‹ Langage et chant des oiseauxChapitre 10 sur 17 · DES SONS QUI COMPOSENT LE CHANT ORDI · texte numérisé non relu

DES SONS QUI COMPOSENT LE CHANT ORDI

NAIRE DES OISEAUX. — NUANCES DE VOYELLES ET DE CONSONNES, PUISSANCE ET FAIBLESSE DU SON , ENTRAÎNEMENT ET GRAVITÉ ; INCISION DE l’aTTAQUE, MORDANT DU STACCATO ; DOUCEUR ET GRACE DES COULÉS ; CADENCE DE LA SYNCOPE , EFFETS DE RHYTHME.

Les oiseaux, on le comprend bien, n’ont pas ce qu’il faut pour composer et même pour parler une

(1) CRECERELLE, vient ^^kreko «retentir, faire du bruit». — Traquet : cet oiseau doit son nom au mouvement continuel de ses ailes et de sa queue, qui l’a fait comparer au traquet des moulins, que le vent, la vapeur et l’eau agitent d’une manière incessante. (M. Vincelot, t. I. p. 186.) — Bruant vient peut-être de bruire, signifiant « crier d’une manière aiguë », ou par onomatopée, comme expression du chant de l’oiseau, qui se rapproche de la syllabe brri, bru. (Ibid. ^ p. 303, 307.) — Fitis : Bechstein a donné ce nom comme l’expression éloignée de son

langue comme la nôtre; mais, grâce à la perfection de leurs instincts et de l’organisme de leur gosier, ils donnent à un son des nuances qui ont de l’analogie avec celles que nous exprimons et articulons au moyen des voyelles et des consonnes.

Par l’émission ou par la répétition variée d’un son et de ses nuances, ils arrivent à dire ou à apprendre ce qu’ils ne peuvent, dans quelques circonstances^ exprimer au moyen des attitudes et des signes, la surprise, l’anxiété, l’épouvante, la plainte, l’alarme, le sauve-qui-peut^ la fuite ou la résistance, l’appel, Tinvitation à manger, le suismoi, le départ, le coucher, le réveil, le oui, le non.

Ce langage, quoique très-laconique, est cependant d’une importance capitale; aussi il a été accordé à toutes espèces d’oiseaux, aux femelles et aux mâles, aux jeunes et aux vieux.

11 est le seul à l’usage des meilleurs chanteurs pendant la plus grande partie de Tannée, et ceux-ci l’emploient aussi bien que le chant pendant le printemps.

On trouve les nuances des voyelles a, e, i, o, u, et la diphthongue ou^ qui n’est qu’une voyelle simple, associées à des consonnes, dans le tac du traquet motteux^ les tochack ! schak^ schak de la grive litorine, le kara des rousserolles, le coac du cor-

chant, « fist,fîst ». — Lulu Lulu vient d’une particularité du chant.

— Tithys vient du cri de l’oiseau, tui, M. — Tavun vient de tarm, cri de l’oiseau. — Tourterelle vient du chant de l’oiseaiu tour, tour.

— Rossignol : voir Tarticle qui concerne cet oiseau. — Alouette vient à'Alauda «alouette, nom que les Romains, empruntèrent des Gaulois»; il fut très-expressif, formé de al « s’élever » et aud, « chant », mot à mot « qui s’élève en chantant », ce qui caractérise cet oiseau. (Court de Gébelin, Dictionnaire étymologique.)

beau corneille, et les ketkaya^ ketkayac^ de la caille, le tié de l’alouette, le fie tek^ tek^ du rouge-queue tithys ; le taeck de la fauvette des jardins, le détéroïde àQ l’hyppolais polyglotte, le du char-

donneret, le dié et le dieb du moineau domestique ; le tsig, isag, tsig^ tsag, du grimpereau, les sitt^ tzitt^ stiti, sitzitziotiy de la mésange charbonnière ; le vide et le vitt de l’hirondelle rustique, le sib et pipit du pipit des arbres, le ich du merle et le tzip de la grive chanteuse ; les yoyo et ditleo du loriot, le cotcodacot du coq, le bru du bouvreuil, le hup, hup, hup, de la huppe, le tu^ tu, tu^ de la sittelle, le lu^ lu, de l’alouette lulu, le trouî de la pie-grièche grise, le houloulou de la hulotte, le tour, tour, delà tourterelle^ le pouh, lioup, du grand ramier, le houhouhou de la colombe-colombin, le couiri de la bergeronnette grise et le coucou si connu.

On trouve le plus souvent dans les tons hauts la voyelle i, dans les plus bas, la voyelle o, ce qui est très-sensible dans le ditleo du loriot.

Les Allemands, qui font dans leur langue un usage si considérable de consonnes et qui, à ce sujet, ont l’oreille très-exercée, découvrent beaucoup d’articulations dans le langage des oiseaux. On peut en juger par le passage suivant que je copie dans Brehm (1).

« Le cri d’appel du pinson estjomÆ ou fijik; il lui donne des intonations différentes qui ont chacune leur signification propre. Lorsqu’il vole, il fait entendre un petit cri que l’on peut exprimer par gitpp, gupp. En cas de danger, il pousse le cri

(1) Les Oiseaux, t. I, p. 109.

d’avertissement siih, auquel les autres oiseaux sont attentifs.

« Lorsque le temps est mauvais, il fait entendre une sorte de grognement, que les enfants de la Thuringe traduisent par le mot regen, pluie. Son chant est composé de deux couplets qu’il répète rapidement ; c’est à ce chant qu’il doit l’intérêt que lui ont voué les amateurs.

« 11 y a certaines localités des montagnes où cette science est particulièrement cultivée. Sous ce rapport, les amateurs de la Thuringe, du Harz et de la Haute-Autriche, se sont acquis une grande réputation ; là où une oreille expérimentée saisit à peine une légère différence, ces gens reconnaissent avec sûreté vingt chants différents et plus. D’après Lenz, on en entendait dix-neuf aux environs de Schnepfenthal.

« l*" Le chant du vin perçant (scharfer Weingesang) : tzitzitzi willillilltih , dappldappldappl de weingihè ;

« 2*^ Le mauvais chant du vin (schlechterWeingesang) : tzitzitzitzi lUlUllülülisjihsjibsjibsjiwihdré ;

« 3° L’huile de pin (Kienol) : tzitzitzitzitzirrrre* zwoif zwolfzwoifzwoif ihdré ;

« 4° La bonne année folle (tôlier Gutjahr) : titititi* titetotototzespeutziah;

« 5® La bonne année du Harz (Harzer Gutjahr) : tzitziwillwillwülwülsespeutziah, Lenz n’a jamais entendu ce chant dans le Harz ;

« 6® La bonne année commune (geineiner Gutjahr) : tzitzitzüziwihéwihéwihétzéspeiitziah ;

« 7® Le cavalier (Reiter) : tzitzitzitzitzitzitzullullulljobjobjobjéreitjah ;

« 8® La cavalcade commune (gemeiner Reitzug) : tzitzitzitzirrrrihtjobjobjobjobjéroitihé ;

« 9® Le droit des racines grossier (grobe Würzgebühr) : tzitziteuteuleuetzellllljoteutzipiah ;

« 10® Le droit des racines ordinaire (Ordinare Würzgebühr ) : tzitzitzüzitzitzulleletscheiitscheutscheiitscheutzipiah ;

« il® Le verré (Werre) : tzitzUzitzeutzeiitzeiiwol- UllilUllworftziah ;

« 12® L’adieu résonnant (Klappscheid) : tzitzitzidisdisd isdis j ibj ib jib j ib jahtziah ;

« 13® La première mouchette (erste Putzschere) : tzitzitzito lllelelelzwoifwoifwoifzihe ;

« 14® La deuxième mouchette (zweite Putzschere) : tzitzitzitzitQÏtoïwillwültzihé ;

«13® La troisième mouchette (dritte Putzschere) : disdisdistntritritrilapclapclaptzike;

«16® La quatrième mouchette (vierte Putzschere) : tzitzitzillülilliïltototototzihé.

« Les dix premiers chants sont beaux : le verré a moins de valeur; l’adieu résonnant ne signifie rien, les mouchettes remplissent d’horreur le connaisseur.

« 17® Depuis 1852, le weida de Thuringe (Thüringer Weida) est venu du sud-ouest et s’est acclimaté aux environs de Schnepfenthal : tzüzirrihtjibjibjibjiweidjeh,

« 18® Le redoublé crépu (krauser Doppelte) : tzitzitzitzidlullullullullidlullteuftziah,

« 19® Le redoublé de Schmalkalde (Schmalkader Doppelschlag) est le chant préféré des amateurs de la Thuringe.

« 11 est interrompu par une pause ; est formé de

syllabes nettes, se suivant harmonieusement; se termine d’une façon éclatante, et chacune de ses moitiés vaut, à elle seule, un des autres bons chants. En le poussant, l’oiseau agite tout son corps. On croirait qu’il est épuisé après la première partie ; mais il se redresse et enlève brillamment la seconde. On peut ainsi le noter : tzitzitzitzitzitzüzitzitzitzivrrrentzèpiah, tololololololotzissscoutziah » .

Chacune de ces notes, ou mieux chaque série a son nom ; cette science, a, comme on le voit, sa langue à part. Les termes seuls varient suivant les contrées.

Dans ce chant, comme dans beaucoup de mots du langage des oiseaux signalés par Brehm, on trouverait des consonnes de toute espèce, même des nasales, des palatales et des labiales.

Ce qu’il y a de certain, c’est que, grâce au nombre et à la facilité des muscles du larynx inférieur, à la longueur du cou, à la mobilité et à la ténuité des anneaux de la trachée, aux flexuosités de ce tube et à la puissance de la dilatation du bec, l’oiseau peut, en émettant un son, lui donner un certain nombre des nuances qui caractérisent les voyelles et les consonnes.

Dans le langage ordinaire et dans les chants simples, il les accentue plus sensiblement que dans les vocalisations et alors nous percevons sans efforts quelques consonnes palatales sifflantes et linguales ; particulièrement l’u est distinct dans le krach du geai et le krak de la pie et quelques oiseaux l’emploient pour être plus énergiques dans leurs cris. A la vue d’un renard, le rossignol pousse son kroek et son kaerr. Quand un moineau veut

faire le méchant, il articule son telterrreltertelteltel. Dans le péril, la mésange charbonnière lance son terrrrr.

Ainsi le son est assez nuancé pour indiquer qu’il vient de telle ou telle espèce, de tel ou tel individu, et qu’il exprime quelquefois tel ou tel sentiment.

Les oiseaux comprennent parfaitement toutes ces variétés, et nous-mêmes nous en saisissons les principales. Nous aurons plus loin l’occasion de citer des exemples.

Pour donner à son langage la variété qui lui est nécessaire, l’oiseau a d’ailleurs recours à d^autres moyens.

Ainsi sa note est plus ou moins forte selon que ranimai est plus ou moins gros. On peut s’en faire une idée en comparant la note du pic-vert à celle du pic-épeichette.

Elle est renforcée ou adoucie, la colombe-colombin nous en donne un exemple dans son hoiip houp.

Elle a un timbre particulier. Ainsi les notes de la fauvette grisette et de la tourterelle rappellent celles de la musette et de la flûte.

Elle est sèche chez le pic, éraillée chez le rossignol irrité, suave chez la femelle du pouillot sylvicoe.

Enfin, une seule émission de voix peut être brève ou longue et même, sous le rapport de la tenue, elle varie de manière à avoir la durée si musicale d’une triple, d’une double, d’une simple croche, d’une noire et d’une blanche.

Dans son roulement, le moineau fait une série de

doubles croches, le pouillot sylvicole quand il implore la pitié de l’homme qui marche près de son nid, fait une noire. La dernière note du cri de la hulotte est une blanche.

Par les variétés que nous venons de signaler on voit qu’une seule note peut déjà exprimer beaucoup de choses et le fait est qu’à son audition nous constatons dans le fond d’un bois la présence d’un picvert, d’un pic épeiche, d’un pic épeichette, d’un gros bec, d’une grive, d’une fauvette à tête noire, d’un rouge-gorge, d’un troglodyte, etc.

Mais une note peut se répéter avec telle ou telle nuance, et ainsi donner lieu à des combinaisons nouvelles, de là :

L’entraînante impétuosité de la double croche que souvent on constate, la gravité d’une tenue du genre de celles que l’on entend dans le chant perlé de l’alouette ;

L’incisive attaque d’une note, d’une double croche suivie d’une croche, comme la pratiquent l’hippolais et l’effarvatte ;

Le mordant du staccato du torcol ;

La douceur et la grâce des notes unies et coulées, comme sur une corde à violon, par le pouillot lîtis ;

La cadence delà syncope comme la donne le grand ramier ;

Le rhythme de notes égales en durée et redites régulièrement, comme aussi la répétition régulière des périodes, ce qui se présente dans la cantate de la fauvette babillarde ;

Les mystérieux effets de sourdine du martinet ;

Le sforzando et le diminuendo alternatifs du

pouillot fîtis; le crescendo et le decrescendo du pipit des arbres.

Toutes ces variétés des sons donnent déjà quelque chose de musical au langage.

Avec des mélanges de sérénité et de volubilité, d’ardeur et de passion, on passe de la causerie à la déclamation, à l’éloquence et même au chant. Et il arrive que souvent on ne sait ce qu’on a le plus à admirer de l’un ou de l’autre.

§ 3. — DES SONS, LEUR ÉCHELLE, NOTES DE l’ACCORD

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