‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 126 sur 175 · Labbe, X, p. 728 etseq · texte numérisé non relu

Labbe, X, p. 728 etseq

prêtres mariés. Au xi" siècle et depuis, l'esprit d'opposition et la critique ont fouillé les écrits des Pérès pour établir la tradition constante de l'Eglise ; tout un parti reprocha au pape de tenter de coupables innovations; et la rigueur avec laquelle la réforme était imposée parut voisine du scandale. Le pape interdit la célébration des saints offices aux prêtres mariés : sévérité sans exemple, disait-on, et qu'un abus coupable des textes des Pérès pouvait à peine justifier (1). Les sacrements, qui empruntent toute leur efficacité à l'opération secrète de l'Esprit-Saint, n'ont rien à craindre du caractère de l'homme qui les dispense ; ce n'est pas le caractère divin du sacrement que la papauté veut défendre : c'est un homme qu'elle veut frapper. — La subtilité de ces querelles théologiques cachait mal la vivacité des plaintes; dans les pays où les décrets nouveaux frappaient une Église à moitié retenue dans le monde, ce dut être une révolution sans précédent, à la fois par la douleur et les conséquences du sacrifice. La papauté s'attaquait à la famille même du clerc, et le clerc régulièrement marié se multipliait, pour résister et maudire, dans la personne de sa femme et de ses enfants : souvent même , la fidélité et le respect du devoir dans l'union irréguliére du clerc, reconnue et consacrée par l'opinion, élevait la concubine à la dignité de l'épouse; dans les deux cas, les décrets du concile de Rome frappaient le chef d'une famille et brisaient ces liens que jamais une puissance humaine n'a brisés impunément. Peu de révolutions furent plus profondes dans le monde : ce fut la guerre au foyer de tout clerc marié, lutte dans son ménage et lutte dans son âme, que le monde et la religion se disputent. Sans doute, si le cœur poussa les uns à défendre le bonlieur de leur vie intime menacé, la faiblesse humaine entraîna les autres à disputer aux rigueurs du moine pontife la satisfaction de leurs passions : sentiments généreux et grossiers mobiles, tout fut mis en œuvre pour organiser la résistance. Les clercs préféfèrent l'anathème au sacrificeMe leurs affections (2) : il fut interdit aux fidèles d'entendre la messe d'un prêtre marié. Alors éclatèrent

1. Novo exemple, et, ut multis visum est, inconsiderato pracjudicio contra sanctorum Patrum sententiam. (Math, de Westminster. Flores hlstoriar., liv. II. Francfort, 1601, p. 227.)

2. Dum clerici magis eligerent anathemati subjicere quàm uxoribus carere... {Florent. IFigorn., liv. II, p. 638.)

dans la chrétienté ces scandales (1) qu'il faut rappeler pour replacer dans les passions et les violences de son temps le personnage qui nous occupe. Il y eut par endroits une crise redoutable ; paribis, dans cette lutte entre l'homme d'Eglise et le pape, le laïque, prenant parti pour le pape, se retournait pourtant par ses violences contre l'Église elle-même; on vit des laïques baptiser, donner les derniers sacrements, fouler aux pieds l'hostie consacrée par les prêtres mariés et répandre le vin du calice (2). On attribua, sans motif, au pape, l'ordre de brûler les produits dé la dîme apportés aux prêtres mariés (3); les laïques mirent souvent de la fureur à exécuter cet ordre (4).

C'est seulement en 1076, au concile de Winchester, que la queslion du célibat fut posée en Angleterre (5). Il fut décrété que les clercs ne pourraient être mariés. Lanfranc était partisan convaincu du système de la papauté ; son commentaire de la 1"" épître aux Corinthiens laisse deviner sa pensée intime : « Ut ab hâc sententiâ excludanlur qui divinis auctoritatibus uxores habere non possunt (6). » Il y a donc à ses yeux une classe d'hommes auxquels les saintes Ecritures interdisent le mariage ; le célibat est plus qu'une prescription pontificale : c'est une règle divine. Il se garda pourtant d'apporter dans l'application de la mesure nouvelle la fougue qu'on eût pu craindre de ses convictions; la sagesse de l'homme d'Etat le préserva de tout excès, et, grâce à sa modération, les secousses d'un changement subit furent épargnées au clergé anglais. Le concile de Winchester établit la loi de l'avenir, mais il respecta les droits du passé; défense fut faite aux évêques d'or-

i. Ex quâ re tam grave oritur scandalum ut nullius hacresis tempore sancta Ecclesia graviori schismate discissa est. Walsingham. Ypodigma Neustrlœ, p. 31.

2. Laïcis insurgentibus contra sacros ordines et se ab omni Ecclesiasticâ subjectione excutientibus. [Ibicl.)

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