LIVRE I
Origines de la famille Robert. — Les La Mennais et les Des Saudrais. — Chateaubriand et Lamennais, fils de la Bretagne. — Leurs impressions d'enfance à Saint-Malo. — L'Océan et Lamennais.
C'est à Saint-Malo, petite ville féodale, entourée de remparts, aux maisons élevées et qui surplombent des rues étroites et tortueuses, que naquit le 19 juin 1782, treize années après Chateaubriand, Félicité Robert de La Mennais.
Enrichie par le commerce et la course, dans tous les temps occupation favorite des Malouins, la famille llobert comptait parmi les premières de la bourgeoisie de ce petit port breton de Saint-Malo, qui a donné naissance à des explorateurs, des marins et I des colonisateurs, tels que Jacques Cartier, Duguay- Trouin, Mahé de la Bourdonnais. Les habitants 'de Saint-Malo étaient célèbres, non seulement en Bretagne et en France, mais dans le monde entier, par leur esprit d'aventure, leur indépendance, et, s'il faut le dire, par un certain orgueil naïf, qui se tra-
duisait par une foi bruyante en leur noblesse. Ayant eu l'honneur de prêter des fonds à Louis XIV, dans un moment de détresse royale, les Malouins se croyaient tous gentilshommes, ayant le droit de porter épée à la cour, et ils le disaient avec complaisance.
Ce qui est certain, c'est que le père de La Mennais, Pierre-Louis Robert, qui n'était pas noble d'origine, fut vraiment anobli par lettres patentes du roi, à lui délivrées à Versailles, le 18 mai 1788, sur la demande des États généraux de Bretagne, et les dernières que Louis XVI ait signées. Ces lettres patentes sont de vrais titres de noblesse : elles font mention des actes nombreux d'intelligence maritime et commerciale, de bienfaisance publique et privée, de patriotisme élevé qui avaient valu à Pierre-Louis Robert l'estime et l'affection de ses concitoyens; elles lui concèdent des armoiries et le droit de porter le nom de La Mennais.
Ce nom destiné à devenir si célèbre, dérivé du celtique menez, montagne, et tiré d'un petit domaine situé dans la commune de Trigavoux(Côtes-du-Nord), déjà Pierre Robert l'avait pris, avant qu'il fût question de l'anoblir, pour suivre la coutume bourgeoise qui poussait, sous l'ancien régime, alors que le haut tiers état s'essayait à supplanter la noblesse, les fils d'un même père, afin de se distinguer les uns des autres, à faire suivre leur nom patronymique du nom de quelque terre que plus tard ils devaient recueillir en héritage. C'est ainsi que Pierre-Louis Robert s'appelait Robert de La Mennais et signait Men nais- Robert, et que son frère Denys-François Robert prit le nom d'un autre domaine, celui des Saudrais, et signa des Saudrais-Robert '.
1. Félicité Robert de La Mennais, pendant la première partie de sa vie, signa ses livres et ses articles : F. de La Mennais;