CONCISION, CLARTÉ, UNIVERSALITÉ DU LANGAGE ORDINAIRE
Nous avons déjà dit qu’un langage composé de quelques sons permettait à un oiseau d’exprimer les phases principales relatives à la défense, à la nourriture, au sommeil, à la locomotion, à la chasse (1).
Par ses mouvements et ses attitudes, il complète ces manifestations^ et nous constatons qu’il est compris des membres de sa famille, de son espèce, de beaucoup d’autres oiseaux et animaux, et de l’homme.
Une mère devine bien vite le jargon de son en- • fant. Quand la perdrix a jeté son cri d’alarme, la compagnie a de suite levé la tête, le pied et l’aile.
Qu’un homme passe près d’un nid de rossignol, cet oiseau lui exprime soit par une note attendrie, soit par un affreux râlement, sa supplique ou son effroi, et l’homme ne se méprend pas sur le sens de sa parole.
(1) Il est k remarquer que les mots de notre dictionnaire qui répondent à de pareilles nécessités sont en général plus courts et plus simples que les autres ; comme exemple, nous avons le ouï et le non^ les interjections, les commandements militaires.
Kl
ÿ Un langage moins concis et moins clair que celui
dont se servent les oiseaux eût amené de la confu- ' sion et du désordre. Personnification du mouvement, ces animaux ont besoin, en effet, d’aller vite en tout ; il y en a de beaucoup d’espèces dans le même lieu, et quelques-unes d’elles parlent de très-loin. Le corbeau se fait entendre à plusieurs kilomètres.
Le langage de l’oiseau a encore le mérite d’être universel, le même aujourd’hui qu’à la création du monde, le même en France qu’en Allemagne.
Sous ce rapport, il a les caractères du langage, des formes et des couleurs de la nature.
Il en résulte que, en dehors dp son mérite comme imitation d’une situation quelconque, il a l’avantage d’être très-expressif et facile à saisir. Aussi les ^ jeunes oiseaux savent bien vite à quoi s’en tenir
' • sur les causeries de la gent emplumée, et nous pouvons reconnaître et constater dans un bois, la I présence de tels ou tels éliminateurs, le genre des
^ services qu’ils nous rendent, si le nombre des ou-
l vriers est proportionné à la surabondance de la
; production.
§ 2. — PRÉCISION ET RICHESSE d’eXPRESSION DU CHANT.
Certains oiseaux ajoutent quelquefois un peu de chant à leur langage, et même souvent ils ne font que chanter.
Dans ce chant nous trouvons de la brièveté, de la netteté, mais aussi une grande richesse d’expression.
L’oiseau a un air qui est particulièrement en rapport avec ses sentiments dominants ; mais il le varie et l’accentue d’une autre façon pour exprimer tous les autres. Ainsi, l’alouette met un peu plus de passion dans son chant au printemps et un peu plus de sérénité à la fin de l’été. Le chant de la fauvette à tête noire n’a pas non plus en septembre l’ardeur qu’il avait au printemps. Combien de nuances nous échappent I Cependant nous savons que le moindre air comme sonorité peut exprimer les plus grandes choses. Le bruissement des feuilles, le murmure d’une cascade n’ont pas une grande valeur musicale; mais ce sont les voix par lesquelles se manifestent le mouvement et la vie de notre planète. Elles nous rappellent que le jour où il n’y aurait plus ni vent ni courant d’eau, Dieu aurait mis fin à notre existence, et que ces grands rouages de la mécanique terrestre ne sont dus qu’à son infinie bonté. Chacun le sait aussi, des Suisses exilés ont été pris de nostalgie en entendant le ranz des vaches.
Un chant simple, mais échauffé par le cœur, produit des effets d’une très-grande puissance.
Telle est la raison principale du plaisir que nous éprouvons à entendre les oiseaux chanter.
En effet, le charme de ce chant s’explique bien plus par les sentiments qu’il affirme que par des effets de sonorité ; le chant est le moyen et non le but. C’est ce que nous allons voir.
LANGAGE ET GlIANT DES OISEAUX.