CHAPITRE PREMIER
Anergie et Maladies Anergissantes
Au cours de ses recherches sur la Cuti-réaction à la tuberculine, Von Pirquet remarqua que chez les enfants tubereuleux présentant une cuti-réaction à la tuberculine positive, une rougeole intereurrente faisait disparaitre cette réaction pendant toute la durée de l'éruption et
un temps variable de la convalesceuce.
Cette suspension de la cuti-réaction ne fut observée qu'exclusivement au cours de l'infection morbilleuse ; elle ne se constate ni dans les autres fievres eruplives, mi dans la plupart des maladies infectieuses. |
Von Pirquet expliqua ce phénomène en disant que l'état anaphylactique (ou allergique) des humeurs dù à l'imprégnation de l'organisme par les poisons tuberculeux et occasionnant la réaction cutanée à la tubereuline est provisoirement modifié par la rougeole et qu'il. existe alors un état d'anergie d'origine morbilleuse.
On a vu, par la suite, que l'anergie morbilleuse ne s'exerce pas seulement sur la sensibilisation tuberculinique. M. Netter a montré que, chez les sujels ayant antérieurement subi avec succes la vaccinalion jeunérienne,
la réaction de revaccinalion (ou fausse vaccine) est également supprimée sous l'influence d'une rougeole intercurrente. I se crée alors un état d'anergie vaccinale d'origine morbilleuse.
Get état Wanergie vaccinale est également spécial a
la rougeole et a méme été utilisé par M. Netter comme
moyen de diagnostic entre la rougeole et la rubéole. MM. Léon Bernard et Paraf ont reconnu un nouvel
aspect de l'anergie morbilleuse : c'est la suspension des
réaclions agglulinantes du sérum dés typhoidiques au
cours dune rougeole survenant secondairement. Als
purent vérifier que cette action de l'infection morbilleuse
lui est particulière, à l'exclusion d'autres infections - elle n'existe ni dans la diphtérie, ni dans la scarlatine,
ni dans l'érysipele.
On peut donc dire que la rougeole est une maladie anergissanle. :
Des, travaux ultérieurs ont démontré que l'on. peut relrouver cet état anergique au cours d'une autre maladie infectieuse : la grippe. CR
Les recherches de M. Debré ont montré que la grippe possédait un pouvoir anergissant marqué vis-a-vis de la vaccine. 2 ;
M. Debré pratiqua chez 100 malades atteints de grippe
une vaccination au niveau du bras, après s'être assuré
que les sujets avaient été vaccinés autrefois, 72 d'entre eux ne présentèrent pas de manifestations allergiques. L'anergie s'observe aussi bien chez les sujets atteints de grippe simple.que chez les sujets présentant des complications' thoraciques ; 31 des sujets étudiés présen. lajent des complications thoraciques sérieuses. Sur ces 31 malades, 27 étaient en état d'anergie ; 8 moururent
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ultérieurement, 7 de ces derniers étaient en état d'anergie. Get ensemble de constatations rapprochent la grippe de la rougeole ; ce sont ces deux maladies qui provoquent le plus fréquemment l'anergie (72 pour 100 des cas dans la grippe, 90 pour 100 des cas dans la rougeole). [
Ces travaux furent confirmés par les recherches de ` - MM. Lereboullet, Schiffer, Bloomfield et John Mateer, qui démontrerent que la curi-réaction tuberculinique était souvent supprimée au cours de la grippe. M. Lereboullet a noté assez souvent chez les erippés récents que la cuti-réaction à la tuberculine restait faible ou | nulle. o EE |
Max Berliner a observé chez les grippés une diminution de la proportion des cuti-réactions positives : 19 ¿pour 100 au lieu de 85 pour 100. fees
Seul, Mulier Hermann (de Zurich), en se basant sur des expériences personnelles critiquables, soutient une opinion inverse. 天
Dans le méme ordre d'idées, Cáyrel, Fontaine et Descoffres ont observé la diminution des propriélés agglufinantes, vis-à-vis du bacille d'Eberth, du sérum de sujets atteints de grippe el préalablement vaccinés contre la fièvre typhoide. Le pouvoir agglulinant du sérüm remonte une fois passée la période d'ànergie grippale.
La grippe apparait donc aussi comme une maladie anergissante. f |
Ce n'est pas seulement au cours d'états pathologiques que Pon peut voir se manifester un état anergique : la | gestation el la puerpéralité, états physiologiques, peuvent s'accompagner également d'anergie.
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EE ON Stern, le premier, a éludié la sensibilité des femmes enceintes ou récemment aecouchées à la tuberculine.. Sur 105 femines non gravides, il obtint 68 réactions
. positives, soit 65 pour 100.
- Chez les femmes gravides, la réaction s'est montrée moins fréquente : |
Sur 28 femmes enceintes de ùn à six mois : Il y eut 15 réactions positives. soit 54 pour 100.
Sur 19 femmes enceintes de sept à huit mois : Il y eut 7 réactions positives, soit 36,8 pour 100.
Sur 60 femmes enceintes au neuvième mois : Пу eut 17 réactions positives, soit 28,3 pour 100.
Enfin, chez les accouchées, l'auteur constata également la diminution du nombre des réactions positives pendant les premiers jours du post-partum.
“Sur. 32 accouchées, auxquelles 1 pratiqua la cutiréaction le premier jour après l'accouchement, il obtint 12 réactions positives, soit 37,5 pour 100.
Sur 105 ‘accouchées, auxque 165 1] pratiqua la cutiréaction le septième jour après l'accouchement, il obtint 69 réaetions positives, soit 67 pour 100.
Ces chilfres indiquent nettement une diminution notable de la sensibilité des femmes enceintes à la tuberculine, surtout manifeste à la fin de la gestation et pendant les deux ou trois jours qui suivent le post-partum.
Une réaction positive étant l'indice de la présence d'anticorps, il faut en conclure, dit Stern; que ehez la femme enceinte les anticorps diminuent ou disparaissent
presque. Il pense que les lipoides fabriqués en exces
pendant la gestation. acquièrent la propriété d’ atlirer et de fixer les anticorps. Cette fixation des anticorps expliquerait la défaillance des femmes en état de gestation
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ATA, =A eS
devant Vinfection tuberculeuse et la fréquence avec laquelle on observe chez elles une propagation rapide des lésions. i :
- MM. Bar et Devraigne ont cherché à contróler les résultats obtenus par Stern et ont praliqué dans ce but Pintra-dermo-réaction à de nombreuses femmes gravides et non gravides.
Leurs recherches ont porté. sur 28 femmes non enceintes, “
137 femmes enceintes à des époques variables de leur , gestation, &
198 femmes récemment accouchées.
25 femmes non gravides, saines d'apparence, n'ayant dans leur passé aucun accident pathologique attribuable à la tuberculose ont réagi dans la proportion de 75 pour 100. |
Chez les femmes gravides, ils ont constaté une sensibilité décroissante à la tuberculine du cent quatrevingtième jour au deux cent soixante-dixiéme jour de lcur gestation, puisque la proportion des réactions posilives faibles, qui était de 80 pour 100 avant le cent quatre-vingtième jour, est tombée à 63 pour 100.
Il est aisé de se rendre compte, d'apres le précédent
| ነ X £ . (t ‘tableau, que le pourcentage des réactions positives a
toujours été, pendant la gestation, inférieur au pourcentage obtenu chez les femmes non gravides, mais dans des proportions bien moindres que celui obtenu par Stern. |
MM. Bar et Devraigne ont ensuite étudié la sensibilité à la tuberculine des tuberculeuses enceintes. Pour avoir un terme de comparaison, ils ont d'abord pratiqué lintradermo-réaction à des femmes enceintes saines d'ap-
Ar
parence, sans passé lubereuleux et ont obtenu les pro-
portions suivantes de réactions positives :
| Du 21 1° jour au 240° jour de la gestation, 58 pour 100. Du 240° jour au 270° jour de la gestation, 37 pour 100. Pour celte catégorie dé faits, ils concluent ainsi 1° Chez les femmes enceintes saines d'apparence, sans passé tuberculenx, on observe au neuvième mois un abaissement sensible dans la proportion des réactions à la tuberculine. | 2° Cette proportion est inférieure à la normale.
3° L'écart entre les proportions des réactions positi-
ves observées pendant le neuvième mois et celles obser-
vées hors de la gestation est variable (24 pour 100 au
maximum dans les expériences faites).
Pendant le post-partum, il parait également y avoir
une diminution de la sensibilité des femmes à la tuber-
culine. Les minima s'observent du quatrième au onzième | jour. La diminution semble disparaitre après le dixième jour. |
Etudiant ensuite Ja sensibilité à la tuberculine des femmes eravides saines d apparence mais ayant un passé tuberculeux, MM. Bar et Dev raigne ont constalé que les chiffres obtenus étaient égaux ou même supérieurs à la normalc. Résultat attendu, puisque ces femmes se défendaient bien. ER Ы
Enfin, chez les tuberctleuses gravides porteuses de lésions ne s'aggravant pas, les proportions de réactions
positives ont été égales ou supérieures à la normale `
méme pendant 16 neuvieme mois, et ont diminué, au
contraire d'une facon notable pendant les jours moyens du post-partum (deuxième au dixième jour).
Quant aux femmes ayant des lésions tuberculeuses en voie d'aggravalion, sur trois femmes enceintes de cette calégorie, du cent vingt et unieme au cent cinquantième jour, une seule fois la réaction fut faiblement posilive.
Les expériences précédentes ont permis à ces auteurs. d'établir les conclusions générales sulvantes
1° [[ semble quil y ait réellement une sensibilité moindre des femmes enceintes saines ou ayant- des lésions tuberculeuses à la tuberculine. | |
2° Cette diminution est surtout apparehte au cours du neuvième mois et du quatrième au dixième jour après l'accouchement. EN /
MM. Nobécourt et Paraf ont repris l'étude de ce phénomene au cours de la gestation el de la puerpéralité.
Avec MM. Nobécourt et Paraf, nous avons complété ces recherches par l'étude de la réaction à la vaccine des femmes enceintes ou récemment accouchées et nous avons pu constater l'existence d'un état d'anergie vaccinale. » |
Avec MM. Robert Debré ef Jean Paraf, nous avons pu confirmer expérimentalement les données fournies par Pobservation clinique. s
Ces recherches ne présentent pas seulement un inté- | rêt théorique : il parait démontré que l'état anergique s'accompagne d'une chüte considérable du pouvoir de résistance de l'organisme. La rougeole, maladie anergissante, est une affection essentiellement tuberculigeéne ; pour beaucoup d'enfants, en effet,’ c'est le point de départ d'une poussée tuberculeuse évolutive souvent mortelle. La grippe, dont M. Debré a démontré l'action anergissante, déclenche souvent, elle aussi, une évolution tuberculeuse chez les bacillaires latents.
Ces maladies anergissantes paraissent done sidérer l'organisme dans ses moyens de défense, livrant le malade aux infections secondaires qui revêtent alors, très souvent, une extreme gravité.
D'ailleurs, les recherches de nombreux auteurs (Von Pirquet, Rolly, Rœpke, Wolff-Eisner, Léon Bernard et Baron, Sergent et^ Pruvost, ÁtranézDélille, Jousset) ont montré que chez les tuberculeux la diminution de la sensibilité à la tuberculine coincide le plas souvent ауес la diminution parallele de l'immunité. Tandis que les cuti- réactions pre ésentent leur maximum d'intensité et surtout de durée chez les sujels qui se défendent bien contre leur bacillose (formes apyrétiques á tendances fibreuses, emphysémes), chez les tuberculeux avancés, au contraire, chez les phlisiques ou dans les tuberculoses aigués, les réactions sont soit peu marquées, soit négatives. |
Aussi, là recherche précoce de l'état anergique nous parait. intéressante pour expliquer l'aggravalion que subissent, à un moment donné, les processus tuberculeux. Mee