‹ Langage et chant des oiseauxChapitre 17 sur 17 · MÉLODIES · texte numérisé non relu

MÉLODIES

N° 1. — Rossignol.

D’après mon savant ami , M. Vincelot, que la science vient de perdre (1), le mot français rossignol a été formé par corruption du latin lusciniana, mot qui dérive de lusciniiis employé par Plaute pour désigner cette fauvette. Liiscmhis ou luscinia est formé de lux, lucis « jour » ou de lucus « bois « et de canere « chanter)) et signifie alors : « oiseau qui chante au point du jour )) ou « dans le bois », qui canit sud lucem ou m lucis.

« Certains autheurs veulent que les latins l’ont nommé lucinia^ ayants ouïr son chant continuer en Pumbrage obscure, sachants que Lucus en latin est à dire umbrage )). (Belon, livre xii, page 335.)

C’est à juste titre que le rossignol a été remarqué comme chanteur. On l’a même de tout temps proclamé le roi du chant. Il n’a pour trône que de faibles branches ; mais son humble royauté est à l’épreuve du temps. Elle a survécu à toutes les

(1) Les noms d’ Oiseaux expliqués par leurs mœurs, t. I, p. 235.

institutions de l’antiquité, du moyen âge et des temps modernes ; elle reste avec toute son autorité et son hérédité.

Qui donc guida ta voix novice Dans ses mélodieux détours?

Que dis-je? as-tu besoin d’un maître?

Non, non, il t’a suffi de naître,

Semblable aux élus du Seigneur (1).

A chaque printemps (2), le rossignol a le privilège de se faire admirer et aimer, et son prestige tient presque entièrement à la supériorité de son chant ; car son plumage est des plus modestes. 11 aime à se cacher, semblable en cela à la violette qui, dans sa retraite, répand d’agréables parfums.

Cependant le corps du rossignol a de belles proportions et ses attitudes sont empreintes de dignité et de grâce, il a des airs de noblesse que l’on chercherait en vain dans le monde des moineaux.

De plus il est habile en architecture. Son nid est un modèle.

Tout annonce donc en lui la royauté de l’art.

Aussi il lui a été donné de chanter le répertoire entier des autres oiseaux. Quand le silence de la nuit succède aux clameurs du jour ; quand on entend à peine le bruissement des feuilles et le murmure de la cascade ; quand tous les autres chanteurs se taisent ; quand la voix s’unit à la douce sérénité de la lune, du crépuscule ou de l’aube, et qu’ainsi le son et la lumière nous apparaissent dans des sphères si éloignées de la matière, si près des régions

(1) Mme Amable Tastu.

(2) Deux années de suite, des rossignols de mon voisinage sont venus élever leurs petits dans le même nid.

GO

de la vérité, de la pensée et du sentiment, alors le rossignol semble se complaire dans ses méditations, dans les ardeurs de son cœur et de son chant (1).

Cet oiseau, qui, pour fuir l’iiiver avec la disette et les glaces, est descendu jusqu’en Afrique, aime à chanter le retour dans la patrie, les nuits si tempérées et si belles du mois de mai , les mystérieuses transitions de l’obscurité et de la lumière, le ciel émaillé d’étoiles, le clair de lune. 11 chante la luxuriante végétation du printemps, la feuillée, les fleurs, toutes les joies de la famille, les préliminaires du mariage, les noces, les petites têtes blondes.

Aussi de quel admirable gosier n’a-t-il pas été doté !

Tout est dans ses moyens, la note cristalline ou assourdie, vibrante, renforcée ou adoucie, pleine, sèche ou éraillée, rapide ou lente, impétueuse ou grave, incisive ou coulée, la cadence^ le rhythme, le charme, la durée et l’étendue de la mélodie, les battements en tierces, en sixtes et en octaves, les trilles, la période perlée, les roulades.

Son chant si musical parcourt une octave et demie.

A ses débuts, on devine l’artiste par excellence, le grand ténor de la nature, le virtuose admiré des hommes et des animaux, de tous ceux qui ont l’oreille et le cœur sensibles.

Son théâtre c’est le jardin, le parc, les jeunes taillis, loin des odeurs des lampes, sous la voûte du ciel, au milieu du feuillage et des fleurs.

(1) Rossignol se traduit en allemand par Nachtigall, qui signifie « chanteur de nuit ».

Créé pour la gloire du printemps, le rossignol sait bien qu’il lui faudra déposer son admirable instrument quand viendra l’été, aussi il se laisse aller à tous ses entraînements. La pluie ne lui impose pas silence, il s'attarde avec les chouettes et devance le coq.

Quelles ne sont pas ses angoisses quand viennent à tomber les premières notes de son clavier ! Chaque jour son impuissance augmente : bientôt il ne lui reste plus qu’un lambeau de phrase, quelques notes. Mais aussi quel enthousiasme au printemps suivant, quand il retrouve de nouveaux sons! En quelques jours redevenu le roi des chanteurs, il exalte sa bienvenue.

C’est à notre immortel Buffon qu’il appartient de parler du rossignol, et je suis heureux de lui emprunter, pour couronnement de mes appréciations, une page éloquente entre toutes :

« D’autres oiseaux chanteurs se font écouter avec plaisir, quand le rossignol se tait. Les uns ont d’aussi beaux sons, les autres ont le timbre aussi pur et plus doux, d’autres des tours de gosier aussi flatteurs. Mais il n’en est pas un seul que le rossignol n’efface par la réunion complète de ses talents divers et par la prodigieuse variété de son ramage, en sorte que la chanson de chacun de ces oiseaux, prise dans toute son étendue, n’est qu’un couplet de celle du rossignol. Le rossignol charme toujours et ne se répète jamais, du moins, jamais servilement. S’il redit quelque passage, ce passage est animé d’un accent nouveau, embelli par de nouveaux agréments.

« Il réussit dans tous les genres et rend toutes

les expressions, il saisit tous les caractères, etc.; de plus, il sait en augmenter Teffetpar des contrastes. Ce coryphée du printemps se prépare-t-il à chanter l’hymne de la nature, il commence par un prélude timide, par des sons faibles, presque indécis, comme s’il voulait essayer son instrument. Mais ensuite il s’anime par degrés, il s’échauffe et bientôt il déploie dans toute leur plénitude toutes les ressources de son incomparable organe, coups de gosier éclatants, batteries vives et légères, fusées de chant, où la netteté est égale à la volubilité, roulades précipitées, brillantes et rapides, articulées avec force et même avec une dureté de bon goût, sons enchanteurs et pénétrants, vrais soupirs d’amour et de volupté qui semblent sortir du cœur et font palpiter tous les cœurs ».

N° 2. — Grive.

Des oiseaux de moyenne taille, la grive est le plus remarquable chanteur. A la différence du merle, du loriot et de l’étourneau qui sifflent, elle articule ses sons et elle leur donne tour à tour la sonorité et l’éclat des instruments à anche, la douceur, la fraîcheur et l’animation de la voix. Sur une étendue d’une quinte et plus elle exécute des fragments de mélodies alternés de batteries brillantes et d’intonations hardies.

Comme le rossignol, elle brille par l’originalité, la variété, l’ampleur et la richesse du chant. Elle donne ses concerts un mois au moins avant lui, quinze jours avant la fauvette à tête noire, et alors dans la forêt elle est sans rival. Les Norwégiens

appellent celte grive le rossignol du nord, le poète Welcker lui a donné le nom de rossignol des forêts.

Mais ce qui constitue toujours sa supériorité, c’est l’énergique puissance de sa voix. Aucun chanteur ne se fait entendre de plus haut ni de plus loin. A elle les grandes enceintes comme à la fauvette le buisson.

Aussitôt son retour, vers le 10 février (1), elle se perche solennellement à la cime d’un chêne et elle se livre à l’exaltation de sa joie. La réapparition des petits animaux dont elle se nourrit, le retour dans le lieu de sa naissance, les premiers et les derniers rayons du jour, les promesses du printemps, donnent à son chant les accents de la gaieté, de la contemplation et de la tendresse.

En mars, à l’approche de la nuit, c’est pour le chasseur à la bécasse un bonheur que d’entendre cette virtuose des forêts. Alors et au milieu d’un profond silence, elle dit et redit avec un incomparable brio son grand air. Mais bientôt les étoiles paraissent, les notes s’adoucissent et deviennent de plus en plus rares pour finir comme le tintement de V Angélus. Alors la hulotte fait entendre des miaulements, les bécasses sifflent et passent, les coups de fusil retentissent, contrastes frappants du jour et de la nuit, de la vie et de la mort.

La grive est de la race des artistes, elle excelle encore dans l’art de construire son nid, et ses œufs sont d’un magnifique bleu pointillé de noir. Elle est belle et gracieuse et son plumage de teinte grill) En 1877, elle est arrivée exceptionnellement, le 6 janvier.

sàtrc, mais lustré et accentué de blanc et de roux, n’est pas sans attrait pour qui l’examine de près.

A sa gloire nous devons ajouter qu’elle est un précieux éliminateur , qu’elle détruit beaucoup d’insectes et d’autres petits animaux.

Elle aime les escargots; les jeunes disparaissent dans son gosier, comme des goutelettes d’eau. Poulies gros, voici comment elle procède : avec son bec, elle empoigne le rebord de la coquille, elle la soulève et la lance vigoureusement contre du bois ou de la pierre jusqu’à ce qu’elle éclate. Alors par le trou qui se fait, elle attrape le mollusque, le secoue, le frotte contre terre pour le dégager de son calcaire et l’avale aussitôt.

Dans une cage j’en ai vu une qui commençait ses opérations à 3 h. 1/2 du matin. Après ce prélude de castagnette et l’onctueux déjeuner qui s’en suivait, elle entonnait avec toute son ardeur et sa puissance le chant du crépuscule.

On fait à la grive le crime d’aimer le raisin. Je ne dis pas qu’on ait tort de l’éloigner des vignes; mais pourquoi être inexorable? Comme tous les insectivores, nos beaux chanteurs et nos meilleurs serviteurs, elle a besoin de se dégraisser la bouche et elle se permet quelquefois un peu de maigre et même de dessert. De plus, avant la maturité du raisin et longtemps après les vendanges, elle fréquente le vignoble, elle cherche et mange les insectes qui s’attachent aux racines, aux bois et aux feuilles, les escargots qui grimpent aux fruits.

Je connais aussi un proverbe : A défaut de grives, on mange des merles.

Eh bien ! épouvantez, éloignez, tuez même au

fusil, si vous le voulez, parceque cette chasse n’est pas sensiblement destructive, mais repoussez tout ce qui est destruction et proscription.

N® 3. — Fauvette à tète noire.

Quand on a parlé du rossignol, il semble qu’il reste peu de choses à dire des autres solistes. Cependant parmi les oiseaux de nos contrées on compte trente espèces de chanteurs environ, et assurément plusieurs d’entre eux ont beaucoup de mérite.

Cette fauvette se distingue facilement par sa chevelure noire ou brune (1); mais ce qui la rend particulièrement intéressante, c’est sa tenue simple et modeste, la douceur de sa physionomie et de son chant.

Avec quelle délicatesse elle dit sa romance et comme elle semble heureuse de chanter à sa famille et à ses intimes toutes les inspirations de son cœur !

Depuis vingt ans, un couple de fauvettes vient passer la bonne saison dans mon jardin. Raconter en détail leur histoire serait trop long; mais à Cappui de ce que j’ai avancé, je dois au moins en dire quelques mots.

Elles paraissent du 23 mars au 2 avril et repartent du 26 septembre au 6 octobre. A leur arrivée, elles vont se régaler des fruits de lierre qui n’ont pas été mangés pendant les neiges par les merle et les litornes. Puis le mâle s’essaie à chan-

(1) Elle est noire chez le mâle et brune chez la femelle.

ter; ce n’est qu’au bout de quelques jours qu’il recouvre tous ses moyens. Alors ses notes se timbrent comme le cristal, acquièrent la douceur et la pénétration de la voix, et je puis admirer de nouveau les phrases mélodieuses qui depuis si longtemps déjà dans les jours de fête et de deuil m’ont été constamment adressées.

Ces chers oiseaux se considèrent sans doute comme co-propriétaires de mon jardin. Ils en connaissent toutes les retraites où se trouvent les insectes. Je les vois fureter dans les buissons d’arbustes d’agrément^ sauter de branche en branches sur les arbres verts, et, comme les roitelets, en détruire les plus petits parasites, porter dans leur bec des chenilles destinées aux petits.

La nourriture ne manque donc pas ; mais on ne mange pas constamment, et les jours de noce passent vite. Cependant, près du gazon et des corbeilles de fleurs, sous des ombrages de verdure, si la fauvette chante toujours, n’est-ce pas pour dire combien elle est accessible aux plus nobles joies, qu’elle s’extasie devant les belles choses et qu’elle aime à me compter parmi ses bonnes et vieilles connaissances ?

Combien de fois je me suis plu à la regarder, à l’écouter, et combien de personnes pourraient se donner de plaisirs si purs et si bienfaisants !

Serait-ce le même couple qui, depuis vingt ans, serait venu me demander l’hospitalité ? Y a-t-il eu mort, remariage, succession ? Ce sera là toujours pour moi un mystère, au moins est-il certain que, par les actes les plus simples de protection, on s’assure pour de longues années de généreux ser-

\ices, d’intéressants spectacles, de touchants concerts et de véritables affections.

La fauvette à tête noire est fort appréciée, même dans la patrie des serins ; on peut en juger par la citation suivante :

« De tous les oiseaux des îles Canaries, le meilleur chanteur, le capirote, est inconnu en Europe. 11 aime tant la liberté qu’on ne peut l’apprivoiser. J’ai admiré son chant dans un jardin des environs d’Orotava ; mais je ne pus le voir d’assez près pour déterminer à quel genre il appartient ». Telles sont les paroles de Humbold; et, plusieurs années après son passage aux Canaries, nous ignorions de quel oiseau il avait voulu parler.

« Singulière erreur d’un grand homme», ajoute Belle à cette citation, « singulière erreur qu’un séjour un peu prolongé aurait dissipée ! Singulière ignorance de l’hommé de génie, il méconnaissait la voix d’un oiseau qu’il avait si souvent entendue dans sa patrie et qu’il ne s’attendait pas à retrouver sur une plage éloignée !

« Nous savons maintenant, en effet, que le fameux capirote, que les indigènes des Canaries appellent fièrement leur rossignol , n’est autre que notre fauvette à tête noire, un des oiseaux chanteurs de nos bois et de nos jardins les mieux doués, les plus charmants ».

N" 4. — Troglodyte.

Nous sommes au 6 février 1876; la gelée n’a cessé ([lie deux jours depuis le mois de janvier. La terre est couverte de neige ; le thermomètre marque

LANGAGE ET CHANT DES OISEAl'X. 77

1 clc^^rcs au-dessous de zéro. Par le froid, notre pays est devenu, depuis un mois, une petite Sibérie ; aussi les palmipèdes de Textrême Nord sont venus camper sur nos cours d’eau.

Dans la plaine pas un oiseau. Les alouettes sont parties; quelques-unes seulement se sont réfugiées sur les chemins, près des habitations et sur le bord des rivières. Les corbeaux eux-mêmes ont suivi leur exemple. Les moineaux se cachent dans les granges et dans les meules de blé. Dans la forêt, on ne voit guère que le merle, le grimpereau, la sittelle, les pics, les mésanges. En fait d’espèces, une trentaine ont encore des représentants dans nos campagnes.

Et cependant un rayon de soleil vient de paraître, et dans mon jardin, près des fleurs en poussière et recouvertes d’un linceuil de neige , un oiseau chante. Sa voix est douce et timbrée comme le son du chalumeau, sa mélodie gracieuse et passionnée, et il se plaît à la répéter.

Que chante-t-il donc ? Son dernier nid date du 10 juillet, et deux mois s’écouleront avant qu’il en construise un autre.

Il est dans la solitude, la vie est dùre.

Mais le soleil n’a-t-il pas rayonné pour réveiller et ranimer toutes les espérances ; l’hiver n’apparaît-il pas comme la préparation du printemps, comme un nouvel acte de la puissance et de la bonté infinies ? Ce petit oiseau n’a-t-il pas été chargé d’entonner le premier chant de l’espérance quand le malaise, la misère et la mort régnent partout?

Ce chantre si gracieux de la nature, les savants l’appellent troglodyte, mot composé de trorjléy trou,

cayerne, et de dyyio^ dyo, entrer, habiter. Ce passereau, en effet, aime à visiter les fentes des vieilles murailles, les trous des arbres vermoulus pour y saisir les petits insectes et les œufs qui s’y trouvent. Le redressement et l’agitation de sa queue, ses mouvements vifs et saccadés, la rapidité de ses allées et venues, indiquent assez quelle consommation il doit en faire.

Mais il est dans notre région beaucoup plus remarqué et connu pour sa petitesse, le courage avec lequel il défend ses petits, sa familiarité, sa gentillesse et sa supériorité en architecture et en musique, et on l’a toujours appelé roitelet quoiqu’il ne porte pas la couronne (1).

La cervelle du roitelet pèse 0 gr. 40 cent, et son cœur 10 ! N’est-il pas merveilleux qu’en un être si faible se révèlent d’aussi beaux instincts ! Grâce à lui surtout, nos bois ne sont jamais sans concerts, et sa mélodie dure de 5 à 6 secondes, c’est-à-dire plus longtemps que le chant de beaucoup d’oiseaux.

N® 5. — Rouge-gorge (2).

Dans un de mes ouvrages, les Oiseaux de passage, j’ai parlé du rouge-gorge et je n’ai qu’à reproduire ce que j’ai déjà dit de cet oiseau :

« Grâce à la législation belge, le rouge-gorge

(1) Les auteurs nomment roitelet huppé et roitelet triple-bandeau deux petites espèces qui ont une couronne.

(2) Certains oiseaux ont le mérite d’être à la fois des éliminateurs bienfaisants et de gracieux ornements de la nature. Il a semblé rationnel de rappelle!’ en toute circonstance les titres qui les recommandent k la protection des hommes. C’est pour cette raison qu’en plusieurs chapitres il est fait mention de leurs travaux et qu’en celui-ci ou a rappellé les services rendus par le rouge-gorge, le plus sacrifié de tous.

arrive tout guilleret jusqu’aux douanes françaises ou allemandes; mais alors son attention est attirée par des scènes bien peu rassurantes. A ses regards ap|)araissent , comme autant de potences, des milliers et des milliers de raquettes ».

Pris dans ces engins meurtriers, les rougesgorges se débattent, en attendant qu’on leur torde le cou.

Sont-ce des contrebandiers ? Non ? Ont-ils commis quelques crimes dans nos départements de la frontière et dans l’Alsace-Lorraine ? Aucun.

Supposons même qu’une bonne fée ait donné à l’un de ces rouges-gorges une forme humaine, il obtiendrait sans doute beaucoup de récompenses dans notre société française.

Dans une salle d’asile, il aurait le prix de propreté et d’appétit, et dans un pensionnat de demoiselles, celui de belle tenue; car il est joli, gracieux; sa robe d^’un gris modeste est rehaussée d’une collerette empourprée et éclatante, ce qui lui a valu le nom de rouge-gorge. Perché sur une branche de buisson comme sur un piédestal, enguirlandé de verdure, il apparaît parfois comme pour charmer les regards d’un artiste, pour inspirer une Rosa Bonheur.

Dans un conservatoire de musique, ne concourrait-il pas avec succès ?

Dans son chant l’on trouve tour à tour les sons doux et veloutés de la flûte, les pénétrantes vibrations du hautbois et les accents émus de la voix humaine. 11 semble se complaire loin des trivialités de la musique. Il chante les joies de la famille et, à n’en pas douter, les beautés de la création, le rayon

de soleil, le beau ciel, la verdure et les Heurs ; comme notre admirable virtuose de Tbiver, le troglodyte, il gazouille encore sous les voûtes et les ogives de neige.

Dans un comice agricole, il obtiendrait une médaille de vermeil. Il a dix-huit ans d’âge et de bons services ; trente-six fois dans sa vie il a traversé la Hollande, la Belgique et la France ; il a parcouru des milliers de kilomètres, pénétré et fureté dans les retraites les plus inconnues des forêts, des bosquets et des jardins.Aussi il a détruit des milliards d’insectes qui, en restant ou en devenant surabondants, auraient gaspillé de précieuses richesses agricoles. Ces innombrables ennemis, il les a immédiatement convertis en guano qu’il a semé partout. Toujours il a été le premier levé et le dernier couché. En fait de cabaret, il n’a connu que la fontaine et le ruisseau. En dehors de ses repas, il n’a guère ouvert le bec que pour édifier son nid ou pour chanter.

Sa conduite à l’égard de sa famille et à l’égard des hommes a été particulièrement louable.

Il y a de cela dix-huit ans, en Hollande, dans un nid de mousse à ciel de verdure, naissaient sept petits enfants ; quand vinrent les migrations d’automne, toute la famille partit, notre jeune rougegorge qui en était, fit alors son premier tour de France, il accomplit ses devoirs en toute occasion et retourna au printemps dans sa patrie.

Depuis 1869, il compta en dix-sept fois soixantecinq petits : ce que lui coûtèrent les tribulations de la famille, personne ne le saura jamais. De ces chers enfants, beaucoup lui furent mangés.

De plus, le rouge-gorge est par excellence un ami

de l’homme ; c’est chez lui une qualité tellement dominante, que tous les auteurs s’accordent à la lui reconnaître ; ils ont constaté qu’il s’approclie des habitations en hiver, qu’il pénètre même dans les maisons et dans les chaumières ; aussi M. Gerbe, d’après Blyth, le nomme-t-il rouge-gorge familier, rubecula familiaris.

Si, en cheminant dans la forêt il rencontre un bûcheron, un charbonnier, il aime à s’arrêter, à s’approcher de lui et à lui faire de gracieuses minauderies. De même que le vent apporte de l’Océan la goutte d’eau qui rafraîchit la fleur desséchée et qu’un rayon de lumière et de chaleur part du soleil pour raviver la sève d’un chêne endormie dans les ténèbres et le froid de la nuit, de même au plus froid de l’hiver et quand les arbres plient sous le poids de la neige, le rougegorge vient offrir au cœur de l’ouvrier des bois un regard d’ami comme un sourire de la Providence.

« Une vieille légende bretonne raconte que le rouge-gorge accompagna Jésus-Christ sur le Calvaire et détacha une épine de la couronne du divin Rédempteur, pour adoucir, autant qu’il e pourrait, ses souffrances.

(( Afin de récompenser sa courageuse sympathie. Dieu laissa sur la poitrine du rouge-gorge l’empreinte d’une goutte de son sang divin et cet oiseau reçut alors la mission de s’attacher aux pas de ceux qui travaillent, qui souffrent, pour continuer ainsi son rôle d’ami et de consolateur (1) ».

(1) Oq l’a vu, dans certaines circonstances, être compatissant, charitable. Les jeunes oiseaux orphelins, incapables de se suffire à eux-mêmes, trouvent dans le rouge-gorge, un père nourricier. Ses sembla])les malades

Ainsi donc le dévouement du rouge-gorge pour ses enfants et ses nourrissons, ses vives sympathies pour les hommes, surtout pour les plus humbles et pour ceux qui souffrent, ont été trèsremarqués par les savants et par les chrétiens et pourraient lui valoir plus d’une recommandation.

Mais il faut le reconnaître, les bonnes fées dont j’ai parlé sont de plus en plus rares et les qualités qui viennent d’attirer notre attention et que la société aime à louer, à récompenser et à proclamer comme de nobles exemples chez les hommes, appartiennent à un tout petit être emplumé, sans qu’il s’attende à récompense.

Au moins, tendeur, et c’est là que je voulais en venir, laisse-le donc vivre ; car tu le vois, le rougegorge a sa place marquée dans les ateliers, dans

rencontrent en lui un aide charitable. Deux rouges-gorges renfermés dans la même cage, étaient continuellement en lutte et en querelle, ils se disputaient chaque miette de nourriture, on peut même dire qu’ils se disputaient l’air qu’ils respiraient, ils se précipitaient l’un sur l’autre avec fureur, se donnaient des coups de bec. Un jour, ITin deux se cassa la patte. Les luttes furent finies. Son compagnon oublia bientôt toutes ses colères, il s’approcha du blessé et lui donna à manger, le soigna avec tendresse. La patte guérit, le malade recouvra la santé ; mais la paix ne fut jamais troublée entre lui et son bienfaiteur.

Snell rapporte un fait non moins intéressant : « Un rouge-gorge mâle avait été pris avec ses petits et emporté dans une chambre ; il se consacra à les soigner, il les nourrit, les réchauffa, finit par les élever heureusement. Huit jours après environ, l’oiseleur mit dans la même pièce un autre nid avec de jeunes rouges-gorges. Lorsque la faim fit crier ceux-ci, le vieux mâle s’empressa d’arriver, les considéra longtemps, puis courut à sa mangeoire, y prit des larves de fourmis, les leur apporta, les éleva, en un mot, avec autant de tendresse que ses propres petits »•

Naumann cite une histoire analogue ; il voulait élever une jeune linotte qui, toujours affamée, ne faisait que crier. Elle excita la pitié d’un rouge-gorge enfermé dans la même pièce ; celui-ci, s’étant approché d’elle, elle lui demanda à manger, et le rouge-gorge de voler aussitôt à sa mangeoire, d’y chercher des miettes de pain, de les lui mettre dans le bec. Tl répétait ce manège chaque fois que la linotte s’adressait à lui.

les musées, dans les concerts et dans les temples de la nature et il me semble que, pour persister à ne pas le reconnaître, il faut être d^un incurable ayeuglement d’estomac ; étudie et protège les oiseaux, tu jouiras de promenades hygiéniques, et de plus tu seras porté à méditer sur les merveilleuses harmonies dont les oiseaux sont une des j)lus belles expressions. Tu seras à la source des grandes idées et des grandes convictions, celles qui donnent la force et le courage.

N® 6. — Merle. Loriot.

Parmi les oiseaux il en est beaucoup de trèssociables. Le troglodyte niche dans la loge du charbonnier. Le pinson va prendre la miette de pain que lui jette le bûcheron. La bergeronnette se promène autour des lessiveuses. Pendant l’hiver des groupes d’étourneaux se mêlent aux bandes des corbeaux.

Le merle au contraire s'isole et se complaît dans la solitude. Il a le caractère défiant, la vue très-perçante, l’ouïe de la plus grande finesse. Le moindre frôlement le met en éveil.

Quand un renard chassé prend de l’avance, il recherche les enceintes d’épines et y louvoie de manière à dépister les chiens. Alors et tandis que, dans le plus profond silence, il se livre à sa savante stratégie, un merle attablé au milieu des prunelles lance son cri d’alerte. Posté sur le sentier voisin, le chasseur ne s’y trompe pas, il se met sur ses gardes et souvent le renard, ce rusé dénicheur, paie de la vie l’effroi qu’il a causé à la gent emplumée.

Les notes d’alerte du merle sont saccadées, écla-

tantes, articulées comme dans dix, dix, tac, hick, et ordinairement au nombre de quatre à neuf.'

Mais c’est surtout dans l’art de siffler que cet oiseau excelle. Quand l’iiiver touche à sa fin et que deux ou trois chanteurs seulement se sont fait entendre, il nous donne les préludes des concerts du printemps. Alors les rayons du soleil sont plus chauds, les arbres se couvrent de bourgeons, les insectes et les autres petits animaux se montrent en plus grand nombre et le merle qui a supporté les rigueurs et les privations de la saison aime à manifester sa joie.

Les sons dont se compose son air favori se rapprochent par le timbre de ceux du flageolet ; mais ils sont en même temps filés, doux, gracieux et empreints de gaieté.

Une robuste constitution et des accents sonores et joyeux ont souvent valu à cet oiseau l’honneur de la cage et une place choisie dans l’atelier et dans l’échoppe. Là, bon an mal an, qu’il y ait chômage ou abondance de travail, il chante, il chante toujours et provoque ainsi l’entrain et la gaieté.

Parfois, le merle vient nicher dans un coin du jardin, ou bien encore il s’y rend pendant les neiges; mais alors, comme le moineau, il compte sur sa finesse et ne se laisse approcher du propriétaire que lorsqu’il a pu s’assurer de sa bienveillance. Si cet homme comprend ses intérêts, il ne l’effarouchera pas et au contraire il cherchera à le protéger ; car non-seulement le merle est un ornement dans un jardin, mais encore il détruit toute l’année beaucoup d’insectes et de petits animaux, des escargots.

Ou (lit siffler comme un merle ou comme un loriot. En effet, les notes du loriot se rapprochent par la force, la limpidité, l’éclat et la douceur de celles que fait entendre le merle. Joyeuses et quelquefois passionnées, elles animent les bosquets et les lisières, elles dominent dans les concerts d’oiseaux, comme la petite flûte dans un orchestre.

Ainsi que le merle, le loriot a son plumage de couleur tranchée et complètement distincte des teintes grisâtres départies à tant d’espèces de nos pays tempérés. Par son manteau doré, aussi bien que par son chant, il attire l’attention et on aime à le Yoir aussi bien qu’à l’entendre.

La femelle de cet oiseau ne porte à sa robe que quelques garnitures dorées et elle ne sait s’exprimer que dans un langage prosaïque composé de notes éraillées, de jaeck, querr et chrr; mais, dans la construction de son nid qu’elle suspend à la façon d’un hamac, elle se révèle comme une mère aussi ingénieuse que dévouée.

Si le loriot nous avertit que les cerises sont mûres, pendant onze mois et demi de l’année, il ne se nourrit que d’insectes. 11 en mange de gros et beaucoup.

I^fopriétaires, laissez-le donc travailler et chanter.

N® 7. — Rousserolles.

Si, dans les bois et les plaines, le chant des oiseaux nous apparaît comme un magnifique couronnement de la création, sur les eaux, ne devait-il y avoir qu’un silence glacial ou les cris des palmipèdes et des échassiers, les coassements des grenouilles ?

<S6 LANaAGE ET CHANT DES OISEAUX.

D’abord, en dehors des mers, les eaux sont entourées de terres rapprochées et souvent d’arhres et d’arbrisseaux et par suite on entend sur leurs rives la plupart des chanteurs. Ensuite, les rousserolles ont été chargées d’animer de leurs chants les buissons, les bosquets et les forêts de roseaux.

Elles ont des notes articulées comme karra, kaïTé, kerré, keï, kith, aiguës, stridentes, saccadées, échelonnées en tierce, en quinte et en sixte. Elles en forment des espèces de batteries qu’elles répètent sans cesse et avec lesquelles elles doivent réveiller et amuser tout le petit monde si taciturne des marais, communiquer aux hommes leur enthousiasme pour les eaux, les végétations aquatiques^ les roseaux sur lesquels elles sautillent si souvent et auxquels elles suspendent si artistement leur nid.

Parfois elles semblent mettre une sourdine à leur instrument et alors vous les entendez gazouiller et se complaire aux doux épanchements de leur cœur.

La turdoïde hante les étangs et les marais, vastes enceintes qui conviennent à sa puissante voix. L’effarvatte au contraire choisit les bords des rivières, des ruisseaux et des flaques d'eau. Elle y trouve des chambrettes de verdure dans lesquelles elle aime à caqueter.

Par l’énergie de leurs accents, les turdoïdes se font entendre et écouter au milieu du bruissement des roseaux et des cris du marais. En meme temps et par le contraste, elles nous font apprécier les mélodies adoucies des fauvettes et des alouettes du rivage. Elles donnent ainsi une agréable variété aux concerts de la nature.

Sous ces formes, le chant de l’oiseau n’est-il pas encore capable d’attirer particulièrement l’attention des hommes?

N® 8. — Alouette des champs.

Si les oiseaux prenaient part à certaines manifestations des hommes, le moineau monterait sur les tréteaux d’une foire , le martinet prendrait la direction d’un équipage de chasse, on entendrait le bruant jaune dans un clocheton, le pinson à table, le rossignol débuterait à l’opéra, la fauvette à tête noire dans un salon, l’alouette chanterait dans une église.

L’alouette, en effet, c’est avant tout la contemplation, l’exaltation religieuse, l’extase, la prière de la terre, le chant du ciel.

Voyez-la gravir à pic ces montagnes d’azur, gagner les nuages, promener le regard dans de vastes horizons et puis redescendre, mollement balancée sur ses ailes. Alors elle ne cesse de chanter. Son doux récitatif^ elle l’entrecoupe de notes plus élevées ou plus basses , pleines et sereines comme celles de l’admiration, timbrées comme celles du cristal. Elle y ajoute quelques notes d’agrément, des motifs variés, des périodes perlées, et son chant, qui rappelait déjtà le chapelet que l’on égrène, s’élève à la hauteur d’un hymne. Il dure deux minutes, quelquefois cinq, c’est-à-dire beaucoup plus longtemps que la mélodie du rossignol et le grand air de la grive.

J’ai voulu savoir à quelle heure le chant de cet oiseau commençait à se faire entendre, et plusieurs

fois je me suis transporté dans la plaine de trèsgrand matin.

Le 28 juillet 1876, à 3 heures 10 minutes du matin, une alouette s’éleva près de moi en chantant ; à ce signal, toutes les autres alouettes s’élancèrent, et leurs chants retentirent sur tous les points de l’espace.

Aux premières lueurs du jour, à 3 heures 1 /2 ; au lever du soleil, à 4 heures 1/2, les frémissements de leurs chants et de leurs ailes redoublèrent, et, comme dans une église les encensoirs, ces gracieux oiseaux multiplièrent leurs ascensions.

A 8 heures 10 du soir, je me plaisais encore à regarder la dernière (1).

Et ainsi, pendant dix-sept heures de suite, moissonneurs, pâtres, voyageurs, touristes, purent jouir de ces concerts aériens, de cette adoration générale et perpétuelle.

C"est donc avec plaisir que j’ai trouvé dans des livres de poésie les passages que je vais citer.

La gentille alouette avec son tirelire Tirelire, relire, et tirelirant tire Vers la voûte du ciel, puis son vol vers ce lieu Vire et semble nous dire : Adieu, adieu, adieu.

(Dubartas.)

Parmi les innocentes bêtes Qu’il avait en douce pitié,

François portait aux alouettes Une singulière amitié.

Les voyant, d’une aile légère.

S’élever en chantant gaîment,

Quand elles avaient sur la terre Trouvé quelques grains seulement.

(1) Au 15 juin, la journée de l’alouette est encore plus longue.

« O créatures innocentes,

« Par votre vol, votre chanson,

« Vous nous donnez, quoique ignorantes,

Di sait- il ”, de grandes leçons.

« Nous devrions, suivant vos traces, w Savoir nous contenter de peu,

« Et par nos actions de grâces,

« En tout temps rendre gloire à Dieu.

« Nous devrions, vers la lumière Tendant d’un essor immortel,

« Comme vous mépriser la terre.

Comme vous aspirer au ciel

{Saint François cVAssise et les Alouettes. Poème par le comte Anatole de Ségur.)

Ajoutons que l’alouette a servi d’emblème national aux Gaulois et que sans doute sa vigilance matinale, son inaltérable gaieté, la grandeur de ses aspirations, lui ont valu cet insigne honneur.

Les Alouettes de il/. Chrétien.

Le lo août 1852, à 8 heures du matin, M. Chrétien, coutelier, rue de Marne, n® 67, à Châlons-sur-Marne, se promenait à un kilomètre de cette ville, quand une personne de sa connaissance le rencontra et lui dit : « Si vous vouliez élever des oiseaux , M. Chrétien, je pourrais vous faire profiter d’une belle occasion ; car je viens de voir dans un nid d’alouette huppée sept petits d’environ quinze jours et qui sont très-beaux ». On se rendit près du nid qui était à terre, dans un terrain inculte, et à un mètre d’une vigne.

Après tout, pensa M. Chrétien, si je les prends, ce n’est pas pour les détruire, c’est même pour les rendre heureux, et il les emporta.

A peine rentré chez lui, il coiirnt chez les plus connaisseurs, et, après de graves consultations, il décida qu’il les nourrirait pendant les premiers mois avec du jaune d’œuf^ de l’échaudé et du persil haché ; c’était, lui avait-on dit, un moyen de les nourrir et en même temps d’éviter les maladies et surtout les crampes. Il résolut en même temps de leur donner la becquée pendant au moins quatre mois, afin de faire naître chez eux la reconnaissance, l’affection et la familiarité.

Au printemps de 1853, il vit que deux de ces alouettes ne chantaient pas et reconnut ainsi que c’étaient deux femelles. Les cinq mâles lui suffisant, il reporta les deux oiselettes à l’endroit même où il les avait prises huit mois auparavant ; il pensa que, dans ce milieu choisi par la mère, elles se retrouveraient dans les meilleures conditions de vie.

Voyant que ses cinq mâles se laissaient aller avec entraînement à toutes les joies du chant, il voulut cultiver et développer leur talent et il se procura une sérinette qui jouait douze airs. Il supposa avec raison que ce répertoire était trop compliqué et il s’appliqua à n’en enseigner que deux des douze.

Ils furent appris, sus et répétés sans cesse, au grand contentement de M. Chrétien et à l’ébahissement des voisins et des étrangers.

Ces chanteurs acquirent de la réputation, et on vint les visiter et les écouter. Le chef d’une musique militaire de passage à Châlons demanda et obtint la faveur de passer près d’eux une aprèsmidi. Le supérieur du grand séminaire, touché de

leur gentillesse, en demanda un avec beaucoup d’instance à M. Chrétien. Pour de l’argent et pour de l’or celui-ci ne l’aurait pas cédé ; mais il ne put résister au désir d’être agréable à un Monsieur pour lequel il avait la plus sympathique vénération.

Et ainsi l’alouette partit pour le grand séminaire; loin de son père adoptif, elle devint triste et morose. Un mois plus tard elle commençait à reprendre un peu de courage, quand les vacances arrivèrent. Alors M. le Supérieur quitta Cbâlons pour quelque temps, après avoir toutefois recommandé sa pensionnaire à la sollicitude de son entourage.

Cette fois, c’en était trop. L’alouette redevint taciturne et en quelques jours elle mourut, assurément de chagrin, comme ledit M. Chrétien.

Restèrent les quatre frères qui continuèrent à demeurer rue de Marne, n° 67.

Craignant les accidents qui semblaientinévitables dans son petit atelier, M. Chrétien les avait placés dans une grande cage; mais, quand ils se mettaient à chanter, cette cage ne suffisait plus, chacun d’eux se retirait dans un coin et de là il s’efforçait de se surpasser. Alors les prétentions et les jalousies d’artistes, qui se manifestent quelquefois dans les sociétés musicales des hommes , amenèrent le trouble dans la famille, on en vint aux menaces et même aux voies de fait, et, pour prévenir de plus grands malheurs, M. Chrétien acheta quatre cages de moyenne grandeur , mais cependant un peu graduées de manière à être superposées l’une sur l’autre et former ainsi une cage à quatre étages. Dès lors tout alla bien.

Ü2 LANGAGE Eï CHANT DES OISEAUX.

En eü'et, de ces quatre alouettes deux vivaient encore le 7 février 1877, jour où j’ai fait ma visite. Des deux autres l’une était morte à vingt ans, l’autre le 30 décembre 1876, âgée de vingt-trois ans et cinq mois.

Elles furent enterrées au milieu des fleurs d’un jardin.

L’âge ne les avait pas fait blanchir.

Devenons maintenant sur quelques détails de leur vie et de leur chant.

L’atelier de M. Chrétien est très-petit. 11 n’a sur la rue de Marne que cinq mètres de façade sur une profondeur de trois mètres, mais la façade est composée d’une vaste fenêtre qui laisse pénétrer abondamment la lumière. De plus les parois intérieures sont garnies de couteaux et de ciseaux qui scintillent comme des miroirs : c’était donc déjà là pour les alouettes un motif de ne pas trop se déplaire loin du brillant soleil de la plaine.

Dans les premiers temps le plafond de chaque cage fut garni de toile tendue, et toujours le plancher fut recouvert de sable et de graveluche dans lesquels les alouettes aiment à gratter et à se vautrer. Le reste de l’ameublement se composa d’un miroir, d’un auget et d’un abreuvoir de verre en forme de siphon.

Chaque jour, depuis près d’un quart de siècle, M. Chrétien a renouvelé la boisson de ses alouettes et leurs aliments composés de bœuf haché, de chenevis écrasé et de mie de pain. De plus, en hiver comme en été, il a été chercher dans la contrée où le nid avait été pris, des touffes de gazon qu’elles aiment à becqueter en guise de médicament. Enfin

LANGAGE ET GlIANT DES OISEAUX. d'3

il a toujours eu grand soin de leur nettoyer les pattes et de leur couper le bout de la mandibule supérieure du bec qui, n’étantpoint usé et effilé par le travail des champs, grandissait démesurément.

Tant de sollicitude porta ses fruits. M. Chrétien s'attacha h ses oiseaux comme un père à ses enfants, et il fit naître en eux Tamour filial.

A chaque instant, entre deux coups de marteau, il était près d’eux, gesticulant, parlant, sifflant et chantant, et ils répondaient à ses agaceries par d’ingénieuses minauderies.

« Regardez plutôt », me dit-il, dans un moment où je le pressais de questions, et, en un instant, son bras s’était porté dans une cage. L’alouette vint dans sa main et se coucha sur le dos. Alors Chrétien lui passa la main sur le ventre et la chatouilla. Par ses attitudes et son regard, l’alouette manifesta une grande joie et je crois même avoir surpris un sourire. Elle se mit ensuite à becqueter les doigts de son maître, comme un chien mordille celui qu’il veut caresser.

Combien l’alouette semblait heureuse de pouvoir non-seulement exprimer ainsi , mais encore de chanter aussitôt son affection pour son bienfaiteur.

Le 7 février, jour de ma visite, cet oiseau préludait à peine à la reprise de ses concerts du printemps, et il n’avait pas encore réappris ses deux airs de sérinette, je n’ai donc pu les entendre et en juger; mais il avait déjà retrouvé son chant naturel .

L’attention d’un passant n’eût peut-être pas été attirée par un aussi petit nombre de notes, cependant un oui^ une poignée de main débordent quel-

qiiefois d’éloquence, et des voix médiocres au service d’un grand cœur ont opéré des prodiges. De même ce refrain de l’alouette était une protestation d’affection filiale et du plus complet dévouement. Il avait pour M. Chrétien, la limpidité du cristal, l’ampleur de la voix, la richesse et la douce pénétration d’une mélodie, la suavité d’un soupir.

Combien ces doux épanchements de cœur ne se sont-ils pas renouvelés depuis vingt-quatre ans !

Quand, à la nuit, M. Chrétien quitte son atelier et que plus tard il rentre, au bruit de ses pas et bien avant qu’il ne soit en face de sa maison, les alouettes le reconnaissent et se mettent à chanter son retour.

Quand on travaille sans cesse dans une boutique aussi petite, me disait M. Chrétien, on a besoin d’un peu de distraction. Nous n’allons jamais au cercle, ni au café, nous sommes bien heureux de nous amuser avec d’aussi intéressantes créatures et de siffler et chanter avec elles.

J’ai abrégé tant que j’ai pu ce récit, et cependant je dois raccompagner de quelques considérations.

J’ai souvent dit que l’étude des beautés de la nature et en particulier celle du monde des oiseaux élevait l’intelligence et le cœur, qu’elle donnait l’esprit d’observation, la noblesse des sentiments et la chaleur du dévouement; cette histoire d’alouettes nous en fournit un exemple remarquable, et, dût sa modestie en souffrir, j’espère que la famille Chrétien me pardonnera de publier encore quelques faits que beaucoup de personnes auront intérêt à méditer.

Depuis deux siècles et demi, les Chrétien sont

couteliers de père en fils. J'aurais pu, m’a dit le père, faire de mon garçon, que voici, un employé à COO, 800, 1.000 et 1.200 francs ; mais tout ce qui reluit n’est pas d’or. Sous les habits de l’ouvrier, on peut vivre honorablement et heureusement ; cela suffit à notre ambition, et mon garçon fait des couteaux, comme moi et comme ses ancêtres.

Le père et le fils, en répondant à mes innombrables questions, ont faitpreuve d’observateurs perspicaces. « Quand, à l’Ecole des Arts», me disait le üls, « les élèves mangent leur pain du matin, un premier roulement du tambour annonce que la récréation va finir. Au second roulement, tous rentrent dans les ateliers. Alors les moineaux, les choucas et les pigeons du voisinage, qui n’avaient pas bougé au premier roulement, accourent tous au second, pour ramasser les restes du festin. — Il suffit d’observer les oiseaux », ajoutait-il, « pour découvrir les instincts les plus surprenants.

Mme et MM. Chrétien aiment beaucoup la belle nature et, dans une cour de quelques mètres carrés, ils sont arrivés, au moyen d’étagères et de suspensions, à entasser plus de cinq cents pots de plantes grimpantes, retombantes, de feuillage et de fleurs, et tout est soigné comme les alouettes.

M. Chrétien fils découpe à la scie et sculpte du bois, dont il fait des cadres et des objets d’art. Il s’est amusé à donner à manger aux moineaux qui hantent les toits du quartier. Petit à petit ils sont venus sur les dalles de la cour, et maintenant, quand il passe au milieu d’eux, ils ne s’effarouchent pas plus que des poules.

Enfin, en 1874, un chat qui était taquiné et battu par des enfants, se lamentait sur toutes les gouttières. M. Chrétien monta sur le toit et lui fit des avances qui ne furent pas acceptées. Il y porta ensuite de la pâtée qui, après son départ, fut mangée. Par le même procédé, il amena cet animal du toit au grenier, du grenier au deuxième étage, ensuite au premier, au rez-de-chaussée, dans la cour et enfin dans l’atelier. De très-maigre qu’il était, ce chat devint dodu et doux comme un mouton. Il va de temps en temps se coucher près des cages, et les alouettes s’amusent à lui tirer les poils sans l’irriter.

De tout ce que j’ai dit, le lecteur tirera facilement les conclusions ; ne nous lassons pas, cependant, de répéter à ce sujet que les amis des animaux sont, comme la famille Chrétien, les amis de l’homme et de Dieu, et que la protection de l’animal est un noviciat fort utile pour développer les sentiments de bonté et de charité.

Encore un mot de l’alouette huppée.

Ressemblant par la teinte générale du plumage à Palouette des champs, elle est un peu plus grosse et plus haute qu’elle, et elle la domine encore de la hauteur d’une huppe qu’elle dresse comme un panache dans ses moments de vaillance, ou qu’elle abaisse, comme un chignon, quand elle s’efface, qu’elle fuit ou qu’elle implore.

A l’occasion des alouettes huppées et des outardes canepetières qui se cantonnent dans la Champagne crayeuse et qui ne vont jamais nicher, dans la Haute-Marne, là où commence le sol argileux et siliceux, j’ai souvent pensé que ces oiseaux

LANCtACIE et ctiant i>es oiseaux.

étaient retenus en été dans leur pays natal, nonseulement par l’instinct et l’abondance de la nourriture, mais encore par des plantes médicinales qu’ils découvrent comme le chien trouve le chiendent. Resterait à savoir quelles sont ces plantes.

iMais ce que tout le monde sait, c’est que, dans la Champagne, Talouette Imppée se tient autour des villages, qu’elle se pose sur les maisons et qu’elle descend dans les rues. Elle semble ainsi particulièrement créée pour vivre près de l’homme, pour l’aider, en pratiquant les éliminations qui, par le voisinage, lui importent le plus, et pour appeler son attention sur ce qu’il a intérêt à ne jamais oublier.

Dès avant le jour, elle annonce l’heure du travail et elle chante toujours les grands spectacles de la création. Souvent sa plipase musicale a la coupe et l’entrain d’un garde-à-vous, d’une sonnerie militaire ; adoucie et attendrie, elle devient une invitation à la contemplation^ à l’admiration, et, à en juger par les alouettes de M. Chrétien, à l’atfection de l’homme. Dans le silence de la plaine ou au milieu du bruit des chariots et du bétail, c’est toujours une voix vibrante et animée qui réveille les esprits et les cœurs endormis, c’est un des sympathiques accents du langage de la nature.

Son chant commence et finit avec celui de l’alouette des champs.

§ 4. — imitations. — étourneau.

Ainsi que nous l’avons vu, chaque oiseau devait avoir un langageetun chantparticuliers. Cependant,

indépendamment des nuances principales de force et de douceur, de folâtre gaieté ou de tendresse, de sérénité ou de passion, beaucoup le modifient encore par l’addition ou le retranchement de notes ou d’articulations.

Pour qu’aux concerts de la nature il ne manque aucune xariété essentielle, il a été donné à quelques oiseaux d’en imiter d’autres, à un seul d’être le suppléant de plusieurs.

Ces imitateurs sont : la fauvette à tête noire (1), la gorge-bleue (2), la rubiette-tithys (3), la rousserolle effarvatte, l’iiyppolais polyglotte, les piesgrièches grise, rousse et écorcheur (4), le geai (5) et l’étourneau, etc.

Ce dernier oiseau mérite d’être observé.

Par la taille, la conformation du gosier et du bec, il se rapproche du merle et du loriot, et comme eux il siffle.

Ce n’est guère avec un sifflet, un flageolet ou une petite flûte que l’on exprime les tendres émotions du cœur, et ce n’est pas non plus dans la musique dramatique ou religieuse que l’étourneau excelle.

Au printemps, il est vrai, il file ses notes avec tant de pureté, de délicatesse et d’entrain, et il les entre-

(1) La fauvette à tête noire imite ; le pinson, l’hyppolais, le loriot, le merle, la caille. (Comte Goucy, Brehm.)

(2) La gorge-bleue imite : l’iiirondelle, le moineau, le pinson, la fauvette, le héron, la caille. (Naumann, Brehm.)

(3) La rubiette-tithys imite : la mésange, l’iiirondelle, le serin, le pouillot, la fauvette, le merle, l’étourneau. (Jackel, Brehm.)

(4) La pie-grièche écorcheur imite : l’iiirondelle, le rossignol, la fauvette, l’alouette, le loriot, le merle, la perdrix. (Brehm.)

(5) Le geai imite : le cri du coq, le gloussement de la poule, le chat, le hennissement du poulain, le bruit d’une scie. (Naumann, Rosenheyn, Brehm.)

mêle tellement de gazouillements, qu^à sa façon, il exprime les joies de cette brillante saison ; mais c’est surtout par le côté folâtre, enjoué et comique qu’il se fait remarquer. Alors il a Tair si peu sérieux qu’on a donné le nom d’étourneau à un jeune homme qui veut faire le capable.

Les étourneaux sont très-sociables, ils nichent les uns près des autres et forment souvent ainsi de petites colonies. Au sortir du nid, les jeunes se mettent en bandes, et, à l’arrière-saison, les bandes d’une contrée se réunissent pour ne se séparer qu’au moment des accouplements du printemps suivant. En hiver, il n’est pas rare de les trouver mêlés aux corbeaux. Ils peuvent d’autant plus satisfaire leurs instincts de sociabilité qu’ils ont le vol assez puissant pour faire facilement de nombreux déplacements, et, par expérience, ils savent que l’union fait la force. Aussi est-ce un besoin pour eux de caqueter et de jaser sur toutes espèces de choses, et le fait est que très-rarement ils gardent le silence. Quittent-ils le troupeau pour s’élever sur un massif de peupliers, vont-ils, pour passer la nuit, s’abattre sur les roseaux d’un étang, vous assistez aussitôt à des causeries d’une volubilité étourdissante.

A l’arrière-saison et quand ils ont pris leur repas, ils aiment à percher sur la cime d’un grand chêne, et là, grands et petits, mâles et femelles, ils se laissent aller à des joies folâtres et à toutes les excentricités de la musique.

Le 12 octobre 1876, en traversant de grandes futaies qui bordent une plaine, j’entendis un cri qui semblait poussé par une buse un peu éloignée.

LANOxVGE ET CHANT DES OISEAUX.

En silence et en me dissimulant, je me dirigeai de ce côté et ainsi j’arrivai près d’un chêne couvert d’étourneaux. Le cri de buse recommença; il fut suivi d’un appel de perdrix, reproduit un peu comme l’est une image par la caricature, et d’interminables ricanements ; puis vinrent de parfaites imitations de merle et de loriot, des cris et des notes comiques, des effets de ventriloquie, et en même temps je voyais les oiseaux changer constamment de place, marcher, sautiller, étirer leurs membres, lisser leurs ailes et prendre des poses désordonnées. J’assistais vraiment à une représentation et je suppose que les étourneaux s’amusaient encore plus que moi.

Il faut le remarquer, tous les loriots étaient partis pour le Midi depuis le 8 septembre : c’est donc de mémoire que les étourneaux imitaient leurs chants (l).

On voit quelquefois ces malicieux observateurs descendre sur les vaches et les moutons d’un troupeau pour chercher et prendre la vermine qui se cache dans leurs poils.

Aussi sont-ils très-habiles pour lâchasse ordinaire des insectes et surtout des vers blancs ; on en jugera par les exemples suivants :

En d874, le 18 mars, un cultivateur de ma connaissance se rendit à 7 heures dans un clos d’arbres fruitiers pour y cultiver une luzerne. A 7 heures 1/4, une vingtaine d’étourneaux arrivent; à 8 heures, il y en avait soixante environ.

(1) D’après les auteurs, l’étourneau imite : la mésange, la fauvette, l’alouette, la caille^ la poule, le busard, le tic-tac du moulin, le grincement d’une porte, la pie. Le 15 février 1877, j’ai entendu iin étouriieau imiter la pie-grièche grise et le moineau domestique.

Depuis lors et jusqu’à 11 heures , ils suivent constamment la charrue. Combien de vers blancs n’ont-ils pas mangés et quels services n’ont-ils pas rendus !

Je connaissais l’an dernier sur la lisière d’un bois un nid d’étourneaux. Dedans il y avait cinq petits. Un matin un cultivateur vint labourer un champ à 1.700 mètres de là. A peine eut-il tracé son premier sillon, que les père et mère du nid arrivèrent et pendant, toute la journée, ils vinrent chercher les vers blancs que la charrue mettait à découvert.

Pendant l’hiver de 1876 à 1877, les étourneaux n’ont pas quitté nos contrées et ceux du canton de Heiltz-le-Maurupt (Marne) n’ont pas cessé de se réunir sur les roseaux de l’étang de Sogny-en-l’angle. Cette espèce de forêt immergée leur offrait un abri si sûr et si agréable, que tous s’y rendaient, chaque jour, de 15 à 20 kilomètres. Le matin, on les voyait s’envoler par bandes dans toutes les directions et revenir le soir. Or, de combien de milliards d’insectes n’ont-ils pas purgé cette vallée humide et fertile ?

Chaque année jeunes et vieux élisent domicile de nuit au centre de cet étang. Au lever du soleil de grands massifs de roseaux en sont tout noirs. Quand ces oiseaux s'élèvent, ils évoluent comme un tourbillon et alors ils produisent un bruit qui rappelle les lourds frémissements du chemin de fer. Le 25 juin 1877, à 4 heures du matin, j’en ai compté approximativement plus de 3.000. A cette époque, ils partent de grand matin à la suite des faucheurs et des troupeaux.

Je le sais, on reproche à l’étourneau de ne pas être parfait et par exemple de ne pas se contenter des mérises de la forêt. Or, quand il pénètre dans les vergers ou dans les vignes, pourquoi ne s’empresse-t-on pas de lui faire la guerre d’épouvantails? J’ai vu suspendre aux branches d’un cerisier des ardoises qui s’entre-choquaient au premier souffle du vent et qui par le bruit qu’elles faisaient éloignaient les étourneaux.

Un jour, un de mes cousins qui, dans une prairie de 6 hectares, voisine de son habitation, possède deux rangées de cerisiers, me dit que les étourneaux lui mangeaient des cerises, beaucoup de cerises; car on ne dit jamais autrement. Je lui indiquai l’épouvantail des ardoises, et il se promit d’y avoir recours.

Le lendemain sa clientèle de médecin l’appela au loin, et il oublia ses maraudeurs. Le même jour, on commença à faucher la prairie. Eh bien ! voici ce (jui se passa. Les étourneaux descendirent derrière les faucheurs et s’abattirent sur les insectes qui jusqu’alors s’étaient cachés dans le fourré des herbes. Et, à partir de ce moment, ils dédaignèrent les cerises.

Je suis allé constater ce fait assurément trèsremarquable et je le cite dans la pensée que plusieurs de mes lecteurs auront une raison de plus de protéger l’étourneau, ce curieux artiste et chanteur d’opéra-comique.

D’ailleurs sa chair est sèche et amère.

On comprend qu’apprivoisé et mis en cage il soit amusant : il va jusqu’à imiter la voix humaine et écorcher quelques mots de notre vocabulaire.

N® 1. — Elévation et étendue comparative des instruments

de musique^ de la voix de Vhomme et de Voiseau.

Pour déterminer un son, il faut le comparer à un autre son ; car souvent on le perçoit difficilement, il est très-variable et très-fugitif ; par allusion à ce principe on a dit : « Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son ». La comparaison est surtout nécessaire quand il s’agit de porter un jugement sur l’harmonie ou la cacophonie, sur le dessus et la basse d’un ensemble. Or, ce qui est vrai pour un son l’est pour une voix, et, pour bien apprécier la voix d’une espèce d’oiseau et les concerts de la plaine, des bois et des eaux, il faut, sous beaucoup de rapports, et en particulier sous ceux de l’élévation et de l’étendue ; la comparer à la voix des autres oiseaux, à celle de l’homme et aux instruments de musique.

Nous avons donc cru utile de faire connaître l’élévation et l’étendue des voix et des principaux instruments de musique. De là le tableau que nous avons composé et placé aux pages 10 et 11 de notre ouvrage.

Diverses indications importantes ressortent de ce tableau.

11 n’est aucun instrument de musique qui fournisse tous les sons que la roue dentée de Savard rend déterminables.

Les instruments à soufflerie mécanique et par suite très-puissants et les instruments à percussion

donnent le plus grand nombre des gammes saisissables à l’oreille sans le secours d’un instrument de physique.

Viennent après eux, pour l’étendue, les instruments à corde, à pincement, à frottement et à percussion, ensuite les instruments à vent en cuivre et en bois, et enfin la voix humaine.

Tout ce qui vient directement de l’homme participe de sa faiblesse physique, mais aussi de sa supériorité morale. La voix humaine et les instruments à cordes et à vent ont moins d^étendue que les instruments à souffierie mécanique et à percussion ; mais ils sont plus animés, ils reflètent mieux les impressions de l’âme, en particulier la voix donne à ses sons des nuances d’articulation.

Les sons dont se compose notre musique gravitent autour de la gamme régulatrice, celle du médium.

La voix des oiseaux a presque toujours beaucoup moins d’étendue que la voix humaine ; mais, ainsi que nous l’avons déjà dit, elle a souvent à la fois la sonorité des instruments de musique, la flexuosité de la voix, des nuances qui, par leur rapidité et leur finesse, sont presque insaisissables, et une expression très-variée : c’est pour plusieurs de ces raisons qu’il nous est à peu près impossible de la reproduire et de bien Limiter.

Le tableau fait encore voir comment les voix d’oiseaux s’échelonnent depuis la gamme du diapason jusqu’au la de la quatrième gamme et comment elles peuvent se répartir dans l’harmonie des bruits et des sons.

A l’aide de ces indications, étudions maintenant

LANGAGE ET CHANT LES OISEAUX. iOü

quelques (iliases des concerts de la plaine, des bois et des eaux.

N° 2. — Variétés des concerts: — accompagnements^ — débuts, — programmes, — symphonie, — nocturne, — clôture.

Accompagnements. — 15 janvier 1877, la température de la nuit est descendue à zéro. 11 est huit heures du matin. Dans la plaine, on n’entend que des cris de corbeaux freux. Des alouettes partent, quand on passe près d’elles, mais en lançant seulement quelques notes. Sur la lisière de la forêt deux bruants jaunes qui ne disent pas un mot. J’entre dans un bois de futaie, et, si ce n’était un grimpereau, je serais dans une complète solitude. Des troncs d’arbres gros, grands et nus , des cimes ressemblant à des têtes de vieillards. Toutes les feuilles sont tombées depuis longtemps et leurs éliminateurs, les insectes, ont pris leurs quartiers d’hiver dans les mousses, dans les herbes et dans la terre. Alors le bois ressemble au chantier d’où les ouvriers sont sortis, à la cage sans chanteur. J’arrive dans des taillis de cinq, de six et de sept ans. Aussitôt apparaissent des mésanges et avec elles la vie et la joie. Sur les branches les plus tlexibles, près des mousses et des lichens, elles frétillent, travaillent et chantent.

Tout en elles indique qu’elles appartiennent à la plus intéressante légion des serviteurs de l’homme, celle des éliminateurs ailés.

Elles sont restées pendant l’iiiver, parce qu’elles sont vigoureuses et qu’elles savent fureter partout

et découvrir pour s’en nourrir certains insectes (jui ne se sont pas enfouis dans la terre.

Pour toucher le cœur de l’homme il leur a été accordé, ainsi qu’à beaucoup d’autres oiseaux, les séductions de la gentillesse, de la forme, des couleurs et du son.

Toutes sont petites et mignonnes.

La nonnette (parus palustris) a le modeste costume gris et la coiffe d’une religieuse ; mais la mésange noire (parus ater) a ses teintes grises rehaussées de noir vif et de blanc pur, et la charbonnière (parus major) étale au milieu d’aussi éclatantes couleurs sa large poitrine jaune citron ; la mésange à longue queue (parus caudatus) ,\di plus petite de toutes (huit grammes), se grandit dans une robe à longue queue soyeuse ; la bleue (parus cyanus) est ornée d’une toque et d’un mantelet bleu d’azur, la huppée dresse

fièrement son panache, et la mésange moustache (parus biarmicus) porte des moustaches aussi noires que longues. De ces espèces d’oiseaux deux ne sont pas sédentaires.

Celles que nous rencontrons le plus souvent sont la mésange à longue queue, la charbonnière et la bleue.

En plein hiver, par la pluie, la gelée, la neige, elles apparaissent à l’extrémité des branches, comme les fleurs dans les massifs.

De plus et toujours elles causent ou chantent. Ah ! sans doute elles ne sont pas par le chant les émules du rossignol; mais il est de l’essence des grandes et belles choses d’être multiples et variées dans leur unité : c’est par ces caractères que

se révèle la sublimité de la nature. Les plus remarquables châteaux ont des ailes, des tourelles. Dans un tableau le sujet princi{>al a pour encadrement des accessoires. En musique, il y a le solo et l’accompagnement. Enfin, dans une noce, la joie des époux et de leur famille gagne tous les invités.

L’unité des œuvres d’art ne s’obtient que par la parfaite concordance du principal et des accessoires : c’est ainsi que l’accompagnement comme le chant fait partie d’un même et beau langage et c|ue tous deux sont l’expression d’une même joie.

Or, les mésanges qui, le 15 janvier, travaillaient et sautillaient devant moi, jetaient au vent des notes détachées les unes des autres, mais souvent répétées, sonores, vibrantes comme celles de l’épinette des Vosges. Une mésange charbonnière d’une brillante coloration, vive et ardente, semblait faire jaillir les sons d’une mandoline espagnole et même d’une cythare grecque et, après d’énergiques pizzicati, elle répétait un refrain aussi chaleureux qu’admirablement timbré.

Alors cette musique d’accompagnement me semblait une première annonce de la reprise prochaine des grands travaux de l’année, un des préludes des concerts de printemps. Dernier écho de l’année passée ou prélude de l’année présente, elle perpétuait les merveilleuses symphonies de la belle saison.

Au printemps, les pizzicati des mésanges forment un fond d’harmonie pour les mélodies des bois ; et alors ces pétulants oiseaux deviennent les accompagnateurs des fauvettes et des rossignols.

L/VKOAGl^ ET CüAIS'T DES OISEAUX.

Débuts, 15 février 1877 : l’hiver a été exceptionnellement doux, la moyenne de la température la plus basse du mois de janvier a été de deux degrés moins quelques fractions au-dessus de zéro ; ce que je n’avais jamais vu, les grives draine et mauvis et la grive chanteuse sont arrivées le 6 janvier. Le chant de quelques troglodytes n’a cessé qu’au 20 janvier pour reprendre au 12 février. L’alouette a devancé de 4 jours cette dernière date.' Le merle ne s’est tu que pendant une partie du mois de janvier.

Mon thermomètre minima a marqué, le 13 février, 7 degrés au-dessus de zéro ; le 14, 8 degrés, et le 15, 7. Ce jour-là, le soleil s’est montré chaud et radieux; il a infusé une nouvelle sève à notre terre engourdie par l’hiver; il a ranimé toutes les espérances ; comme un chef d’orchestre, il a commandé de célébrer à nouveau les gloires de l’Eternel. A son signal et sur d’immenses régions, des milliers de voix se sont fait entendre.

Les pinsons, qui jusqu’alors s’étaient contentés de monosyllabes, ont redit leurs joyeux refrains ; cependant leur voix n’avait ni sa pureté, ni son éclat ordinaire, leurs périodes étaient embarrassées et incomplètes ; le bruant jaune manquait sa finale ; le merle lançait des exclamations et déclamait plutôt qu’il ne chantait ; la grive ne donnait (jue des fragments de son grand air. Les musiciens étaient peu nombreux ; dans le dessus et dans les basses de l’harmonie, il y avait des lacunes sensibles.

A vrai dire, ce n’était pas encore un concert, c’était une étude, une répétition ; mais chaque

musicien ne pouvait s’en croire d’avoir retrouve son instrument et de pouvoir s’en servir pour exalter sa joie.

Les notes des mésanges étaient bien timbrées, le troglodyte perlait sa mélodie et la voûte des cieux retentissait des hymnes des alouettes (1). Pendant que mes yeux se fixaient vers le ciel d’où s’échappaient ces séraphiques accents, un de mes amis passa, près de moi et me dit : « 11 paraît que dans le département des Deux-Sèvres , tout le monde ne goûte pas vos plaisirs ; j’ai mis de côté pour vous un journal contenant un arrêté qui déclare l’alouette nuisible ».

Je retourne à la maison lui répliquai-je, et si vous le voulez, je prendrai en passant votre journal.

En rentrant chez moi, je l’ouvris et je jetai les regards sur les faits divers. On y annonçait un suicide, un assassinat et un adultère, etc. Enfin, à la colonne suivante, je trouvai l’arrêté dont le texte suit :

« Le Préfet des Deux-Sèvres (Jules Mahias) :

« Vu l’arrêté en date du 27 octobre 1876 réglementant la police de la chasse dans le département des Deux-Sèvres :

« Vu la déclaration du Conseil général, de laquelle il résulte que l’alouette de passage dans les Deux-Sèvres porte un grave préjudice aux intérêts

(i) Le 8 mars, il est tombé de la neige, elle a été suivie d’une gelée qui a duré jusqu’au 13 inclusivement. Pendant cette période je n’ai plus entendu la grive, ni la plupart des autres oiseaux. Mais, avec le retour du beau temps, la reprise a été très-brillante.

MO

de l’agriculture, et spécialement à l’époque des semailles ;

« Vu la loi du 3 mai 1844 :

« Arrête :

« Art. L’alouette est déclarée animal nuisible dans les Deux-Sèvres ».

Il est donc vrai qu’en l’an de grâce 1^76, dans un département français, Talouette a été déclarée nuisible. Implicitement c’est dire : Vous, faucheur, qui, pour protéger une nichée d’alouettes, laissez cette touffe d’herbe ; pâtre, qui dans le même but, vous détournez de cette ponte, vous êtes, malgré votre bon sens, le jouet d’un préjugé, vous accomplissez là des actes d’ignorance et de vaine sensiblerie ; l’alouette est nuisible, c’est un genre de vipère : faucheur , guillottinez ces jeunes oiseaux, pâtre^ écrasez ces œufs de votre lourd sabot.

Supposons un instant que la vie humaine soit purement matérielle, qu’il nous faille refouler nos plus nobles aspirations, étouffer la voix de notre conscience, et ainsi nous livrer à l’erreur, aux doctrines fausses, impuissantes et dissolvantes ; même dans cette inadmissible hypothèse, l’arrêté de M. le Préfet Mahias reste encore pour moi inexplicable.

D’abord l’alouette est excellente à manger et par malheur pour elle cela n’est que trop connu ; mais alors qu’elle soit traitée comme les oiseaux gibier et protégée comme la caille et la perdrix ; que, de l’ouverture à la clôture, elle soit respectée et que

pour elle la chasse au fusil soit seule autorisée. Çette chasse n’est pas à beaucoup près aussi destructive que celle qui se fait au moyen des filets, elle ne peut trop appauvrir l’espèce et constituer une proscription.

Mais, comme éliminateur, l’alouette est nuisible, dit l’arrêté précité ; eh bien ! j’ouvre mes registres de notes et je trouve ce qui suit :

Envoyé à M. Godron, doyen honoraire de la faculté des sciences de Nancy, le contenu scrupuleusement étiqueté des estomacs (1) de 85 alouettes trouvées sur le marché et tuées pendant les semailles de blé de 1871 et de 1872.

Végétaux et animaux contenus dans ces estomacs et déterminés par ce savant botaniste, zoologiste et entomologiste :

Dans cinq estomacs, 8 grains de blé et 1 de seigle.

Dans un estomac, un grain de chenevis.

Dans les autres, soit seuls, soit mélangés à des insectes :

Polygonum amculare (beaucoup), Polygoniim lapathi folium,

Polygonum persicaria,

Panicum (beaucoup).

Millet, silène, borraginée, lycopsis arvensis, ervum^ ervum hirsutum, chardon, noyaux du fruit de la ronce.

Dans 26 estomacs, débris d’insectes variés, de mollusques.

Dans beaucoup d’estomacs, des graviers.

(1) Ces estomacs font partie de ma collection.

dl2 LANGAGE ET CHANT DES OISEAUX.

Autres notes. Le 25 juin 1876, je suis passé sur une ferme voisine de la Marne. Le propriétaire, M. Bernaudat, m’ayant aperçu, me dit que l’orage de l’avant-veille avait détruit un nid de cinq jeunes alouettes. Vite nous allâmes les voir, il faisait chaud et elles étaient en putréfaction. Malgré cela, je les ouvris et je constatai que dans quatre estomacs il n’y avait que des petites chenilles vertes longues de 15 millimètres, et dans le cinquième deux chenilles noirâtres plus grosses et ayant 4 cent.de longueur.

C’était une révélation, et dans plusieurs maisons de culture, je priai qu’on m’avertît si l’on trouvait des nichées détruites. Cinq jours après un faucheur, malgré ses bons désirs, ayant mutilé une nichée, on me le fit savoir. J’ouvris 4 estomacs et je les trouvai également remplis de chenilles longues de 4 centimètres.

Des auteurs ont depuis longtemps signalé que les alouettes se nourrissent partiellement d’insectes, qu’elles les recherchent surtout au moment de l’élevage et qu’elles ont une prédilection marquée pour les œufs de fourmis et de sauterelles ; ces remarques je les ai faites moi-même.

Ce qui donc, à mon avis^ est nuisible, c’est l’arrêté de M. le Préfet des Deux-Sèvres. Espérons qu’il le reconnaîtra tôt ou tard, mais espérons encore plus qu’une loi interviendra bientôt pour empêcher des arrêtés qui au point de vue de l’intérêt général sont des abus de pouvoir.

Programmes. Nous n’avons parlé d’une manière particulière que des principaux chanteurs de nos

contrées, de ceux qui sont des types caractéristiques de genres ; mais nous en possédons d'autres, qui, malgré leur infériorité, sont encore fort intéressants et dont chacun a le mérite d’une certaine originalité.

Très-souvent donc on entend à la fois plusieurs oiseaux. Leur variété de timbre, de langage et de chants donne lieu à des effets d’ensemble plus remarquables. Ou n’écoute pas et on n’étudie pas cette curieuse harmonie sans que l’oreille, l'esprit et le cœur éprouvent de véritables jouissances ; et parfois de grandes vérités sortent du mystère pour éclairer l’âme.

Les lieux les plus favorisés sous ce rapport sont ceux où il se trouve de l’eau, de la plaine et du bois et des productions très-diverses, parce que les types les plus variés de chanteurs s'y rencontrent à la fois. Par conséquent il importe que chaque jardin ou parc offre ces avantages.

On n’entend guère sur nos étangs ou sur nos cours d’eau que le chant de la rousserolle, du bruant des roseaux, et sur nos marais que celui du pliragmite des joncs ; mais, le plus souvent, sur les rives de ces eaux, il y a des buissons, des arbres, des petits bois dans lesquels chantent les fauvettes, les hyppolais, les pouillots véloces et fitis.

La plaine n’est pas non plus très-riche en variétés musicales.il est vrai qu’à elles seules les alouettes chantent plus souvent, plus longtemps et mieux que beaucoup d’espèces réunies ; mais les bergeronnettes y sont attirées par un peu d’eau ; la fauvette grisette, le traquet, le bruant jaune, par les buissons

et les haies; le pinson, le chardonneret et la linotte par les arbres.

Les concerts des eaux et de la plaine sont donc surtout intéressants quand les artistes des forêts viennent prêter leurs concours.

Mes comptes rendus de concerts, quoique incomplets, seraient interminables, si je me laissais aller à les tous reproduire. Je me contente donc de donner les programmes de quelques-uns, et j’engage le lecteur à se rendre comme moi à la campagne. Alors seulement il jouira des plaisirs dont j’ai voulu lui donner un avant-goût.

Dans la plaine, tous les jours delà bonne saison, et surtout le matin, chœurs d’alouettes.

15 mai 1876, dans un petit bois de la plaine, solo et imitations de l’hyppolais, polyglotte, accompagnements de bruants jaunes et de pinsons.

20 mai 1876, sur le bord de l’eau, solo de pouillot fitis, accompagnements des rousserolles effarvattes.

D’’juin 1876, dans le bois, solo de rossignol, accompagnements de mésanges.

l®*" juillet 1876^ dans le bois, 7 heures du matin, duo de tourterelles, solos alternés de fauvettes à tête noire et de loriot.

l®"* juillet 1876, dans le bois, à 7 h. et 1/2 et à 500 mètres de là, dans des taillis de 15 ans, solo par une grive, duo de tourterelles, quatuor de trois tourterelles et d’un coucou, accompagnements de mésanges et de sittelles, d’une fauvette babillarde et d’un gros bec.

2 juillet 1876, dans le bois, près d’une clairière, solos de deux pouillots fîtis etd’un pipit des arbres.

accompagnements de bruant zizi et de mésanges.

2 juillet 1876, près d’une flaque d’eau, solo par un rouge-gorge, accompagnements de mésanges.

Symphonie. 1®'' mai 1876. Nos derniers chanteurs sont arrivés : j’ai entendu le pipit des arbres, le 1er avril ; la fauvette à tête noire, le 2 ; le coucou, le 3 ; le loriot et le rossignol, le 6 ; l’accenteur moucheté le 9 ; la fauvette babillarde, le 11 ; la fauvette des jardins, le 12 ; la tourterelle, le 24 ; la caille, le

mai ; le gobe-mouche gris, le 6.

Après avoir vocalisé pendant quelques jours, ils ont retrouvé leur répertoire, leur puissance et leur éclat. En ce moment tous ces artistes ont leurs plus belles parures. Les orchestres et les chœurs sont au complet. Partout et à l’improviste on n’entend que causeries, cris, déclamations, cantates, mélodies, imitations, accompagnements variés et entraînants, solos, duos, trios, quatuors, dans des gammes égales ou très-supérieures à celles de la voix humaine. Toutes les nuances de sonorité et d’expression, de gais refrains, des chants simples et gracieux, brillants et perlés, de doux murmures, des élans passionnés, des psalmodies et des hymnes.

Cette symphonie pastorale et religieuse commence avant le jour et finit après lui.

Oh TOUS ! qui êtes les heureux du jour, venez dans cet élysée, sous des ogives de verdure, sur des tapis de fleurs. L’atmosphère est pure et embaumée, le soleil est radieux ; jamais les concerts de la plaine et des bois n’ont été plus sympathiques; ils dilatent le cœur, épurent et ennoblissent la joie.

El VOUS tous, qui avez été visités par l’épreuve du malheur, vous les victimes ou les témoins attristés de la bassesse et de la méchanceté des hommes, vous qui pleurez sur la tombe d’une mère ou d’une fille, accourez aussi, le chant des oiseaux, c'est une voix mystérieuse de l’infinie bonté qui vous dit : Espérez, espérez toujours.

ISocturne. (Nuit du 25 au 26 juin 1877.) Ainsi que nous l’avons déjà remarqué, la production végétale ne se complète que par l’intervention d’un grand nombre d’animaux. Il fallait donc que ces agents naturellement faibles et parfois passionnés fussent poussés à l’accomplissement de leur tâche par des moyens presque infaillibles, et que particulièrement ils y fussent souvent rappelés.

Aussi, ces appels se multiplient-ils de la manière la plus variée et dans les circonstances les plus diverses.

Pendant les belles nuits d’été , de nombreuses voix s’élèvent sans cesse pour redire à tous que le calme et l’obscurité de la nuit ne sont que des phases de la vie, des heures très-courtes de halte et de repos réparateur. Les formes que prennent ces appels sont singulièrement intéressantes. Les ayant maintes fois étudiées, j’ai voulu savoir comment elles se manifestaient au moment des grands travaux de la fenaison, c’est-à-dire quand la plupart des plantes herbacées et indigènes arrivent à maturité.

C’est pour cette raison, que le 25 juin 1877, je suis sorti à minuit.

Mon thermomètre marque IL degrés centigrades

au-dessus de zéro, la nuit est splendide, le calme plat. Les reflets brillants et argentins de la lune me permettent d’écrire en gros caractères les notes nécessaires à mon récit ; mon ombre se projette très-distinctement sur le sol, la lueur phosphorescente du lampire [lampiris noctiliica, xer luisant) apparaît à peine. La surface de l’étang miroite.

Les grillons qui semblent chargés de porter la voix au nom de tous les insectes de la plaine, ne cessent de crier; leurs cris partout entendus et continuellement répétés depuis la chute du jour, les uns perçants, les autres adoucis par l’éloignement, animent la solitude.

J’arrive près d’eaux dormantes, et alors des sons vibrants et articulés comme la voix humaine se font entendre. Quelques minutes d’accalmie sont suivies d’un vigoureux et long crescendo, au milieu duquel se distinguent des basses et des barytons. Ces coassements^ par leur variété et leur énergique expression de contentement^ semblent mettre et tenir en mouvement tous les muets de l’onde.

Des sauts de carpes, des sillages impétueux de brochets, annoncent que beaucoup sont à leur poste de travail.

Le bruit diminue-t-il, les crapauds en profitent pour donner leurs notes les plus pures et les mieux flûtées.

Mais tous ces bruits et sons auxquels s’ajoutent bientôt les gazouillements d’hirondelles rustiques remisées et perchées sur les roseaux, ne forment qu’un fond d’harmonie sur lequel éclatent les

chants des ronsserolles effarvattes. Vibrants comme les airs de la musette, ils se modèrent et s’adoucissent comme l’écho. La note d’agrément, la cadence, les gracieux coulés, les staccati, la vigueur de l’attaque, les transitions de tierce, de quarte, de quinte et de sixte, leur donnent une énergique expression de passion et de joie.

Mais c’est sur l’étang qu'il faut se transporter pour retrouver en grand cette aquatique harmonie. Dans cet asile si cher aux diptères, les rousserolles effarvattes eussent été insuffisantes et elles sont remplacées par les rousserolles turdoides. A 700 mètres de la chaussée, je les entends déjà très-distinctement.

Arrivé près des roseaux, je me retrouve en plein concert ; cris de grillons de la plaine, coassements de grenouilles, sonnerie de crapauds, éclats de voix de la poule d’eau et de la morelle, caquetage des canards , chants saccadés des rousserolles turdoïdes, semblables à ceux de l’effarvatte pour l’originalité et plus remarquables encore par la fougue et les notes puissantes, acérées et stridentes. Rien ne manquait de ce qu’il faut pour rappeler la grande loi du travail et les joies qui en adoucissent Lamertume.

J’en étais là de mes observations, quand une alouette s’éleva dans les airs, il était 2 heures et quart. A ce signal, toutes les alouettes s’élancèrent (1) et en quelques minutes elles formèrent

(1) Il est à remarquer qu’en général au premier appel d’un oiseau ses congénères se mettent à l’imiter et qu’en un instant tous les chanteurs de la même espèce rivalisent d’ardeur.

Il en est ainsi chez les grives, les rouges-gorges, les rousserolles et

autour de l’étang une auréole de chants. Un rossignol d’un bosquet voisin, qui, depuis le crépuscule, s’était rarement interrompu, quoique en écourtant ses périodes, redoubla d’ardeur et donna un nouvel éclat à ses solos. Bientôt des fauvettes ajoutèrent leurs mélodies. Ainsi sonna le réveil des chanteurs des bois, de la plaine et des eaux. Tous semblaient dire :

Oh ! voyageurs qui vous êtes attardés, faucheurs qui arrivez à la prairie, annoncez à ceux qui dor- -ment, que même la nuit, au marais, des ouvriers de la Providence travaillent sans relâche pour eux.

Le jour vint, le soleil empourpra l’horizon.' Des noctuelles (1) passèrent près de moi cherchant pour le jour une retraite. En retournant à son trou, une chouette chevêche épancha ses accents langoureux, l’étang sortit des vapeurs qui l’embrassaient et je vis les roseaux (2) étaler leur luxuriante verdure, leurs feuilles couvertes des perles de la rosée. Près d’eux se dressaient d’admirables phellandries chargées d’ombelles blanches (3). Les rives de la chaussée étaient garnies de joncs aux fleurs rosées et élégantes (4). Sur la bordure des champs apparaissaient des fleurs et des bouquets richement colorés de seneçon {senecio jacobrea), de mille-feuille [acliillaca mille folium), de bluet (centaurea cyanus), de grande marguerite (leucanthemum), de

souvent même une espèce met en mouvement une autre espèce avant l’heure ordinaire de son chant, ce qui explique quelquefois l’avance des uns ou des autres.

(1) Libellules.

(2) Jonc à balai (arundo phragmites), jonc des chaisiers (scirptifi lacustris).

(3) Ana?ithe phellandriurn.

(4) Jonc fleuri (butomus umbelîatus).

scabieuse {scabiosa arvensis), de gaillet , de lin (Uniim cathorticum)^ de silène [silene inflata), de (thimiis serpiUum) , d’ibéris (iheris amara) et de coquelicot (papaver kheas).

Et la brise du matin apportait le parfum des foins.

Ainsi le nocturne qui m’avait si intéressé n’était que le prélude des concerts de l’aube, gracieuses harmonies de formes^ de couleurs et de sons.

Les ornithologistes me sauront sans doute gré d’ajouter encore d’autres détails.

A 4 heures 30, pendant que ma nacelle se frayait bruyamment un passage à travers un massif de roseaux, un oiseau partit, en poussant un cri de détresse. L’ampleur de la voilure, la hardiesse et la rapidité du vol, la physionomie de l’animal, la teinte jaunâtre de la tête me firent de suite reconnaître un busard harpaye {circus rufus). Je pensai naturellement que son nid ne devait pas être éloigné ; je l’aperçus^ en effet, à dix mètres de là à la surface de l’eau. Il était ingénieusement encaissé dans les roseaux, composé de baguettes en bois bien enchevêtrées et garni de paille à l’intérieur. Sa forme était celle d’une coupe peu profonde. Il avait en grand diamètre 1 mètre, en hauteur totale 0“ 25 et au-dessus de l’eau 0“ 12. La cuvette était large de 0“ 23 et profonde de 0“ 06.

Au centre se trouvaient quatre jeunes, vêtus de peluche blanche et intéressants comme tous les poussins. Le plus petit était sans doute éclos de la veille,

A mon approche, tous se serrèrent sur la rive du nid opposée à ma nacelle; mais mes mesurages et

mes observations furent bientôt terminés, et je les laissai reprendre leurs aises.

Alors la mère planait à une grande hauteur audessus de ma tête. Ses évolutions qui, dans le principe étaient impétueuses, devinrent calmes, gracieuses et semblaient me dire combien elle était heureuse de mon départ.

Après plusieurs vérifications, j"ai constaté qu’à l’époque du 15 au 20 juin, les rousserolles turdoïdes ont commencé leurs chants à minuit 10, 15 et 20 minutes, et les ont finis à 10 heures 40 du soir ; que les rousserolles effarvatles, qui ont fini à 11 heures du soir, ont commencé à 2 heures 25, 2 heures, i heure 45 du matin, et même avant.

Clôture. Si des amateurs veulent jouir de toutes les variétés de concerts que donnent les oiseaux pendant la bonne saison, il ne faut pas qu’ils s’attardent; caries beaux jours passent vite, et bientôt petit à petit les artistes de nos bois et de nos plaines prendront leurs vacances.

En 1876,

Les rossignols ont cessé de chanter

Le merle a cessé son chant

La huppe

Le coucou

La fauvette babillarde

L’hippolais icterine

La rousserolle effarvatte

Le pinson

Le pouillot fitis

Le pipit des arbres

Le rouge-gorge

La fauvette grisette

Le grand ramier

Le loriot

du 10 au 30 juin,

vers le 10 juin.

du 25 juin au 7 juillet, vers le 10 juillet.

— l®r août.

La fauvette à tête noire

La tourterelle

Le bruant jaune

L’alouette

vers le 15 août

Plusieurs, comme l’alouette et la fauvette, ont repris leur chant vers le 15 septembre, mais pour finir la première au 1®*’ novembre et la seconde vers le 7 octobre.

utilité de cette Étude,

Si la dissection met en évidence les organes de l’oiseau, le langage et le chant dévoilent les mystères de ses instincts. Il faut même connaître ce langage et ce chant quand dans telle ou telle contrée et surtout dans tel ou tel bois on veut déterminer le nombre des espèces et des individus, la nature, la durée et la répartition de leurs éliminations, le moment ou commence et finit le travail de la journée, le nombre d’heures qu^elle fournit.

Par ces études, on élargit les horizons de la vie spirituelle; on augmenteles jouissances de l’oreille, de l’esprit et du cœur ; on comprend mieux l’unité et la diversité des beautés de la nature, tous les grands sentiments dont le chant est le moyen d’expression.

Par leurs analogies et leurs contrastes, les musiques des hommes et des oiseaux se font mieux apprécier.

L’étude du chant des oiseaux est un moyen d’embellir à bon marché la vie et de rendre les promenades agréables.

Faite dans la nature, elle est profitable à la plupart des hommes et particulièrement aux habitants de la campagne, elle est même indispensable aux ornithologistes ; car, pour l’appréciation de certains faits, leurs collections sont insignifiantes , leurs

liyres insuffisants et leurs cages trop imparfaitement pourvues.

Incontestablement encore de pareilles recherches fournissent des raisons nouvelles et nombreuses d’admirer, d’aimer et de protéger les oiseaux. Empressons-nous de les faire connaître; car le nombre des oiseaux chanteurs n^est pas ce qu"il devrait être ; on ne respecte pas plus que tous les autres les insectivores qui charment les oreilles et qui ne peuvent vivre en cage, le dénichage se fait surtout dans le voisinage des maisons et des jardins.

Notation du Chant des Oiseaux.

Nous avons vu que vingt-quatre lettres de notre alphabet, dix chiffres et les combinaisons de leurs groupements suffisaient pour caractériser toutes les idées et tous les sentiments ; on peut donc de cette façon exprimer les divers sons, leur élévation, leur tenue et leurs autres nuances.

Mais récriture à laquelle tous ces signes donnent lieu n’est d’une lecture ni assez facile, ni surtout assez rapide, quand il s’agit de chanter ou de jouer un air.

Dans ces circonstances, il était nécessaire de simplifier l’écriture ordinaire et d’avoir recours à des signes spéciaux.

Les Grecs et les Romains ont d’abord employé les lettres de l’alphabet pour figurer les sons. Le nom de gamma vient même de ce que le sol^ d’où partait, dans l’ancienne notation, la gamme normale, était représenté par la troisième lettre de l’alphabet grec^ le gamma.

Mais les lettres et les chiffres n’étaient pas assez distincts pour la lecture rapide et à distance ordinaire d’un pupitre, et vers l’an 1023, Gui d’Arezzo imagina de les remplacer par des marques originales, des points noirs sensiblement gros, capables d’apparaître très-distinctement, surtout sur une surface blanche ; on les a appelés notes.

A la fin du dix-huitième siècle. J. -J. Rousseau a voulu substituer des chiffres aux notes ; mais, si le chiffre, en raison de sa valeur connue, donne à la note une expression plus claire et plus complète, il reste, comme les lettres des Grecs^, difficilement perceptible dans les conditions ordinaires d’une exécution musicale.

Les notes ont prévalu et il convient de les employer pour écrire les chants des oiseaux.

Des nuances de la note, il en est deux principales qui doivent être clairement indiquées : ce sont celles de l’élévation et de. la durée.

Les sons des gammes et les intervalles qui les séparent étant, dans leur succession ascendante et descendante, étagés comme les barres transversales d’une échelle, pour indiquer le degré de l’élévation relative des notes, on a eu l’idée de les superposer à la façon des échelons. Seulement, pour ne pas leur faire occuper trop d’espace, on les a placées sur et entre les degrés de cette échelle des gammes.

L’étendue d’une voix ou d’un instrument n’occupant qu’une partie quelquefois très-faible de cette échelle, on a fractionné celle-ci et on a donné à chaque fraction le nom de portée.

Restait à indiquer l’élévation de chaque portée, c’est ce que l’on a fait au moyen de signes que l’on a appelés clefs. On a inventé pour cela trois sortes de clefs ; celles de sol, de fa et &'ut. Comme la clef A’iit en comprend quatre espèces, et celle de fa deux, il y en a réellement sept. Si ce système, actuellement pratiqué , offre des avantages pour chaque espèce dlnstrument et de voix, il ne serait

pas d’un usage facile pour la notation du chant des oiseaux, et, dans ce cas-là même, il faudrait encore inventer plusieurs clefs.

Nous avons donc cherché un autre système de portée.

Ainsi que nous l’avons vu, sur l’échelle des sons déterminables au moyen de la roue dentée de Savard, on place onze gammes et demie, et le grand orgue de Saint-Sulpice en comporte dix.

Dans leur ensemble, les voix des oiseaux et des autres animaux parcourent, il est vrai, une trèsgrande étendue de sons; mais chacune d’elles en particulier est le plus souvent limitée à une tierce, à une quarte ou à une quinte.

Or^ quatre lignes et leurs trois interlignes fournissant la place nécessaire aux sept notes d’une gamme diatonique, rien ne s’oppose à ce que nous admettions autantde portées à quatre lignes que de gammes. De cette façon chaque note se trouvera occuper la même position dans chaque portée, Vut étant toujours placé sur la première ligne du bas.i

Maintenant, pour indiquer l’élévation de chaque portée, il nous suffira de mettre en tête :

1® De la ganfmd-régulatrice, celle du la du dia-^ pason et du ml^dîûM, les initiales G R.

2® Des gammes en dessus, d’après leurrappro- .chement de la gamme régulatrice;, les chiffres et signes d. 2. 3. 4. 5.

3® Des gammes en dessous, diaprés leur rapprochement de la même gamme, les chiffres et signes

Ces indications peuvent avoir l’avantage de ne pas laisser le lecteur se confiner dans des détails

sans horizon et d’attirer son attention sur réchelle des sons et les synthèses de l’harmonie.

Afin d’indiquer qu’une note doit être haussée d’un ou plusieurs commas, il n’y a, comme nous l’avons déjà dit, qu’à placer un chiffre au-dessus ou au-dessous d’elle. Le chiffre 9, placé entre deux notes, indique qu’on passe de l’ime à l’autre en suivant la série des 9 commas.

Pour les formes de la note qui expriment la durée du son, quelques explications sont nécessaires.

L’oiseau a quelquefois des notes bien tenues; mais, le plus souvent, il chante vite et très-vite. Les figures de la longue et de la brève du plain-chant étaient donc insuffisantes, et les divisions en blanches, noires, croches et doubles-croches, convenaient au contraire très-bien.

Seulement on peut leur donner plus de précision en reconnaissant, comme je le fais, que la blanche équivaut en durée à une seconde et par suite la double-croche à un huitième de seconde.

Tous les autres signes de l’écriture musicale seront employés avec la signification qui leur est reconnue, sauf les deux modifications suivantes.

La durée d’un chant sera indiquée par un trait coupant à angle droit la portée, et l’interruption entre les périodes d’un chant par des silences.

Deux traits, au lieu d’un, serviront à séparer les chants de deux oiseaux de même espèce.

Tels sont les procédés à l’aide desquels on pourra, nous l’espérons, écrire ce genre de musique.

Aurons-nous résolu toutes les questions que nous avons traitées dans cet ouvrage ? Nous ne le

LANGACtE et chant des oiseaux. 129

pensons pas ; mais nous espérons a\oir posé les bases d’une théorie dont d’autres trouveront avec le temps toutes les applications.

Nous aurions désire ajouter, comme complément de notre ouvrage, la notation du chant d’im certain nombre d’espèces ; mais pour déterminer, au point de vue de l’élévation et des nuances, la moyenne, les extrêmes des sons d’une seule espèce, il faudrait des observations extrêmement nombreuses, et, pour le moins, beaucoup de temps.

Nous nous contenterons donc aujourd’hui d’indiquer l’élévation de quelques sons et de reproduire des fragments de chants que nous avons entendus, en observant que nous ne les donnons pas comme types de genres ou d’espèces.

Roitelet huppé

si s/ SI sU si SL SL si si si si sd si si si sit

Moineau domestique

ü/ué oliei h II liea

fïs’Zi/it

Hirondelle rustique

unut hiu^ist widweiwid.wnwic^ weiwt(/wa widwei.wîdweiiriï

Huppe

Coucou

l/ûupàouplioujo kup JfupJuip hiip

CûlU'ÛU COU£ÛU

Corbeau corneille

Vf\\\ !

^ Il — -J

couac corrra JC/n inX

Buse vulgaire

liîan '

Pouillot sylvicole

(femelle)

Grimpereau familier

cri Chcmt

tsig isaff isuf isa^ ba^ sit silsiisâ jî si si si si sisit

Pinson ordinaire

jiink pin/C Ti U U îi U fi U fi U ou,e^

la-futulii fa fit^ ta fui IL

Chardonneret élégant

sh sîi ilieu l/û lia tzLL tiea tî£ii

sifi t htœ Uè lie iieü h tie ÜoU lieiLÙe'

Rossignol

fX/U^SWO

îiouû

h tû lo fû îf) ïu slit r r^rT U

llfr —

-* If * ^ • 0 * 0 — rz

1 r F-T r U te

U tw h lo lû fo h fio tio Uo tu üpji lieu, tiai UeiL

Ixftûifliolûloin fiûbtiotiolîûiiûùo7iti0fwt/O loio àeuù'm&euùeutuu

Rousserolle effarvatte

Kara kara hira kara kam karatü kara ka/u kamüt

kjkarakam kara tcana kara km kiri

Il ^ ^ ^ J ^

ri Tl ^ f !

tu tu hkfira.

h ta U ta h ta ta U ta ti ta II

llo UL LO UM il O

Grive chanteuse

leideutm , . oLe oîé JmiotmtoliiiM fio loi

i e £iL o-îi O a OÏL cricri

Il # 1^ i T "T «

îUab'ibiiciiriln tieu- fim iim Iruie- loch lodi tc^di

LANGAGE ET ClIAxXT DES OISEAUX^

Alouette des champs

àeaïieatieii i/ea ùeu Ut /u II fie to Ü Ùe lie’ tie II

li il ü ù H eu II ùr lie II Ülieli U üeii fi^rr/:'.

h te& ü Irrr h li II ùe l II II h li ù lieu

Martinet noir

O II ? — — n

0 0 Il

, SJ- 1

Jlf

sjiis

s/ii ^pi s/iij

ku'LS

Page 1