‹ L’ANESTHÉSIE GÉNÉRALE A L'ÉVIPAN SODIQUEChapitre 8 sur 37 · LL · texte numérisé non relu

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La marge de sécurité de ce composé est très élevée: chez le chat, qui est celui des animaux de laboratoire dont le comportement vis-à-vis des anesthésiques se rapproche le plus de celui de l’homme, si 25 milligrammes provoquent une semi-anesthésie il faut 100 ou 110 milligrammes pour atteindre la dose mortelle soit à peu près 4). Chez le chien, la marge thérapeutique est de 3,3.

Entre cette dose minima et cette dose léthale, on voit l’animal passer par différentes phases très reconnaissables et décrites selon le schéma de Grindt. Les animaux courent d’abord maladroitement, titubant et se heurtant aux objets, mais, au repos, gardent une position normale, puis, ils se couchent sur le côté, la tête dressée. A la dose immédiatement supérieure, ils n’ont plus de réflexe cornéen, les réflexes médullaires sont presque effacés. Enfin, les réflexes deviennent nuls et l’anesthésie complète et profonde.

Le sommeil est immédiat en injectant d'emblée la dose présumée suffisante et le processus de désintoxication est excessivement rapide. Ceci mérite d’être souligné. La molécule d’Evipan Sodique est, en effet, chimiquement détruite en fort peu de temps et surtout dans le foie. On n’en retrouve que des traces dans les urines : le lapin détruit ainsi en 13 minutes la moitié de la dose qui l’avait endormi.

On note presque constamment, chez ce rongeur, une baïsse de la pression artérielle, mais cette baisse presque immédiate est peu accentuée (15 à 20 mm. Hg.) et de très courte durée.

Le pouls demeure bon.

On remarque assez fréquemment une action dépressive sur les centres respiratoires avec une légère cyanose des muqueuses de l’animal; courte période d’apnée pendant laquelle le cœur continue à battre légèrement ou n’est que très légèrement accéléré. La respiration est surtout modifiée dans son amplitude, elle est plus superficielle et plus rapide au début et avant le réveil.

La température s’abaisse légèrement, mais ceci n’est pas constant.

La réserve alcaline est peu modifiée.

Tous ces troubles réagissent du reste fort bien à l’inhalation de CO2 et ne nécessitent que très rarement l’administration d’Ephédrine et de Coramine.

Malgré ce que pensent Huschütz et Kirschner), on n’a observé ni thrombose ni irritation locale, même en laissant stagner assez lomgtemps l’Evipan Sodique dans un veine de l’oreille du lapin.

Chez celui-ci, enfin, l’administration préalable de morphine rend l’anesthésie plus profonde aux doses sub-anesthésiques d’Evipan. Mais aux doses plus élevées du Barbiturique, cet anesthésique est moins bien toléré que lorsqu'on n’injecte pas de morphine. Nous verrons que chez l’homme les avis sont partagés : certains chirurgiens rejettent d'emblée l’administration de la morphine, d’autres préconisent le Sédol ou Île Pantopon, d’une façon systématique, d’autres, enfin, recommandent la strychnine.

2° Etude clinique. — Si nous étudions maintenant le comportement de l’homme vis-à-vis de ce nouvel

anesthésique, tant d’après les articles déjà parus que d’après les observations des hôpitaux de Nice, nous verrons que l’expérience paraît très encourageante. Dans une division de cette étude, nous envisagerons l’action de l’Evipan Sodique sur l’enfant et même sur le nourrisson.

Evidemment, l’action est très différente, selon l’âge, le sexe, la « résistance du malade », sa race même. Ainsi, certains auteurs Suisses relèvent une particulière résistance des campagnards et surtout des montagnards. La plénitude ou la vacuité de l’estomac au moment de l’intervention ne semble pas avoir une grande importance.

Mais, dans les grandes lignes, voici ce que l’on peut observer au cours d’une anesthésie générale à l’Evipan :

Au cours de l’injection, qui doit être très lente, le malade éprouve immédiatement de la difficulté pour continuer à compter, baïlle ou soupire et se laisse aller sans résistance, inerte, puis se met fréquemment à ronfler. Le sommeil est profond en deux ou trois minutes, à moins que le sujet soit particulièrement réfractaire (R. Monod et Pouliquen).

À ce moment-ci, la mâchoire est tombante et les paupières baïissées, la pupille est indifféremment en mydriase ou en myosis, plus fréquemment dilatée cependant; le réflexe cornéen est faible ou nul.

C’est alors qu’on note assez souvent une courte période d’apnée (Brocq, Monod, Vialle, Lapouge), sans ralentissement du pouls, un tremblement qui est rarement gênant, de petite amplitude et peu dura-

Hot

ble. Cependant, M. Monod prétend que l’on peut noter parfois de la contracture vraie. M. Capette a noté une fois un tremblement généralisé impressionnant, durant près d’une demi-heure.

Nous avons noté quelquefois du Nystagmus.

Frund a remarqué certaines fois une forte cyanose.

Presque tous les chirurgiens s’étant occupés de l’'Evipan, signalent une baisse de la tension artérielle, dans d’assez faibles proportions du reste, à peu près, disent-ils, comme dans le sommeil physiologique. Ils estiment qu’en moyenne, cette chute de pression est de l’ordre de 10 à 50 mm. de Hg.

Pour notre compte personnel, nous avons remarqué, dans presque tous les cas, un effet contraire : presque toujours une hausse assez considérable de la pression artérielle et principalement de la pression minima. Dans nos observations, la tension est prise d’une minute et demi à 4 minutes après le début du sommeil.

Quelquefois, la tension est restée inchangée, quelquefois aussi, la pression systolique est montée parallèlement à la pression diastolique, mais ceci est l'exception.

Mais bientôt, tout rentre dans l’ordre, si le malade a parfois quelques mouvements, en tout cas, il ne « pousse » pas, son visage est alors rosé ou très légèrement cyanotique, ses réflexes tendineux sont conservés. Ceci dure en moyenne 15 ou 20 minutes, si le sujet n’est ni un alcoolique ni un taré et avec des doses normales d’anesthésique (de 4 à 7 cc.). Cepen-

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dant, le réveil peut être beaucoup plus rapide avec dés doses plus faibles d’anesthésique et ceci est intéressant pour certains praticiens qui voudront donner une anesthésie profonde, mais courte pour de petites interventions. Le saignement est un peu plus abondant qu’à la locale. Au bout de ces 20 minutes, l’opéré commence à réagir à la douleur, les pincements et piqûres cutanées le font sursauter, puis, reviennent tour à tour la sensibilité des mésos et des organes internes; enfin, une demi-sensibilité consciente. L’opéré s’étire, soulève la tête, est un peu désorienté et quelquefois revient très rapidement à lui. Il pleurniche assez fréquemment ou pousse des sons inarticulés sans savoir pourquoi et sans souffrir, de son propre aveu : cette phase dure d’une demi-heure à plusieurs heures.

Nous avons noté, chez les enfants et chez les nerveux surtout, une agitation très vive, quelquefois pendant plusieurs heures. Ceci surtout dans les cas où aucune médication calmante n’avait été instituée au préalable. Cet inconvénient est palié par les moyens psychiques de persuasion et encore mieux par une injection préalable de Sédol. Cette injection peut, du reste, être répétée au réveil.

Le patient ne ressent aucun malaise, n’éprouve pas la moindre nausée, peut s’alimenter et quelquefois même peut retourner à son domicile une heure après. En tout cas, en ce qui concerne l'intervention, il y a toujours amnésie complète, tous les malades se déclarent enchantés; ceci explique, en partie, la popularité et l'extension que prend ce mode de narcose,

né il y a à peine deux ans. Des basedowiens endormis à leur insu dans leur lit et transportés à la salle d’opération ne peuvent croire que l'intervention tant appréhendée est terminée.

Si l’anesthésie doit être longue et très douloureuse, on peut adjoindre à l’'Evipan une anesthésie à l’éther ou mieux, au protoxyde d’azote : le passage se fait sans heurt ni aucune difficulté et la dose d’anesthésique relative à donner, très minime, mais tous les auteurs font remarquer à juste titre — et nous l’avons remarqué nous-même —que cesupplément de narcotique doit être administré précocement (Wendel).

Employé dans ces conditions, l’Evipan Sodique était un anesthésique dit de base. Mais, tout récemment, est paru dans la Presse Médicale, sous la signature de M. Jentzer, Oltramare, Poncet, de Genève, un article très documenté concernant les anesthésies de moyenne ou de longue durée, à l’Evipan Sodique uniquement. Ces auteurs ont obtenu, en effet, des anesthésies de 2 ou même 3 heures (pour des résections gastriques par exemple, et ceci, sans injecter comme Friedmann, la paroi et les mésos à la Tutocaïne).

Déjà, Friedmann, puis Frund, reliaient la seringue à l'aiguille par un tuyau de caoutchouc et au cours de anesthésie, réinjectaient du narcotique.

Ils avaient pu, déjà, sans morphine préalable et sans anesthésique volatile, obtenir des anesthésies de 85 à 100 minutes en employent des doses de 15 à 25 cc. d’'Evipan Sodique.

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