INTERPRÉTATION DES ATTAQUES DE M. HAMEL
Les lettres de M. Hamel, les insinuations, les injures, les calomnies qu'elles contiennent, parlent assez d'elles-mèmes pour nous dispenser de chercher ailleurs l'interprétation qu'il faut leur donner. Cependant, il ne sera pas sans intérêt de mettre sous les yeux du tribunal les ap-
préciations faites dans le pays par les journaux qui refletent ou qui dirigent l'opinion publique et par les autorités qui la doivent contrôler.
A — Lur les journaux conservateurs. — À leur louange, disons-le, les journaux conservateurs se sont abstenus de tout commentaire quelcor que. Ils ont gardé le silence, observant en cela les prescriptions et les ordonnances diocésaines,.
Un seul d'entre eux, l'Evénement, annonçait à ses électeurs, en date du9 mai, la publication, la veille, de l'importante correspondance échangée entre M. le Grand Vicaire Hamel et le Dr Landry.
“ M. Hamel, dit-il, à amené cet incident pour mettre fin aux can- “ cans de certaines personnes dévotieuses qui insinuent charitablement “ qu'il pourrait bien être franc-maçon. ,
B — Lur les journaux libéraux. — M. Hamel, dans la première de ses lettres, sous le prétexte de vouloir donner la seule explication possible au silence coupable du Dr Landry vis-à-vis son Ordinaire, trouvait moyen d'arborer ses couleurs politiques, en disant qu'on lui en voulait à lui particulièrement, à lui “ haut fonctionnaire ecclésiastique regardé comme adversaire de certain parti. ,
Puis vient une tirade qu'il termine par ces paroles: “ …. et cer- TAIN parti pourra continuer de se vanter qu'il n'y a pas de prêtres “ francs-maçons de son côté, mais qu'il y en à de l'autre. ,
Pour qui connaît M. Hamel, ces paroles sont significatives.
Eu politique, M. Hamel est libéral, et ceux qui ne partagent pas ses opinions ne sont guère épargnés. C'est ainsi que depuis qu'il est Grand Vicaire, il ne s'est pas gêné de dire que tous les conservateurs
étaient des voleurs. Or, en injuriant ainsi le parti conservateur, il s'attaquaiè au parti qui gouverne actuellement le pays, avec une puissante majorité (70 voix de majorité dans une Chambre de 211 membres, la Chambre fédérale, et 36 de majorité dans la Chambre provinciale, qui compte 65 députés).
Le cri de M. Hamel à été entendu, les couleurs qu'il déployait aux vents du fanatisme ont é: vues, et de suite, l'ÆVecteur, le seul journal libéral de Québec, la Z'atrie journal libéral et franc-maçonnique de Montréal, la Concorde, le seul journal libéral des Trois-Rivières, la Sentinelle, le seul journal libéral de Montmagny, ont emboîté le pas et ont servi à leurs lecteurs toute une kyrielle d'injures et de calomnies contre le Dr Landry.
Il n'y avait pas à se gêner. Un Grand Vicaire, un haut fonctionnaire ecclésiastique ne battait-il pas la marche ?
Nous ne reproduirons pas toutes les insanités qui ont vu le jour dans cette occasion : quelques extraits suffiront pour faire connaître l'interprétation que les libéraux ont donnée aux attaques de M. Hamel.
L'Electeur, et nous choisissons celui-là de préférence, parce qu'il se publie à Québec, et qu'il a toujours été le premier à semer dans le public la nouvelle de tout ce qui se passait à l'Archevêché, au Séminaire ou à l'Université, l’Electeur, dans son numéro du 18 mai, s'exprime ainsi :
Mais quels sont les accusateurs ? Deux hommes chez qui la saine raison fait défaut. L'un, à cause de son grand âge, n'a plus la jouissance de ses facultés intellectuelles, au point que sa famille à dû lui enlever l'administration de ses affaires temporelles (autant de faussetés que d'assertions!); l'autre, est un jeune homme chez qui l'imagination, surexcitée par une exaltation qui fait partie de son caractère, n’est aucunement contrôlée par le jugement...
# On comprend facilement ce que des illuminés et des roués peuvent faire avec de pareils instruments...
“ . Le parti ultramontain à d'abord lancé en campagne le Dr Landry, dont le titre de commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le- Grand est propre à en imposer (sic) à ceux qui ne connaissent pas les desseins de ses souffleurs, puis on lui à adjoint comme second un jeune exalté capable de tout oser du moment qu'on lui a monté la tête. Car il faut bien l'admettre, il n'y a que des insenses qui puissent avoir le toupet de classer un homme comme M. Hamel, un prêtre aussi distingué, un théologien aussi orthodoxe, parmi les adeptes de la franc-maçonnerie. Il est vrai que dans le Cercle Catholique, parmi les initiés, on ne se gène pas de dire qu'il y a tout lieu de croire que l'Archevèque même fait partie des loges maçonniques, et qu'au moins une quarantaine de prêtres de l'afchidiocèse appartiennent à l'Ordre de la franc-maçonnerie, Mais, jusqu'à ces derniers temps, on s'était contenté de dire ces choses-là aux tièdes pour échauffer leurs cœurs, etc. ,
Parlant de l'Orangisme, société que nous avons nouns-même, comme député conservateur, dénoncée et victorieusement combattue à la Chambre des communes, l'Electeur, dans ce même numéro du 18 mai, ajoute:
“ Cette secte vient de jurer de nouveau une guerre à mort à la “ religion catholique, et le Cercle Catholique, qui se donne ostensible- “ ment pour mi ion de défendre l'Eglise, trouve moyen de faire ac-
LU Î k Îl !
“ euser le Grand Vicaire Hamel de franc-maçonnerie, mais ne trouve pas “ un mot à dire contre les calomnies et les attaques des orangistes. ,
La Sentinelle, feuille libérale, publiée dans la ville de Montmagny, s'exprime, dans son numéro du 14 juin, d'une manière encore plus violente, s'il se peut. Qu'il nous soit permis de ne pas reproduire cette insanité,
Ces quelques extraits suffisent et au dela à prouver l'interprétation donnée par les journaux libéraux aux attaques de M. Hamel contre le Dr Landry.
Suivant ces journaux, c'est le parti conservateur, qu'ils traitent avec dédain du nom de parti ultramontain, qui fait la guerre à l'un des rares prêtres qui appartiennent au parti libéral.
Suivant eux, le Dr Landry, qui est l'un des membres auxiliaires du Cercle Catholique, et le Cercle Catholique lui-même ont accusé M. Hamel d'être franc-maçon, non seulement M. Hamel, mais encore $. G. l'Archevêque de Québec, et qui sait? peut-être aussi quelques Cardinaux de la Propagande !!
En cela, ils ne font que répéter les calomnies de M. Hamel lui-même.
C — pur l'autorité religieuse.
Tel était l'état de la question lorsque $S. G. l'Archevêque de Québec a cru devoir intervenir, et apprécier lui-même dans un document public, solennel, autorisé, dans un mandement enfin, la conduite du Dr Landry et celle de M. Hamel. Sachant que les journaux libéraux du pays dénonçaient le Dr Landry comme accusant M. Hamel et l'Archevêque de Québec d'être francs-maçons, n'ignorant pas, d'un autre côté, que M. Hamel portait contre le Dr Landry une accusation semblable au sujet du Cardinal Franchi, $. G. Mgr Taschereau, dans son mandement du 1‘ juin, s'exprime comme suit:
“ A l'égard d'un catholique, l'accusation de franc-maçonnerie est “ certainement assez grave de sa nature pour être la matière d'une “ calomnie, où d'une médisance, ou d'un jugement téméraire grave. Les “ circonstance: peuvent y ajouter un nouveau degré de malice, par exemple, “ S'il s'agit d'un prétre, d'un Grand Vicaire, d'un Evêque, d'un Cardinal... “ ou de la réputation d'une institution catholique.
“ Par le temps qui court, cerraixs catholiques semblent avoir mis en “ oubli ces principes élémentaires de justice et de charité dans leurs # conversations, et leurs Écrrrs, ex portant à la légère ceTrE AcCusATIOoN de “ FRANC-MAGÇONNERIE contre des membres du clergé et contre des officiers publics. ,
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Certes, l'on devait s'attendre à plus de justice de la part de Mgr Taschereau et à plus de prudence chez un Archevèque.
Il vient déclarer, avec toute l'autorité de sa charge, dans un mandement adressé à fous les fidèles de son diocèse, mandement lu et publié au prône de toutes les églises et chapelles paroissiales où se fait l'ofice public, il vient déclarer que certains catholiques, Pak LE Temps qui courr, ont porté à la légère des accusations de franc-maçonnerie contre des membres du clergé dans leurs conversations et dans leurs écrits.
Or, PAR LE TEMPS QUI COURT, lorsque ce mandement est publié, tout le monde à présent à la mémoire les conversations du Dr Landry avec M. Hamel au sujet de la franc-maçonnerie, les écrits du Dr Landry échangés avec M. Hamel sur ce même sujet.
Le Dr Landry n'est-il pas désigné dans ce mandement, sans erreur possible ?
Que si une erreur pouvait arriver, Sa Grandeur Mgr l'Archevèque de Québec en écarte toute possibilité en écrivant à M. Hamel une lettre qui à été envoyée à toute la presse de Québec et publiée par elle le même jour que le mandement archiépiscopal, lettre dans laquelle Monseigneur explique son mandement de la manière suivante :
“ Monsieur le Grand Vicaire, “ Quoique dans mon mandement du 1” courant j'aie déjà fait connaître implicitement ce que je pense de la manière injuste, déloyale et peu “ chrétienne dont vous avez été traité par des personnes de qui on était en droit d'attendre plus de justice, je crois devoir dire aujourd'hui expli- “ citement que vous n'avez rien perdu de mon estime et de ma con- “ fiance. ,
Encore une fois, le Dr Landry était loin de s'attendre à un pareil traitement de la part de son Archevèque, qui s’est servi ni plus ni moins de son autorité pastorale pour dénaturer les faits et porter contre un homme honorable et universellement respecté la plus fausse des accusations !
A l'heure présente, grâce aux lettres de M. Hamel, grâce aux articles des journaux, grâce surtout au mandement et à la lettre explicative de Sa Grandeur Mgr l'Archevèque de Québec, le Dr Landry est 1 signé dans le public, dans tout l'archidiocèse de Québec comme ayant à légère, dans ses conversations et dans ses écrits, porté des accusations de franc-maçonnerie contre des membres du clergé, ce qui est essentiellement contraire à la vérité.
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Comme on peut le voir, la diffamation commencée par M. Hamel a pris une extension incommensurable. A lui la responsabilité d'une grande partie des conséquences, comme à lui seul la responsabilité de la cause qui les a produites.
D — Par le Conseil universitaire.
Il est un autre corps qui, à l'exemple de Sa Grandeur l'Archevêque de Québec, à apprécié, et de la même manière, les lettres de M. Hamel contre le Dr Landry. C'est le Conseil de l'Université Laval.
Le 4 juin, c'est-h-dire le même jour où Mgr l’Archevèque écrivait à M. Hamel sa lettre explicative de son mandement, le Conseil de l'Université, convoqué en séance extraordinaire, à une heure inaccoutumée, passait la résolution suivante :
“ Que vu la conduite tenue par M. le Dr J. E. Landry à l'égard de M. le Grand Vicaire Hamel, ancien recteur de l'Université, le titre de professeur honoraire cesse d'être attribué au dit M. le Dr J. E. “ Landry. ,
Tout cela, parce que le dit J. E. Landry, cet homme que M. Hamel proclame être de bonne foi, ne veut pas agir contrairement aux dictées de sa conscience, et déclarer n'avoir pas entendu une conversation que réellement il a entendue et que, sous la foi du serment, il déclare avoir entendue.
Nous reviendrons dans un instant sur cet acte singulier de l'Université.
Qu'il nous suffise, pour le moment, de le citer, afin d'établir la manière dont l'Université à apprécié les attaques de M. Hamel contre le Dr Landry.
À la suite de cette double exécution faite par Sa Grandeur Mgr l'Archevèque de Québec et par le Conseil de l'Université Laval, on entend un long cri d'allégresse. Il s'élève du camp libéral.
C'est l'Electeur qui dit, en date du 11 juin:
“ Le Conseil universitaire a vengé M. le Grand Vicaire Hamel, l’un de ses membres, des fausses imputations portées contre lui par le Dr “ Landry, en retirant à ce dernier le titre de professeur honoraire. ,
C'est la Sentinelle du 21 juin qui jette ainsi la fausse note de sa criarde voix :
“ Malgré les mensongères et perfides accusations portées par le Dr Landry contre le Grand Vicaire Hamel, nos lecteurs pourront voir, “ par la lettre de Mgr l’Archevèque, que M. le Grand Vicaire conserve
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encore, comme il l'a toujours conservée, la confiance la plus entière “ de son digne Archevêque.
“ C'est là la plus belle vengeance (sic) que M. Hamel pouvait espérer.…….
“ M. le Grand Vicaire voit aujourd'hui ses accusateurs écrasés sous le mépris public, tandis que lui reçoit ce toutes parts les marques “ es plus touchantes d'estime et de confiance; et il en faudrait des “ légions de Landry, de Livernois, etc, pour rapetisser d'une ligne la “ réputation d'honorabilité, de capacité et d'orthodoxie de M. le Grand “ Vicaire Hamel, quand bien même ces tristes personnages emploie- “ yaient des moyens encore plus vils que ceux dont ils se sont servis “ jusqu'à ce jour.
La presse conservatrice à gardé le silence. Elle à publié le mandement de l'Archevèque et sa lettre explicative, parce qu'on lui avait envoyé ces deux documents avec prière de les publier, mais elle n'a fait suivre cette publication d'aucuns commentaires.
La presse libérale seule, les journaux rouges chantaient leur triomphe, tout en reprochant aux journaux conser rateurs de garder le silence.
Qu'on en juge.
Voici une plainte que l'Electeur du 9 juin fait entendre:
& L'Electeur est le seu journal français de l'archidiocèse qui ait “ épousé la cause de Mgr l'Archevèque et de l'Université Laval!! ,
C’est là un bien triste aveu, bien compromettant aussi pour ceux auxquels l'Electeur s'intére.se. Mais. enfin, il est bon à noter, car, d'un seul trait, il peint la situation.
On ne saurait mieux faire comprendre que la réprobation publique est attachée aux actes arbitraires dont le Dr Landry a été la victime.
L'intervention de Sa Grandeur Mgr l'Archevèque de Québec.
Elle s'est manifestée de deux manières différentes, elle a assumé un double caractère. |
En effet, Mgr l'Archevèque, intervenant dans le débat, a usé de son autorité épiscopale pour dénaturer les faits et répandre l'erreur, et en cela son intervention a été agressive.
Il est aussi intervenu pour nous empècher d'obtenir justice et pour
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étouffer une enquête qui aurait établi ce que l'on doit penser de l'orthodoxie et du caractère de son Grand Vicaire, M. Hamel.
Et, en tout cela, Mgr l'Archevèque s'est fait le complice de son Grand Vicaire.
Le prouver est facile.