‹ Langage et chant des oiseauxChapitre 6 sur 17 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

Du Langage en général.

Si nous étudions le langage de la nature, nous voyons qu’il est admirablement approprié à l’instinct de l’animal et à l’intelligence de l’homme ; les animaux même d’un ordre inférieur le comprennent, et, grâce à lui, ils savent ce qu’ils ont à faire.

Dans le langage de la nature, on trouve deux genres principaux : l’un qui résulte de la variété des proportions, des formes et des couleurs ; l’autre, d’une certaine combinaison des sons. Le premier s’adresse à l’œil, le second, comme la parole et le chant, se fait entendre à l’oreille.

Pour en apprécier l’importance, cherchons d’a-.bord dans les langues humaines quelques termes de comparaison.

L’homme, pour exprimer d’une manière courte et facile ses idées et ses sentiments, se sert d’un petit nombre de signes qui peuvent , par leurs combinaisons, en fournir un grand nombre d’autres. C’est au moyen de ces signes , nommés lettres et chiffres, que l’on a exprimé les mots et les nombres.

Toute langue doit, pour être claire et facile, conserver sous les deux formes du signe et du son une unité parfaite et ainsi n’avoir qu’un nombre égal et correspondant de signes et de sons fondamentaux.

Les nations de l’Europe ont adopté dix caractères qui, au moyen de combinaisons, servent cà exprimer tous les nombres ; mais, malgré beaucoup d’analogies, leurs alphabets et leurs dictionnaires sont bien différents.

L’alphabet français ne compte que vingt-ciiu] lettres ou signes.

Celui du sanscrit, ou dévanâgari, en a cinquante.

Pour être parfait, un alphabet devrait avoir autant de signes qu’il y a d’éléments delà voix à noter (on en compte de 35 à 40), et n’en avoir pas davantage.

Le nombre des syllabes et des mots formés avec les lettres varie beaucoup encore selon les langues.

On trouve, dans le dictionnaire de l’Académie française, environ 30.000 mots, et d’autres dictionnaires français pourraient en fournir plus de 100.000.

« Le dictionnaire impérial de la Chine en contient 42.718 ; le dictionnaire anglais, édition de Robertson, en admet 43.578. Il s’en faut, du reste, qu’il faille connaître tous les mots d’une langue pour bien la parler. Beaucoup de campagnards anglais n’emploient que 300 mots d’un vocabulaire qui en contient 43.578.

« Un anglais de bonne société et instruit n’en emploie que 3 à 4.000. Les orateurs les plus élo-

quents n’en emploient pas plus de 10.000. Sliakspeare a composé toutes ses pièces avec 15.000 mots. Milton ses ouvrages avec 8.000.

« Dans TAncien Testament, il n’y a que 5.642 mots (1). 11 faut le reconnaître, beaucoup de mots ont plusieurs acceptions qui peuvent encore varier par suite de modifications grammaticales ».

Quoi qu’il en soit, un dictionnaire universel, scientifique 'et littéraire, devrait en contenir infiniment plus que nous n’en trouvons dans celui de l’Académie; et pour résumer, les langues humaines parlées ou écrites ont des procédés artificiels, convenus, incomplets, particuliers à un peuple, à un pays.

11 n’en est point ainsi du langage de la nature. 11 est de tous les temps et de tous les lieux. Grâce à ses innombrables et magnifiques variétés de formes, de couleurs et de sons, il caractérise le moindre des éléments de la création^ même dans les phases de transformation, et ainsi il devient l’image vivante des choses. S’il est moins propre à rendre les idées les plus abstraites, en retour, il exprime parfaitement les sentiments. 11 n’est pas tellement mystérieux, comme le pensent certains poètes, qu’il ne puisse être interprété par les savants dans ses moindres détails. Spontané, facile, il est dans ses généralités compris de tous les hommes et même des animaux.

Toutes les langues humaines, monosyllabiques, agglutinantes et flexionnelles, ne sont que des re-

(1) Science du langage, par Max-Muller.

productions très-imparfaites du langage de la nature. Incontestablement elles sont pour l’initié fort claires et souvent précises ; mais elles ne dispensent jamais de recourir à l’original, à la langue qui, par sa diversité et son unité, par son universalité et sa permanence, par sa clarté et sa richesse, n^a rien à craindre des Babels du passé et de l’avenir et sera toujours une des merveilles de la création.

Langage du Bruit et des Sons.

La nature parle à l’homme par tous les sens, mais surtout par les yeux et par les oreilles. Les yeux ne nous suffisent pas pour arriver à la connaissance des choses sensibles. La nuit dure une grande partie du temps.

En plein jour, la vue peut être arretée par un obstacle, par un mur, un arbre, un nuage. On travaille sous terre.

Il était donc utile qu’il y eût un autre sens capable de nous faire connaître non-seulement la présence des corps dans tel ou tel lieu, mais aussi leurs mouvements et les effets qui peuvent en résulter : c’est le service que nous rend le sens de l’ouïe, en saisissant le langage du bruit et surtout celui du son, et nous savons que sous ce rapport particulier le langage de la nature est encore aussi parfait que possible, partout, toujours, pour les animaux comme pour les hommes. Afin de nous rendre compte de ce qu’il exprime, étudions le son, ses variétés et ses combinaisons.

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