‹ Landry vs Hamel [microforme]Chapitre 33 sur 121 · PESTE · texte numérisé non relu

PESTE

Mais, bien loin que les paroles de M. Régin aient modifié vos opinions à mon égard, voilà que cette conversation privée elle-même devient publique et est répanaue comme preuve contre moi, Cette semaine mème M. Bégin à reçu de la part d'un Evèque qui n'est pas mon Ordinaire, -une demande de renseignements sur l'origine d'un cancan que l'on répand, et que le bon sens, cependant, empêche Sa Grandeur de croire.

Tout d'abord, je constate que cette publicité, qu'un certain nombre d'adeptes ont une jouissance spéciale, paraît-il, à étendre, et qui va si bien à leur zele soi-disant religieux, vient de vous, et de vous seul. Car M. Bégin n'en à parlé qu'à moi, et il s'agit d'une conversation qui n'a eu lieu qu'entre vous deux, Comme on ne saürait.douter de la droiture de vos intentions, et queile plus grand bien de la religion doit: êtresau fond de tous vos actes, on ne peut certainement que vous félictter, à votre point de vue, du zèle efficace que vous mettez à cette diffusion, bien qu'elle soit une diffamation pour moi. À

Seulement, ce qui m'étonne, si depuis dix ans vous êtes souY l'impr à que moi, prêtre, Vicaire Général de l'archidiocese, ‘et dâns Île temps Recteur de l'Université Laval, j'aie prétendu que - li franc-maconnerie n'est pas un gfand mal pour les catholiques, et qu'un catholique ne commet pas de péché grave en s'aftiliant à cette société, ce

qui m'étonne, dis-je, c'est : 1° Que vous ne m'aviez jamais manifesté ‘ votre surprise à/ce sujet dans les nombreux rapports: que j'ai eus avec vous comme Récteur ou autrement: et 2", que vous ne n'ayiez jamais

dénoncé à mon Archevèque, ainsi que c'était votre devoir. Persuadé, en

effet, comme vous l'avez dit à quelqu'un, que je devais, au confession

nal, donner sur la franc-maçonnerie des décisicns conformes à ce que

vous troyez mes opinions, vous deviez, vu la gravité du cas, faire sa-

voir à l'Archevèque un fait aussi monstrueux, La crainte de me nuire

ne devait entrer pour rien dans vos caleuls : car la dénonciation à l'au-

torité compétente était le meilleur moyen de me ramener dans le droit

chemin, si j'en étais sorti, où bien c'était démasquer le Toup dus la

bergerie, et m'empêcher de nuire si je me montrais récaleitrant, Ce

souci de ma réputation ne parait pas, du reste, vous avoir fatigué

bien fort devant ceux qui se sont chargés de répandre Ja bonne nouvelle.

Pourquoi done ne m'avez-vous pas dénoncé à qui de droit ? Je ne

vois qu'une explication à ce silence vis-à-vis l'autorité compétente, com-

paré à cette complaisante dissémination auprès de gens heureux de constater tant de perversité dans un haut fonctionnaire ecclésiastique regardé comme adversaire de certain parti. Uette explication, je vais vous l'exposer franchement. 2e

Vous n'étiez peut-être pas trop sûr de l'exactitude de vos avancés à mon égard, et une dénonciation en règle aurait amené probablement la preuve que votre accusation ne reposait sur aucun fondement réel, Or, cette preuve aurait enlevé beaucoup de poids à lattirmation honteuse que eertuines gens publient avec tant de zèle pour la vérité (), ù savoir, qu'il y à une douzaine de prêtres francs-maçons dans la ville de Québec et aux environs! La chose, en etfet, cesse d'etre improbable si un Grand Vicaire dit qu'il n'y à pus de mal pour un catholique à ètre franc-maçon! Laissez donc de côté, vous aura-t-on dit, laissez de côté l'autorité, qui pourrait arrêter ces bruits-la, et répandez la nouvelle

dans un publie choisi, qui la fera circuler d'un bout du pays à l'autre.

Quand l'affirmation aura fit son chemin, elle arrivera probablement aux oreilles de l'autorité ou des intéressés; il y aura alors des protestations, mais ces protestations ou ces dénégations n'arriveront pas partout; d'ailleurs, elles ne seront pas crues par tout le monde: et certain parti pourra continuer de se vanter qu'il n'y à pas de prêtres francs-maçons de son côté, mais qu'il y en «à de l'autre!

Je serai heureux, Monsieur le Docteur, d'apprendre que je me trompe : mais, en présence du zèle malicieux déployé hors de la voie contre moi, voilà la seule explication que je puisse trouver à. votre silence coupable vis-à-vis mon Ordinaire. Quand je dis que c'est /a seule... je pourrais absolument dire qu'il y en à une autre; mais je ne saurais vous l'appliquer : non, vous ne pouvez être de ceux qui prétendent que l'Archevèque lui-même est franc-maçon ainsi que certains Cardinaux de la Propagande! ce qui évidemment aurait rendu ivwtile ma dénonciation à l'Archevèque. :

Cela posé, JE.NIE vous avoir rien dit qui pût vous faire croire que j'étais où que je suis d'opinion que les catholiques peuvent se faire francs-maçons sans commettre une fante très grave, Permettez-moi de vous rappeler les circonstances de la conversation dont vous abusez si étrangement,

LU y a de cela dix ans; c'était en avril 1873. J'arrivais de Rome,

où j'avais accompagné Mgr l'Archeveque, Comme presque tous les pro-

fesseurs de l'Université, vous me fites l'honneur de me venir voir (je-

tais alors Recteur), et naturellement vous m'avez demandé des nouvelles.

entre autres, je yous dis qu'on nous avait fait heaucoup de tort à Rome par une accusation déloyale, transmise à Sa Sainteté Pie IX à la dernière heure (après notre audience d'adieu), à savoir qu'il y avait à l'Université Laval des professeurs protestants ET DES professeurs francsmaçons, ce qui donnait à enteridre que ces professeurs francs-maçons étaient au nombre des soi-disant catholiques. J'ajoutai que, sur cela, le Saint-Père, à qui j'avais auparavant demandé l'érection canonique de l'Université et qui s'y était montr* bien disposé, avait déclaré que jamais il n'accorderait de Bulle d'érection canonique tant que l'Université aurait des professeurs francs-maçons.

Là-dessus, Monsieur le Docteur, je vous dis que, dans l'impossibilité de revoir le Saint-Père, puisque nous étions sur notre départ, j'avais essayé de faire comprendre aux employés de la Propagande qu'il ne s'agissait pas de catholiques françs-maçons, mais. de protestants; que, parmi ceux-ci, R franc-maçonnerie, au moins à Québec, était considérée comme nue société de secours mutuel ; que nos professeurs protestants ne se montraient nullement hostiles aux catholiques, que c'étaient des citoyens des plus respectables jouissant de l'estime universelle, et que nos médecins protestants étaient depuis longtemps employés dans les hôpitaux catholiques et dans les institutions religieuses. Enfin, je terminai en vous disant que, vu le peu de temps à ma disposition, j'avais eu bien du mal à faire comprendre cette situation spéciale de notre pays.

Je me rappelle, Monsieur le Docteur, que voüs me fites alors la réflexion (qui était l'expression de votre opinion) que les francs-maçons sont ici ce qu'ils sont partout ailleurs. — Comme la question se résumait pour moi en une question de personnes, à l'égard desquellé& j'aais mes preuves (les professeurs de l'Université), il n'était pas nécessaire de discuter avec vous le principe général, et la conversation entre nous, n'alla pas plus loin sur ce sujet.

La preuve, Monsieur le Docteur, que mon langäge ne blessait en rien l'orthodoxie, c'est que toutes ces assertions ont été envoyées à Rome

plus tard avec documents à l'appui, et ont si bien été -admises-que te vée-So:-erminm Pontife Pie IX, de sainte mémoire, a accordé la Bulle

d'érection canonique et approuvé le fameux décret de 1876, qüi nous

permet de garder nos professeurs protestants.

Aussi je dois vous avouer qu'il ne me vint pas alors à l'idée que à.

ps Qu

vous pouviez me penser, d'après notre conversation, partisan de la francmaçonnerie au point de croire que les catholiques pouvaient en faire partie sans péché grave, surtout en face des défenses formelles et des censures de l'Eglise. Persuadé que vous étiez un homme intelligent, j'aurais certainement cru qu'on vous faisait une injure gratuite si on conversation. Je vous avoue qu'il me fait peine d'ètre obligé ou-de revenir sur ce jugement, ou de croire que le pPréjugé et l'esprit de parti votis ont aveuglé, TRUE Le on

était Venu me dire que vous aviez emporté cette impression de cette ù

Dans tous “les cas, vu l'énormit du dés que vous m'avez prètées. l'exposé que je viens de vos: rappeler, et que je n'ai pas besoin d'affirmer d'une manière plus solennelle, doit suftive pour vous créer nne obligation de conscience de faire votre possible afin de détruire limpression diffamatoire produite par votre affirmation suk te certuin publie qui s'est chargé de la répandre,

Je n'ai pas besoin de désigner aucun mode spécial de faire cette répüration ; seulement si, d'ici à quelques jours, je n'en ai pas des nouvelles suffisantes, je me werrai obligé, à regret, de publier la présente lettre, laquelle j'ai soumise à Mgr l'Archevèque nt de vous l'envoyer.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Doc teur, . :

Votre ties humble et ohfissant serviteur, Thos : E. Hauerz, P°""°,

Vicaire Général de Québec.

Lettre de M. le Dr J. Es Landry ax Révérend M. Hamel.

Québec, + mai 1RN3 Monsieur le Vicaire Général, En réponse à votre, lettre du 30 avril dernier, relativement à un entretien que j'ai eu avec M. l'abbé Bégin, il y a quelques mois, voici ce que j'ai l'honneur de vous faire connaitre :

1° Pour remonter à la première occasion de vos pluntes à mon sujet, je dirai d'abord quelques mots d'une conversation qui eut lieu

Fes Era

entre M. l'abbé Lemieux, professeur de votre séminaire, et moi, quelques jours avant la visite de M. l'abbé B6.in, l'hiver dernier. |

M. l'abbé Lemieux ayant eu l'obligeance, après son retour d'Europe, de venir me dire la sainte messe chez moi, nous causàmes un peu de

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la situation vraiment déplorable de la société actuelle en Europe, grâce aux progrès effrayants que font les sociétés secrètes par le monde entier, Je ianifestai surtout mon étonnement à la vue dû concours qu'on # | aftinne être prêté aux sociétés secrètes par des membres du clergé, et

cela à Rome mème. J'ajoutai que les sociétés secrètes faisaient aussi de grands progrès au Canada où on dit que quelques prètres sont aftiliés ù ces sociétés ennemies de l'Eglise.

: 2° Quelques jours après ma conversation avec M. l'abbé, Lemieux, M. Yubbé Bégin vint me trouver et.me demander, au nom de l'Oficialité diocésaine de Québec, si je voulais lui donner les noms des prêtres canadiens que je disais ètre franes-maçons, et lui dire d'où je tenais ces

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informations.

Je répondis à M. l'abbé Bégin que les renseignements que je pouvais avoit en dehors des documents publics sur les francs-maçons cana- |

diens, je les tenais de confidences privées, et que par conséquent je ne : $ 0 F = UNE CE < f Mars À * pouvais pas en pärler. Mais cependant j'ajoutai que, si on le voulait, je

® (mème au tribunal de l'Officialité) quelques renseigne-

pourrais donnp

ments sur Jésquels je ne suis pas tenu au secret et que je tiens de la

: bouche mème de M. le Grand Vicaire Hamel. Ces renseignements portent ge lui,.M. Hamel, alors Recteut ‘de l'Université Laval, avait fait tout

ce Qu'il avait pu à Rome pour faire comprendre que les francs-maçons

dû Canada n'étaient pas aussi méchants ni au:si dangereux que cenx

7 d'Europe (et cela süns distinction aucune), attendu qu'ils ne sont considé- 7 rés que comme des membres d'une société de bienfaisance ou de secours

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PA mutuel; mais qu'a Rome on ne voulait pas entendre raison sur ce point, et qu'on devenait tout rouge lorsqu'on aftirmäit de telles choses. Je dis alors à M. Bégin que sur les opinions de M. Hamel expo-

sées à Rome et communiquées à moi ensuite, j'avais répondu que les

francs-maçons sont partout les mémes vis-à-vis l'Eglise et la société, Que M. Hamel m'avunt objeeté comme exemple que M. X (1) était un homme

(1) M. Hamel remplace ici par ln lettre X le nom du Dr Sevwell, l’un des professeurs de l'Universilé Laval et le doyen de la Faeulle de médecine, La lettre du De Eaudry donnant le

uom de «e monsieur tout au long.

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