettement que les explications contenues dans la meme lettre out du affliger de plus en plus le coeur si doux

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et si tendre du souverain Pontite, qui, quoique reuipli do charite pour vous, ne pent neanmoins se taire sur votre derniere declaration, sc voyant au contraire oblige de la desapprouver.

Apres avoir rempli le devoir qui m a etc impose, je ne finirai pas cette lettre, monsieur 1 abbe, sans vous prier et conjurer meme de vouloir bien reflechir, en catholique et en pretre, sur la nature et sur les consequences de cette affligeante affaire, aux pieds du crucifix. Si vous ferez cela comme je n en doute pas, j aime a me persuader que vous adresserez bientdt, par mon organe (s il vous plaira de vous servirde moi), a Notre Tres-Saint-Pere une declaration digne de vous, c est-a-dire aussi simple, absolue et illimilee qu elle repond parfaitement a votre precedente promesse, et qui puisse enfin satisfaire entierement a ses voeux si justes et si apostoliques.

C est avec cette ferme esperance que je vous renouvelle les sentiments de Testime tendre et particuliere avec laquelle je suis

Votre tres affectionne serviteur et ami

B. CARDINAL PAOCA.

Rome. 28 novembre i833.

TROISIEME DECLARATION DE LAMENNAIS 1 A. PREMIER PROJET (i er decembre i833).

Tres-Saint-Pere,

Monseigneur 1 archeveque de Paris m a encourage de m adresser derecbef a Votre Saintete pour lui ouvrir mou coeur et desavouer a ses pieds, tres humblement les fausses interpretations que Ton pouvait donner pres d elle a mes paroles et a mes actes.

Votre Saintete connait sans doute les circonstances qui, centre mon gre, m ont force de rendre publique la lettre qu il a etc de mon devoir de lui ecrire le 5 novembre dernier. Dans 1 etat d excitation ou sont les esprits en France, elle

1 D apres les copies qui se trouvent aux Arch. Vat. (Dos sier Lamennais}.

a ete 1 objet de beaucoup de commentaires, de jugernents divers et de conjectures sur les sentiments qui Tont dictee. Dans cette position pour moi tres penible, j ose esperer que Votre Saintete me permettra de desavouer a ses pieds, tres humblement, toutes les fausses interpretations que Ton pourroit donner pres d elle. a mes paroles et a mes actes et de lui ouvrir mon coeur comme a un pere.

Je dois d abord protester devant Dieu que, resigne a tous les sacrifices personnels pour eviter de devenir, meme involontairement, un sujet de trouble dans FEglise, j avais depuis deux ans pris la resolution, que j ai tenue fermement, de souffrir en silence toutes les attaques, 1 injure, 1 outrage, la calomnie, sachant d ailleurs avec certitude que mes ennemis n avaient d autre but, dans leurs provocations, que d abuser des paroles qui pourraient m echapper peut-etre dans la vivacite de la discussion.

Je savais aussi que beaucoup d entre eux poursuivaient en moi, non pas l homme dangereux a 1 Eglise, a la defense de laquelle ma vie eutiere a ete consacree, mais Fhomine qui, voulant rester etranger a tous les partis politiques existants, par la meme etait en dehors de celui auquel ils appartenaient. C etait principalement ma position sous ce rapport qu on avait a coeur de changer, et ceci renferme les explications que je dois a Votre Saintete sur ma derniere lettre.

En premier lieu, le diocese de Rennes etant un de ceux ou les divisions politiques se manifestent avec plus de chaleur, j etais depuis quelque temps resolu a m en eloigner, lorsque monseigneur 1 Eveque de ce diocese me fit parvenir une copie du Bref de Votre Saintete. Ayant obtenu d un de ses predecesseurs une excorporation avant memo de recevoir le sousdiaconat, je ne me considerais point, pas plus que monsei gneur 1 Eveque de Rennes ne me considerait lui-meme, comme oblige de resider dans son diocese. Et comme je ne pouvais pas douter que ma reponse au Bref de Votre Saintete, si je la lui faisais parvenir par 1 intermediaire de monseigneur 1 Eveque de Rennes, ne devint dans son diocese, ou elle aurait ete immediatement connue, 1 objet de discussions dont 1 effet eut ete d irriter les passions que je desirais au contraire calmer, je pensais qu il valait infiniment mieux en assurer le secret en Fadressant directement par la Nonciature de Paris.

En second lieu, jesouhaitaisd une part, que Votre Saintete vit dans la lettre 1 expression non seulement de mon obeissance parfaite dans toute 1 etendue de son devoir comme pretre

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el comme catholique, mais encore la disposition sincere ou j etais et oil je suis toujours, de lui prouver, de toutes les manieres possibles, mon amour et mon devoueinent inviolables, en evitant, d une autre part, par la brievete de la declaration elle-meme, de fournir a la malignite de mes adversaires des pretextes de 1 attaquer, dans le cas on elle fut devenue publique, ainsi que Yotre Saintete m annoncait qu elle devait le devenir. Et si, raalgre cette precaution, on a pu encore me supposer des sentiments contraires, en interpretant, d une maniere injurieuse pour Yotre Saintete, les paroles niemes dont je me suis servi pour exprimer que je ne voulais pas renfermer ma soumission et mon devouement a Votre Sain tete dans les bornes strictement fixees par la religion, combien d autres interpretations odieuses ne m aurait-il pas fallu desavouer avec autant d indignation que je desavoue celle-ci, si, par de plus longs discours qu on aurait egalement denatures, j avais fourni une plus ample matiere an travail de la calomnie !

En troisieme lieu, on s est eleve contre 1 enonciation qui termine ma lettre, et, certes, elle eut ete au moins inutile, en d autres circonstances, si en ecrivant j avais du n avoir que Rome meme en vue.

Mais je ne dois pas taire a Votre Saintete qu en France, pour beaucoup de gens, pour le plus grand nombre, la ques tion politique etant la principale, disons-le franchement, la seule qui les interesse, si je n avais pas clairement exprime la distinction dont on cherche aujourd hui a me faire un sujet de reproche, on en aurait conclu de ma part 1 abandon de cette partie de la doctrine de lEglise. Je me suis done trouve, et de plusieurs manieres, dans Fobligation de prevenir ce grave inconvenient. Ma conscience m en a fait un devoir :

i Parce qu on n eut pas manque de dire que je confondais et que Votre Saintete voulait que Ton confondit 1 ordre spirituel et 1 ordre temporal, conviction qui, repandue dans les esprits, n aurait pu, sous plusieurs rapports, qu etre funeste a la religion.

2 Parce qu on aurait iinmediatement conclu que les catholiques, dependants de 1 autorite spirituelle, meme dans les choses purement civiles, ne pouvaient prendre aucune part aux affaires de leur pays que d apres les ordres du clerge : position qui, en plusieurs lieux, en France, en Belgique, en Irlande, aux Elats-Unis, par exemple. servirait de pretexte pour les depouiller de tous leurs droits legaux;

li LAMENNAIS ET LE SAINT-SIEGE

3 Parce que, s ils so croyaient eux-memes obliges de se placer dans cette position, purement passifs dans le mouvement qui emporte la societe, au milieu des passions qui la troublent, elle seroit desormais livree a ces passions seules, et le principe de desordre, n ayant plus, dans chaque Etat, de contre-poids public et ne rencontrant plus d obstacles, bouleverserait eternellement le moiide ;

4 Parce que si Ton concevait un pareil etat comnie une consequence neoessaire du Catholicisme, une certaine classe de catholiques, inquiets pour leur vie, leur securite, leurs biens, et resolus a ne point se dessaisir de leurs droits et de leur liberte comme citoyens, qui renferment pour eux la garantie de leur existence meme, seroient, et je le dis avec epouvante d apres la connoissnnce que j ai d eux, entraines par 1 iufluence d interets si puissants a se separer de 1 Eglise;

5 Parce que, dans la position actuelle de la France, il peut devenir pour moi d un devoir rigoureux d entrer, a un degre quelconque, dans le inouvement politique qui 1 agite, et que, si cette prevoyance venait a se realiser, mes ennemis me feraient sur-le-champ un crime de mon devouement meme, en m accusant alors de manquer aux engagements qu ils auraient certainement suppose que j avais pris envers Votre Saintete dans ma declaration du 5 novembre, si, dans cette declaration meme, je n avais pas e*xclu tbrmellement cette fausse interpretation.

Tels sont les graves motifs de conscience qui m ont decide a joindre a mon acte de pleine soumission a 1 Encyclique de Votre Saintete les paroles qui terminent ma lettre. Et, quant a ces paroles en elles-memes, je dois desavouer encore et repousser toute espece de sens qui ne serait pas entierement conforme a la doctrine catholique qu on essayerait de leur attribuer. Assurement 1 ordre temporel, en tant qu il louche sous une foulede rapports a la loi divine, est subordonne a 1 Eglise, gardienne et interprete de cette loi. Mais evidemment ce n est pas la ce que, dans le langage universel, on designe sous le nom d ordre purement temporel; et je me suis a dessein servi de cette expression afin de mettre pleinement a 1 abri la puissance propre de 1 Eglise. En un mot, par cette expression j ai voulurappeler et constater la doctrine etablie par les defenseurs memes du Saint-Siege, doctrine qui, selon les paroles d un des plus recents, le cardinal Litta, consiste a admettre la. distinction des deux puissances.

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et leur independance da?is les objets qui sont purement de leur ressort (Lettre sur les quatre articles de 1682, lettre septieme}. Et moi-meme, lorsque je me crus oblige, il y a quelques annees, de m associer personnelleinent a la defense des droits du Siege apostolique, j ai du, pour ne point m ecarter d une des plus constantes traditions de 1 Eglise, etablir precisement et dans les memes termes le principe inebranlable qu i/ existe deux puissances distinctes independantes chacune dans son ordre. Or, comment aujourd hui pourrait-on considerer, soit comme une deviation des maximes que j ai defenducs precedemment, soit comme une restriction a moil obeissance, 1 enonce d une proposition que je n ai pu me dispenser d etablir formellement dans les ouvrages memes destines a affermir dans les esprits Tautorite du Saint-Siege, proposition dont nul a cette epoque ne songea meme a contester la parfaite orthodoxie ?

Le but de ce Memoire depose aux pieds de Yotre Saintete est, d uue part, de lui faire connoitre les motifs de conscience qui ont determine et ma conduite et mes paroles dans les circonstances ouje me trouve place; d une autre part, dene rien laisser desirer a Votre Saintete sur le sens precis de ces memes paroles, afin que par la soient repousses tout ensemble et les soupcons injurieux que quelques personnes se plaisent a concevoir sur mes intentions, et les interpreta tions malveillantes par lesquelles on chercherait a rendre douteuse la soumission pleine et entiere que j ai professee, dans ma declaration du 5 novembre et selon les termes du Bref, a FEncyclique de Votre Saintete.

II me reste plus, en implorant sa benediction paternelle, que de reiterer ici 1 assurance de la veneration profonde avec laquelle je suis, etc.

Paris, i er decembre i833.

B. DEUXIEME PROJET (6 decembre i833).

N. B. Sur les instances de Quelen, Lamennais consentit a une redaction nouvelle. Celle-ci consista :

i A supprimer dans la lettre precedente le premier et le dernier alinea, a mettre le reste sous la forme impersomielle d un memoire. La piece ainsi modifiee se trouve dans les Affaires de Rome.

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2 A joindre a ce memoire impersonnel la lettre suivante : Lamennais n en cite pas le texte, raais il a ete public par Forgues (II, p. 335).

Tres Saint Pese,

Quelques personnes ayaut mai interpret^ les expressions concernant les deux puissances, leur independance dans les objets qui sont particulierement de leur ressort, lesquelles terminent la lettre que j ai eu 1 honneur d ecrire a Votre Sain tete, le 5 novembre dernier, je la prie de me permettre de lui declarer que, selon mon intention, ces expressions ne sont nullement une cause restrictive de ma soumission pleine et entiere a 1 encyclique du i5 aout i83a, et selon les termes de Votre Saintete dans le bref, en date du 8 octobre dernier, a Ms r 1 eveque de Rennes, et que mondit Seigneur eveque m a notifie.

Cette clause n etait que la simple expression d un principe recu ; et dans ma position a Fegard des partis qui existent en France, j ai pense qu il etait utile et personnellernent necessaire de les joindre a Fexpression de mon obeissance.

Mon creur, Tres Saint Pere, eprouve le besoin d assurer de nouveau a Yotre Saintete que je n ai rien tant a coeur que d eviter de devenir, meme involontairement, un sujet de troubles dans 1 Eglise, et que de persuader Votre Saintete non seulement de ma soumission, dans toute 1 etendue de mon devoir comrne pretre et comme catholique, mais encore de la disposition sincere et respectueuse ou j ai toujours ete, ou je suis, et ou je serai toujours avec la grace dc Dieu, de lui prouver, de toutes les manieres possibles, ma veneration, mon amour et mon devouement inviolables.

C est dans ces sentiments que, prosterne aux pieds de Vore Saintete. j implore sa benediction apostolique, etc.

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