‹ Lamennais (volume 2)Chapitre 28 sur 34 · RÉFLEXIONS SUR LES ÉVANGILES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LES ÉVANGILES

La doctrine de Jésus

est une doctrine d'action

Trois jours, deux pour faire son œuvre, combattre le mal, opérer le bien ; le troisième pour la consommer sur la croix: voilà la vie du Fils de l'homme. Et c'est la vie de tout homme, car la croix même ne manque à aucun.

Est-ce que la mort, ce n'est pas la croix? Qu'importe comment elle vienne et sous quelle forme ! Toujours est-ce la fin avec ses affres et ses défaillances.

Mais il faut aussi que tout homme marche aujourd'hui et demain et le jour d'après, marche vers Jérusalem, vers la cité destinée à devenir, quand les temps seront accomplis, le siège du royaume de Dieu. 11 faut qu'il marche : point de repos.

A quelle heure le devoir serait-il moins pressant? Et qu'y a-t-il de fait, tant qu'il reste quelque chose à faire ?

La doctrine de Jésus n'est point une doctrine de quiétude, mais d'action. Il ordonne de prier, parce que la prière appelle l'influx divin, et renouvelle les forces pour agir ; parce qu'elle ranime l'âme, qu'elle en est la respiration.

Cependant prier n'est pas tout; et c'est pourquoi plusieurs lui disent : « Seigneur ! Seigneur ! » qui n'entreront point dans son royaume. Il est venu montrer à l'humanité le but qu'elle doit atteindre à force de travaux et de combats.

Si la réforme de l'individu est nécessaire, s'il

doit tendre à sa propre perfection, ce n*est pas seulement à cause de lui-même, c'est encore parce que la réforme et le perfectionnement des autres en dépend. La société est ce que sont ses membres.

Marchez donc sans vous arrêter : m.archez aujourd'hui et demain et le jour d'après. Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas apte au royaume de Dieu.

Voix de Tesprit

Il y a des doctrines de la chair et des doctrines de l'esprit. Gardez-vous des premières, elles conduisent les peuples à la servitude par l'égoïsme et la corruption.

Qui ne s'inquiète que du corps ne travaille que pour le corps, forge les fers avec lesquels il sera bientôt enchaîné ! Malheur à qui entre dans la vie des sens, oubHant celle de l'âme !

Un homme, une nation qui en est là, qui s*est enfoncée dans la matière et s'en nourrit et s'en engraisse, savez-vous ce qu'elle fait ? Elle prépare un festin pour les vers.

Ce sont les doctrines de l'esprit qui affranchissent et qui délivrent, qui raniment et qui sauvent; c'est par elles que ce qui était mort renaît.

Ecoutez donc la voix de l'esprit, vous qui voulez renaître, qui voulez sortir du tombeau du vieux monde, plein de pourriture et d'ossements.

On ne sait d'oii elle vient, car ce n*est la voix

RKFLKXIONS SUH LKS KVANCILKS 393

de rien de connu ; elle ne part point des chaires publiques, des lieux où s'assemblent les hommes pour écouter le bruit stérile d'un enseignement sans vertu ; elle est comme le souffle du désert, dont personne ne peut dire : Il est né là.

On ne sait où elle va, ici aujourd'hui, ailleurs demain, partout où elle rencontre des oreilles attentives et des cœurs préparés. On ne sait où elle va, où elle conduit ceux qui se laissent guider par elle.

Sur son passage, les morts se lèvent et marchent vers une terre que leurs yeux ne voient point, mais qu'ils pressentent comme l'oiseau voyageur pressent les rivages où il trouvera un plus doux soleil et une pâture plus abondante.

Feuillets épars

Introduction à la traduction

de la Divine Comédie

Ainsi vécut dans la pauvreté et mourut dans l'exil celui dont le nom ne devait jamais mourir. Sa destinée rappelle la destinée d'Homère, du Tasse, de Camoëns, de Milton. Ce n'est pas gratuitement que le génie est accordé à l'homme, et, à voir ce qu'il faut le payer, qui se sentirait l'âme assez forte pour accepter ce don formidable, et ne dirait plutôt comme le Christ : Transeat a me ? On parle de gloire, mais lequel d'entre ces hommes a su qu'il jouirait de cette gloire, qu'elle projetterait ses rayons sur la fosse où il descendait plein d'angoisse ? Le vulgaire cherche à cette angoisse je ne sais quelle compensation dans les stériles joies de l'orgueil satisfait. Il ignore que plus s'élèvent ces grandes âmes, plus elles doutent d'elles-mêmes, plus elles se sentent loin du splendide exemplaire qu'elles contemplent et qu'elles ne reproduiront jamais. Elles sont, elles aussi, des victimes saintes de l'humanité, dont le progrès, à divers degrés, est attaché à leur sacrifice. Une voix intérieure, puis-

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