I/ist. littér., vol. YIU
Mabillon, .ïcta, tome YIII, p. 374 et seq.
tion de sorciers. L'archevêque de Rouen, Mauger, si tristement célèbre par l'incroyable licence de ses mœurs, s'était fait un renom de magicien ; on lui attribuait le pouvoir de soumettre certains esprits ; il avait son lutin familier, qui le servait comme son esclave.
Quand les esprits sont encore embarrassés dans des superstitions aussi naïves et aussi tenaces, il serait peu logique d'attendre des mœurs quelque dignité. Nous aurons occasion de dire ailleurs à quel degré de dégradation, que l'on pouvait craindre incurable, le clergé normand était descendu. 0. Vital a beau distinguer entre le clergé indigène et le clergé normand ; il est difficile de ne pas les confondre. Tout ce que la barbarie autorisait de licence, on le retrouve dans la vie des moines et des clercs ; « prêtres et évêques ... vivent à la manière des anciens Danois (1) » dit l'auteur de la vie de saint Herluin. Le mot est exact et, dans sa simplicité, vaut toute une description. La religion n'avait pas encore pénétré les âmes ; elle ne les avait qu'effleurées : sous le froc, sous la chappe, le barbare était resté.
Mais si sous les premiers ducs, l'esprit normand n'avait pu faire qu'une chose, se dompter et s'assouplir, devenir peu à peu apte à la culture, les nombreux établissements fondés par les princes étaient naturellement désignés pour devenir, au moment de l'épanouissement, des centres de travail. Dés le régne de Richard le Bon (996-1026) des savants grecs et arméniens attirés par les libéralités du prince firent plusieurs fois le voyage de Normandie (2) ; et purent déjà signaler à l'Europe que les lettres trouveraient dans cette province une hospitalité bientôt digne d'elles.
C'est alors que fut fondée à Rouen l'abbaye de la Trinité, où une école s'ouvrit presque aussitôt : l'abbaye de Saint-Ouen eut la sienne à la même époque ; l'Eglise de Rouen paraît même être la plus ancienne des trois. Peu à peu la province vit se multiplier ces centres d'études; il y en eut à Jumiéges, à Fontenelle, à Fécamp, à Avranches.
1. Raïus in Normannià tiincrecti tramitis index , aut perviiis erat, sacerdotes ac summi pontiflces libéré conjugal!, et arma portantes, ut laïci erant, veterum ritu Danorum uoiversi adhuc vivebant. (Gisleb. Cri«pinus. VI ta S. Ilcrluini.)