L EGLISE ET LK CHRISTIANISME
certaines cérémonies du culte, indifférentes en elles-mêmes, sont saintes, et par le caractère que leur imprime l'autorité sainte qui les ordonne et par leur objet, qui est la gloire de Dieu et la sanctification de l'homme.
L'unité qui, selon la pensée profonde de saint Augustin, esl la forme de tout ce (jui est beau esl aussi le caractère de tout ce qui esl vrai, parce que la vérité esl la beauté par excellence. Et c'est pourquoi, dans l'unité souveraine et la vérité infinie, dans Celui qui est, tout esl immuable, rien ne varie; et dans l'ensemble de ses œuvres, rien ne varie non plus, rien ne change, mais tout se développe suivant des lois constantes ou par l'efficace de la volonté perpétuellement une du Tout-Puissant. Ce déveveloppement que nulle force ne saurait arrêler ni suspendre, donne à la création quelque chose d'infini et la rend digne de Dieu, dont l'action n'a pas plus de limites que sa pensée n'a de bornes. El comme tout se développe simultanément, l'unité demeure inaltérable; ce sont les mêmes êlres, mais plus parfaits. Ainsi le germe devient arbre; ainsi l'homme passe de
l'enfance à l'âge de raison; et, s'il ne dérange pas l'ordre en violant les lois de sa nature, il continue éternellement de croître en intelligence, en bonheur, en perfection de toute espace, sans cesser d'être homme et le même homme.
Toujours la même aussi, toujours une, la vraie Religion devait également, selon les desseins de Dieu, se développer dans le progrès des temps. Et qui pourrait assigner un terme à ce magnifique développement, à cette sublime manifestation de l'Être infini, de sa vérité et de son amour, puisque le culte ineffable que les justes rendront à jamais au Très-Haut dans la vie future n'est que la consommation du culte que ces mêmes justes lui rendent dans la vie présente? L'adoration commencesurla terre. et, se prolongeant dans les cieux, s'élève, s'étend. se dilate, pour ainsi dire, comme la félicité des ('dus, pour remplir l'éternité.
La Religion chrétienne est la seule qui prétende à cette unité nécessaire, la seule qui réclame ;e caractère essentiel de la vérité, et qui établisse sur ce fondement sa doctrine, son
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autorité, ses lois. Un Dieu, une foi, un baptême: unité de dogmes, unité de préceptes, unité de culte : voilà sa marque ineffaçable. Elle est une comme Dieu, et son unité la distingue de toutes les religions fausses, comme l'unité de Dieu le distingue de toutes les fausses divinités. Et de même que Dieu n'a jamais cessé et ne cessera jamais d'être un, ainsi jamais la vraie Religion n'a cessé ni ne cessera d'être une. On l'a toujours pu reconnaître, on la reconnaîtra toujours à ce signe éclatant qui atteste son origine céleste. Ici-bas tout change, tout s'altère; elle seule ne s'altère ni ne change point. Le temps qui a été créé pour elle et à qui elle survivra, coule à ses pieds; et les siècles, en passant devant son trône immobile, Ja saluent reine de l'éternité.
Les vérités de la religion s'enchaînant l'une à l'autre et se supposant mutuellement, elles étaient toutes renfermées dans la première révélation, comme les vérités que Dieu révèle aux élus dans le ciel sont renfermées dans celles qui sont ici-bas l'objet de leur foi. Ils connaissent ce qu'ils croyaient, de même que nous
connaissons ce qui était seulement cru avant Jésus-Christ : et c'est ainsi que, les degrés de l'intelligence étant infinis, la foi cependant demeure une. éternellement une comme la vérité.
Jésus-Christ vit en chacun de ceux qui lui appartiennent, et chacun d'eux vit en Lui. et tous n'ont qu'une même vie, qui se partage sans se diviser: car les créatures intelligentes ne vivent que de vérité et d'amour; et la vérité est une. et l'amour est un, el c'est en Jésus- Christ qu'elles puisent et l'amour et la vérité, qui les unissent entre elles, comme elles sont unies avec Jésus-Christ. Et tout ce qui participe à cette vie dont Jésus-Christ est la source, est saint à quelque degré, possède, en une certaine mesure, ce que les autres possèdent, en jouit avec eÉx dans l'unité : et par les désirs, par les prières que le Saint-Esprit forme en eux, tous les membres vivants du corps de Jésus-Christ, qui est l'Église (1), exercent, à l'égard les uns des autres, un invisible minis-
il Coloss.,1,24.
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1ère de grâce et de charité. Telle est la wmmunion des Saints.
Divine par son institution, indépendante par sa nature, l'Eglise catholique subsiste par ellemême : avec sa hiérarchie, ses lois, sa souveraineté inaliénable, elle est la plus forte des s iciétés ; sa durée seule le prouve.
Des liens que l'homme n'a point formés, et qu'il ne peut rompre, unissent toutes les parlies de ce grand corps. Que des individus, que des peuples mêmes s'en séparent, il reste entier. Telle fut l'Église aux premiers jours, telle encoreelle est aujourd'hui ; elle ne change point, elle ne vieillit point; il y a dix-huit siècles que l'éternité a commencé pour elle. Sa deslinée n'est pas de posséder la terre et de la gouverner avec un de ces sceptres que le temps brise ; un plus haut empire lui est réservé; elle a reçu la mission de conduire et les rois et les peuples dans les voies où Dieu même leur commande .de marcher; elle instruit, reprend, conseille, ordonne, non pas en son nom, mais au nom du suprême Législateur. Elevée au-dessus de ce qui passe elle domine les établissements hu-
mains, qui empruntent d'elle leur force toujours si fragile, et cette vie qui s'épuise si vite.
Tout ce qu'il y a de bon, de vrai, de nécessaire et d'utile au genre humain, le Christianisme le renferme, ou comme principe, ou comme conséquence.
Laissez les hommes combiner, peser les chances incertaines de la terre. L'Église a d'autres pensées; elle attend, mais elle ne cède point.
Le protestantisme, comme il nous l'apprend lui-même, est, en matière religieuse Vaete d'indépendance de la raison humaine (1). La religion est une loi à laquelle la raison de l'homme et l'homme tout entier doit obéissance : donc le protestantisme est une solennelle protestation, non seulement contre le Christianisme, mais encore contre toute religion quelconque.
(1) Revue pro'.etUinle: IVe livraison, p. 151.
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Peu importe ce que croit ou ne croit pas chaque protestant : quand il croit, ce n'est jamais pour le motif fondamental que Dieu a révélé la vérité qui est l'objet de sa croyance, mais parce que sa raison juge que c'est réellement une vérité : sans quoi sa raison ne ferait plus, en croyant, un acte d'indépendance, mais un acte d'obéissance, et en ce cas sa foi serait évidemment une abjuration du protestantisme.
Quoi que l'orgueil se persuade, il ne reste rien à découvrir en politique et en morale depuis que le Décalogue et l'Évangile, qui en est le développement, ont été promulgués; et tout* législation durable, comme tout pouvoir légitime, descend du ciel.
Il n'y a qu'une erreur dans le monde, la souveraineté de l'homme; et qu'un crime, la révolte contre Dieu. Tous les désordres du cœur et de la raison sortent de là, comme l'effet de sa cause. Or la religion catholique seule établit pleinement la souveraineté de Dieu, et la dépendance de l'homme. Voilà le vrai, l'unique motif de la haine exclusive dont l'honorent cer-
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tains hommes, qui poussent jusqu'au fanatisme l'orgueil de l'indépendance et l'aversion de la règle.
Quel est le motif d'obéir à l'Église même, sinon la promesse que Dieu lui a faite d'être avec elle tous les jours, afin qu'elle n'enseignât j imais que la vérité? En écoutant l'Église, c'est donc Dieu même qu'on écoute, c'est lui seul qui enseigne, c'est à lui seul qu'on soumet sa raison, c'est lui seul qu'on croit.
La liberté de discussion, qui conduit incess imment la philosophie à son dernier terme, comme elle y a conduit le protestantisme, sert très réellement, malgré les apparences contraires, la cause du christianisme.
Un prêtre est un homme de paix, qui compatit, à toutes les faiblesses comme à toutes les misères humaines; mais il est en même temps un ministre de Dieu, chargé de veiller à sa religion et de combatlre pour elle. Que si on lui dit : Xous vous de' fendons d'enseigner en ce
(1) Actes, Y, 2\).
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nom, sa réponse est simple : Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Préparé à louî, mais tranquille, si on l'outrage, si on le persécute, c'estalors qu'il commence, comme l'apôtre saint Paul, à reconnaître en lui-même un minisire de Jésus-Christ. Il endure sans se plaindre, pour son maître, le travail, les périls, la prison, la mort, et il dit : S'il faut se glorifier, je me glorifie de mes souffrances (i). Qu'on le haïsse, qu'on l'insulte, il aime et il bénit; qu'on le tue, il pardonne. Si vous ne le saviez pas, voilà le prêtre !
Il n'y a point de crime qui n'ait été une pensée, ou une erreur, avant d'être une action. Il n'y a donc point de morale possible, si Ton ne donne une règle à la pensée. La Religion seule le fait. Et comme le fondement de l'ordre est dans l'intelligence, parce que l'ordre est la réalisation extérieure de la vérité, la Religion se montre pleine d'indulgence pour les fautes qui ne sont qu'une violation pour ainsi dire, accidentelle de l'ordre, mais qui n'en attaquent
(1) Ep. II, ad. Corinth., cap. XI.
pas le fondement. Les plus grands crimes, à ses yeux, sont les crimes de l'intelligence, ou les crimes contre la vérité. Cela est admirable, et prouverait seul la divinité de la Religion.
Il serait lort à désirer que par la culture des sciences, l'Eglise, reprenant peu à peu cet ascendant sur les esprits qui lui fui autrefois si utile et si glorieux, fît tourner à l'avantage des hommes des connaissances indiiïérentes par elles-mêmes au bien et au mal, mais qui produisent toujours infiniment plus de mal que de bien, quand le principe religieux ne préside pas à leur développement.
A la voix de douze pauvres pécheurs les fondements du paganisme chancelèrent, et il tomba presque aussitôt, il tomba comme par morceaux. Cet édifice immense, que les passions avaient inventé, n'était plus qu'une ruine dès le second siècle, et sous le troisième, à peine en restait-il pierre sur pierre; les mœurs, les habitudes, la croyance, tout était changé, et cette grande révolution, qu'est-ce qui l'avait faite?... La Croix !
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Bien différente du protestantisme qui, né de l'orgueil, l'excite à son tour et le nourrit, la religion catholique, cette religion divine, est une religion d'humilité, de simplicité et d'amour ; c'est la religion de celui qui se rendait à lui-même ce témoignage : Apprenez que je suis doux ei humble de cœur. Elle prévient toute contention, dispense de toute recherche pénible et n'exige pour toute science qu'un cœur qui sache aimer.
Abattez le protestantisme, source de toutes nos révolutions; rétablissez partout la véritable religion, et puis laissez-la tranquillement agir; d'elle-même et sans secousses, elle vous fera des sociétés conformes au besoin des temps.
La religion est admirable, en ce qu'elle nous montre toujours les choses telles qu'elles sont, et qu'elle soutient notre faiblesse, sans nous rien cacher de notre misère. Jamais elle ne cherche le remède à nos maux dans aucune illusion.
Quels Ilots de lumière se répandent chaque
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jour sur l'avenir du monde. Qu'est-ce que cela fait que tant d'hommes, encore esclaves volontaires de leur amour-propre et de leurs préjugés, s'obstinent à fermer les yeux et à contrarier l'action de la Providence ? Celte lumière en est-elle moins vive, et cette action moins puissante ? Pendant qu'ils disent non, le fiai divin agite dans le monde les éléments de l'ordre nouveau, et l'œuvre d'en haut s'accomplit. Que faut-il de plus?
Que la science en elle-même soit incompatible avec le catholicisme, c'est ce que je ne croirai jamais, car, si je le croyais, je cesseserais d'être catholique, parce qu'alors il faudrait admettre ou qu'il y a des vérités qui s'excluent réciproquement, ou que l'ignorance est un commandement divin, d'où il s'ensuivrait que lous les progrès de la civilisation et de l'humanité ont été l'effet d'autant de violations de la religion de Jésus-Christ.
La raison éclairée comprendra qu'il est souverainement raisonnable de croire sans comprendre, lorsque Dieu parle pour nous révéler des vérités si hautes que lui seul est capable de les comprendre parfaitement.
L'homme, par son corps, n'existe que dans le présent ; il n'existe, par son esprit, que dans le passé et dans l'avenir ; car le présent est insaisissable à la pensée. Le mode d'existence du corps et de l'esprit diffère donc essentiellement ; l'esprit et le corps sont donc d'une nature essentiellement diverse.
Vouloir tout comprendre, c'est vouloir tout
nier. Il n'y a pas une loi de la nature qui ne renferme l'infini, par conséquent pas un phénomène que l'homme puisse pleinement expliquer et pleinement comprendre.
Les intelligences ne doivent rien qu'à la vérité, et, en se soumettant à Dieu même, elles ne ploient pas sous la toute-puissance, elles obéissent à la souveraine raison.
L'homme qui est libre de se voiler les yeux, ne l'est pas de voiler le soleil ; l'homme qui est libre de choisir entre le vrai et le faux, «mire le bien et le mal, ne l'est pas d'altérer la nature immuable du bien et du vrai, ni de se créer un autre principe de vie.
On se récrie sur ce que certains hommes ont plus de facilités que d'autres pour connaître et pratiquer la vraie religion : mais n'en <>-l-il pas de même de la morale? Lt si on ne nie pas la morale à cause de cela, pourquoi nierait-on la religion ?
La liberté, selon sa notion précise, est
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Vabsence des obstacles qui empêchent Vêlre d'atteindre sa fin. Ainsi tout ce qui sépare l'homme de Dieu, détruit proportionnellement sa liberté.
11 n'y a point deux vérités, il n'y a point deux Eglises, parce qu'il n'y a qu'un Christianisme et qu'un Dieu.
L'homme borné dans ses facultés, insatiable dans ses désirs, tourmenté également par sa curiosité et par son impuissance, a besoin tout ensemble et d'une lumière qui l'éclairé, et d'une autorité qui réprime son excessive avidité de connaître.
Tout ce <pie je demande, c'est que les philosophes consentent seulement à douter, à soupçonner que peut-être il est possible qu'ils s'abusent, et que la Religion ne soit pas une invention humaine. Ce simple doute leur impose le devoir d'examiner. Ils y sont tenus comme êtres raisonnables; comme philosophes il y sont doublement obligés. Car, enfin, que reprochent-ils si amèrement au vulgaire? de
croire sans examen, par habitude, par préjugé Or, est-il honorable, est-il sage d'être incrédule, comme on soutient qu'il est absurde d'être croyant ?
Dès qu'on s'écarte du vrai, la raison, dépourvue de point d'appui, et semblable à un vaisseau qui n'est plus maître de ses mouvements, flotte au hasard, et suit tour à tour les directions les plus opposées. L'inconséquence est toujours la compagne de l'erreur, parce que l'homme ne se détache jamais de toutes les vérités à la fois, et que celles qu'il retient, incompatibles avec l'erreur, le forcent de se contredire inévitablement.
Dégagez-vous de toute prévention ; cherchez sincèrement ce qui est vrai ; étudiez les preuves du Christianisme avec le même soin, avec la même bonne foi que vous étudieriez une si'ien^e humaine. Sûrement il vous importe autant de savoir si le Christianisme est véritable, que de connaître la théorie de l'électricité, ou les lois de la pesanteur. Faites une fois, pour l'intérêt de votre sort éternel, ce
que vous faites tous les jours pour satisfaire votre curiosité.
Les nations commencent et finissent, elles passent avec leurs mœurs, leurs lois, leurs opinions, leurs sciences ; une seule doctrine reste, toujours crue, malgré l'intérêt qu'ont les passions de n'y pas croire, toujours immuable au milieu de ce rapide et perpétuel mouvement; toujours attaquée et toujours justifiée; toujours à l'abri des changements qu'apportent les siècles aux institutions les plus solides, aux systèmes les plus accrédités; toujours plus étonnante et plus admirée à mesure qu'on l'examine davantage; la consolation du pauvre, et la plus douce espérance du riche; l'égide des peuples et le frein des rois; la règle du pouvoir qu'elle modère, et de l'obéissance qu'elle sanctifie; la grande charte de l'humanité, où la justice éternelle, ne voulant pas que le crime même demeure sans espoir et sans protection, stipule la miséricorde en faveur du repentir; doctrine aussi humble que profonde, aussi simple qu'elle est haute et magnifique; doctrine qui subjugue les plus
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puissants génies par sa sublimité, el se proportionne par sa clarté aux intelligences les plus faibles; enfin doctrine indestructible, qui résiste à tout, triomphe de tout, de la violence comme du mépris, des sophismes comme des échafauds, et, forte de son antiquité, de ses preuves victorieuses et de ses bienfaits, semble régner sur l'esprit humain par droit de naissance, de conquête et d'amour. Telle est la Religion que certains hommes ont choisie pour en faire l'objet de leur indifférence.
L'homme dépravé par l'orgueil est si étrangement ennemi de lui-même qu'il prend en haine la seule doctrine qui donne du prix à son existenee; il regarderait comme un triomphe d'établir, sur les ruines de cette doctrine céleste, des erreurs également absurdes et désolantes, et goûterait je ne sais quelle joie désespérée à s'assurer, s'il pouvait, aux dépens de sa raison même, une misère sans remède et sans fin.
C'est une des merveilles du Christianisme que non seulement il nous offre la vérité, mais
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nous en assure la possession, qu'il la défende dans l'homme contre l'homme même. Cela seul prouverai! la divinité de la religion chrétienne; car l'homme n'a aucun moyen de se résister à lui-même ; ce qui remédie a la faiblesse de la nature est évidemment au-dessus de la nature.
La mémoire seule atteste la fidélité de la mémoire. Nous en croyons son témoignage, sans l'ombre même d'une preuve, et le jugement par lequel, liant notre existence présente à notre existence passée, nous prononçons que nous sommes le même être identique qui a été atïeclé successivement de telles sensations et de telles pensées, est un acte de foi si profond, si rigoureux, si dénué de motifs rationnels déterminants, qu'à peine comprend-on que ce! acte soit possible à l'homme.
Hors de la société, la vie morale et intellectuelle s'éteint de même que la vie physique, et, séparé de ses semblables, l'homme meurt tout entier.
Que sera-ce donc séparé de Dieu, de la
vérité suprême et du souverain bien? La violation d'une seule loi du corps, un léger désordre dans nos organes, devient pour nous une cause de souffrances et de mort ; et nous violerions impunément les lois de la raison, la règle éternelle des devoirs, l'ordre conservateur des intelligences ! Le tourment du remords n'annoncerait pas d'autres tourments ! La conscience du coupable l'effraierait par des menaces menteuses, et ne prophétiserait que des chimères ! Nos désirs ignorants et notre volonté pervertie prévaudraient contre la sagesse, la justice et la toute-puissance !
On a opposé la religion naturelle à la Révélation, comme si la Révélation qui n'est que la manifestation de Dieu à l'homme, le Créateur parlant à sa créature intelligente, le pouvoir à ses sujets, le père à ses enfants, n'était pas tout ce qui peut se concevoir de plus conforme à la nature de l'homme, qui ne sait rien que ce qu'on lui a appris, et à la nature de Dieu, qui n*a créé l'homme que pour en être connu, aimé et servi.
Personne n'ajouta jamais aucun dogme posi-
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lit* au symbole catholique ou universel des chrétiens; personne ne'leur dit jamais : Quelque chose vous manque; personne ne prétendit avoir découvert, en matière de religion, une vérité que n'enseigne point la religion catholique. Donc elle renferme toutes les vérités révélées, quelles qu'elles soient, ou tout ce qu'il y a de saint dans les croyances des hommes.
La lumière est offerte à tous et en choisissant les ténèbres on rejette librement le don divin, par un usage criminel de la volonté résolue à se fixer dans le mal. On nie la vérité, la sainteté de la doctrine, à cause de la sainteté des devoirs qu'elle impose. Oui ne serait chrétien, si le christianisme permettait à chacun de vivre selon ses désirs? On doute, parce qu'on veut douter; on doute parce que l'esprit traite secrètemenl avec les passions, et leur livre pour un indigne prix la vérité qu'il feint d'aimer, comme l homme de meurtre livra la Vérité vivante.
Ce que l'homme sait n'est rien en compa-
raison de ce qu'il ignore, et l'incrédule argumente toujours comme s'il savait tout... l'ordre universel nous échappe, et cependant l'incrédule raisonne constamment selon l'hypothèse qu'd en a une connaissance parfaite. Cela ne se peut pas, dit-il, donc cela n'est pas. Et qui l'assure que cela ne se peut pas ? Il commence par mettre sa pensée à la place de celle de Dieu, et puis il prononce sans hésiter sa décision irrévocable.
Que douze hommes nés au sein de la plus basse condition, chez un peuple haï de tous les autres peuples, entreprennent de changer la face de l'univers, de réformer les croyances et les mœurs, d'abolir les cultes superstitieux, qui partout étaient mêlés aux institutions politiques, de soumettre à une même loi ennemie de toutes les passions, les souverains et les sujets, les esclaves et leurs maîtres, les grands, les faibles, les riches, les pauvres, les savants et les ignorants ; et cela sans aucun appui ni de la force, ni de l'éloquence, ni du raisonnement, et au contraire, malgré 1 opposition violente de tout ce qui possédait quelque
pouvoir, malgré les persécutions des empereurs et des magistrats, la résistance intéressée des prêtres des idoles, les railleries et le mépris des philosophes, les fureurs du fanatisme; que ces hommes, en montrant aux nations l'instrument d'un supplice infâme, aient vaincu et le fanatisme de la multitude, et les empereurs ; que la Croix se soit élevée sur le palais des Césars, d'où étaient partis tant d'édits sanglants contre les disciples du Christ, et qu'en souffrant et mourant ils aient subjugué toutes les puissances humaines ; c'est, dans l'histoire, un fait unique, prodigieux, et qui frappe d'abord comme une grande et visible exception à tout ce que l'on connaît de l'homme.
Que ceux qui fatiguent leur esprit à inventer des objections frivoles s'interrogent plutôt eux-mêmes, avant le jour où Dieu lui-même, qui ne leur doit les secrets ni de sa miséricorde, ni de sa justice, les interrogera; et au lieu de demander comment ceux-ci ou ceux-là ont pu croire ce qu'ils ne connaissaient pas, qu'ils songent à ce qu'ils répondront au souverain Juge, quand il leur demandera pourquoi
eux-mêmes ils n*ont pas cru ce qu'ils connaissaient.
Dieu nous a départi la mesure précise de lumière dont nous avons besoin dans notre condition présente, mais rien déplus. En accordant à l'homme tout ce qui lui est nécessaire pour parvenir à sa fin, il lui refuse ce qui ne servirait qu'à satisfaire une vaine curiosité.
Vn grand nombre d'hommes sont assez insensés pour refuser de croire les vérités saintes, seulement à cause qu'ils ne les comprennent point; mais cette règle, ils ne l'appliquent qu'à ce qui touche les devoirs, aux lois sacrées et immuables de leur intelligence et de leur cœur. Quant aux lois de la nature physique, ils les admettent sans hésiter, quoiqu'ils les comprennent encore moins.
Comprenons que, lorsque les esprits s'égarent, on ne les ramène jamais que par une libre persuasion, et qu'on ne les soumet à ce qui est juste et vrai, que par des armes toutes spiritu elles. Le mal, le grand mal est qu'on n'a pas
foi à la puissance de la vérité; on croit à la violence de l'homme, et Ton ne croit pas à la force de Dieu.
Dieu est vérité, et toute vérité découle de Dieu, est immuable comme Dieu. De là vient, qu'indépendante de nos conceptions, la vérité est la même pour toutes les intelligences,
Nous pouvons l'ignorer, l'obscurcir, comme nous pouvons étendre un voile entre nos yeux et le soleil; mais nous ne saurions l'altérer en soi, encore moins la détruire. Elle est hors de nos atteintes; et il n'est pas plus en notre pouvoir de faire que ce qui est essentiellement vrai cesse d'être vrai, que d'anéantir ce qui existe essentiellement. Dieu même n'a pas ce pouvoir; toutes les vérités nécessaires forment, pour ainsi parler, une portion intégrante de son être : en les anéantissant il s'anéantirait lui-même. Ainsi connaître la vérité, c'est connaître Dieu; et toute vérité connue est une révélation ou une manifestation partielle de l'être divin.
Il y a une simplicité de cœur et une force de
In.
génie, qui conduisent également à la religion catholique. Quelques-uns s'en éloignent, emportés par des demi-lueurs. Ce sont ces gens d'entre-deux qui font, dit Pascal, les entendus. CettX-là troublent le monde, et jugent plus mal que tou? les autres.
La religion de Jésus-Christ est intolérante ! ... Est-ce que la religion n'est pas une loi? Es1 -ce que toute loi n'est pas essentiellement intolérante ? Conçoit-on qu'elle tolère la violation de ses défenses ou de ses commandements? Est-il possible d'imaginer une contradiction plus absurde?... Partout où il y a vie, il y a croyance, et toute croyance exclut les croyances opposées. Cela est vrai universellement, et dans les sciences comme dans la religion. La géométrie n'est pas moins intolérante que le christianisme.
Il n'est point d'excès où l'homme ne se précipite dès qu'il s'est une fois affranchi de la règle. L'âme superbe qui veut être elle-même sa lumière et son bien, l'âme que la foi ne soutient plus, s'affaisse sous son propre poids, et
alors des pensées étranges, des désirs prodigieux s'emparent d'elle. De là ces systèmes chagrins, ces repoussantes théories que des insensés opposent à Tordre immuable, contre lequel ne peuvent rien ni les sophismes d'une raison en délire, ni les vœux d'un cœur dépravé. 11 n'est pas donné à la créature de troubler à ce point les lois établies par l'Auteur des choses.
Déistes, vous trouviez les mêmes embarras, les mêmes mystères, la même obscurité, quand il était question de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme. Tout cela cependant ne vous a point arrêtés. Pourquoi, lorsqu'il s'agit de la Révélation, les prémisses étant les mêmes, la conclusion seule a-t-elle changé?
Si des lois émanées d'une sagesse infinie président au monde physique, en dirigent, en règlent les mouvements, et, malgré quelquefois l'apparent désordre des phénomènes, le conduisent à ses fins avec une force irrésistible et une immuable régularité, on ne doit pas croire que le monde moral, seul délaissé de la Providence, Hotte au hasard, sur la sombre, immense, orageuse mer
des âges, et qu'il n'ait point également ses lois qui, sans altérer la nature des agents libres, le conduisent aussi, suivant un ordre de développement harmonique et régulier, à ses fins particulières et à la fin générale de la création.
Les incrédules sont plaisants; croient-ils que nous ignorions les objections qu'on propose contre la foi, nous qui sommes occupés uniquement de l'étude de la religion ? Croient-ils que, sicesobjections nous paraissaient fondées, nous fussions bien disposés à le nier, pour le plaisir de renoncer à tous les plaisirs, avec la certitude de passer pour des sots ?
Je crois très possible de montrer que la sagesse catholique ne renferme aucune contradiction, ni rien qui choque les idées que Dieu nous donne de sa justice et de sa bonté; mais dès que nous voulons pénétrer plus avant et comprendre le dogme en luimême, sur-le-champ nous sommes arrêtés, parce que nous ne connaissons pas le plan général de la Providence où se trouve la solu-
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tion de toutes nos difficultés. Que faire dans celte position? Tenir fortement ce qui est certain, ne se point troubler du reste, et se reposer avec confiance sur la bonté de Dieu, assurés qu'un jour nous verrons clairement la sagesse de ses desseins qui se dérobe ici-bas quelquefois à nos regards, sans doute pour assurer notre foi. 11 me semble que, pour chacun de nous, il ny a qu'une question raisonnable : Que faut-il que je fasse pour me sauver? La réponse est facile; les petits enfants que l'Église instruit en savent là-dessus autant que Bossuet. Mais si nous commençons à nous inquiéter des autres, si nous voulons savoir quels moyens Dieu leur donne de connaître et d'accomplir la loi, sur quelle règle il les jugera, et mille autres choses de cette nature, qu'il n'a pas jugé à propos de nous révéler, jamais nous n'arriverons à une solution qui nous satisfasse et notre vie se passera dans un profond et triste oubli de nous-mêmes. Occupons-nous d'abord d'aller au ciel, là tous nos doutes s'éclairciront, là Dieu se justifiera devant ses élus et devant ceux-mômes que la justice sera contrainte de condamner... Votre esprit ne trouvera jamais
ici-bas tout ce qu'il y cherche. Il y a en toutes choses un degré d'obscurité inséparable de notre condition présente. Nous n'apercevons rien pleinement... Une foi éclairée dans ses fondements, mais pleine ensuite de simplicité, une pratique humble et beaucoup d'amour, le repos est là et là seulement.
Le déisme se réunit au fond à ce qu'on a si dangereusement appelé la religion naturelle. Il n'y a de vraiment naturel et de conforme à la nature que la Révélation, sans laquelle l'homme, abandonné à l'incertitude de la raison et privé même de toute raison, n'aurait jamais rien su de ce qui lui était nécessaire pour se conserver comme être moral et intelligent, et même comme être physique.
Il y a certainement deux ordres, l'un de foi, l'autre de conception. Le premier est le fondement du second; et celui-ci doit suivre le premier qui lui sert de règle. Le premier est infini et renferme toute vérité parce qu'il a un rapport direct à Dieu. Le second est nécessairement borné, parce qu'il a un rapport direct
à l'homme, dont l'intelligence ne saurait être actuellement infinie, ni, par conséquent, embrasser la vérité tout entière, ou Tordre de foi complet dans ses conceptions. Cependant, elle peut et doit travailler à étendre sans cesse son royaume de lumière, en subordonnant toujours ses pensées, même celles qui lui paraissent les plus claires, à la certitude infinie de la foi. El en eiîet, si ces pensées supposées certaines se trouvaient en contradiction avec une foi certaine aussi, voyez où l'on serait conduit; il ne resterait plus qu'un scepticisme désespérant.
Les pensées de l'homme sontnécessairement bien imparfaites. Aussi faut-il bien se rappeler qu'aucune conception individuelle ne peut être reçue qu'après avoir subi le plus strict examen, et Ton doit être dans cette disposition d'esprit d'abandonner l'idée même la plus séduisante (\r* qu'on aura reconnu qu'elle est en opposition avec l'ordre de foi.
Chaque chose a son moment que la sagesse prépare et que l'habileté saisit.
Voulez-vous attacher fortement l'homme, imposez-lui de grands sacrifices.
Le siècle le plus malade n'est pas celui qui se passionne pour l'erreur, mais le siècle qui néglige, qui dédaigne la vérité.
Le bien, le mal, l'arbre qui donne la vie et celui qui produit la mort, nourris par le même sol, croissent au milieu des peuples qui, sans lever la tête, passent, étendent la main et saisissent leurs fruits au hasard.
Il suffit souvent de changer d'existence pour croire à la vérité qu'on niait.
Quand, par une terrible permission de Dieu, l'enfer prépare au genre humain de pesantes calamités et le spectacle de quelques grands crimes, il jette une erreur dans le monde, et laisse achever au temps.
Il n'y a guère d'erreur qui ne contienne quelque vérité, et c'est même pour cela que l'erreur s'introduit siaisément dans l'esprit del'homme ; il reçoit le faux à cause du vrai qui y est mêlé.
Tout ce que nous n'avons pas encore éprouvé, tout ce qui nous est inconnu, devient pour nous une sorte d'infini que l'âme saisit avidement, comme un objet proportionné à l'étendue de ses désirs.
La vérité semble être plus à nous quand nous l'avons découverte; elle inspire moins de défiance et plus d'attachement.
C'est le propre des têtes étroites, d'être ex-
trémement frappées des faiblesses des individus, et fort peu de l'esprit général des institutions.
Otez Dieu de l'univers et l'univers n'est plus qu'une grande illusion.
Dissiper l'ignorance, ce n'est pas créer la lumière, mais abaisser le voile qui la cachait en partie.
L'erreur n'est que la négation d'une vérité connue, une destruction.
Le droit, considéré d'une manière absolue, est ce qui est juste, légitime, ce qui doit être, en un mot, Tordre.
Le souvenir d'une douleur qui n'est plus ajoute je ne sais quoi de plus vif et de plus doux au sentiment de la félicité présente.
Le meilleur maître n'est pas celui qui sait davantage, mais celui qui sait forcer ses disciples à apprendre d'eux-mêmes ce que la nature leur permet de savoir.
La vérité qu'on a fuie devient importune ; elle Liesse l'amour-propre et réveille le remords.
Il y a des reproches qu'il est plus dur de faire qu'il n'est dur de les entendre.
Combien petite est la distance qui sépare l'homme de peur de l'homme de crime.
On agite des questions sans nombre; qu'on y regarde de près, on verra qu'elles se réduisent à celle du gouverneur romain : qu'est-ce que la vérité ?
Le remords est une douleur qui nous avertit qu'il y a en nous quelque désordre ; il sert, oomme la douleur physique, à la conservation <le la vie.
Certains hommes craignent la vérité comme un criminel redoute sa sentence.
Si l'on peut en finir du passé avec l'oubli, on n'en finit pas de l'avenir avec l'imprévoyance.
Une des causes de l'ascendant des prêtres
sur les autres hommes, c'est l'ascendant qu'il leur faut obtenir sur eux-mêmes. Ils sont habitués à vaincre l'homme.
Tous les hommes feignent d'aimer la vérité, et c'est une des plus grandes preuves de l'obligation où ils sont de l'aimer véritablement.
Les circonstances ne forment pas les hommes, elle les montrent.
Il suffit d'avoir des yeux et de les ouvrir, pour reconnaître qu'une grande justice s'exerce <lès ici-bas; seulement on voit que certaines causes sont appointées à une autre session. Celui-là est encore bien faible qui s'inquiète ou s'étonne de ce délai.
Kien ne dépend de nous que notre volonté; les circonstances disposent du reste.
«Attendez, disent-ils, pour parler des vérités •de la religion aux enfants, que leur raison soit en état de les entendre. » J'aimerais autant dire : Attendez pour leur donner des mots qu'ils aient
des idées. Comment ne voient-ils pas que les idées ne naissent qu'à l'aide des mots et que la raison ne se développe qu'à l'aide de la vérité ?
L'homme qui se détache si aisément de la vérité, parce qu'elle appartient à tous, n'abandonne pas de même ses préjugés; il y tient parce qu'ils sont à lui.
On ne songe pas toujours à tout le respect qu'on doit au cœur de l'homme quand on veut l'éclairer.
Il y a dans les choses une résistance qui n'est pas dans les idées, sans quoi le monde ne subsisterait pas six mois.
Les événements commandent, les hommes exécutent, et après cela ils comprennent, s'ils peuvent.
Toute vie implique mouvement, et par le mouvement, croissance ; partout où le mouvement cesse, il y a mort, et la mort spirituelle,
éternelle, n'est que l'absence de mouvement, de développement, de progrès dans le vrai et le bien, la permanence dans le mal.
Dieu, en créant les êtres, a manifesté, a écrit les pensées dans l'espace, et, en ce sens, l'univers est une écriture divine dans laquelle les inondes manifestent une intelligence infinie.
Le Beau est le Vrai, en tant qu'il est dans sa manifestation perçu par l'Intelligence et senti par l'Amour.
La vérité a-t-elle besoin de cette force que les hommes lui prêtent ? Elle est avant eux et après eux, et tous leurs efforts ne peuvent rien contre elle.
On corrige l'esprit, mais on ne refait point le cœur.
La philosophie ne connaît d'autre consolation que l'oubli.
L'opposition des méchants console le cœur
de l'homme de bien; il se sent plus séparé d'eux, et dès lors plus près de Celui à qui le jugement appartient et à qui restera la victoire.
On dit qu'il n'y a point de distance pour le cœur ; cela est vrai en un sens ; je ne. crois cependant pas que ce soit le cœur qui ait fait le premier cette observation-là.
Il y a de la délicatesse, et beaucoup, à se laisser rendre heureux par ceux qu'on aime.
La Providence se sert de tout, et elle est partout, même dans une imperceptible citation au bas d'une page, et je conçois qu'un pareil renvoi puisse sauver une âme.
On perd toujours beaucoup à se laisser conduire par les événements... et dès lors à être dominé par eux.
Étudier c'est recevoir; écrire c'est donner.
Les choses vont si vite, de nos jours, qu'on
ne peut que camper dans une opinion, quelle qu'elle soit. Ce sont des tentes qu'on plante le soir et qu'on enlève le matin.
Que me fait à moi un empire qui tombe? Un passereau qui meurt me touche davantage; pauvre petite créature de Dieu, qui, après avoir aspiré, comme un globule de rosée sur la fleur, sa gouttelette de vie, s'en va et ne revient plus.
Il ne faut pas laisser faire au temps l'œuvre de la volonté, si l'on ne veut se préparer d'amers regrets.
\^n paysage sans horizon est une vie sans .avenir.
On ne trompe pas la nature avec des mots et quoiqu'on en ait, il faut acquitter jusqu'à la dernière toutes les conditions du bail onéreux ile la vie.
Tl y a un frère et une sœur que Dieu créa inséparables, la vérité et l'inconvénient ; et je
ne crois pas qu'à cause du frère il soit bon d'étrangler la sœur.
0 Dieu, qui êtes un, infini, éternel, saint! du fond de votre être incompréhensible, daignez abaisser vos regards sur un faible mortel qui essaye en tremblant de défendre votre immuable vérité, contre l'erreur qui la combat et l'impiété qui la blasphème. De moi-même je ne sais rien, je ne peux rien : faites descendre jusqu'à moi un rayon de votre lumière; pénétrez-moi de cette force qui subjugue les âmes rebelles, de cette ardente charité qui les persuade et les attendrit. Ce n'est pas pour moi que je demande à connaître davantage, à voir plus clairement ce que, par votre grâce, je crois déjà d'une foi inébranlable; mais puisque, choisissant ce qu'il y a d'insensé selon le
monde pour confondre les sages, et ce quil y a de faible pour confondre les forts, vous m'avez donné le désir de ranimer cette foi languissante dans les uns, presque éteinte dans les autres, donnez aussi à ma raison, si débile et si incertaine, l'appui qu'elle implore de vous, et à mes paroles la vertu qui les rendra puissantes sur les cœurs et fécondes pour e ciel.
Prière à Jésus-Christ dans le Très-Saint- Sacrement
Me voici, mon Dieu, devant le tabernacle où est enfermé le mystère divin de votre corps et de votre sang, dans l'adorable Sacrement de votre amour. Quand je pense, ô mon bon Jésus, ô mon Sauveur, ô mon Maître, à l'incompréhensible bonté qui vous a fait descendre du ciel, et voiler sous les apparences méprisables d'un peu de pain l'éclat de votre majesté souveraine, pour vous rapprocher de votre pauvre créature, je succombe sous les sentiments qui se pressent en foule dans mon âme. Je voudrais vous louer, ô mon
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Dieu, el je ne trouve point de paroles pour vous louer dignement; je voudrais vous aimer d'un amour proportionné à votre amour ; et, après s'être épuisé en inutiles efforts, mon cœur ne fait qu'avouer son impuissance. Que feraije donc, ô mon Seigneur? Ah ! voici ce que je ferai : Je dirai à mon Jésus, à mon bien-aimé : « Vous voyez ma faiblesse, mais vous voyez aussi mon désir; que l'un supplée à l'autre. Je ne puis rien vous offrir de moi-même; mais je vous offre les hommages des saints; je vous offre l'amour des anges et l'inexprimable dilection de votre divine Mère; je vous offre vousmême à vous-même; je m'unis aux sentiments infinis, éternels, qui lient le Père au Fils, le Fils à l'Esprit dans une indissoluble unité ! Seigneur, Seigneur! Recevez dans votre miséricorde cette offrande de votre pauvre créature. Àinsi-soit-il! »
O Jésus ! Jésus crucifié, je veux n'aimer, ne connaître que vous désormais. Je veux m'attacher à votre croix, y mettre toutes mes pensées, mes affections, mes désirs, tout mon cœur et toute mon Ame en union avec votre
sainte mère, la mère de douleurs, et le disciple bien-aimé, qui, du Cénacle où il venait de reposer sur le cœur de Jésus, passa au calvaire pour y partager, au pied de la Croix, les angoisses de la passion de Jésus! Communion du sacré corps de Notre-Seigneur, encouragement à porter la croix. — Mon Dieu, il me semble que vous m'appelez à vous par la Croix. Croix sainte, croix adorable, croix divine, soyez à jamais mon partage, ma joie, ma consolation, mon espérance. J'ai aimé, ô mon Dieu, oh ! j'ai trop aimé les joies amères du monde ; maintenant je ne veux que la croix, la croix seule, la croix de Jésus, et encore la croix; je vivrai sur le calvaire en esprit d'amour, de pénitence, de renoncement et de sacrifice absolu. O quelle vie! quelle douce, quelle heureuse vie. C'est le ravissement de mon cœur d'être crucifié avec Jésus, par les souffrances, les contradictions, les mépris, les rebuts, les ingratitudes, les haines, les outrages, les persécutions, et tout ce qui peut le plus crucifier mon orgueil et ma chair, par lesquels je vous ai tant offensé, ô mon bon. mon divin maître, mon tendre Sauveur, ô ma vie et mon espoir,
ma consolation, mon trésor et tout mon bien... Mon Dieu, encore une fois, la croix et rien que la croix.
Prière à la Sainte Vierge.
0 ma mère, je vous aime plus que moimême; je vous aime, après Dieu, plus que toutes choses, et je veux ainsi vous aimer éternellement. Mais, hélas ! je suis encore loin de vous, loin de votre Fils, exposé sur cette terre à bien des dangers, en proie à bien des douleurs; protégez-moi, consolez-moi ; et quand viendra l'heure de ma mort, adoucissez pour moi ce passage, ranimez ma foi, mon espérance, mettez des paroles d'amour sur mes lèvres défaillantes, et posez votre main sur mon cœur, dont le dernier battement, ù ma mère, sera pour vous et pour mon Jésus.
Prière à l' Ange Gardien.
0 ange, mon gardien céleste, que mes péchés ont lant de fois contristé, que mes crimes ont tant de fois mis en fuite, je vous en
supplie, ne m'abandonnez pas dans le péril; ne me privez pas de votre protection et de votre secours pendant que je combats contre l'ennemi astucieux et cruel. Mais assistez-moi toujours avec bonté ; parlez suavement à mon âme, fortifiez-la par vos conseils; relevez et guérissez mon cœur languissant et déjà proche de la mort faute d'amour; allumez-y doucement le feu dont vous brûlez, afin qu'au sortir de cette vie courte et misérable je mérite d'obtenir la vie éternelle, afin de voir, d'aimer, de louer et de bénir à jamais Jésus- Christ avec vous et avec tous les chœurs glorieux des esprits célestes.
Prière pour demander à Dieu la conversion d'une personne chère.
0 Dieu, qui nous ordonnez de nous aimer les uns les autres, je me prosterne à vos pieds, et j'implore votre miséricorde en faveur d'un infortuné qui m'est uni par les liens de l'affection la plus tendre. Emporté par les passions dans une voie d'égarements, il périra, Seigneur, si votre voix ne le rappelle, si votre cœur ne
s'émeut pas sur son triste sort. N'aurez-vous point pitié de votre pauvre créature ? La laisserez-vous tomber dans l'abîme, elle pour qui vous avez prié, souffert et répandu votre Sang ? Privée de la foi, par sa faute sans doute, elle a cessé de vous connaître : montrez-vous à elle de nouveau; éclairez ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans V ombre de la mort ; dirigez leurs pas dans le chemin de la paix. Jésus, tournez vos regards sur cette âme qui m'est si chère, et vous exaucerez mes vœux. Pourriez-vous voir sans compassion une misère aussi profonde ? Cet infortuné, à qui votre amour avait ouvert la route du ciel, le voilà qui s'avance, à travers d'arides et obscures régions, vers l'enfer, dont vous l'aviez racheté; et peut-être est- il déjà sur le bord. Que votre main l'arrête avant le dernier, l'irrévocable pas. Au nom de votre Croix, au nom de votre mort, grâce, grâce, Seigneur! ne rebutez pas mon humble prière. Oh ! qui me donnera des paroles assez puissantes pour vous toucher? Hélas! je n'ai que mes larmes et mon inconsolable douleur. Que ferai-je donc? Je demeurerai à vos pieds, pleurant en silence, et vous vous
laisserez attendrir : car vous avez aussi pleuré sur les hommes. Non, jamais je ne cesserai d'espérer en vous. Une pauvre brebis a quitté le bercail, elle s'est égarée dans le désert : le bon Pasteur ira l'y chercher; il la rapportera sur ses épaules, et sa joie sera grande, parce qu'il aura retrouvé sa brebis qui était perdue. Ainsi soit-il.