‹ Landry vs Hamel [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 68 · DÉNI DE JUSTICE · texte numérisé non relu

DÉNI DE JUSTICE

L'histoire de ce déni de justice est consignée dans les trois réponses données par Sa Grandeur l'Archevêque aux trois lettres que j'avais l'honneur de lui écrire le 18 juin, le 8 et le 19 juillet.

Trois faits bien importants ressortent de cette correspondance : le premier, c'est la déclaration de l'Archevêque lui-même que sa lettre du 4 juin, écrite à son Grand Vicaire, est un jugement prononcé, ex parte, par Sa Grandeur dans l'affaire Landry-Hamel.

Or, sa lettre est l'explication de son mandement, c'est la déclara-

tion de la portée qu'il faut donner à cette importante pièce.

— Hi —

Donc, Mgr l'Archevèque affirme lui-même qu'il s'est prononcé contre le Dr Landry lorsqu'il écrit : “ Je me suis prononcé dans une lettre “ destinée à devenir publique! ,

La culpabilité de l'Archevèque, et son incontestable partialité ne sauaient être mieux établies : nous avons son propre aveu.

Un deuxième fait qui ressort de cet échange de lettres, c'est la précinitation avec laquelle Sa Grandeur l'Archevèque de Québec se hâte, en déclarant son incompétence, d'écarter ou d'étouffer toute procédure qui pourrait être dirigée contre son Grand Vicaire. Il n'attend même pas que la dénonciation juridique du Dr Landry soit filée au tribunal régulier; de suite, sans savoir ce qui en est, ignorant complètement la nature de l’action que doit porter le Dr Landry, il décrète que “ s'il “ s'agit de quelque chose se rapportant au démêlé entre le Dr Landry “ et M. Hamel, c'est au Saint-Siège que l'on doit s'adresser, vu qu'il “ s'est prononcé dans cette affaire et que l'Officialité ne saurait réformer “ son jugement. ,

La prudence la plus élémentaire condamne une telle précipitation ; le droit canon indique une toute autre ligne de conduite à suivre.

- troisième fait que mec à nu la correspondance en question, c'est, il : 18 fait peine de le dire, le peu de mémoire de Sa Grandeur.

L'Archevèque commence par m'écrire:

# S'il s'agit de quelque chose se rapportant au démêlé entre le Dr “ Landry et M. Hamel, vous devez vous adresser au Saint-Siège, parce “ que je me suis déjà prononcé sur cette affaire, et que l'Officialité ne peut réformer mon jugement. ,

Je demande à Sa (Grandeur où est ce jugement que l'Officialité ne peut réformer.

Elle me répond:

Le recours au Saint-Siège, dont je vous ai parlé dans ma lettre du 21 juin, n'est pas un appel contre un jugement de ma part. Voyant l'affaire portée devant le public, je me suis prononcé dans une lettre destinée à devenir publique. , (Voir pièce N. 15).

Le motif donné par Monseigneur pour expliquer son intervention n'est rien moins qu'étonnant :

“ Voyant, dit-il, l'affaire portée devant le public, je me suis pro- “ noncé. ,

[ y à un fait bien grave que Sa Grandeur ne doit pas oublier, c'est que l'affaire a été portée devant le public par Sa Grandeur elle-même.

C’est M. Hamel, du moins, qui nous l'affirme lorsqu'il écrit au Dr Landry qu'il va faire publier sa lettre du 30 avril, “ laquelle # « soumise à “ Mgr l’Archevêque avant de la lui envoyer. ,

M. Myrand, écrivant sous la dictée de M. Hamel, n'est pas moins explicite :

# M. l'abbé Hamel, après avoir ANTÉRIEUREMENT soumis à l'Archevèque “ la correspondance échangée entre lui et M. le Dr Landry, à ce sujet, “ la publia tout entière dans le Journal de Québec.

Une seconde fois, M. Myrand nous informe de ce mème fait:

“ Quand M. le Grand Vicaire s'est présenté devant Mgr Taschereau * pour lui soumerrre {@ correspondance qu'il jugeait nécessaire de pu- “ blier, etc. ,

L'affaire n'a donc été portée devant le publie qu'après que Mgr l'Archevêque eut été consulté sur l'a-propos de ce procédé. C'est l'Archevèque lui-même qui a autorisé M. Hamel à en agir ainsi.

En définitive, et c'est évident, c'est l'Archevèque lui-même qui à porté l'affaire devant le public.

Nous avons donc raison d'admirer tout l'aplomb de cette affirmation :

“Voyant l'affaire portée devant le public (!!), je me suis prononcé “ dans une lettre destinée à devenir publique. ,

Pareille assertion ne saurait toutefois en imposer à qui que ce soit.

L'intervention de l’Université Laval.

Le Dr Landry, pendant vingt-sept ans, avait été professeur titulaire de l'Université Laval. Depuis la fondation de cette institution, 1l occupait une chaire des plus importantes dans la Faculté de médecine, et toute la ville de Québec peut l'attester, la province entière peut le proclamer, la présence du Dr Landry à l'Université Laval faisait rejaillir sur elle un vif éclat de science, comme elle était en mème temps un gage d'orthodoxie dans ses enseignements sur les matières de la Faculté.

Il y à deux ans et demi, le Dr Landry, devenu paralytique, ne pouvant plus marcher, demanda à se retirer de l’enseignement. En réponse, le Recteur de l'Université Laval lui écrivit la lettre suivante:

“ J.-Etienne Landry, Ecr. M. D.

« 13 avril 1881.

“ Monsieur,

“ J'ai l'honneur et le regret d'accuser réception de la lettre par “ Jaquelle vous demandez votre retraite de l'enseignement universitaire.

“ Je vous assure que je serais heureux de vous répondre par un “ refus, mais je comprends trop que votre âge, vof longs services et “ vos souffrances vous donnent droit au repos.

“ Je serai donc forcé de mettre votre lettre devant le prochain “ Conseil, qui aura lieu la semaine prochaine.

“ Agréez, Monsieur, l'assurance des sentiments tout dévoués avec “ lesquels je demeure

“ Votre très obéissant serviteur, “ M. E. Mérnor, P".

Quelques jours plus tard, la démission de M. Landry fut acceptée et, dans une séance solennelle publique, le Recteur, dans son rapport académique pour l'année 1880-81, prononça, dans la grande salle de l'Université Laval, les paroles suivantes, qui soulevèrent d'enthousiastes applaudissements :

“ Un de nos plus anciens professeurs, M. le Dr Landry — à rai- “ son de son âge et de ses infirmités — a cru devoir résigner la chaire

“ importante qu'il occupait dans la Faculté de médecine depuis la fon- “ ation de l'Université. Remplie d'estime et d'admiration pour sa science “ profonde, pour son dévouement et son noble caractère, pénétrée aussi “ de la plus vive reconnaissance pour ses longs services, l'Université “ n'a pas consenti à rompre tous les liens qui lui attachaient M. le Dr “ Landry, et elle l'a nommé professeur honoraire de la Faculté de mé- “ decine. , (Voir Annuaire d' l'Université Laval. Année 1881-82, page 48).

Cet vive reconnaissance ne devait pas être de bien longue durée, et ceux qui en étaient si pénétrés s'assemblèrent Île quatrième jour de juin dernier pour passer la résolution suivante :

“ Que vu la conduite tenue par M. le Dr J. E. Landry à l'égard “ de M. le Grand Vicaire Hamel, ancien recteur de l'Université, le titre “ de professeur honoraire cesse d'être attribué au dit M. le Dr J. E. “ Landry. ,

L'Electeuwr, cet organe libéral que l'on connait, annonçait le 5 juin

ed

cette nouvelle au public, en même temps que le Dr Landry recevait la notification officielle du fait:

“ Le Conseil universitaire a décidé, dit-il, à une réunion tenue hier “ matin, d'expulser M. le Dr Landry comme professeur honoraire de “ l'Université Laval. , (Voir l'Ælecteur, numéro du 5 juin 1883).

L'Université Laval, volontiers nous l'admettrons, est un corps puissant dans notre pays, occupant une position élevée et commandant l'attention du public.

Aussi la censure qu'elle à infligée au Dr Landry a-t-elle une gravité considérable et constitue-t-elle une diffamation du caractère le plus tranché?

Et pourquoi tant de rigueur? Pourquoi cette vengeance? Ah! c'est parce que M. Hamel était un des membres du Conseil universitaire! On a épousé sa querelle ; on s'est autorisé de la conduite elle-même de l'Archevèque de Québec et, sans pitié comme sans justice, on a frappé. On à frappé sur un absent qui n'était pas là pour se défendre, pour confondre la calomnie et désarmer la malveillance. On a trappé sur l'une des gloires, j'ose le dire, les plus pures de l'Université Laval et, sans forme de procès, on a mis à la porte l’un des fondateurs de cette institution.

Et il s’est trouvé un journal officieux qui, puisant ses renseignements aux sources les plus autorisées, a affiché cette humiliation en la publiant dans ses colonnes.

La lettre que le Dr Landry a écrite dans cette circonstance (Voir pièce N. 6), en réponse au secrétaire de l'Université Laval, qui avait eu l'honneur (!) de lui annoncer cette tristesse, contient la meilleure appréciation qui puisse être faite de cet acte arbitraire et essentiellement injuste.

La conduite de lPOficialité.

Considérons-la avant et après la dénonciation juridique du Dr Landry.

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