CANTATES : GRIMPEREAU, SITTELLE, RUBIETTE
TITHYS, FAUVETTE BABILLARDE, BRUANT JAUNE, HIRON- DELLE RUSTIQUE, PINSON, CHARDONNERET.
Quand, le soir, le troupeau quitte le pâturage pour regagner l’étable et agite ses sonnettes ; quand,
(1) Mes hirondelles rustiques sout arrivées chez moi, en 1876, le 3 avril. Le 1er août, de 4 heures du malin à 7 heures 30 min. du soir, elles chantaient encore assez souvent.
pendant les insomnies de la nuit, le timbre de la pendule se fait entendre ; quand, à l’aube du jour, la clochette du monastère sonne \ Angélus^ qui ne prête l’oreille et ne se plaît à écouter! Les sons que Lon entend sont si purs, si argentins !
Si, de plus, ils ont des xibrations de la musette, des intonations de la voix et des nuances musicales, ne deviennent-ils pas sympathiques ! alors la sonnerie devient une cantate.
Tel est le genre d’agrément que nous procurent certains oiseaux : la rubiette-tithys du haut d’une cheminée; la fauvette babillarde dans un bosquet; le bruant jaune sur le buisson delà plaine; le pinson sur l’arbre du jardin ; d^autres encore, tels que le grimpereau, la sittelle, le pic-vert, letorcol, rhirondelle, la tourterelle.
Leur chant se compose de notes d’égale durée régulièrement répétées avec la cadence durhythme et divisées quelquefois en deux, trois ou quatre périodes souvent semblables. Il dure à peine quelques secondes ; mais il recommence d’autant plus souvent.
L’oiseau n’étant pas obligé de se donner des contorsions pour trouver des notes ou plus aiguës ou plus graves, en émet qui, toutes, ont leur clarté et leur éclat.
Par rapport aux mélodies du rossignol et de la fauvette à tête noire, ce modeste chant ne ressemble qu’à un accompagnement. Il rappelle la tonique que si souvent le second violon et l’alto fractionnent pour varier ou pour donner du rhythme à l’harmonie.
Dans les ensembles, il a parfois le caractère d’un
prélude, d’un accompagnement, d’un refrain, et il forme dans les chœurs des accessoires complémentaires. 11 devient alors pour les mélodies ce que sont pour les fleurs les feuilles, au milieu desquelles elles s’étalent, un gracieux encadrement.
Tel n’est pas cependant son seul mérite. Si le picvert et la sittelle n’ont que le timbre et le staccato d’une castagnette; la rubiette-tithys et la fauvette babillarde donnent à leurs périodes des vibrations aussi animées qu’aigrelettes.
Le bruant jaune termine sa cantate par une note pleine de sonorité et de tendresse, une espèce de soupir.
Tous ces chants ne sont-ils pas d’ailleurs comme autant de voix du printemps et des joies qu’il donne ?
L’hirondelle murmure à mi-voix ses gracieuses pensées, la tourterelle égrène en ses roucoulements les épanchements de son cœur.
Le pinson si richement habillé et si gai varie non-seulement les inflexions de sa voix, mais encore une partie de ses notes, et ainsi il donne du relief à sa période.
Que chante-t-il ? Beaucoup de choses sans doute ; mais il semble exceller dans la chanson de table.
Pour sa nourriture il se permet tant d’espèces de graines et d’insectes que la vie lui est facile, le repas abondant, la provision assurée. Quand on a de l’appétit et que l’on est pinson, comment ne chanterait-on pas les joies de la table ?
Ce n’est pas qu’il manque de prétention.
S’il lui est interdit de dépasser les limites de son
petit répertoire, il peut au moins répéter trèssouvent son refrain et lui donner, suivant les circonstances, les accents de tendresse et le brio des concerts. Dans un concours, un pinson a répété plus de huit cents fois de suite sa phrase musicale (1).
Chardonneret,
Les granivores sont recherchés pour la cage, non-seulement parce qu’il est facile de leur procurer de la nourriture, mais encore à cause de leur voix sonore, éclatante, musicale et très-animée.
Les plus appréciés d’entre eux, dans nos plaines, sont la linotte et le chardonneret. Ils se distinguent d’abord des autres granivores en ce que, par l’étendue et la variété, leurs phrases ont le caractère d’une mélodie, ensuite des insectivores parce que leur chant est plus éclatant que doux et tendre.
Celui du chardonneret est surtout d’une agréable originalité.
Cet oiseau, moins gracieux que les becs-fins, mais plus svelte que les autres fringilles et plus élégant que tous, ne manque même pas d’une certaine crânerie.
11 est vif et leste jusqu’à la pétulance, et le plus souvent on le voit voleter et se balancer à l’extrémité des arbres et des plantes herbacées.
Aussi il brille dans la conversation par une grande
(1) Dans quelques parties de la Belgique, des villageois se réunissent les dimanches et les jours de fête et apportent des pinsons qu’ils ont en cage ; alors ont lieu des concours de chant^ suivis souvent de paris très-élevés.
volubilité et son chant est plutôt une cantate qu’une romance.
Il détache ses notes avec une extrême légèreté, les saccade avec ardeur et coquetterie, les divise en deux périodes et donne à la seconde beaucoup de relief. Il en résulte des accents aussi joyeux et enjoués qu’éclatants et brillants, avec lesquels il anime les plaines dépouillées de verdure par Tautomme et Tliiver, les bosquets, les promenades publiques, les jardins, la chambre de la jeune fille et l’atelier de l’ouvrier.
Il a même par ses talents mérité les honneurs du théâtre, et il y figure à la tête des animaux savants. Il assouplit sa volonté au point de sortir d’une cage et d’y rentrer, de traîner une petite voiture, de faire mouvoir une chaîne d’augets pour tirer de Teau, aussitôt que le commande le directeur.
Son nid est un petit chef-d’œuvre.
En faut-il davantage pour que cet oiseau soit protégé et choyé partout? Il paraît que oui.
Cependant son corps ne fournit à la consommation des hommes que 7 grammes de chair coriace, amère et huileuse.
On lui reproche quelquefois, il est vrai, de ne pas toujours respecter certaines graines des champs et des jardins. Or, son rôle dans les bois et dans les bosquets est maintenant aussi utile qu’à Tenfance des sociétés. Pendant dix ou onze mois de Tannée, il est occupé à éliminer dans les champs, sur les bords des fossés et des eaux les graines des plantes que les' horticulteurs appellent mauvaises herbes, en particulier celles du chardon; au moyen d’épouvantails, on le renvoie à sa besogne ordinaire pour
le reste de l’année. Je connais d’intelligénts jardiniers qui échappent ainsi complètement à ses maraudages.
Se donner la peine de suspendre dans un jardin quelques chiffons rouges, est-ce trop faire pour conserver un ouvrier habile et qui de plus rivalise avec les fleurs par les parures et avec les artistes par le chant et l’architecture ?