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NOMBRE DES CHANTEURS. ILS SONT CHOISIS PARMI LES PASSEREAUX

Une première question qui se présente est celle-ci : Combien avons-nous d’espèces d’oiseaux qui chantent ?

Brelim en mentionne principales et nous savons qu’on a déterminé plus de 10.000 espèces d’oiseaux.

Dans notre pays nous avons 287 espèces d’oiseaux et 30 espèces environ de chanteurs.

Comme on le voit, ces espèces de chanteurs sont en petit nombre ; pourquoi ? Les gros n’auraient pas assez de souffle pour soutenir leur chant, et en chantant ils donneraient trop de prise à leurs ennemis.

D’autre part, les insectes et les autres petites espèces étaient par leur faiblesse incapables de mettre leur chant à profit; on peut en juger par le cri-cri du grillon.

Les oiseaux de petite et de très-petite taille avaient, au contraire, plus que tous les autres ce qu’il faut pour chanter.

Comme oiseaux, ils ont la respiration double, ils se tiennent droits , à une hauteur qui favorise l’émission du son. Ils ont dans les organes beaucoup de finesse et de souplesse. Les notes qu’ils produisent s’élèvent jusqu’aux cris indéterminables de l’insecte et descendent jusqu’à la limite où ils offriraient des inconvénients graves. Dans la construction du nid, ces oiseaux déploient un instinct qui accuse chez eux une certaine supério-

rité pour les grandes choses, et ils sont les plus gracieux des animaux : pour ces raisons ils ont mérité plus que d’autres d’être poétisés par les hommes et par la religion et d’être considérés comme l’un des plus beaux ornements de la nature.

Du moment où le chant de l’animal devait faire partie de la création, il convenait donc que certains passereaux en fussent chargés.

Remarquons-le toutefois, le langage ordinaire leur eût suffi aussi bien qu’aux autres passereaux qui ne chantent pas, et, s’ils ont le privilège de chanter, c’est non-seulement pour mieux exprimer leurs plus beaux sentiments, mais encore et surtout pour être en quelque sorte les délégués de tous les oiseaux et de tous les animaux, les chantres de la nature entière. Ils sont ainsi appelés à donner aux abstractions de la vérité la forme la plus saisissable et la plus saisissante qu’elle puisse avoir.

La femelle étant surtout chargée des soins de la famille, le mâle avait plus de temps pour chanter et son chant pouvait annoncer toujours à sa compagne qu’elle était bien gardée et protégée.

§4. — COMME LANGAGE DU PLAISIR, LE CHANT EXPRIME LES JOIES DE LA FAMILLE, DE LA SOCIÉTÉ, DE LA PATRIE, DU BEAU, DE LA PAIX, DE LA CUEILLETTE, DE LA CHASSE , DU BIEN-ÊTRE ; IL PROCLAME LES GRANDS ACTES DE LA CRÉATION ET DE LA VIE.

Il est donc très-intéressant de savoir tout ce que chantent les oiseaux.

Leur chant est avant tout l’expression du plaisir

et du bonheur, et par ses nuances il exprime qu’il en est le mobile principal. De ces nuances, il en est une qui est manifeste pour tout le monde, c’est celle qui a pour objet la plus intime des unions, celle de la famille ; elle débute par la joie des fiançailles, se continue par celle des noces et finit par celle de la maternité, de la paternité et de l’amour filial. — Les pontes se renouvelant, ces chants se continuent pendant les 3 ou 4 mois du printemps.

Le plaisir de société est aussi goûté entre individus de même espèce et même entre espèces différentes.

Le lieu qui se trouve départi à un oiseau pour sa naissance ou sa résidence habituelle , a encore pour lui un attrait particulier.

Il goûte les plaisirs du beau.

Soumis lui-même à des éliminations régulières, il apprécie d’autant plus les bienfaits de la paix.

Eliminateur^ il adore la chasse, il aime la cueillette.

Comme tous les animaux, il est sensible au bienêtre.

Toutes ces nuances de faits, de plaisirs, se retrouvent dans le chant des oiseaux*

Mais si certains passereaux chantent, à la différence de tant d’autres, c’est qu’en même temps et surtout ils ont été choisis pour proclamer partout et toujours la gloire de Dieu et sa vérité.

Aussi le chant des oiseaux a une puissance à laquelle personne n’échappe (1).

(1) Eu chinois, le mot ming, qui est la traduction du mot chant, s’écrit avec deux caractères dont Eun signifie bouche et l’autre oiseau.

Revenons maintenant sur chacune de ces énonciations.

Si un acte de la vie des oiseaux mérite d’être accompagné de joie, c’est celui du renouvellement et de la multiplication des espèces, de la participation à la création perpétuelle d’une partie du monde.

Or, nous voyons que, dans les phases diverses de la reproduction, les oiseaux en général donnent la meilleure partie de leur chant.

Il y a d'abord les promesses de mariage faites et acceptées librement, nullement déterminées par la richesse d’une dot ou des espérances ambitieuses, mais uniquement inspirées par les attractions du cœur. Ensuite les noces qui durent autant que la ponte, pendant lesquelles l’ardeur, l’entrain et la constance donnent lieu à d’étourdissantes chansons.

Arrive bien vite l’incubation, l’élevage des petits au nid et hors du nid, période relativement longue et pendant laquelle les chants retentissent encore.

Tandis que l’épouse devenue mère est comme enchaînée à ses œufs, le mari, embrasé à son tour de l’amour paternel, monte sur son observatoire et, les yeux fixés sur le berceau auquel sont confiées tant d’espérances, il veille, et, quand il le faut, il porte de la nourriture à la mère. Pendant l’élevage des petits, malgré les fatigues et les peines, il chante encore à gorge déployée. Les garçons et les fillettes sont si intéressants !

A chaque ponte mêmes manifestations, et ainsi passe le printemps au milieu des chants de famille des oiseaux.

Après l’élevage, la famille se disperse et part bientôt pour l’exil, adieu les chants.

Cependant tout n’est pas fini avec cet esprit de famille, il y a encore une phase importante des relations de société.

Dès la fin de juillet, les moineaux jeunes et vieux se montrent en bandes qui soir et matin ont les conversations les plus animées et les plus enjouées.

Les hirondelles forment parfois par leur nombre des espèces de nuages. Les alouettes habitant la même contrée se complaisent à mêler leurs chants.

Autre satisfaction. Malgré ses facilités de locomotion, l’oiseau ne se déplace pas sans quelque peine ; il ne connaît si bien les ressources du pays qu’en y séjournant.

Cela est surtout vrai, quand il y a un nid à faire, une famille à élever. Par la force des choses, il plante donc sa tente sur un point quelconque des contrées préparées pour son espèce. Ce lieu n’est pas pour lui un simple témoin qui rappelle et renouvelle parle souvenir tous les bienfaits dont il a joui ; mais on ne peut pas douter que l’oiseau n’ait un culte particulier pour l’arbre sur les branches duquel lui et ses petits ont été bercés, pour les plantes qui lui ont fourni la nourriture, pour le lieu où il a éprouvé tant de jouissances.

Aussi la règle générale est qu’il revient au même lieu ; l’hirondelle rustique à son arrivée se plaît à gazouiller les joies du retour dans la patrie.

Incontestablement encore l’oiseau perçoit le beau, sans doute pas à notre façon; mais il en jouit et le proclame dans ses chants.

Pourquoi le beau plus que le monotone et le

laid ne serait-il pas, même pour les oiseaux, la forme de ce que leur imagination peut concevoir de plus grand, de plus puissant, et de meilleur ?

En effet, l’alouette chante la lumière et le soleil. La fauvette à tête noire dans une jolie chambrette de verdure ne peut contenir sa joie.

Comment ne pas encore chanter la cueillette des fruits ? Ecoutez plutôt ces chardonnerets fredonner leurs petits airs en cherchant les graines dans le coton des plantes.

S’il aime la cueillette, l’oiseau adore la chasse, l’oiseau c’est la chasse permanente , l’ouverture commence au sortir du nid et il n’y a d’autre clôture qu’à la mort. Les jours de chasse ne comptent pas dans la vie, disait Abd-el-Kader ! Que ne doivent pas être alors les transports des oiseaux chasseurs I Aussi écoutez encore ces cris de fanfare et d’halali de l’hirondelle, suivis quelquefois de gazouillements gracieux et joyeux.

Par cela même qu’il est chasseur , l’oiseau apprécie d’autant plus le bonheur de ne pas être chassé. Quand une grive a échappé à un busard et qu’elle est revenue de sa frayeur, ce qu’elle chante n’est-ce pas Thymne de la paix ?

11 n’est pas défendu assurément à un oiseau de bien dîner, de bien dormir et d’en être satisfait au point de le dire et de le chanter. Aussi le pinson semble souvent entonner la chanson de table, et au réveil les moineaux sont quelquefois dans une jubilation étourdissante, les festins perpétuels des oiseaux donnent lieu à des joies sans borne.

Enfin, quand les oiseaux, au moment des migrations et des gelées printanières , ont été mis à

l’épreuve du froid, ils apprécient d’autant plus la température chaude ou modérée : — les hirondelles en s^étalant au soleil, gazouillent agréablement.

Est-ce là tout ce qu’exprime le chant des oiseaux ?

Rappelons-nous ce que nous avons dit ailleurs. Dieu a fait avant tout de l’oiseau un éliminateur et ainsi un serviteur de l’homme ; mais les actes qu’en cela il accomplit sont en même temps indispensables à sa vie et à son bien-être. — Il est donc très-intéressé à s’acquitter de sa tâche d’éliminateur et, quoique d’une manière inconsciente, il la remplit parfaitement.

De même, quand ce gracieux animal chante, il a le plaisir d’exalter et ainsi de doubler son bonheur, comme aussi de le manifester a sa famille et à d’autres oiseaux; mais ce serait s’arrêter à la surface des choses que de ne pas voir d’autre signification à un si grand fait. Si les fleurs ont été créées non pas pour elles-mêmes, mais afin de porter des parfums et d’étaler sous nos regards les formes les plus gracieuses, unies aux couleurs les plus éclatantes, les oiseaux ont été chargés de donner de merveilleux concerts.

L’oiseau chante surtout pour attirer l’attention de riiomme et pour lui redire ainsi ce qu’il a le plus d’intérêt à connaître. — 11 ne se lasse pas de lui parler son plus beau langage, parce que par ce même acte il se donne à lui-même les plus grandes satisfactions du cœur.

En résumé, si^ sans culture et sans ensemencement de sa part, il trouve toujours à moissonner, s’il lui suffit de chasser quand il a faim pour pour-

voir à ses besoins; si, malgré ses éliminateurs qui le surveillent et qui sont prêts à le harceler, il est si souvent insaisissable et goûte la tranquillité de la paix et du sommeil ; s’il a les joies de la patrie ; si, grâce à d’admirables voyages, il ne connaît pas l’hiver ; s’il a les enivrements de la chasse, les douces et nobles affections de la famille et de la société; si le beau a le don de l’émouvoir, et s’il est assez heureux pour chanter pendant une saison entière et quelquefois presque toute l’année, ces faits ne révèlent-ils pas avant tout l’action manifeste de la Providence?

Le chant de l’oiseau est donc l’efflorescence du cœur, l’exaltation des joies les plus nobles, la proclamation des grandeurs de la création, et de la haute destinée de l’homme, puisque ces merveilles existent pour lui.

Or, la vérité pour sortir des sphères de l’abstraction avait besoin d’un langage approprié à notre faiblesse; il lui fallait une forme sensible, mais la plus belle qu’on pût imaginer ; et la beauté a été créée. De là l’harmonie des formes et des proportions, les brillantes couleurs^ la suavité et la pénétration du son. Chaque partie du globe a eu ses manifestations providentielles. Au soleil des tropiques ont été donnés pour cortège les diamants de la végétation, les oiseaux chargés de pierreries. Dans la douce température de notre France nous possédons, comme autant de lyres suspendues entre le ciel et la terre, les premiers rois du chant, et nous avons le privilège d’entendre souvent les notes perlées du rossignol, l’hymne de l’alouette et les chœurs magnifiques de l’air.

Le beau dans la nature c’est le verre grossissant qui rend appréciable la destination des choses, qui rend visible l’immatériel, l’invisible. C’est le miroir dans lequel se reflètent les splendeurs de l’infini et les grandeurs de Dieu.

Le chant, c’est le sublime dans le beau, parcequ’il est l’expression de la foi, de l’espérance et de l’amour, c’est la fleur sur un cimetière, l’étoile au milieu de la nuit, une voix amie dans le désert, un prélude des éternelles harmonies.

Et maintenant, est-il étonnant que toujours et dans tous les pays, dans toutes les positions sociales, dans la chaumière comme dans le château, le chant si mélodieux et si expressif de l’oiseau ait attiré l’attention des philosophes, captivé le cœur des poètes, et attendri tous ceux qui ont le sentiment du beau, du vrai et du bien ?

Types et Variétés.

CAUSERIES, CRIS, CANTATES, MÉLODIES, IMITATIONS, MUSIQUE d’ensemble.

Si nous passons en revue les divers genres de manifestations auxquelles se livrent les oiseaux, nous trouvons des types singulièrement différents: d’abord dans le langage ordinaire, les causeries du moineau^ les cris du martinet et de l’hirondelle qui, par leur animation, leur accentuation, leur sonorité et leur tenue, se rapprochent du chant.

Le pinson, la fauvette grisette, la tourterelle, le chardonneret, répètent un certain nombre de fois la même note et y ajoutent de petites variétés musicales ; leur mélange de récitatifs animés et d’airs forme des espèces de cantates.

Le rossignol, la grive, la fauvette à tête noire, le troglodyte, le rouge-gorge, chantent des mélodies remarquables, par la durée, la douceur, la variété, l’étendue de transitions et de beaux effets de sonorité.

A ces mélodies se rattachent les airs sifflés par le merle et par le loriot, les périodes vibrantes dé l’effarvatte.

Quelques oiseaux , en dehors de leur chant propre, composent des imitations du chant des autres.

LANGAGE ET CHANT DES OISEAUX. 5f)

Enfin, ce qu’il y a de plus saisissant, ce ne sont pas les mélodies, c’est la musique d’ensemble.

Alors, la musique, c’est le nombre, l’universalité, l’harmonie, la puissance. Le plus souvent, dans la nature, les voix se marient entre elles et s’unissent au langage des formes et des couleurs. Les gracieux concerts des oiseaux se confondent avec le riche coloris des fleurs, la luxuriante verdure des forêts, la majesté des grands arbres, les douces ondulations de la plaine, les masses imposantes des montagnes et des rochers, le merveilleux cristal de l’air et de l’eau, l’immensité de la mer, les splen.. deurs du soleil.

C’est au milieu de ces concerts universels de formes, de couleurs et de chants, qu’il faut se transporter, pour apprécier à leur valeur nos aimables chanteurs.

En étudiant quelques types, il ne serait donc pas naturel de les isoler du milieu dans lequel ils se manifestent. Une fleur n’est si belle qu’au milieu des feuilles qui l’encadrent.

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