‹ Lamennais; étude d'histoire politique et religieuseChapitre 48 sur 123 · LA RELIGION ET L'ORDRE POLITIQUE · texte numérisé non relu

LA RELIGION ET L'ORDRE POLITIQUE

athée, que l'athéisme a passé de la société politique et civile dans la société domestique, et que la religion n'est plus aux yeux de la loi qu'une chose qu'on administre; il suit de là que les relations desévêques avec le Pape ne peuvent être que profondément per- , verties et troublées. L'abbé de La Mennais revient sur la série de ses déductions : sans Pape, point d'Église; sans Église, point de christianisme; sans christianisme, point de société : donc le Pape est au-dessus de tout.

Il n'y a pas deux puissances, mais une seule, celle qui a été instituée pour la garde de la vérité dans le monde, l'Église qui se résume dans le Pape. Tout ce qui porte atteinte à l'autorité du Pape est une erreur et un péril. Péril pour la religion, péril pour la société, le gallicanisme, qui, par la Déclaration officielle de 1682, présente comme indépendantes l'une de l'autre les deux puissances spirituelle et temporelle, ruine le principe monarchique dans l'Église et fait de son gouvernement une république aristocratique : de là, une pernicieuse atteinte au dogme de l'infaillibilité pontificale, garantie suprême, boulevard invincible de l'unité catholique. De même que dans l'ordre philosophique, l'abbé de La Mennais avait cru trouver le critérium de la certitude dans cette loi universelle, une et perpétuelle qu'il appelait le consentement du genre humain et la philosophie du sens commun ; de même, dans l'ordre politique, il soumet tout à l'Église personnifiée dans le Pape, et il lui accorde jusqu'au pouvoir de déposer les rois : en philosophie comme en politique, la doctrine était la même. Gomme l'a justement dit M. Gh. de Rémusat, dans le Globe, le Pape était la preuve comme l'autorité, universelles toutes les deux et au même titre. Pour l'abbé de La Mennais, cette effrayante doc-

trine résultait non pas seulement des enseignements, mais de la constitution même de l'Église; on ne pouvait s'y soustraire, sans tomber à la fois dans la double révolte de l'anarchie et de l'athéisme.

Et tout cela, soutenu avec la plus indéfectible logique et l'éloquence la plus enflammée. Le talent d'écrire de l'abbé de La Mennais grandissait à chacun de ses écrits. Dans ses polémiques, il devint de jour en jour plus hautain, plus amer, plus provoquant. Ses jeunes amis du Mémorial lui donnaient un concours d'autant plus apprécié qu'ils lui empruntaient ses formes; un surtout, M. Mahony, se distinguait par une ironie acre et brûlante qui faisait les délices des partisans de ces idées nouvelles et les tourments des catholiques restés fidèles aux opinions de l'ancienne Église de France. L'écrit de l'abbé de La Mennais sur la Religion considérée dans ses rapports avec V ordre politique et civil sembla, quand il parut, dépasser toutes les bornes. La monarchie ne pouvait se laisser ainsi battre en brèche. On considéra la Déclaration du clergé de France comme loi du royaume, et le gallicanisme si durement attaqué, par le redoutable écrivain, comme un des remparts de l'État. Les ministres du roi Charles X décidèrent que l'auteur, malgré la gloire de son nom et l'éclat de ses services, serait déféré aux tribunaux. Cette mesure fut regardée par l'opposition d'alors comme un acte de faiblesse politique : c'est ordinairement ce que l'on dit de tous les gouvernements qui se défendent. Quoi qu'il en soit, l'opinion fut vivement surexcitée. On avait longtemps hésité avant de poursuivre, et, la poursuite commencée, on avait l'air de la regretter : pitoyable moyen d'apaiser les clameurs publiques.

L'abbé de La Mennais comparut devant les juges

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