‹ L’Anesthésie Dentaire Par la Réfrigération ProgressiveChapitre 14 sur 39 · ETES SE · texte numérisé non relu

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sieurs reprises de l’anesthésie produite par le froid, Cats anesthésie, d’ailleurs, n’est que le prodrome d’une gangrène si le froid est prolongé ; il n’y a pas de doute cépendant sur le fait que pendant cette retraite où le thermomètre est descendu souvent jusqu'à — 259, le froid n’ait eu une influence heureuse sur les blessures ellesmêmes. Je crois intéressant de citer ici un passage des Mémoires du Général Lejeune. |

« Fatigué de la marche, je m'étais assis sur un tronc d'arbre, à côté d’un beau canonnier récemment blessé. Deux officiers de santé vinrent à passer ; je les priai de visiter la blessure. Au premier aperçu, ils dirent : « Il faut faire l’amputation du bras. » Je demandai au canonnier s’il serait disposé à la supporter : « Tout -ce qu’on voudra, » répondit-il fièrement. « Mais, dirent les officiers de santé, nous ne sommes que deux ; il faudrait, Monsieur le Général, pour opérer! cet homme que vous eussiez la bonté de nous aider. » Et voyant que leur proposition me souriait fort peu, ils : se hâtèrent d’ajouter qu'il suffirait que je permisse au canonnier de s'appuyer sur mon dos pendant l'opération, que je ne verrais pas. Alors j'y consentis, je me mis en posture et je crois que cela me parut plus long qu’au patient lui-même. Les officiers de santé ouvrirent leur giberne ; le canonnier ne proféra ni une parole, ni un soupir, je n’entendis un momerit que le petit bruit de la scie, et, peu de secondes ou de minutes après, ils me dirent : « C'est fini. Nous regrettons de n'avoir pas un peu de vin à lui donner à boire pour le remettre de l'émotion. » Il me restait une demi-fiole de malaga, que je ménageais en n’y touchant de. loin en loin que goutte à goutte. Je la Ru à l’'amputé qui était pâle et silencieux. Ses yeux aussitôt s’animèrent et tout d’un trait, il me la rendit complètement vide. Puis en me disant : «€ J'ai encore loin d'ici à Carcassonne », il partit d’un pas ferme que j'aurais eu peine à suivre. »

Il est hors de doute qu’en plus du courage moral de cet homme le froid a dû diminuer la valeur d’excitation de son système nerveux.

Le froid a déjà été utilisé en Art Dentaire. On trouve dans un Mémoire présenté en 1856 à l’Académie de Médecine par un Dentiste nommé Georges, la description d’un appareil assez compliqué destiné à établir une circulation d’eau très froide autour d’une dent à extraire ; depuis sont venus les différents procédés de réfrigération par évaporation de liquide, réfrigération par le « Kélène», par exemple. On a essayé d'utiliser le « Kélène» pour produire

aussi l’anesthésie de la dentine en adaptant à la dent le procédé du stypage de « Bailly» ; à cet effet, on introduisait dans la cavité de la dent une ane d'ouate imbibée d’eau à peine tiède à laquelle on substituait au bout de quelques secondes une boulette < imbibée d’eau froide puis de « Kélène », enfin on envoyait directement le jet de « Kélène » sur la boulette d’ouate contenue dans la cavité, puis enfin directement au fond de la cavité. On pouvait ainsi obtenir une très courte insensibilisation de la dentine. Cette méthode présente de nombreux inconvénients: d’abord le goût et l'odeur du médicament ; de plus, ce froid n’est pas progressif, quoi que l’on puisse penser ; la pulpe recoit brutalement des impréssions de plus-en plus froides ; or, la physiologie nous a appris que si nous ne voulons pas attenter à l'existence d'un organe en le réfrigérant nous devons lui faire supporter une réfrigération pro- gressive : dans le travail de M. Georges Matisse, au sujet de l’action de la chaleur et du froid sur l’activité des êtres vivants, nous trouvons que les réussites dépendent de la lenteur du refroidissement. Les Professeurs Pouchet et Ch. Richet ont réussi à congeler des poissons dans des blocs de glace, puis à les ranimer à condition, disent-ils, d’abaisser puis d'élever très lentement la température de ces animaux. Athanasius et Carvallo, dans l'exposé synthétique des rapports entre la vie et la chaleur écrits par eux dans le Dictionnaire de Physiologie de Ch. Richet, insistent sur un facteur auquel ils donnent une importance considérable : la brusquerie du changement ; Paul Bert déjà, en 1876, avait prouvé que si, au lieu de faire passer un poisson brusquement de 12 à 289, ce qui occasionnait rapidement sa mort, on élevait sa température de deux degrés par jour, à 28° l'animal n’était que plus vivace et sa mort ne survenait qu'à 33°.

Ces différentes expériences nous confirment donc dans cette idée que pour ne pas avoir un effet meurtrier sur la pulpe la réfrigération doit être progressive.

M. Fabret fut ainsi amené à construire un Aoareil permettant le froid progressif et comme la première application d'air, même à la température de la pièce, était pénible et douloureuse pour le patient, il plaça à l’intérieur de son appareil un petit réchauffeur électrique permettant d’envoyer d’abord sur la dent de l'air tiède : l’abaissement de température est ensuite provoqué par le changement de forme, de l'état liquide à l’état gazeux, d'acide carbonique cœæntenu dans une bouteille faisant partie de l’appareil.

On pouvait objecter la mortification possible de la pulpe : nous avons vu plus haut que, si la réfrigération est progressive et le réchauffement après le traitement progressif aussi, il n’y a rien à craindre. La théorie nous conduira donc à une technique de réchauffement progressif de la dent sitôt l'intervention terminée.

Peut-on déterminer la température de la pulpe au moment où la réfrigération permet de fraiser la dentine sans douleur ? Nous n'avons pas fait les expériences de laboratoire qui auraient pu être tentées sur des animaux vivants ; la méthode eût été cruelle pour ne nous donner que des renseignements que la physiologie nous fournit déjà.

On trouve encore dans le livre de M. G. Matisse les renseignements suivants : Helmholtz a prouvé dans ses expériences que le froid diminue et qué la chaleur augmenté la vitesse de conduction dans le nerf. Les propriétés essentielles de celui-ci ne sont pas atteintes à 0° et il reprend sés fonctions à leur taux normal quand la température remonte. PS

La conductivité du nerf moteur du chat diminue quand ou le refroidit et disparaît vers + 40 C.

Les conclusions tirées par Wolmann et Legrenier sur la conductibilité du nerf sciatique laissé 2n situ, sont les suivantes :

1. — Un refroidissement allant jusqu’à + 15° n’amèhe pas ou. presque pas de diminution de conductibilité.

2: — Vers + 100 la conductibilité du nerf est diminuée de moitié environ.

3. — La conductibilité est abolie temporairement pour, des températures variant entre + 80 et 52C.

D'autre part, si le froid a eu pour effet de supprimer la conductibilité du nerf, il a eu pour effet aussi d'en diminuer l’excitabilité. Différents auteurs ont formulé la règle que l’excitabilité croît en même temps que la température et diminue quand on TR le nerf. |

La pratique montre que si, fraisant sans douleur une dentine, nous pénétrons brusquement dans la chambre pulpaire, le patient ressent immédiatement une douleur assez vive: en raison des chiffres cités plus haut, nous pouvons donc, l’excitabilité et la conductibilité de ce nerf étant intactes, dire’ que la température est entre + 10° et + 150, Si nous avons à augmenter notre réfrigération d’une façon telle que nous puissions entrer dans la cham-

,bre pulpaire sans douleur, on peut dire qu’à ce moment, la tempé-

rature de la pulpe est entre o° et + 60. Elle n’est pas supérieure à

69 puisque l’excitabilité est nulle ainsi que la conductibilité, et elle n'est pas inférieure à 0° puisque l'ouverture de la chambre pulpaire, . si minime soit-elle, provoque immédiatement une légère hémorragie ; de plus, nous savons qu’un froid de 0° a pour effet de racornir et d'altérer d’une façon définitive les globules rouges du sang. Si nous examinons le sang provenant d’une pulpe qui a été soumise à une réfrigération de plus d’une demi-heure par le Gazo-

therme nous ‘pouvons Sn AE la parfaite intégrité des globules

rouges.

On peut donc, scientifiquement affirmer que la mortification pulpaire est impossible à provoquer par l'emploi du Gazotherme. Il est bien entendu qu'il convient de prendre toutes les précau-

tions en ce qui concerne l’utilisation de l'appareil. Rappelons

à cet égard les expériences de Milne Edwards qui indiquent que l’action du froid produit un rétrécissement des petites artères et qu’une chaleur moyenne les dilate. En 1889 Mosso a montré que les vaisseaux se contractent et se dilatent sans aucune proportion-

nalité suivant que la température extérieure s'élève ou s’abaisse ;

rappelons en outre que les expériences de Richardson tendent à prouver que le réchauffement brusque des organes gelés compromet leur vitalité, et nous concluerons à la nécessité non ‘seulement de la réfrigération progressive, mais encore du réchauffement progressif de la dent après la réfrigération. Il peut arriver que des fautes opératoires involontaires soient cause du réchauffement brusque de la dent ; comme exemple de faute, nous citerons la déchirure dela digue par la fraise amenant ainsi un réchauffement brusque de la dent par irruption de salive chaude.

La température de la pulpe n'étant pas très basse les conséquences ne sont pas graves : il se produira une vaso-dilatation des vaisseaux pulpaires provoquant ainsi une compression des filets nerveux, et le patient éprouvera pendant une quinzaine de secondes des phénomènes douloureux de pulpite.

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