‹ Langage et chant des oiseauxChapitre 11 sur 17 · CHANT ; COMMENT LES CHANTS SONT RÉPARTIS SUR · texte numérisé non relu

CHANT ; COMMENT LES CHANTS SONT RÉPARTIS SUR

l’Échelle des sons, timbre, époque des concerts.

Enfin, l’oiseau produit des notes aiguës et graves à divers degrés, et il trouve dans des combinaisons régulières, quoique différentes de celles de notre musique, des périodes musicales capables de flatter beaucoup l’oreille et de traduire mieux qu’avec son langage ordinaire les plus beaux sentiments.

Pour nous en faire une idée exacte, reportonsnous d’abord à quelques principes que nous avons énoncés.

D’après Savard, le son produit, selon son acuité, de 14 à4.8000 vibrations appréciables; d’où il suit qu’il peut y avoir 48.000 moins 14, soit 47.986 variétés de sons, et un instrument de 47.986 cordes. De Vut de la gamme au52 inclusivement, il y a 112 vibrations, et de Vut au ré, 16.

Mais pour les déterminer, il faut l’instrument inventé et appelé sirène par Cagnard-Latour, et

même la roue dentée de Savard. Ces distinctions échappent à l’oreille la mieux organisée ; aussi la gamme diatonique ne se compose que de 7 des 112 sons possibles, et la gamme chromatique que de 12.

Les intervalles correspondant aux vibrations qui ne figurent pas dans la gamme n’ont pas été étendus ou restreints arbitrairement.

Des proportions qui ont été reconnues à ces intervalles dépendent non-seulement la distinction facile, mais encore les rapports harmonieux des sons. Quand on émet, soit successivement, soi simultanément, des séries de sons de cette échelle de la gamme, si on en produit seulement un qui ne soit pas mathématiquement à sa place, on fausse les rapports qui existent entre celui-là et les autres et il en résulte ce que l’on appelle une note fausse.

Il était impossible d’appliquer aux oiseaux ce genre de musique; en effet, chacune de leurs nombreuses espèces devait avoir un langage et un chant particuliers. Ensuite, les oiseaux non accouplés, et qui appartiennent à la même espèce, sont le plus souvent éloignés les uns des autres, surtout au moment de la reproduction. Quand, passagèrement, ils se rencontrent, il s’en faut qu’ils éprouvent au même moment le même sentiment. Il n’y avait donc pas de place pour un chef d’orchestre et les combinaisons de chants des oiseaux ne devaient pas être basées sur l’échelle de nos sons.

Toutefois leurs chants sont constitués de telle sorte qu’il en résulte de grands effets de musique et d’expression.

Les sons dont ils se composent sont pris non-

seulement dans les douze notes de notre gamme, mais encore parmi les vibrations qui s'échelonnent dans chaque intervalle d’une note à l’autre. Ainsi, un de leurs sons peut être non-seulement un ut ou un rc, mais encore une des vibrations intermédiaires.

Néanmoins, les notes qui se produisent successivement pour former une période n’ont pas de rapports heurtés et choquants.

L’oiseau a une certaine aptitude à produire des notes ascendantes qui ont entre elles des espèces d’intervalles de tierce et de quinte comme Xut, le mi et le sol, que donne la trompette à vide.

Souvent aussi, les notes intermédiaires qu’ils chantent ne sont pas sans analogie avec les notes si, la, fa, ré, et surtout avec les sons que supposent les commas, ou divisions d’un ton en neuf parties.

Aussi, pour écrire le chant des oiseaux nous emploierons les notes de la gamme, en mettant audessus ou au-dessous quand il le faudra, un chiffre du comma supérieur, dont il semble se rapprocher le plus. Nous écrirons ainsi :

Ut, Ut, Ut, ut, ut, ut, ut, ut.

Parle chiffre 9, nous indiquerons le coulé des neuf notes filées entre deux sons.

Les divisions du son pour le chant des oiseaux ne reposant pas sur des intervalles aussi grands, aussi appréciables et aussi réguliers que ceux des tons et des demi-tons, l’oiseau ne peut chanter faux comme nous quelquefois, et quand un certain

nombre d’oiseaux se font entendre sur un même point, il n’y a jamais de cacophonie.

Sous le rapport de la période, le chant de l’oiseau n’est pas encore sans ressemblance avec le nôtre. Il se compose de notes qui forment un ensemble musical et qui sont bien l’expression du sentiment éprouvé. Il présente parfois des particularités remarquables, la douce succession des notes espacées seulement d’un comma, d’un demi-ton ou d’un ton, les effets de transition de quarte, quinte, sixte et octave, l’agréable cadence du battement en forme de trille, le brillant de la roulade, le scintillement de la note d’agrément, les assemblages originaux et rhythmés pour composer la phrase, la sérénité du récit, la poésie des sons, le charme de la mélodie. Le chant, ne durant pas longtemps, est d’autant plus souvent répété. Il ne dure que 2 à 3 secondes pour la grive, de 2 à 3 pour le pinson, de 3 à 4 pour le merle, de 3 pour le rossignol, de 3 pour le troglodyte, de 4 à 5 pour la fauvette à tête noire, de 3, b et 8 pour le pipit des arbres, de 4 pour la fauvette grisette, de 2 pour la tourterelle, de 2 et même 5 minutes pour l’alouette.

La tourterelle , après 30 secondes de repos , reprend la série de ses roucoulements ; la fauvette grisette se repose à peine ; j’en ai entendu une répéter 203 fois de suite sa cantate ; une rousserolle effarvatte a redit la sienne pendant 21 minutes.

Entre les chants qui se font entendre sur un même point, il n’y a pas qu’une simultanéité de sonorité agréable à l’oreille. Quand on est attentif, on remarque avec beaucoup de plaisir, d’abord l’absence des notes fausses et de cacophonie, en-

suite des chants variés et échelonnés sur une étendue de cinq octaves, ayant pour base la gamine du diapason, des effets d’accords, de duo, de trio, de quatuor de symphonie et même des timbres plus nombreux que dans un orchestre, et toujours des manifestations variées et une exubérance de joie.

Le corbeau corneille donne des notes delà gamme du diapason, et ainsi déjà il se rapproche delà voix humaine; au contraire, les notes du roitelet huppé se confondent avec le cri de l’insecte. Entre le corbeau et le roitelet, et progressivement, nous entendons la grive, le rossignol, la fauvette grisette, etc.

Nous le savons, les instruments à vent appartenant à un seul genre, sont faits de la même manière et ont le même timbre.

La flexibilité des organes de la voix a, au contraire, permis à chaque homme d’avoir un timbre particulier. Pour des raisons analogues, le timbre de la voix des oiseaux a été très-varié, selon les espèces et même selon les individus.

Le martinet pousse des cris perçants comme ceux que l’on obtient en soufflant dans une clef forée (l).

Le héron gris a des notes stridentes et timbrées comme celles de la trompette.

Celles de l’hippolais et des rousserolles sont acérées comme celles du bignou.

On remarque dans le rossignol les douces et

(1) Pour caractériser les instincts de l’oiseau et ses chants, il a sem- . blé nécessaire d’employer assez souvent des expressions qui, dans leur sens absolu, ne s’appliquent qu’à l’homme, à ses facultés, à ses actes» à sa musique et à ses instruments; mais il est à peine besoin de le dire» ces expressions ne sont prises que dans un sens relatif.

pénétrantes vibrations du hautbois unies aux accents émus de la voix.

Avec la tourterelle, le coucou et le ramier, nous entendons des sons doux et veloutés comme ceux de la flûte.

Les cris, à raison de leur extrême acuité, peuvent être entendus de très-loin, et dans des milieux peu sonores; chargés des draperies de la végétation, ils deviennent doux à l’oreille.

Indépendamment de ces timbres principaux, il y en a encore d’autres bien caractérisés.

Qui ne connaît les gros éclats de voix du corbeau ?

Le merle et le loriot ont des notes sifflées, qui ne sont pas sans analogie avec les sons cristallins du flageolet.

La note du pinson rappelle par son éclat la clarinette.

Le héron butor fait penser à la contre-basse.

Enfin, chaque espèce d’oiseau a un timbre particulier qui tient plus ou moins des types dont nous venons de parler, mais qui en est sensiblement différent.

Il en résulte donc, pour les concerts de la nature, une grande variété de sons ; ces effets d’ensemble changent beaucoup selon la saison et l’heure de la journée.

ETATS constatant à quelle heure du matin différentes espèces d’oiseaux de la vallée de Saint-Dizier ont commencé à chanter les {^^mai 1877, 15jwml877 et juillet 1876, c’est-à-dire au commencement, aU milieu et à la fin de la saison principale de leur concert.

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