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plots, des ennemis tramant sa perte et le poussant à la chute. L'abbé de La Mennais a peut-être fourni luimême un prétexte à ces mensongères allégations, en écrivant en 1835 dans son livre des Affaires de Rome : ce La paix de mes solitaires heures d'études ne pouvoit pas être de longue durée. Certaines âmes malheureuses recèlent dans leurs tristes profondeurs des animosités que rien ne calme, de secrètes haines honteuses d'elles-mêmes qui éclatent, dès qu'elles peuvent se couvrir d'un prétexte de zèle. A peine notre déclaration avoit-elle paru que déjà l'on murmuroit à voix basse des paroles de défiance et de mécontentement. Elle n'étoit pas assez complète, assez explicite; elle rappeloit trop le «silence respectueux » des Jansénistes ! Des intrigues s'ourdirent. On sema lourdement la calomnie. Puis vinrent les provocations directes, les insultes, les outrages publics. On espéroit engager par là des discussions aussi délicates que dangereuses dans notre position. Nous reconnûmes le piège et nous l'évitâmes en nous taisant. La colère redoubla; on n'avoit pas compté sur cette modération, et pourquoi ne pas le dire? sur une patience dans laquelle le mépris se sentoit. »
>/. Le mépris de ses adversaires! voilà ce qui n'a pas été pardonné à Lamennais. Il avait mis lui-même au devant de son livre De V Indifférence en matière de religion, une forte parole empruntée aux Livres Saints, qui devint sa sentence de condamnation dans la bouche de ses ennemis : cum in profundum venerit, contemnit. Ce mépris parut comme le signe du dernier degré de la dépravation intellectuelle où il était tombé, et il n'en fallut pas davantage pour le faire accuser d'orgueil, de cet orgueil satanique voué par l'impitoyable justice de Dieu aux flammes éternelles. Nul reproche n'a été plus dur à l'âme de Lamen-
nais, et c'est le seul qu'il ait cru devoir repousser. Il a écrit, dans les Discussions antiques, quelques lignes à ce sujet, qui méritent d'être relevées : « La grande accusation, dit- il, contre quiconque refuse une soumission pleine et aveugle à l'autorité ecclésiastique est l'accusation d'orgueil. Nous commandons, et vous n'obéissez pas> orgueil ! nous vous disons : croyez, et vous ne croyez pas, orgueil! Tous les hommes, excepté un petit nombre de catholiques, seroient donc intérieurement viciés par une disposition permanente au mal, qui ne laisseroit de place à aucune vertu réelle. Je vois bien l'intérêt que la hiérarchie auroit à ce que cela fût admis : mais je ne vois pas aussi clairement comment on pourroit l'admettre. J'ai de la peine à me représenter Pascal, Newton, Leibnitz, Euler et tant d'autres comme des êtres pervers livrés à l'esprit de Satan et destinés à subir, sous sa verge infernale, des supplices éternels. On doit se défier de son propre jugement sans doute; mais on ne doit pas mentir à sa conviction, car ce seroit mentir à sa conscience. Or, il ne dépend pas de nous de changer nos convictions ; on croit souvent ce qu'on aimeroit mieux ne pas croire. Est-ce là de l'orgueil'? »
Au moment où nous sommes de la vie de Lamennais, il ne refusait pas de se soumettre à l'Église, puisqu'il s'y était soumis, dès qu'il avait eu connaissance de la lettre encyclique du pape Grégoire XVI. Au reste, le pontife romain s'était contenté de la Déclaration rédigée à Munich et à laquelle, après Lacordaire et Montalembert, avaient adhéré M. de Coux et l'abbé Gerbet. C'est en France, dans les rangs de l'épiscopat, que l'on affecta de n'être point satisfait, et de déclarer que cette soumission était faite pour la forme et non pas de plein cœur, qu'elle comportait de véritables restrictions mentales, qu'à la vérité on avait
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bien dissous Y Agence générale pour la défense de la liberté religieuse et mis fin à l'existence du journal V Avenir, mais que l'on n'en avait pas désavoué et renié les doctrines, et que c'était précisément ce désaveu qui constituait la vraie, la seule soumission. Ainsi l'abbé de La Mennais voulait et cherchait la paix, à l'heure même où, de toutes parts, dans le haut clergé, on s'apprêtait à lui faire la guerre la plus acharnée.
On n'a peut-être pas assez remarqué la direction générale qu'avaient prise les idées de Lamennais depuis quelques années, et bien avant que Rome lançât la condamnation qui a frappé l'Avenir et ses doctrines., Son esprit était occupé tout entier par cette vaste conception d'une régénération réciproque de la société par l'Église et de l'Église par la société, et quand on sait que jamais la religion ne fut pour lui la forme extérieure de la vie intime et toute spirituelle de l'âme humaine, mais le lien social par excellence, le fondement nécessaire de l'ordre et la garantie de la liberté véritable, celle qui obéit à l'autorité infaillible et paternelle d'un chef institué par Dieu lui-même, on s'explique qu'il en fût arrivé à penser que les actes de la Papauté étaient après tout de peu d'intérêt, lorsqu'il les comparait à l'immense révolution morale qui allait, suivant lui, bientôt s'accomplir. A ce point de vue, la soumission de fait que l'on avait exigée de lui ne lui avait rien coûté; il l'avait donnée, sans restriction mentale, cela va sans dire, et la preuve, c'est que, pour avoir la paix, comme il le disait lui-même, il n'hésita jamais à la renouveler, à diverses reprises, et dans la forme que l'on voulut. Décidé à poursuivre son oeuvre, à pousser aussi loin que possible la mission providentielle dont il se croyait investi, il était résolu à ne plus s'occuper des affaires
de l'Église, mais uniquement de celles de la société. Aussi parlait-il et écrivait-il de l'Encyclique, de la Curie romaine, de la Papauté elle-même en termes d'une extrême liberté. Dorénavant, ses sympathies comme ses pensées étaient ailleurs. Il ne voulait nullement rompre avec l'Église, parce que déjà il ne se sentait plus avec elle. L'abbé Lacordaire, qui s'était soumis à Munich dans un tout autre esprit et qui craignait par-dessus tout de ne plus se sentir rattaché au centre de l'unité catholique, a écrit avant de mourir que (( si M. de La Mennais eût été fidèle à son beau mouvement de Munich, il eût grandi dans les générations contemporaines par le seul effet de son silence, et qu'il ne lui eût pas fallu dix ans pour reconquérir toute la splendeur de sa renommée ». Rien ne paraît plus vraisemblable. Déjà M. de Sacy avait dit avec la candeur de son âme : « Il n'aurait tenu, j'en suis sûr, qu'à M. de La Mennais de passer le reste de sa vie à Rome, heureux dans le couvent des Théatins à Frascati, dont il a si bien décrit la situation ravissante; la réponse du pape à la demande des rédacteurs de l'Avenir se serait fait attendre trente ans, et l'affaire aurait été oubliée. Rien n'est plus vrai encore, et M. Renan a raison, comme M. cle Sacy et comme le P. Lacordaire, quand il écrit de Lamennais que (( s'il eût attendu quelques années, il eût vu les principes qui le faisaient condamner devenir la politique générale de l'Église ». Seulement, M. Renan ajoute tout aussitôt, lui qui a pénétré plus à fond dans la nature intime de Lamennais et mieux discerné que personne son véritable caractère de réformateur et de prophète : « Telle était sa sincérité, tel son besoin de dire leurs vérités aux puissants, que peutêtre alors les principes pour lesquels il a été frappé lui eussent-ils moins souri que quand ils lui valaient