UNE LETTRE QUI EXPLIQUE TOUT
Descendu dans l'arène qu'il s'était lui-mème librement choisie, M. l'abbé Hamel y bataillait avec une ardeur digne d'une meilleure cause. Il demanda d'abord une rétractation au Dr Landry, tout en pro-
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clamant que le Docteur était parfaitement de bonne foi en rapportant une conversation qu'il avait entendue.
Naturellement, l'exigeant abbé éprouva un échec, le Dr Landry lui refusant la signature de son nom au bas d'un acte déshonorant,.
Pour se venger, M. Hamel publie, dans le Journal de Québec, toute la correspondance échangée entre lui et le Dr Landry.
Un adversaire surgit, et celui-là un ami intime de M. Hamel, un avocat de Québec qui à fréquenté assiduement le Grand Vicaire, et qui a eu, avec lui, en plus d'une occasion, des discussions sur différents sujets.
M. Livernois, c'est son nom, voyant que le Dr Landry était indiynement traité, sachant qu'il l'était ‘njustement, donne son témoignage contre M. Hamel et affirme que M. :e Grand Vicaire a tenu à lui-même les propositions que lui attribue le Dr Landry.
Cette seconde affirmation fut un autre échec pour M. Hamel.
Craignant de nouvelles révélations que méritait sa conduite imprudente, et qui certainement auraient eu lieu, il se tourna vers l'autorité, et Mgr Taschereau lanç:, le mandement que l'on vient d'étudier,
Mais, pour ne pas faire les choses à demi, pour écarter toute fausse interprétation de son mandement et lui donner le sens véritable qu'il lui voulait devant le public, Sa Grandeur l'Archevêque de Québec écrivit, en date du 4 juin, la plus compromettante comme la plus incompréhensible des lettres, dans laquelle il déclare que son mandement à été fait pour M. Hamel.
L'assertion semble incroyable, mais la lettre est là, et il est facile d'en peser toutes les expressions. (Voir pièce N. 7-b):
“ Quoique dans mon mandement du premier courant, y est-il dit, “ j'aie déjà fait connaître implicitement ce que je pense de la manière “ injuste, déloyable et peu chrétienne dont vous (M. Hamel) avez été “ traité par des personnes de qui on était en droit d'attendre plus de “ justice, je crois devoir dire aujourd'hui explicitement que vous n'avez
rien perdu de mon estime et de ma confiance. ,
Puis vient l'étonnant principe qui suit, qui rend manifeste : tout un public l'aveugle confiance que Sa Grandeur porte à M. Hamel:
“ Je vous connais de trop. vieille date, et vous ai vu de trop près “ à l'œuvre pour ne pas continuer de croire à votre orthodoxie et à la
vérité de votre parole. , Nous nous permettrons deux ou trois suppositions.
Supposons que l'on accuse M. Hamel d'avoir un jour dit à un prêtre que Mgr Taschereau lui inspirait des craintes continuelles dans ses procès h Rome, parce qu'il était wn homme trop honnète pour plaider devant les congrégations romaines; sans doute M. Hamel nierait.
Cela devrait être suffisant pour Sa Grandeur, qui pourrait dire M. Hamel : Je vous connais de trop vieille date pour ne pas croire la vérité de votre parole!
Supposons que dans une autre occasion, devant au moins deux prêtres, M. Hamel ait exprimé l'espoir que Pie IX, de sainte mémoire, ne serait pas assez fou pour amener devant le Concile du Vatican la question de l'infaillibilité du Pontife Romain; nul doute, M. Hamel nierait ce propos, et Sa Grandeur d'ajouter : Je vous connais de trop vieille date pour ne pas croire à votre orthodoxie et à la vérité de votre parole!
Supposons, puisque nous sommes sur le terrain des hypothèses, que l'on accuse M. Hamel d'avoir soutenu la proposition suivante: “ Qu'ù Rome, surtout depuis l'occupation de lu Ville Eternelle par les troupes de Victor-Emmanuel, on avait fini par comprendre qu'il était désormais inutile de se battre à coups de principes, et qu'on avait inauguré une politique de concessions réciproques ,, nous entendons le savant abbé opposer une dénégation énergique, et Sa Grandeur l'Archevêque lui dire : “ Je vous connais de trop vieille date pour ne pas croire à la vérité de votre parole! ,
Une dernière supposition, car nous ne voulons pas abuser de la patience du tribunal.
Que répondrait M. Hamel s'il était accusé d'avoir dit à un jeune homme, sur le ton du persiflage, qu'il y avait maintenant des crucifix dans toutes les salles de l'Université Laval, et d'avoir ajouté, lui prêtre, Grand Vicaire, haut fonctionnaire ecclésiastique, ces paroles qu'une impie ne ‘désavouerait pas: “ D'après ce que m'a dit Mgr Conroy, il paraît qu'on *jugeait que c'était une condition d'orthodoxie !! La jeunesse n'a plus rien à craindre maintenant, il y a des crucifix partout, même dans la salle de droit!!! ,
Sans doute, M. Hamel se récrierait et opposerait à l'idée de lui prêter ce langage quasi blasphématoire la plus énergique des dénégations, et Sa Grandeur l'Archevèque de Québec pourrait lui dire: “ Je vous “ connais de trop vieille date, et je vous ai vu de trop près à l'œuvre “ pour ne pas continuer de croire à votre orthodoxie et à la vérité de votre parole. ,
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Et forcément, toutes ces suppositions devraient s'évanouir, disparaître à jamais.
Et pourtant, ces suppositions n'en sont réellement pas, et aussitôt que Sa Grandeur l'Archevêque de Québec nous le permettra, nous lui prouverons que M. Hamel a émis toutes, et chacune de ces opinions, qu'on ne pardonnerait certainement pas à un laïque qui se dit bon catholique.
Rien ne sert à Sa Grandeur de connaitre M. Hamel depuis si longtemps, et de l'avoir vu de si près, si réellement elle le connait encore assez peu pour vanter son orthodoxie et proclamer l'infaillibilité de sa parole.
Malgré sa foi robuste en M. Hamel, Sa Grandeur l'Archevêque a cru qu'il valait mieux ne pas exposer son Grund Vicaire aux ennuis d'une enquête judiciaire; et à nos demandes répétées de citer M. Hamel devant le tribunal de son Officialité, Sa Grandeur a constamment répondu par un refus.
Après avoir attaqué le Dr Landry, après l'avoir faussement dénoncé x tout son archidiocbse, après l'avoir, en un mot, indignement diffamé dans sa réputation, Sa Grandeur l'Archevêque de Québec ne pouvait mieux perpétrer l'acte injuste qu'il avait commencé, qu'en refusant ensuite au Dr Landry le droit sacré de se défendre, de prouver son innocence, de confondre ses calomniateurs en faisant, contre eux et contre M. Hamel en particulier, une enquête destinée à les mettre sous leur vrai jour.
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