‹ L’Anesthésie par l’injection intra-ligamentaire pour l’extraction des dentsChapitre 5 sur 20 · A MON PRÉSIDENT DE THÈSE M. LE PROFESSEUR SEBILEAU · texte numérisé non relu

A MON PRÉSIDENT DE THÈSE M. LE PROFESSEUR SEBILEAU

Professeur de Clinique Oto-Rhino-Laryngologique à la Faculté de Médecine de Paris

Membre de l’Académie de Médecine

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Chirurgien de l'Hôpital Lariboisière Officier de la Légion d'Honneur

en témoignage de respectueuse gratitude pour l’honneur qu’il nous fait en voulant bien présider cette thèse.

La nécessité de l’anesthésie en ce qui concerne l’extraction dentaire, nous est prouvée par le grand nombre des moyens que, de tous temps, les praticiens ont cherchés pour arriver à supprimer la douleur, et par l'importance capitale que le public, premier intéressé, attache à LP cextraction sans douleur ». Quelles sont donc les causes profondes qui poussent ainsi à anmihiler la douleur ?

D'abord et avant tout, un sentiment humain, naturel, invincible de pitié ; — toutes Les fois qu’un procédé permet d'éviter une souffrance, il n’y a pas un opérateur qui ne cherche à l’employer.

Ici cependant se place une réflexion : doit-on done toujours éviter une douleur au patient ?

Il existe évidemment des douleurs « utiles » si l’on peut dire, des douleurs qui avertissent le médecin et qui le guident : c’est ce que l’on voit dans l’accouchement, et dans nombre de Gas de la chirurgie générale et &’est ce que nous voyons, nous autres, chaque jour, lorsqu'il s’agit de conduire par exemple la fraise dans une dentine ramollie ; — c’est souvent la douleur subjective et objective qui nous permet de diagnostiquer le degré d’une carie — et quand nous explorons l’extrémité d’une racine, c’est encore la douleur qui nous prévient que notre sonde est arrivée à l’apex.

Aussi nous ne devons pas supprimer toute douleur, toutes les fois qu'elle se présente comme un guide précieux, dans les cas où, selon Sergi « la douleur n’est autre chose qu’un phénomène vital comme ceux de la Nutrition et de la Reproduction, et dont la fonction est la protection de

l'individu ». Mais en Stomatologie, et lorsque nous n’avons

en vue que l'extraction dentaire, nous posons en principe qu’elle doit toujours être faite sans douleur. :

Cette question de l’anesthésie se présente donc à nous quotidiennement et plusieurs fois par jour, et c’est parce que ce phénomène limité est à chaque instant renouvelé, que l’on a pu faire des essais et des progrès qui nous font entrer chaque jour un peu plus dans la voie de la perfection.

Une autre raison très importante qui oblige le praticien à insensibiliser la région est une question de commo- ‘“dité.

Nous n’évoquerons pas les charlatans et les opérateurs de jadis, qui étaient obligés de faire battre le tambour, jouer les instruments étourdissants pour couvrir devant le public les cris du patient. Mais il y avait aussi les gestes, et comment pouvait-il ne pas oublier des racines, éviter de briser une couronne, de fracturer l’alvéole, celui dont le sangfroid était ainsi bousculé, et qui voyait son patient gesticuler, remuer les jambes et la tête, et lui retenir les mains.

Aujourd'hui, le patient ne sent rien.

Pas un cri, pas un geste.

L'opérateur travaille en pleine maîtrise de soi-même, fouille l’alvéole après l'extraction (qui si elle est ardue, aura pu durer plus d’un quart d'heure), peut curetter cette alvéole, s’assurer qu'il n’y reste rien de nuisible et prendre toutes les garanties nécessaires.

Au total, une opération plus précise, mieux soignée, exécutée en toute tranquillité, un résultat plus sûr, la satisfaction du praticien et du malade, la reconnaissance de celui-ci, voilà les avantages qu’il faut attendre d’une excellente anesthésie, premier temps de toute intervention.

On a donc essayé beaucoup de produits et beaucoup de méthodes pour y parvenir, mais tous n’ont pas la même

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valeur et souvent des inconvénients et des contre-indications limitent et empêchent l’usage, soit de certains anesthésiques, soit de leur mode d'application.

Le docteur Nogué, dans son remarquable ouvrage sur l’anesthésie, a complètement exposé cette question, — nous ne pouvons 161 y revenir en détails, mais nous plaçant simplement au point de vue de l’extraction des dents, quelle méthode allons-nous choisir ?

Nous avons l’anesthésie générale, ensuite divers modes d’anesthésie régionale qui nous ramènent vers la localisation, puis l’anesthésie locale classique, enfin, celle quinous semble la plus logique et la plus simple, l’intra ligamentaire du docteur Chompret.

L’anesthésie générale doit chez nous rester une exception.

Si par hasard on y a recours, il faut d’abord bien choisir l’anesthésique, car tous sont plus ou moins nocifs et dangereux : le chloroforme, l’éther, sont précieux pour des opérations longues et difficiles; pour les opérations courtes, l’opérateur aurait à sa disposition le bromure d’éthyle, le chlorure d’éthyle, le protoxyde d’azote.

Mais, répétons-le, en chirurgie dentaire, ces derniers devront toujours être remplacés par une bonne anesthésie locale, et en somme, on n’aura recours qu'aux deux premiers, et tout à fait exceptionnellement, dans les cas de grande intervention sur le maxillaire ou sur le voile du palais. S

Et malgré toutes les séductions que peuvent parfois offrir à première vue les anesthésiques généraux, nous devons les éliminer le plus possible.

Dans le chapitre où il en parle, le docteur Nogué conclut : « Malgré les précautions les plus minutieuses, malgré l'administration la plus habile du moins dangereux des

anesthésiques, un accident peut toujours arriver.

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« C’est qu'à côté des causes connues, affections du myocarde, des valvules, lésions graves des poumons, des reins, hypertrophie du thymus, combien de facteurs dont l’influence nous échappe. Et c’est précisément cette lacune de nos connaissances qui nous défend de donner à aucun des anesthésiques généraux, l’épithète d’inoffensif. ;

« Nous savons qu'avec le meilleur il peut exister quelque risque, et la possibilité de ce risque, si minime soit-l, doit être présente à notre esprit.

« Gela doit nous inciter à redoubler de précautions, à toujours considérer la narcose comme une €hose grave, par les multiples et difficiles problèmes qu'elle soulève, pour la responsabilité énorme qu'elle fait peser sur nous, et dont jamais trop de savoir et de conscience ne saurait légitimer l’application. » |

D’autres arguments encore s'opposent à l’emploi fréquent de l’anesthésie générale.

On ne doit jamais la faire au cabinet; toujours dars une Maison de Santé ; 1l faut un aide — et du côté opératoire il y a de grandes difficultés : la bouche est remplie de sang et de mucosités que l’on n’a pas le temps d’ôter, car il faut aller vite ; l'opérateur n’y voit rien, il travaille à l’aveuglette ; il peut oublier dans le fond d’une alvéole une racine sur laquelle il faut revenir ensuite ; et si ce n’est pas lui qui l’oublie, e’est le patient qui peut l’avaler, comme dans ses mouvements spasmodiques de déglutition, il peut avaler une dent, un fragment d’alvéole, esquille, etc.

Et notons aussi le choc nerveux, l'émotion éprouvée par le client à qui on annonce qu'on va l’endormir, et cette appréhension qui prédispose déjà à la syncope.

Enfin au point de vue médico-légal, si un accident arrive (et tous les vieux praticiens en ont vu ou entendu parler) vraiment le malheur n’est pas proportionné à la cause, et le

stomatologiste dont l’avenir est compromis, pourra avoir à

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répondre si oui ou non, la narcose totale se trouvait absolument justifiée par la qualité de l’intervention.

De plus, toutes les formalités auxquelles il faut avoir recours, toutes les précautions de soins, de sécurité morale aussi contre des accusations fausses toujours possibles, l'assistance de témoins, le consentement des parents ou du mari, et combien d’autres nécessités encore font bien sortir du cadre de la stomatologie les indications de l’anesthésie générale en vue de l’extraction des dents.

Alors pour arriver au même but, suppression complète de la douleur, nous cherchons les moyens qui comportent . à la fois le maximum d’avantages et le minimum de risques,

et nous tendons vers l’anesthésie locale.

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