CHAPITRE V
Iiois du langage mimique.
Le langage mimique, comme tout ce qui est naturel , peut se perfectionner par l'art et le travail : c'est ainsi
que la rhétorique donne des règles à l'éloquence; que le dessin, la musique, etc., ont leurs principes formulés qui font éclore et perfectionnent le talent naturel et l'empêchent de s'égarer.
Il en est de même du langage mimique. Le philosophe peut formuler les lois qu'il suit spontanément, et la voie qu'indique plus ou moins vaguement la nature, mais que révèle une observation laborieuse et constante.
Ce langage, jusqu'à ce jour, n'a pas encore été élevé à l'état de science. On s'est contenté d'apprendre, d'enseigner et de décrire chaque signe, sans gênéraliser et sans s'élever 5 la loi qui les régit et qui guide la nature.
Depuis longtemps nous dirigions nos éludes sur ce sujet ; et encouragé par la bienveillance et les conseils de M. Pillet , précepteur des princes de Piémont, de cette âme sublime qui vient de quitter la terre, et à laquelle nous sommes heureux de témoigner notre reconnaissance ; par les lumières et les paroles encourageantes du pieux et savant abbé Moigno, rédacteur du Cosmos, et par l'accueil flatteur qu'un grand nombre de personnes compétentes ont bien voulu faire à notre essai, nous l'avons perfectionné, et nous avons la confiance que, s'il n'est pas d'une perfection absolue, nous aurons du moins mis sur une voie à faire naître des inspirations propres à conduire à des résultats immenses.
Après avoir passé en revue les différents systèmes de langage et de nomenclature, et étudié la marche de la nature, nous avons formulé le principe suivant, connue ioi du langage mimique naturel:
Pour que la nomenclature du langage mimique soit parfaite, il faut qu'il existe le même rapport, la même analogie entre les signes qu'entre les pensées, que les signes ne diffèrent entre eux que dans la même proportion que les pensées.
Comme nous l'avons dit, la chimie a fait jusqu'à un certain point l'application de ce principe, et c'est à sa nomenclature en grande partie qu'elle doit ses rapides progrès. Les substances simples ont des noms univoques, et les substances composées des noms composés; mais partout où se trouve la même substance, elle se trouve exprimée par le même terme, et c'est la règle qu'une observation profonde indique être la loi naturelle du langage mimique.
La principale difficulté n'a pas été d'observer les faits, de généraliser et de formuler le principe que nous venons d'exposer, mais d'en commencer l'application et le développement régulier. Pour cela il a fallu entrer avec le scalpel jusqu'à l'intime de l'intelligence, analyser ses idées, ses expressions, bien souvent se fourvoyer dans les arides profondeurs de la philosophie, puis reprendre sans jamais se désister. C'est ainsi que nous sommes parvenus à un procédé extrêmement simple, aussi intéressant pour le philosophe qu'utile dans la pratique. Les avantages qu'il présente seront peut-être saisis immédiatement par les personnes compétentes après les exemples que nous donnons.
Voici donc le résultat de nos études ;
Principe : Il doit exister le même rapport, la même analogie entre les signes qu'entre les idées.
Pour réduire ce principe en pratique, j'ai classé les ftoms qui représentent une même idée principale dans
une même collection, tels que pommier, poirier, cerisier, châtaignier, etc., tous les arbres dans la classe des arbres. Comme chaque nom représente une idée commune, identique à toute la collection, chaque nom doit par conséquent avoir un signe commun, identique avec tous ceux de la même collection. Comme il représente aussi une idée particulière qui constitue la personnalité de l'objet qu'il exprime et qui le distingue de tout autre, c'est-à-dire qui distingue le poirier du pommier, le cerisier du poirier, etc., chacun de ces noms doit par conséquent avoir un signe particulier, comme l'idée particulière qu'il représente.
De même, toutes les expressions qui ont rapport aux peines ou aux joies du cœur, aux peines ou aux joies do l'esprit, toutes les expressions qui ont rapport à la bienveillance, à l'amitié, etc., se classent par collections analogiques qui se plient parfaitement à la réalisation du principe énoncé.
Ainsi se réduit à trois règles la méthode d'application du principe de la nomenclature :
1° Classer les noms d'après l'analogie des idées qu'ils représentent ;
2° Donner des signes communs aux idées communes
3° Donner des signes particuliers aux idées particulières.
L'application s'en fait parfaitement, et avec un» rigueur mathématique, aux expressions du monde physique et du monde moral. Sans doute que nous n'avons pas la prétention de regarder les quelques exemples que nous donnons comme ayant une perfection absolue, mais nous croyons que le vrai principe, que la vraie méthode d'application sont nettement formulés.
Dans ces exemples, nous déterminons les signes particuliers pour le plus grand nombre de mots, quoique cela ne soit pas nécessaire, car ils peuvent être livrés à l'arbitraire d'un chacun. Cette admirable latitudeque laisse le langage mimique ne nuit pas à la clarté, comme nous le démontrerons au chap. VIIL Lors même que les signes ne sont pas identiques, pourvu qu'ils soient naturels, ils sont compris de tous ceux qui sont initiés au langage mimique.
En expliquant les lignes , nous n'entrons pas dans des détails évidents pour tous, et qui ne feraient qu'obscurcir. Ainsi, il est bien naturel que lorsque la main tressaille à plusieurs reprises à l'endroit du cœur pour exprimer la joie, il ne faut pas que le visage soit triste et abattu, mais qu'un doux sourire et un léger épanouissement l'animent. De même, lorsque pour la colère, la main ramonteavec violence et à plusieurs reprises du côté du cœur, il ne faut pas que les regards et les traits du visage peignent la douceur, mais au contraire, l'ire et l'émotion; et sans doute que pour une joie, une colère, etc., excessives, les signes seront plus fortement marqués que pour un degré inférieur.
Lorsque l'on a un peu l'usage du langage mimique, on donne naturellement à chaque signe sa physionomie propre; cependant, pour saisir parfaitement l'explication écrite , il serait nécessaire pour le plus grand nombre d'avoir reçu quelques leçons, pour lesquelles nous offrons notre concours avec bonheur si l'on fait appel à nos efforts.