Les attaques de M. Hamel
Elles consistent en calomnies et en injures.
Il y a six accusations calomniatrices portées contre le Dr Landry:
a) M. Hamel accuse le Dr Landry, devant tout un public, d'avoir divulgué et répandu une conversation qu'il appelle privée, afin de mieux faire ressortir tout l'odieux d'une pareille conduite ;
b) Le Dr Landry est ensuite accusé d'avoir commis une faute bien grave: celle de n'avoir pas dénoncé M. Hamel à son Ordinaire, ainsi que c'était son devoir, et cette faute a duré dix ans!
ec) M. Hamel explique le silence du Dr Landry en attribuant à
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celui-ci les motifs les plus vils, les plus bas, les plus malhonnêtes qu'on puisse imaginer; 4
d) M. Hamel soutient que le Dr Landry ne s’est pas gêné d'atfirmer que le Cardinal Franchi était un franc-maçon;
e) M. Hamel accuse le Dr Landry d'être du nombre de ceux qui prétendent que Mgr l'Archevèque de Québec est lui-même francmaçon;
f) Le Dr Landry est enfin accusé d'essayer à umoindrir ou à détruire l'autorité morale se rattachant aux positions occupées par ou qu'occupe encore M. Hamel.
Quant aux injures, il suffit de lire la correspondance pour y trouver que M. Hamel ne les à guere ménagées,.
D'après lui, le Dr Landry serait un entèté, un calomniateur, un homme qui ne sait plus ce qu'il dit, un homme qui à perdu l'intelligence ou qui est complètement aveuglé par l'esprit de parti, un fabricateur de nouvelles, un disséminateur de cancans, un démolisseur à la sourdine au zèle malicieux déployé hors de la voie, etc, etc.
C'est là le langage d'un haut fonctionnaire ecclésiastique, comme il s'intitule lui-même.
Afin de mieux répandre ses calomnies et ses injures, M. Hamel s’est adressé à la presse, à l'un des grands journaux de Québec, ayant une circulation étendue.
En agissant ainsi, M. Hamel à aggravé sa faute et il en a coimmis deux nouvelles:
l° Celle d'enlever à l'Officialité de Québec une cause dont elle était saisie pour la soumettre au tribunal incompétent de l'opinion publique :
2° Celle de transgresser les ordinances conciliaires et diocésaines qui défendent expressément la ligne de “onduite suivie par M. Hamel.
Les attaques de M. Hamel contre le Dr Landry ont été interprétées par la presse et par l'autorité religieuse.
Dans la presse, les journaux conservateurs ont gardé le silence; les journaux libéraux, au contraire, ont fait entendre leurs cris de joie et s'autorisant de l'exemple donné par M. Hamel, ils ont déversé l'injure et répandu la calomnie contre le Dr Landry.
Suivant ces journaux, c'est le parti conservateur, qu'ils traitent avec dédain du nom de parti ultramontain, qui faisait là la guerre à l'un des rares prêtres appartenant au parti libéral.
Suivant eux, le Dr Landry et le Cercle catholique de Québec ont accusé M. Hamel d'être franc-maçon, non seulement M. Hamel mais encore $. G. l'Archevêque de Québec, et qui sait? peut-être aussi quelques Cardinaux de la Propagande !!
C'est alors, au moment même où les journaux libéraux remplissaient leurs colonnes de ces inepties que $. (f. l'Archevèque de Québec intervient et publie un mandement, en apparence contre les sociétés secrètes, réellement contre ceux qui les combattent, et une lettre dans laquelle SG, dévoile les motifs de la publication de son mandement et où elle vise aussi clairement que possible le Dr Landry, faussement ?rcusé dans ce document d'avoir porté à la légère, dans ses conversations et ses écrits, des accusations de franc-maçonnerie contre des membres du clergé.
Voilà un fait d'une extrème gravité.
Un Archevèque, abusant de son autorité pastorale, se sert de l'arme redoutable d'un mandement épiscopal pour disséminer l'erreur. Dans toutes les paroisses de son diocèse, et dans toutes les chaires de vérité on dénonce le prétendu coupable et on le condamne, sans l'avoir entendu... pour une faute qu'il n'a jamais commise,
La diffamation est complète.
Pourtant, on sait y ajouter encore, et le conseil de l'Université Laval, convoqué en séance extraordinaire et à une heure inaccoutumée, condamne à son tour, sans l'entendre, le Dr Landry, qui se trouve expulsé de la faculté de médecine sans même savoir ce dont on l'accuse.
Ces différentes appréciations des attaques de M. Hamel établissent nettement la gravité de leur nature et toute l'étendue de leur diffusion.
2, L'intervention de S. G. l'Archevèque de Québec.
C'est plus qu'une intervention, c'est une complicité.
Les pièces justificatives établissent ce fait.
M. Hamel écrit au Dr Landry au sujet d'une rétractation qu'il démande: “ Si d'ici à quelques jours je n'en ai pas des nouvelles suffisantes, “ je me verrai obligé, à regret, de publier la présente lettre, laquelle “j'ai soumise à Mgr l'Archevéque avant de vous l'envoyer. , (Pièce N. 1-b).
Dans une correspondance inspirée par M. Hamel et signée par M. E. Myrand il est dit:
bon: XIV Se
“ M. l'abbé Hamel, après avoir antérieurement soumis à l'Archevèque “ la correspondance échangée entre lui et M. le Dr Landry à ce sujet, la * publia en entier dans le Journal de Québec. ,
En voilà assez pour établir notre thèse, que nous développerons dans le mémoire que nous présenterons à Vos Eminences, et dans lequel nous prouverons, par des documents indiscutables, que la bonne foi de l'Archevèque de Québec à été complètement surprise et qu'il est devenu le complice de l'accusé, au lieu de rester, comme sa haute position le lui commandait, le juge impartial auquel on devait s'adresser.
Par sa conduite, Mgr l'Archevêque de Québec nous a privé des avantages des tribunaux de première instance de notre pays et il nous a forcé, pour obtenir la. revendication de notre honneur, la réparation des torts graves qui lui onc été causés, de traverser les mers et de faire un pénible et dispendieux voyage.
Pis que cela: il s'est fait lui-même et sans nécessité diffamateur public et, sans prudence comme sans charité, il à fulminé contre un des citoyens les plus estimés de la province de Québec une sentence qui fait hausser les épaules de pitié et qu'il devra regretter amèrement lorsque la froide raison aura repris son empire et dissipé les erreurs que la malveillance a amoncelées autour de lui.
:>}. — L'intervention de l'Université Laval.
Elle est complètement injustitiable.
Sans avertissement quelconque, le conseil de l’Université Laval expulse ignominieusement le Dr Landry de la faculté de médecine, donnant pour raison. mais laissons parler les documents.
« Québec, 5 juin 1883.
# M. le Dr J. E. Landry M. D. Québec.
# Moxsrecr,
# J'ai l'honneur d'être chargé de vous trarsmettre copie de la réso- “ Jution suivante, passée au Conseil universitaire, en séance du 4 courant. “ Résolu unanimement “ Que vu la conduite tenue par M. le Dr # J, E. Landry à l'égard de M. le Grand Vicaire Hamel, ancien recteur
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de l'Université, le titre de professeur honoraire cesse d'être attribué au dit M. le Dr J. E. Landry.
“ Veuillez me croire, M. le Docteur, “ Votre humble serviteur.
“ P. Rousse, Ptre, $S. c. U. L. ,
« Québec, 7 juin 1883.
“ Rév. M. Pierre Roussel, Ptre, Secrétaire de l’Université Laval, Québec. # MonsIEUR LE SECRÉTAIRE,
“ J'accuse réception de votre lettre en date du 5 du présent mois, me transmettant copie d’une résolution qui m'enlève mon titre de Professeur honoraire à l'Université Laval.
#“ On donne comme motif de cette décision la ligne de conduite que j'ai tenue tout dernièrement à l'égard de M. le Grand Vicaire Hamel.
“ Cette conduite est-elle blämable? On ne le dit pas. La motion n'apprécie en aucune manière ma conduite.
“ Je suis simplement destitué.
“ Qui a été mon accusateur? quel a été le chef d'accusation? qui a pris ma défense? qui a proposé mon renvoi? Impossible de répondre à ces questions. Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. Le premier avertissement qu'on me donne, c'est la nouvelle que je suis à la porte.
“ Je suis l'un des premiers professeurs de l'Université Laval, occupant cette charge depuis sa fondation. J'ai consacré vingt-sept années de ma vie à y enseigner la médecine, et après vingt-sept années d'un travail ardu, après vingt-sept années d'un dévouement qui ne s'est jamais démenti et qui m'a valu des éloges publics, voilà que sans forme de procès, d'autorité seule, on me retire un titre honorifique, dernier lien qui m'attachait à votre institution, seule preuve tangible de la reconnaissance qu'elle voulait me témoigner.
“ Et !’Electeur annonce au public ce que vous croyez être ma disgrâce, en même temps que votre lettre m'apporte cette étonnante nouvelle.
“ J'ai doublement lieu d'être surpris.
“ Je n'ai jamais attaqué l'Université Laval. Bien au contraire, je l'ai défendue.
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“ On me parle de ma conduite à l'égard de M. le Grand Vicaire Hamel; mais en quoi cette conduite attaque-t-elle Laval? Qu'on me le dise.
“ M. Hamel m'a demandé de signer une rétractation.
“ En conscience, je ne pouvais pas mettre mon nom au bas d'un tel document. Je ne pouvais pas signer une pièce allant à dire que M. Hamel n'avait pas tenu une conversation que j'avais entendue, que j'étais certain, que je suis encore certain d'avoir entendue.
“ Et c'est parce que je n'ai pas consenti à me déshonorer, à agir contre les dictées de ma propre conscience, qu'on m'enlève aujourd'hui le titre de professeur honoraire de l'Université Laval!
“ Soit, jy consens.
J'aime mieux perdre le titre de professeur honoraire d'une institution pour laquelle j'ai combattu nrès de trente ans que de voir amoindrir celui d'homme honorable.
“ Je tiens encore plus à ce dernier titre qu'au premier.
* L'Electeur, qui annonce au public — à quel titre ? je l'ignore - mon expulsion du corps universitaire, donne aussi à entendre, dans un autre entretilet, que le Cercle catholique de Québec doit recevoir de Mgr l'Archevêque l'ordre de m'expulser de son sein.
* Le Cercle n'aura pas cette peine.
“ J’occupais dans cette institution, tout comme à l'Université depuis deux ans, une position purement honorifique; on m'avait nommé membre auxiliaire.
“ Mais comme je tiens à ce que personne ne souffre à mon occasion, je donne ma démission de membre auxiliaire du Cercle catholique de Québec.
J'appartiens aussi à la Congrégation N.-D. de Québec: je suis prèt à m'en retirer pour ne pas compromettre plus longtemps les serviteurs de Marie, si on l'exige.
J'ai appris — quelques indiscrets me l'ont dit — que j'avais fait un peu de bien, pécuniairement et professionnellement parlant, à des institutions religieuses.
Je suis prêt à me tenir tranquille, à ne plus seconder les efforts des autorités ecclésiastiques, si celles-ci ne le veulent pas.
Mais il est une chose dans laquelle je veux vivre et mourir: c'est ma religion, et j'espère qu'on me la laissera.
* Que ceux qui veulent me dépouiller de tout, des honneurs de
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“ ce monde du moins, consentent à ne pas m'enlever cette dernière “ consolation, et je trouverai encore assez de force et assez de charité “ pour les bénir.
“ En terminant, je prie Dieu qu'il protège Laval, qu'il lui donne “ des professeurs plus capables que je ne l'ai été, un conseil qui marche “ toujours dans les sentiers de l'honneur et de la justice.
“ C'est tout le mal que je vous souhaite.
“ Je suis, Monsieur le Secrétaire, “ Votre etc. “ (Signé) J. E. J. Lanpry. , Nous n'avons aucun commentaire à ajouter.
L'acte du Conseil universitaire est simplement injnstifiable.
#4, — La conduite de l’Officialité.
Elle est pour le moins étrange.
Après avoir évoqué toute cette question de franc-maçonnerie à son propre tribunal, en donnant à son promoteur la mission officielle d'aller prendre le témoignage du Dr Landry, voilà qu'elle cesse tout à coup ses perquisitions, elle étouffe sa propre enquête, et loin de chercher à jeter de la lumière sur le sujet, elle se refuse au contraire à toute action qui pourrait contribuer à faire jaillir la vérité.
Plus que cela, elle se rend coupable d'un déni de justice en refusant de procéder sur la dénonciation juridique du Dr Landry. En vain lui demande-t-on un jugement quelconque, interlocutoire ou définitif: elle garde le silence et cache son ignorance de la procédure à suivre, ou son mauvais vouloir, sous les dehors d’une prudence excessive, ridicule.
Elle va même jusqu'à remettre à lune des parties en cause le dossier et toutes les pièces à l'appui, sans même demander un accusé de réception, et tout cela après avoir provoqué et accepté la dénonclation.
Au lieu de procéder régulièrement et de remettre le dossier au tribunal supérieur en la forme indiquée par le droit canon, au lieu de procéder à sa propre récusation d'une manière régulière, au lieu de fournir aux parties, qui se seraient sans doute entendues sur ce point, le moyen de vider leur querelle en Canada, l'Official, foulant aux pieds toutes les règles de la prudence, de la justice, a agi de manière à jeter
le ridicule le plus profond sur le tribunal qu'il préside et nous a contraint, lorsqu'il pouvait si bien amener un résultat contraire, de franchir les espaces, d'endurer toutes les fatigues et les dépenses d'un voyage lointain, uniquement parce qu'il lui a manqué la science et la prudence nécessaires au poste important qu'il occupe.
Il nous a même imposé silence, lorsque nous avons voulu discuter avec lui, et par écrit, les difficultés de la position qu'il nous faisait.
Pour toutes ces raisons, Eminences, agissant au nom et dans les intérêts du Dr Landry, mon père, je viens m'adresser à Vous pour obtenir de Votre tribunal cette justice que les tribunaux ecclésiastiques de mon pays nous ont refusée, que nous aurions certainement des tribunaux civils, mais que nous ne voulons pas leur demander avant d'avoir épuisé tous les moyens qu'un catholique sincère et dévoué à l'Eglise, sa Mère, doit tenter.
Rome ce 25 août 1883.
A. C. P. R. Lanpry, procureur.