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LES LA MENNAIS ET LES DES SAUDRAIS

Les deux frères Robert de La Mennais épousèrent les deux sœurs Lorin, filles de Pierre Lorin, premier juge, magistrat civil, criminel et de police de la juridiction de Saint-Malo. Leur intimité était ainsi fort étroite, et profonde leur affection mutuelle, bien que leurs caractères paraissent avoir été assez différents. Ils tenaient de leur race un tempérament âpre, violent, fait à la fois d'énergique ténacité et de calme résolution, mais prompt à s'emporter tout à coup à de terribles colères qui heureusement ne duraient pas. Pierre Robert de La Mennais s'occupait des grandes affaires de sa maison de commerce, travaillant à accroître pour sa nombreuse famille - une

plus tard, après sa rupture avec l'Église, et sans doute pour que personne n'eût désormais la tentation de l'appeler l'abbé ou M. cle La Mennais, il écrivit et signa F. Lamennais. C'est le nom sous lequel il ira à la postérité, et c'est l'orthographe qu'à l'exemple cle tous ceux qui parlent ou écrivent aujourd'hui sur ce grand homme, j'ai cru devoir adopter.

Toutefois, en suivant à travers l'histoire les phases diverses de la carrière de Lamennais, il m'a paru naturel et conforme à la vérité historique de respecter les différentes orthographes de cet illustre nom.

1. De son mariage avec Gratienne Lorin, Pierre-Louis Robert de La xMennais eut six enfants : 1° Louis-Marie; 2° Pierre-Jean, qui tous les deux moururent jeunes et qui étaient destinés à la marine et au commerce; 3° Jean-Marie, né le 8 septembre 1780, celui dont la vocation religieuse se révéla dès la plus tendre enfance et qui devint plus tard le célèbre abbé Jean de La Mennais; fondateur d'un ordre religieux qui dure encore et forme des institutions pour les enfants des campagnes bretonnes, il fut longtemps collaborateur dévoué et ami intime de son illustre frère, auquel il survécut; 4° Félicité de La Mennais, celui qui nous occupe; 5" Marie-Robert de La Mennais, qui épousa M. Ange Rlaize et devint la mère de M. Ange Blaize, ancien préfet de la Défense nationale en 1870, neveu de Lamennais et son biographe, et de Mme Élie de Kertanguy, sa légataire universelle ; 6° enfin, Gratien-Claude de La Mennais, né en 1785 et mort en 1818, à la veille de prendre un engagement clans la flotte.

Qui croirait que cette généalogie pourtant si facile à établir

fortune qui fut un moment considérable. Robert des Saudrais, au contraire, qui n'eut pas d'enfants, cultivait les lettres en philosophe amateur, et c'est ainsi qu'il put donner ses premiers soins à l'éducation de ses neveux et particulièrement de Félicité de La Mennais, qui lui fut confié de très bonne heure, après la mort de sa mère.

Pour ceux qui croient à l'héréditaire transmission des instincts et des facultés, il y a déjà là des indications intéressantes. Toutefois, à n'en juger que par le physique, Lamennais semble avoir tenu beaucoup plus de ses ascendants maternels que de ses pères de Bretagne. Sa grand'mère, Mme Lorin, était d'origine irlandaise, race rêveuse et, par certains côtés, mystique jusqu'à l'exaltation. Lamennais avait de son aïeule le front élevé et large, le visage ovale et maigre, les pommettes un peu saillantes, les yeux gris, les lèvres minces, le corps grêle. Il était né avant terme, à l'âge de sept mois, avec une dépression notable de l'épigastre, véritable infirmité qui fut sans remède et donna souvent à craindre pour sa vie. La débilité de sa constitution était extrême. Sans les soins assidus d'une vieille servante qu'on appelait la Villemain, il n'eût pas franchi les limites de la première enfance : aussi pendant longtemps, ce fut la seule personne qui pût se faire écouter de lui, habile à tempérer ce qu'il y avait en cet enfant diffU

— et c'est pour cette raison qu'elle est rapportée ici — a été ignorée de la plupart de ceux qui ont parlé de Lamennais, notamment de M. Emile Forgues,qui a publié ses OËuvres posthumes et qui semble n'avoir pas connu l'existence du jeune Gratien, tant regretté de son frère?

Tl en est de même de la date précise de la naissance de Lamennais; elle varie suivant les auteurs. J'ai adopté celle que donne M. Ange Blaize dans son Introduction aux Œuvres inédites de Lamennais.

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