L OCEAN ET LAMENNAIS
tantôt lutter avec fracas et violence, tantôt mourir avec langueur et souplesse; les nuages subits, noirs et lourds dans un ciel tout à l'heure plein de lumière, la poussée du vent du large ; la brise qui laisse aux lèvres quelque chose de fortifiant et d'amer : telles sont les vraies images de l'âme de Lamennais. Fils de l'Océan breton, il a tout gardé de ses origines.
Première éducation de F. de La Mennais. — Les messes sous la Terreur. — Premiers doutes de Lamennais. — Formation de son esprit. — Ses occupations, ses plaisirs à Saint-Maio.
Cet enfant malingre et chétif qui avait eu tant de peine à se prendre à la vie, Félicité de La Mennais * n'eut pas moins de mal à se laisser élever.
Lorsqu'après la mort de sa mère, son oncle et sa tante Robert des Saudrais le prirent avec son frère Jean-Marie, pour lui inculquer les premiers éléments des connaissances, ils rencontrèrent dans cette organisation débile la plus incroyable indocilité. Jean répondait à tant de soins et de sollicitude par une application digne de son intelligence précoce et déjà remarquable, mais Féli * ne voulait écouter les leçons ni les conseils : aussi, à dix ans, savait-il à peine lire.
Leur mère, Gratienne Lorin, femme de Pierre-
1. Félicité de La Mennais fut désigné de bonne heure dans sa famille sous le nom de Féli, par abréviation de son prénom. Cette désignation lui resta toute sa vie, et jamais ses disciples, ses amis intimes ne le nommèrent autrement, à tel point que M. Th. Foisset lui-même, quand il en parle, dans sa très intéressante Vie du R. P. Lacordaire, l'appelle presque toujours Féli de La Mennais*