LANFRANCUS
Hue us que correxi.
Ces deux hgnes sont du même genre d'écriture que le manuscrit : le mot Lanfrancus paraît avoir été superposé après coup. Il est d'une encre plus pâle que la ligne suivante.
Nous devons ces renseignements précis à l'obhgeance de M. Cyprien Alexandre, bibliothécaire de la ville d'Alençon.
de précision et de critique dans cet esprit du xi'' siècle. Par là peut-être il fut vraiment original ; et il a mérité d'être remis en lumière à une époque de critique et de méthode scientifique. Il continua son œuvre à Caen et à Cantorbéry, longtemps après s'être soustrait aux fatigues de l'enseignement; et Mathieu Paris a pu dire : « Il résolut de corriger les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, dont le texte était altéré ; l'Eglise d'Angleterre comme l'Eglise de France peut se féliciter d'avoir reçu, grâce à ses corrections, une lumière nouvelle (1). » Milon Crispin lui rend le même témoignage. Quant au reproche d'avoir falsifié à dessein certains textes dans une pensée de conquête, pour mieux affermir la domination normande, il ne lui fut jamais adressé, même par ceux de ses contemporains dont la haine se fût accommodée d'une accusation fausse. Nous retrouverons en son lieu cette question; mais la sincérité de ses corrections n'est pas atteinte, et son œuvre garde exclusivement son caractère de réforme scientifique.
On ne peut en finir avec cette question des livres, sans pénétrer dans l'intérieur du couvent et voir comment ils étaient conservés et reproduits. Dans presque tous les monastères, il y avait comme annexée à la bibliothèque, une pièce appelée le cabinet des scribes : scriptorium. Là un certain nombre de moines choisis copiaient les manuscrits. Au temps de la plus complète barbarie il avait fallu appeler la religion au secours des lettres compromises : trop souvent, les moines qui comprenaient mal le manuscrit prmcej^^, s'acquittaient de ce travail avec indifi'èrence ; la superstition s'en mêla: on inventa un démon : Titivitilarius, ou Titivillus, qui emportait les sacs de syllabes oubliées par les moines dans les psalmodies nocturnes ou dans les copies des livres. Ces syllabes étaient représentées, au jour du jugement, comme autant de péchés. Lorsque l'abbaye de Saint-Evroul fut rétablie, le premier abbé, Thierry, qui avait une belle écriture, forma une bibliothèque et une école de copistes. C'est lui qui racontait la touchante histoire du moine dont les anges et les démons se disputaient l'âme au moment du jugement ; tout compte fait, il se trouva que le nombre des lettres copiées par lui de son vivant excédait d'une unité le chiff're de ses
1. M. Paris. Hist. angl. Éd. 1640, p. 15, 2 vol. fol. (Libros Veteris ac Novi Testamenti scriptorum vitio corruptos corrigere studuit ; cujus emendationis kice tam Anglorum Ecclesia quam Gallorum se gaudet illustrari.)
péchés; les anges l'emportèrent (1). « Lisez, moulez, écrivez, disait Thierry \ une lettre tracée en ce monde efface un péché dans l'autre. »
Dés le viii^ siècle, le scriptorium de l'abbaye de Saint-Guilhem du Désert était consacré par cette inscription : « Daigne, Seigneur, bénir ce scriptorium de tes serviteurs et tous ceux qui l'habitent, afin que tout ce qu'ils y liront ou y copieront des divers livres se retrouve fidèlement dans leur intelligence et leurs paroles (2). » Grâce à cette intervention de la religion qui sanctifiait l'office des copistes, les livres purent se multiplier, surtout les livres saints et les ouvrages de dévotion d'un usage journalier. Mais quelle lenteur dans ce travail ! On ne connaissait pas encore l'écriture cursive; il fallait mouler chaque lettre. Quant aux conditions matérielles, que de souffrances nous laisse deviner cette simple phrase par laquelle 0. Yital termine son quatrième livre : « Comme je souffre beaucoup du froid de l'hiver, je vais me livrer à d'autres occupations, et fatigué de mon travail, je crois convenable de terminer ici ce présent livre. Au retour de la sérénité du doux printemps, je reprendrai dans les livres suivants le récit des faits. »
Il y eut à ce moment dans tous les couvents de la Normandie un redoublement d'activité pour ce genre de travail. Malgré tout, le nombre des livres était encore bien rare ; Robert, abbé du Mont Saint-Michel, remarque comme un fait important et digne de l'histoire la donation de 140 volumes faite à l'abbaye du Bec, par Philippe de Harcourt, évèque de Bayeux, au xii* siècle. Dans un extrait du Martyrologe de l'Abbaye du Mont Saint-Michel, cité par Duchesne, on lit : « X Calend. februarii — Obiit Thomas Clericus, qui nobis dédit bibliothecam. » Son seul titre à la sainteté était le don de quelques livres (3). Avant de mourir, le roi Guillaume se fit apporter ses trésors par le comte de Mortain, son frère ; et les historiens remarquent que parmi ces richesses il y avait beaucoup de livres, qu'il légua aux principales églises de ses Etats.
Lanfranc parvint à réunir à la bibliothèque du Bec une cinquantaine de volumes, chiffre considérable, même si nous le rap-