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Lamennais intime

l>aiit('. le |>(»rU> favori de Lamennais qui sncciipait (le le tradiiiiT, lorstjue la mort lui lit tomber la plume de la luaiii, déliiiil ainsi la renommée, la irl<>irt' :

" La l'enommi-e du monde n'est pas antre chose iiniiM souille de vent qui va et vient de çà,dc là, et change lie nom en changeant de côté » (1;.

Lamennais a éprouvé rinconstanco de cette brise folle. Son nom, en elTet, après avoir eu un l'etentissemeiit considérable, tond)a presque dans loubli, de son vivant même. Durant de longues années, on ne le cita plus que de loin en loin, comme celui d un homme des lenq>s j)assés ; l'atleution publique semblait détournée de lui pour jamais; et voilà qu'il obtient de nos jours un regain d'actualité, le souflle doid parle le poêle llorentin nous le rapporti^ un instant, sans doute |)our le faire disparaître de nouveau.

Ce n'est pas cpie les écrits de Lamennais reviennent à la mode: le plus grand nombre sont complètement ignorés du public. Le plus fameux de tous, les Paroles d'un Croyanl, bien rares sont ceux qui le lisent, en dépit de son

(1) Non c il inotidaii romore altro ché un Halo Di vente, ch'or vion quinci, ed or vien «luindi, E muta nome, perche muta lato. {Purg. xi, 34).

LAMKNNAIS INTIME

modeste formai! Non, ce qui vaut au célèbre philosophe celte actualité posthume, ce sont ses idées qui sont de nouveau à l'ordre du jour, aussi Lien les saines, les orthodoxes, que les autres. Platon a dit: « Beaucoup i)ortent le thyrse, mais peu sont inspirés » (1). Lamennais, qui aimait à se donner des airs de propiiète, sendile parfois avoir été réellement inspiré, tant il eut l'intuition claire des temps et des besoins nouveaux: peut-être son amour sincère et désintéressé de l'humanité lui donna-t-il cette acuité du regard, cette perspicacité étonnante qui lui ■permit de deviner ce que personne ne soupçonnait de son temps, ce que nous commençons à ■entrevoir du nôtre. Mais si l'amour est clairvoyant d'un côté, il reste aveugle de l'autre. Notre /)roplièle qui s'indignait de voirie pi'olélaire souffrir sans avoir le droit de se plaindre, et qui poussa ■ce cri d'amère ironie : « Silence au pauvre » ! ne distingua jamais nettement, dans la dernière période de sa vie, le peuple de la populace et il se croyait toujours démocrate que depuis longtemps il était déjà démagogue. Aussi a-t-il mérité qu'un •autre déserteur du Christianisme ait dit de lui :

« Lamennais est inexplicable, si l'on n'accorde que le même homme peut être à la fois un artiste

(\l Phédon, n" xn, in fine.

INTItOnrCTION

sii|)»''rii*iir, un pliilimoplic ni/'iliocr*' ri un politifine iiisciisi' •• (1).

(i'i'sl (|iii' Lami'iiiiais l'iil ;ivaiil loul un esprit îthsolii, se |)ort.iiit irn-sistililcintMil aux extréniil<''s, exaîyrraiif toujours cl dès lors poussant la véritr jus(|u"au paradoxe, il est arrivé ropendant que re philoanjthr mi'iUncn'. r(> i)olili(/iif im^cnsi' a «'•h' un puissant initiateur, lui senietu- d'idées qui n'eul pas son éfjal. Mais dans son impatience, il n'attendit pas la moisson. Parre (pie les idées (pi'il jeta dans le elianq) de l'I^glise ne germaient pas assez vite, à son gn-, il quitta ce champ pour un autre quil ensemença didées toutes dilIV-renles des premières et d«>nl il ne vit pas non plus le ccunplel épanouissement. L'omnipotence spirituelle (\u pajie. son inlaiHihililé doctrinale, la lilterté d'enseignement, la liherté d'association, la liberté des cultes, le suffrage universel, autant de causes qiii trouvèrent en lui un apùtre infatigable, un elianq)ion que rien ne put dompter. Il fut essentiellenient un homme de combat; c'était là sa mission et non ses f/oi'ils, du moins s'il faut l'en croire. Il écrivait, en elTet, à l'un do ses amis, le 7 avril 1818, une lettre pleine d'(5lïusion dans laquelle il lui découvrait le fond de son âme :

•' Tu ne sais pas, mon bon frère, combien tes

(I; Heiian. Esnaia de morale el de criliijue : M. de Lamcnnairi.

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