‹ Landry vs Hamel [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 68 · SE · texte numérisé non relu

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paré à cette complaisante dissémination auprès de gens heureux de constater tant de perversité dans un haut fonctionnaire ecclésiastique regardé comme adversaire de certain parti. Cette explication, je vais vous l’exposer franchement.

Vous n'étiez peut-être pas trop sûr de l'exactitude de vos avancés à mon égard, et une dénonciation en règle aurait amené probablement la preuve que votre accusation ne reposait sur aucun fondement réel. Or, cette preuve aurait enlevé beaucoup de poids à l'affirmation honteuse que certaines gens publient avec tant de zèle pour la vérité (1, à savoir, qu'il y à une douzaine de prêtres francs-maçons dans la ville de Québec et aux environs! La chose, en effet, cesse d'être improbable si un Grand Vicaire dit qu'il n'y à pas de mal pour un catholique à ètre franc-maçon! Laissez donc de côté, vous aurau-t-on dit, laissez de côté l'autorité, qui pourrait arrêter ces bruits-là, et répandez la nouvelle dans un publie choisi, qui la fera circuler d’un bout du pays à l'autre. Quand l'affirmation aura fait son chemin, elle arrivera probablement aux oreilles de l'autorité ou des intéressés; il y aura alors des protestations, mais ces protestations ou ces dénégations n'arriveront pas partout; d'ailieur:, elles ne seront pas crues par tout le monde; et certain parti pourra continuer de se vanter qu'il n'y à pas de prètres francs-maçons de son côté, mais qu'il y en « de l'autre!

Je serai heureux, Monsieur le Docteur, d'apprendre que je me trompe ; mais, en présence du zèle malicieux déployé hors de la voie contre moi, voilà la seule explication que je puisse trouver à votre silence csupable vis-à-vis mon Ordinaire, — Quand je dis que c'est /a seule... je pourrais absolument dire qu'il y en à une autre; mais je ne saurais vous l'appliquer : non, vous ne pouvez être de ceux qui prétendent que l'Archevèque lui-même est franc-maçon ainsi que certains Cardinaux de la Propagande! ce qui évidemment aurait rendu tratile ina dénonciation à l'Archevèque.

Cela posé, JE NIE vous avoir rien dit qui pût vous faire croire que j'étais où que je suis d'opinion que les catholiques peuvent se faire francs-maçons sans commettre une faute très grave, Permettez-moi de vous rappeler les circonstances de lx conversation dont vous abusez si étrangement.

I y a de cela dix ans; c'était en avril 1873. J'arrivais de Rome,

où j'avais accompagné Mur l'Archevèque., Comme presqme tous les pro-

fesseurs de l'Université, vous me fites l'honneur de me venir voir (jé-

tais alors Recteur), et naturellement vous m'avez demandé des nouvelles.

Entre autres, je vous dis qu'on nous avait fait beaucoup de tort à Rome par une accusation déloyale, transmise à Sa Sainteté Pie IX à la dernière heure (après notre audience d'adieu), à savoir qu'il y avait à l'Université Laval des professeurs protestants ET DES professeurs francsmaçons, Ce qui donnait à entendre que ces professeurs francs-maçons étaient au nombre des soi-disant catholiques. J'ajoutai que, sur cela, le Saint-Père, à qui j'avais auparavant demandé l'érection canonique de l'Université et qui s’y était montré bien disposé, avait déclaré que jamais il. n'accorderuit de Bulle d'érection canonique tant que l'Université aurait des professeurs francs-maçons. |

Là-dessus, Monsieur le Docteur, je vous dis que, dans l’impossibilité de revoir le Saint-Père, puisque nous étions sur notre départ, Jj'avais essayé de faire comprendre aux employés de la Propagande qu'il ne s'agissait pas de catholiques francs-maçons, mais de protestants; que, parmi ceux-ci, la franc-maçonnerie, au moins à Québec, était considérée comme une société de secours mutuc!; que nos professeurs protestants ne se montraient nullement hostiles aux catholiqu's, que c'étaient des citoyens des plus respectables jouissant de l'estime universelle, et que nos médecins protestants étaient depuis longtemps employés dans les hôpitaux catholiques et dans les institutions religieuses. Enfin, je terminai en vous disant que, vu le peu de temps à ma disposition, j'avais eu hien du mal à faire comprendre cette situation spéciale de notre pays.

+. me rappelle, Monsieur le Docteur, que vous me fites alors la réhexioi (qui était l'expression de votre opinion) que les francs-maçons

mt ii ce qu'ils sont partout ailleurs. — Comme la question se résuait pour moi en une question de personnes, à l'égard desquelles j'a-

is me, preuves (les professeurs de l'Université), il n'était pas néces- :ire de discuter avec vous le principe général, et la conversation entre nous n'alla pas plus loin sur ce sujet.

La preuve, Monsieur le Docteur, que mon langage ne blessait en rien l'ortho oxie, c'est que toutes ces assertions ont été envoyées à Rome plus tard avec documents à l'appui, et ont si bien été admises que Le méme Souverain Pontife Pie IX, de sainte mémoire, a accordé la Bulle d'érection canonique et approuvé le fameux décret de 1876, qui nous permet de garder nos professeurs protestants,

Aussi je dois vous avouer qu'il ne me vint pas alors à l'idée que

MÉSEINRSEE

vous pouviez me penser, d'après notre conversation, partisan de la francmaçonnerie au point de croire que les catholiques pouvaient en faire partie sans péché grave, surtout en face des défenses formelles et des censures de l'Eglise. Persuadé que vous étiez un homme intelligent,

J'aurais certainement cru qu'on vous faisait une injure gratuite si on

était venu me dire que vous aviez emporté cette impression de cette conversation. Je vous avoue qu'il me fait peine d'être obligé ou de revenir sur ce jugement, ou de croire que le préjugé et l'esprit de parti vous ont aveuglé.

Dans tous les cas, vu l'énormité des idées que vous m'avez prôtées, l'exposé que je viens de vous rappeler, et que je n'ai pas besoin d'affirmer d'une manière plus solennelle, doit suffire pour vous créer une obligation de conscience de faire votre possible afin de détruire l'impression diffamatoire produite par votre affirmation sur ce certain public qui s'est chargé de la répandre.

Je n'ai pas besoin de désigner aucun mode spécial de faire cette réparat on ; seulement si, d'ici à quelques jours, je n'en ai pas des nouvelles suffisantes, je me verrai obligé, à regret, de publier la présente lettre, laquelle j'ai soumise à Mgr l'Archevèque avant de vous l'envoyer.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Docteur, Votre très humble et obéissant serviteur, Thos : E. Hawerz, P'", Vicaire Général de Québec.

Lettre de ML. le Dr JE. Landry au Révérend M. Hamel.

Québec, 4 mai 1883.

Monsieur le Vicaire Général,

En réponse à votre lettre du 30 avril dernier, relativement à un entretien que j'ai eu avec M. l'abbé Bégin, il y a quelques mois, voici ce que j'ai l'honneur de vous faire connaître :

1° Pour remonter à la première occasion de vos plaintes à mon sujet, je dirai d'abord quelques mots d'une conversation qui eut lieu

entre M. l'abbé Lemieux, professeur de votre sémi re, et moi, quelques jours avant la visite de M. l'abbé Bégin, l'hiver dernier.

M. l'abbé Lemieux ayant eu l'obligeance, après son retour d'Europe, de venir me dire la sainte messe chez moi, nous causâmes un peu de la situation vraiment déplorable de la société actuelle en Europe, grâce aux progrès effrayants que font les sociétés secrètes par le monde entier. Je manifestai surtout mon étonnement à la vue du concours qu'on affirme être prèté aux sociétés secrètes par des membres du clergé, et cela à Rome même. J'ajoutai que les sociétés secrètes faisaient aussi de grands progrès au Canada où on dit que quelques prètres sont affiliés à ces sociétés ennemies de l'Eglise.

2° Quelques jours après ma conversation avec M. l'abbé Lemieux, M. l'abbé Bégin vint me trouver et me demander, au nom de l'Oficialité diocésaine de Québec, si je voulais lui donner les noms des prêtres canadiens que je disais être francs-maçons, et lui dire d'où je tenais ces informations.

Je répondis à M. l'abbé Bégin que les renseignements que je pouais avoir en dehors des documents publics sur les francs-maçons canadiens, je les tenais de confidences privées, et que par conséquent je ne pouvais pas en parler. Mais cependant j'ajoutai que, si on le voulait, je pourrais donner (mème au tribunal de l'Officialité) quelques renseignements sur lesquels je ne suis pas tenu au secret et que Je tiens de la bouche même de M. le Grand Vicaire Hamel. Ces renseignements portent que lui, M. Hamel, alors Recteur de l'Université Laval, avait fait tout ce qu'il avait pu à Rome pour faire comprendre que les francs-maçons du Canada n'étaient pas aussi méchants ni aussi dangereux que ceux d'Europe (et cela sans distinction aucune), attendu qu'ils ne sont considérés que comme des membres d'une société de bienfaisance ou de secours mutuel; mais qu'à Rome on ne voulait pas entendre raison sur ce point, et qu'on devenait tout rouge lorsqu'on aflirmait de telles choses,

Je dis alors à M. Béginm que sur les opinions de M, Hamel exposées à Rome et communiquées à moi ensuite, j'avais répondu que les francs-maçons sout partout les mêmes vis-à-vis l'Eglise et la société, Que M. Hamel m'ayant ohjecté comme exemple que M. X (1) ‘cait un homme

(A) M. Hamel remplace ici ‘la lettre X le nom du Dr Sowell, l'un des professeurs de l’Université Laval et le doyen de la Faculté de médecine, La lettre du Dr Eandry donnait le nom de ce monsieur tout au lomg.

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honorable (quoique franc-maçon), je lui répondis que M. X pouvait bien être respectable lorsqu'il n'agissait pas comme franc-maçon,.

Je dis encore à M. Bégin que si M. Hamel était convaincu, comme il le disait, que là maçonnerie n'était en Canada qu'une société de bienfaisance ou de secours mutuel, Je ne voyais pas pourquoi on ne serait pas eu droit de conclure qu'il, M. Hamel, pourrait parler dans le même sens aux personnes qui le consulteraient au confessionnal ou ailleurs, à savoir qu'il n'y à pas de mal à faire partie de la franc-maçonnerie en Canada.

3° Après avoir exposé ce qui précède, je déclare que je suis entivrement étranger à tous les cancans que vous me dites circuler dans le public à votre égard, et encore plus étranger aux intentions plus ou moins chrritables que vous semblez m'attribuer. Je suis également étraager aux insinuations malveillantes que vous semblez me prêter au sujet de Mgr l'Archevêque de Québec.

Voilà, Monsieus le Grand Vicaire, ce que je puis déclarer sous serment en présence de tout tribunal ecclésiastique ou civil, ou encore ce que je puis publier par la voie des journaux aussitôt qu'on m'en donnera Occasion.

Je n'en demeure pas moins,

Monsieur le Vicaire Général, Votre très humble serviteur, JE. J, Laxory, M. D.

[d] TL.

Lettre du Révérend ML. Hamel au Dr J. EE. Landry.

Séminaire de Québec, 5 mai 1883.

Cher Monsieur.

J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre en date d'hier. 1° Vous v maintenez les accusations que vous avez portées contre moi, malgré les détails que je vous ai donnés dans ma lettre du 30 avril,

détails qui devaient vous faire comprendre que vous vous étiez nécessai-

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rement trompé en interprétant, comme vous l'avez fait, notre conversation d'avril 1873; |

2° Vous déclarez que vous Ôtes prêt à affirmer sous serment que vous êtes complétement étranger aux cancans qui circulent sur mon compte dans le public.

La première partie de votre lettre ne me surprend pas beaucoup, car je sais que lorsque vous êtes fortement impressionné d'une idée, il n'est pas dans votre nature de revenir sur vos pas.

Quant à la seconde, permettez-moi de vous mettre sur vos gardes avant que vous fassiez serment, car votre mémoire n'est pas sûre.

En effet, dans votre lettre d'hier, il se trouve que vous mêlez singulièrement ce qui s'est passé dans vos entrevues avec MM. Lemieux et Bégin, de sorte que vous prétendez avoir dit à ce dernier Monsieur des choses que vous ne lui avez pas dites et qui changent votre position. De plus, je sais que vous avez conté à des laïques ce que vous regardez comme mes opinions, ainsi que votre conversation avec M. Bégin, circonstances qui ont, sans doute, échappé à votre mémoire. Il sera donc, je crois, plus prudent pour vous de ne pas dire sous serment que vous êtes étranger aux cancans qui circulent sur mon compte, puisqu'ils partent de vous, et qu'on s'appuie sur vos propres paroles pour les répandre jusqu'au dehors de l'archidiocèse.

Je regrette que vous ayez pris pour une insinuation malveillante à votre égard ce que je vous ai dit touchant l'accusation de franc-maconnerie lancée contre Mgr l'Archevèque. Il n'y avait pas d'insinuation contre vous, puis je vous disais que je ne pouvais vous appliquer à vous cette explication de votre silence vis-h-vis l'Ordinaire. J'avoue cependant, aujourd'hui, que vous pouviez ètre sous une impression contraire, vu que votre conscience vous rappelait un fait que j'ignorais au moment où je vous écrivais ma lettre du 30 avril, et que j'ai appris seulement depuis, savoir, que vous ne vous êtes pas gêné d'affirmer que le cardinal Franchi était un franc-maçon! Car vraiment, qui fait plus, peut parfaitement s'imaginer qu'on le soupçonne de moins.

Je regrette aussi que vous ne m'ayiez pas donné une explication de votre silence sur mon compte depuis dix ans vis-à-vis l'autorité compétente, tandis que vous communiquiez, à des laïques avides de les répandre, vos convictions à ce sujet.

Malgré tout, cher Monsieur, je compte encore sur de nouvelles réflexions de votre part, et j'espère que, pour tout terminer, vous con-

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sentirez à signer et à m'envoyer la déclaration que je vous ai proposée. Je compterai sur une réponse jusqu'à lundi matin, à 8 heures. J'ai l'honneur d'être, cher Monsieur, Votre très humble et obéissant serviteur, ©, E. Hauez, P, Vicauire Général de Québec.

Lettre de M. le Dr Landry au Révérend A1. Hamel, Québec, 7 mai 1883, Monsieur le Vicaire Général,

Je regrette beaucoup de n'avoir pu vous répondre avant l'heure indiquée dans votre lettre du 5 mai. La persoune qui veut bien me servir de secrétaire avait ses occupations pressantes au sein de sa famille; elle n'a pu se rendre à ma demande ; maïs, comme je tiens grandement à faire droit à votre lettre, je viens tout de même, à cette heure tardive, vous dire de nouveau que ma déclaration du 3 mai renferme parfaitement toute la substance de ce que je tiens de vos lèvres.

Voilà pour ce qui vous regarde, Monsieur le Vicaire Général; et ici ma mémoire ne me fait pas défaut. Voilà, encore une fois, ce que je suis toujours prèt à déclarer, sous la foi du serment, ou à publier par la voie des journaux, dans les conditions que je vous indiquais dans ma dernière lettre. :

J'ai l'honneùr d'être, avec respect, M. le Vicaire (Général,

Votre très humble et obéissant serviteur, J. E, J. Laxoey, M. D.

PA Lettre du Révérend M. Hamel à M. le Dr Landry. Séminaire de Québec, 7 mai 1883 Cher Monsieur, J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre de ce jour. Vous y dites que vous êtes prêt à déclarer sous serment que votre lettre du 3 mai renferme parfaitement toute la substance de ce que

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