‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 14 sur 175 · Ypodigma Neustrav, p · texte numérisé non relu

Ypodigma Neustrav, p

4. Cité par M. I^abutte. Hist. des Ducs de Normandie, ch. IJ,

et qui en a gardé le surnom héroïque, fut possédé pendant une moitié de sa vie du désir de se faire moine. Le calme et la vie solitaire de l'abbaye de Jumiéges exerçaient sur cette âme à la fois impétueuse et faible un irrésistible attrait. Quand il reçut la visite de douze moines du Poitou qui venaient rendre leurs devoirs à la duchesse de Normandie, princesse poitevine, il leur fit serment de prendre le froc. L'abbé qui conduisait la députation et l'abbé de Jumiéges mirent tout en œuvre pour le retenir dans le monde où il servait efficacement les intérêts de l'Eglise. Ils ne purent empêcher que Guillaume n'emportât le froc et la coulle enfermés dans une cassette, dont il suspendit la clef d'argent à sa ceinture (1). Tel fut pendant plus d'un siècle l'esprit commun à tous ces princes, sous la protection desquels le clergé normand gagnait tout d'abord de grandes richesses et fortifiait son autorité, en attendant le jour où la dignité de ses mœurs et son instruction allaient légitimer sa puissance. Plus qu'aucun de ses prédécesseurs Richard II se distingua par sa piété et ses bonnes œuvres : ses riches offrandes s'adressaient, en même temps qu'aux églises de son duché, aux établissements religieux du monde entier, et on rapporte que tous les ans, des moines du mont Sinaï se rendaient en Normandie pour prendre leur part des libéralités de ce prince (2).

Mais, si grande qu'ait été l'aptitude des Normands à se transformer au contact de races moins incultes, ils étaient encore trop prés de l'âge barbare pour que la brutalité de leurs mœurs et leur ignorance puisse nous surprendre. Un siècle s'était à peine écoulé depuis qu'ils pouvaient se considérer comme établis définitivement aux bouches de la Seine. Chrétiens, leur religion était encore mêlée de superstitions grossières, empruntées à la mythologie du Nord ; le nom de Thor était parfois invoqué dans les combats ; et leurs évêques même n'échappaient pas toujours à la réputa-

Page 1